‹ Journal du marquis de Montcalm durant ses campagnes en Canada de 1756 à 1759 [microforme]Chapitre 33 sur 52 · COMPOSITION DU DÉTACHEMENT DES TROUPES DE TERRE · texte numérisé non relu

COMPOSITION DU DÉTACHEMENT DES TROUPES DE TERRE

Volontaires, y compris deux sergents et un tambour.

La Sarre, 67.......,......4M. de Beauchamp, capitaine ; MM. de Savournin et Lenoir, lieutenants,

M. Ducros, capitaine ; Royal-Roussillon, 67...4MM. de Saint-Alembert et de Saint-Privat, lieutenants,

Languedoc, 67...........1 MM. de la Miletière et Cléricy, lieutenants,

M. de Lorimier, capitaine ;

MM. de Fouquet et Du Pont, lieutenants,

Guyenne, 67...

M. de Cadillac, capitaine ; Berry, 67...............1MM,. de Guernée et de Beaupré, lieutenants.

| | br Duchat, capitaine ; |

M. Pouchot, capitaine ; Béarn, 67... 4 MM. de Pensens et Totabelles, lieutenants.

M. de Senezergues, licutenant-colonel ; M. de Raymond, lieutenant au régiment de Béarn, officier major. Du 13.— Départ de M, de Langy, avec un parti de

quatre-vingts Népissings, Iroquois du lac et quelques Canadiens, pour se rendre à Carillon.

Quelques sauvages ont paru vers le lac Saint-François, au-dessus des Cèdres, et ont enlevé un Canadien,

Nouvelles que l’on avoit vu des traces de sauvages du côté des Cèdres, On a de suite fait partir MM. de Langy, Sabrevoix, Bleury et Longueuil pour donner après, avec cinquante sauvages du Sault-Saint-Louis.

Nouvelles du Détroit; M. Dumuys, bon officier, qui y commandoit, est mort; d’ailleurs tout y paroît bien.

Nouvelles du fort Duquesne et du fort Machault ; on parle de mouvements de la part des Anglois dans cette partie; mais on ne peut faire aucun fond sur cette nouvelle.

On écrit de la Louisiane qu’on y manque de marchandises et de poudre.

Le chevalier de Villiers est en marche des Iflinois pour conduire à la Belle-Rivière les vivres demandés,

M. le marquis de Vaudreuil se propose d'envoyer un détachement de vingt bons Canadiens pour garnison à Saint- Régis,

Du 16 juin 1758. — Nouvelles que la flûte le Rhinocéros est en rivière chargée de lard et munitions, et que l'on a vu un bâtiment à trois mâts vers Kamouraska.

Continuation de mauvaises nouvelles pour la France d'Europe. L’électorat d'Hanovre évacué ; M. Duquesne pris ;

Arrivée de la promotion du 1* mai 1756:

M. de Rigaud de Vaudreuil, gouverneur de Montréal ;

Le chevalier de Longueuil, gouverneur des Trois- Rivières ;

M. de Ramezay, lieutenant de Roi de Québec ; M. Dumas, major ; MM. de Repentigny,

d'Hugues,

de Bellestre, |

de Ranville,

de lortneuf-Bécancourt,

Benoist,

de Saint-Martin,

de Léry,

de Montesson,

de Montigny,

de Corbière,

de Saint-Laurent,

de Lanoue, cadet,

de Rigoville,

de Joncaire-Clauson dit Chabert,

Godefroy,

de Portneuf-Neuvillers, f

Du Verger-Saint-Bléry,

de Méloise.

chevalier de :4 Vérenderie,

Tournery de Réson,

Valawken, )

Sauveur de Nigen,

de Meray,

Brunet de Saint-Epvre,

Talassus,

de Dusy,

Lerminat,

Capitaines,

Lieutenants,

Vingt et un enseignes, y compris trois qui passent de Louisbourg et M. de Pécaudy qui l’étoit déjà ;

Vingt-quatre enseignes en second, y compris deux ou trois qui l’étoient déjà.

Une promotion ou avancement fait autant de bruit en Canada qu’une d'officiers généraux en France, Les gouverneurs généraux s’accoutument à un despostisme qui n’est connu que dans les colonies. Celle-ci a fait nombre de plaignants mécontents, et il semble, pour les inepties qu’on y trouve, que ce soit le juge Bridoye qui l'ait faite.

Les Iroquois du Sault sont venus demander au marquis de Montcalm d'aller en guerre, et de le suivre, et les a renvoyés à la parole d'Ononthio, leur disant que ce n’étoit qu’à l’armée qu’il la leur donnoit, qu'ici, comme eux, il n’étoit occupé que de faire la parole d’Ononthio.

On a recu des nouvelles de Louisbourg par la rivière Saint-Jean, du 5 décembre ; elles sont surannées. On apprend que les corsaires ort amené beaucoup de prises,

Les nouvelles venues par le Rhinocéros apprennent que le second bataillon de Cambis a été embarqué pour Louisbourg.

Conseil des Têtes-de-Boules amenés par les Népissings. Ce sont des sauvages autrement appelés Gensdes-terres, qui, au nombre de douze à quinze cents, errent dans les bois sans cabanes; grands chasseurs, médiocres guerriers, commerçant encore plus avec les Anglois du côté de la baie d'Hudson qu'avec nons; même langue et même nation que les Népissings, Algonquins, Outaouais. A proprement parler, il n’y a dans cette Amérique que quatre peuples et quatre

langues : iroquois, hurons, outaouais et abénaquis; tous les autres, dialectes. Ces Têtes-de-Boules ont demandé qu'Ononthio redonnât un hausse-col,leur chef étant mort, Ces sauvages ont peu d'idée et peu de mots, et n’ont ui l'esprit, ni la police des autres peuples; nulle prévoyance ; quand la chasse manque, on mange les vieillards, qui se laissent tuer avec tranquillité,

Du 17 juin 1758.— Départ du courrier pour porter à Québec les paquets pour la France et l’ordre pour le départ de la frégate la Sirène, commandée par M. de Beaurssier, lieutenant, Nouvelles de Carillon; on y voit rôder beaucoup de partis anglois; désertion de deux soldats de la Reine ; il est à craindre que le mal-être de l'hiver dernier et la crainte de l'hiver prochain n’en fassent beaucoup déserter.

Retour de quelques Abénacris de la Belle-Rivière, qui avoient été l’année dernière avec le P. Virot, précher l'Evangile aux Loups; ils s’ennuyoient et viennent faire la guerre ici.

Les sauvages des environs du Détroit, ainsi que les habitants, redemandent par colliers M. Dumas, à qui on doit la justice d’avoir toujours bien rempli parmi ces nations, malgré ce que les Canadiens voudroient persuader qu’un François u’entend pas à mener ces nations. Le poste du Détroit exige un homme de tête, vaut à un galant homme six mille livres de rente et exige qu'on en fasse un gouvernement particulier. Grande brigue dans la colonie pour cette place. Les vœux de la colonie seroient qu’on y renvoyât M. de

Céloron, disgracié sous MM. de la Jonquière et

Duquesne et qui ne paroft pas prendre faveur sous celui-ci.

Emeute des femmes de Montréal mourant de faim et se plaignant hautement qu'on vend de la farine vingt sols la livre; le commissaire Martel s’enferma, Montrepos lâcha de grandes phrases, et le marquis de Vaudreuil promit d'augmenter de trente livres Îles soixante-quinze qu'il distribue pour les pauvres familles.

Du 18 juin 1758. — M. le général a été réveillé à onze heures du soir par un courrier portant des nouvelles de la Belle-Rivière et de la Presqu'île; il en a transpiré dans le public que les Anglois marchoïent sur cette partie. On sera peut-être étonné, et c'est un fait qui mérite d'être consigné dans ce journal, que le marquis de Vaudreuil n’en ait point parlé au marquis de Montcalm, ne lui ait rien communiqué, Il s’est contenté de dire vaguement à table au public qu’il avoit reçu des nouvelles du commandant de la Presqu'île, qui, d’après la déposition de quelques Loups, lui parloit bien confusément de la marche des Anglois, et qu’il n’en avoit point reçu de M. Des Ligneris, commandant au fort Duquesne. Il est cependant certain que M. Des Ligneris à écrit, qu’il paroît fort alarmé, qu’il a eu deux habitants tués à la porte de son fort, que la sentinelle avancée a été presque enlevée, et que, sur la demande qu'il a faite, M. de Vassan, commandant de Niagara, lui envoyoit cent hommes de sa garnison, qui doit par là se trouver réduite à bien peu, M. d’Espinassy, officier d'artillerie destiné à travailler aux fortifications, s'y trouve, par ce détachement, sans ouvriers et, suivant la prévoyance qu’en avoit eue le marquis de Montcalm,

qui lui avoit douné une instruction particulière, il travaille à mettre en état les pièces de six, quatre, trois et deux pouces et à former une espèce d'équipage d'artillerie de campagne, en cas que M. le marquis de Vaudreuil jugeâût à propos qu'on y marche; car ce dernier, qui n'a prévoyance de rien, ne songe qu’au moment, Aussi faut-il que les Anglois soient mattres du Canada avant trois ans, si la paix n'arrive au secours de nos fautes, et si les Anglois ne continuent pas à en faire de plus graudes que nous.

Du 19 juin 1758. — Le détachement commandé par M. de Langy, envoyé après des pistes de sauvages que l'on disoit avoir aperçues au-dessus des Cèdres, est de retour, M. de Langy, qui est un bon officier qui connoît les bois, assure que ce sont des pistes d'ours, et comme iln’y a pas longtemps que les sauvages sont venus prendre un meunier appelé Roland, la peur aura fait croire que ce sont des pistes d'hommes ; d’ailleurs le lac Saint-François est dans ce moinent-ci rempli de nos sauvages domiciliés qui chassent et pêchent,

NoTA BENE. — Je viens d'être informé dans le moment que les nouvelles de M. Des Ligneris sont arrivées cette nuit; nous verrons si M. le général en parlera plus que des précédentes.

Le marquis de Montcalm a remis au marquis de Vaudreuil un Mémoire qu'il lui avoit demandé pour faire rendre une ordonnance, à la paix et au départ des bataillons, contenant les dispositions pour augmenter la population de la colonie, et engager les soldats à s'établir dans la colonie,

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Suivant les nouvelles que le marquis de Vaudreuil a dites du fort Duquesne, il paroît qu'il y a des bruits vagues de la marche des Anglois pour cette année au fort Duquesne, suivant la déposition des prisonniers ; mais on ne peut rien en inférer de positif, et l’année dernière les mêmes nouvelles se débitoient. Ce qu'il y a de sûr, c’est que les Catabas ont fait deux chevelures et ont perdu un homme, et que nos partis amènent tous les jours nombre de prisonniers, Les Loups attachés aux Anglois ont envoyé un collier et des médailles pour'inviter ceux qui nous sont attachés à la neutralité, leur disant que, pourvu qu’ils rendent les prisonniers, les Anglois oublieroient le passé, et que les Anglois devoient venir cette année au fort Duquesne. Nos Loups ont répondu qu'ils resteroient attachés aux François, qu'à l'égard des prisonniers, ils les avoient adoptés et que l’Anglois n’avoit qu’à les venir chercher, mais qu'eux avoient perdu l'esprit de rester avec les Anglois et qu’ils les exhortoient à se rejoindre à eux.

Nouvelles de Carillon du 17 ;

Arrivée de M.de Bourlamaque avec Languedoc du 15;

Espèce de naufrage arrivé au troisième bataillon de Berry ;

Coup de M. Wolff avec trente soldats et six sauvages ; trois prisonniers, dont un enseigne du cinquante-cinquième régiment et sept hommes tués; le reste s’est sauvé,

M. Wolff parti pour porter au général Abercromby des lettres des officiers anglois prisonniers. Nouvelles des ennemis suivant les prisonniers :

Projet de venir à Carillon; Abercromby à Lydius

avec trois régiments, celui d’Abercromby, Murray, lord: Hovwe, les Montagnards écossois, cinq compagnies de rôdeurs de bois ; le régiment de Blackney y arrivoit ; on y attendoit celui de Webb et Royal-Américain; de plus, douze mille hommes milices ; et on alloit former un camp retranché au fort George, des camps pour couvrir des convois et des travailleurs, et des partis continuels.

Du 20 juin-1758. — Courrier de Québec : arrivée de six navires en rivière, dont quatre de Bordeaux et deux Bayonnois, ces deux derniers, sous pavillon espagnol, portant dix-huit cents quarts de farine, beaucoup de blé-d’Inde et des marchandises. Les quatre navires de Bordeaux étant du troisième convoi qui a décapé sous l'escorte d’un vaisseau de guerre et de deux frégates, il y * lieu de présumier que nous en aurons encore. Le ré neuf de Béarn est parti ce matin pour Carillon.

Du ‘tin 1558.— Le marquis de Montcalm a remis un Mémorre au marquis de Vaudreuil sur les opérations dont il va êtres chargé sur la frontière, vers le lac Saint-Sacrement.

Du 22 juin 1758. — M. Daine, receveur du domaine, qui doit être instruit par là du nombre de bâtiments qui entrent dans le port de Québec, m'a assuré que, l'année dernière, il y en étoit entré cinquante et un, dont dix-sept pour le compte du munitionnaire, (Cela prouve que le munitionnaire s’est plus occupé l’année dernière des boissons et des marchandises que des farines. :

Les piquets des régiments de Languedoc, Guyenne et Berry qui doivent faire partie du détachement aux

ordres de M. le chevalier de Lévis, sont arrivés de Chambly, et il vient d’être arrêté que ce détachement s’assembleroit le 28 à Lachine.

Du 23 juin 1758. — J'ai appris en faisant une visite aux dames Hospitilieres que le munitionnaire général leur fournit la farine pour la subsistance des soldats malades sur le pied de vingt-quatre livres le quintal, Il est bon d'observer que le munitionnaire général a été autorisé de prendre, sous le nom du Roi et des habitants, le blé sur le pie de sept livres le minot, et que deux minots pesant cent livres produisent cent vingt livres de farine.

Ceux qui liront ce journal ne seront peut-être pas fâchés de trouver ici deux lettres écrites par M. de Dieskau à M. le marquis de Vaudreuil, après son affaire du 8 septembre 1755, où il eut le malheur d’être fait prisonnier.

AU CAMP DE L'ARMÉE ANGLOISE, SUR LE LAC SAINT- SACREMENT, CE 15 SEPTEMBRE 1755,

“ Je suis défait; mon détachement est en déroute, “ nombre de gens de tués, et trente ou quarante de pri- “ sonniers, m'a-t-on dit, au nombre desquels je suis, “ avec M. Bernier, mon aide de camp. J'ai eu pour ma “ part quatre coups de feu, dont un est mortel, C’est la “ trahison des Iroquois qui m'a attiré ce malheur, Notre “ affaire avoit très bien commencé; mais, dès que les “ Iroquois ont vu les Agniers, ils se sont arrêtés tout “ court, Les Abénaquis et les autres sauvages ont con- “tinué quelque temps; mais insensiblement ils ont

“ disparu aussi, ce qui a fait perdre contenance aux Cana- “ diens, en sorte que je me suis trouvé engagé dans “ l'attaque avec presque les seules troupes de France. “ Je l'ai soutenue, croyant faire revenir les Canadiens, “et peut-être les sauvages. Ce qui n’a point réussi. “ Tout le feu et le canon ennemi est tombé sur les “ troupes réglées, et elles ont été presque toutes échar- “ pées. Je vous avois prédit d'avance que les Iroquois ‘“ me joueroient quelque mauvais tour. Il est malheu- “ reux pour moi d’avoir été si bon prophète, Je ne puis “ trop reconnoître les bontés et les attentions de M. u* “ Johnson pour moi ; il doit me faire transporter demain “ à Orange ; j'ignore mon sort, soit par rapport à ma “ santé, soit par rapport à la disposition qu'on fera de “ ma personne ”.

AUTRE LETTRE D'ORANGE Le 12 octobre 1755.

“ J'ai eu l'honneur de vous écrire, le 15 septembre, du “ camp angjlois, la veille de mon transport pour Orange. ‘“ Depuis que j'y suis, j'y ui été souvent très mal et rare- “ment sans souffrir de très vives douleurs, en sorte “ qu’il parott que je suis toujours flottant entre la vie ‘et la mort. Toutes mes blessures guérissent à l’excep- “tion de celle qui traverse les deux cuisses et passe “ par la vessie, L’urine, qui coule toujours par une des “ ouvertures, et quelquefois par toutes les deux à la fois, “ en empêche la guérison et rend mon état très incer- “ tain, de façon qu’il paroît que, jusqu’à présent, je ne “ vis que par la force de mon tempérament et par les

“ grands soins qu'on a pour moi, C’est une justice que “je dois rendre à M. de Johnson et à Monsieur le “ gouverneur de la Nouvelle.York, qu'il ne m'a rien “ manqué, par les soins obligeants de l’un et de l’autre, “ de tous les secours qu'on a pu me procurer.

“ Demain on me transporte d'ici à New-York ; c'est “une grâce que j'ai demandée, aussitôt que mes forces “ pourruient me le permettre ”.

Le 23 juin 1758. — Le marquis de Vaudreuil m'a remis, ce soir à dix heures, ses instructions ridicules, obscures et captieuses. Si je m'en fusse chargé, elles étoient tournées de façon que tout événement malheureux m'était jeté aux jambes, quelque parti que j'eusse pris. Je les ai rendues à M. de Vaudreuil avec un Mémoire justificatif de ma conduite à cet égard. Grande répugnance du marquis de Vaudreuil à m'en donner d’autres, nettes et simples; il s’est surtout attaché à un préambule dans lequel il avance qu'il a délibéré avec moi sur toutes les affaires de la colonie, et pris mes avis sur tout.

J'avoue qu'il l’auroit dû faire, que mon rang, ma réputation et les ordres du Roi l’exigeoient, Mais, comme 1l ne m'a jamais consulté sur rien, qu’il ne m'a jamais fait part, ni des nouvelles, ni de ses projets, ni de ses démarches, je lui ai déclaré positivement que je ne souffrirois jamais que ce préambule frauduleux existât à la tête de ses instructions, comme un monument contraire à ma réputation. Si ce gouverneur général eût insisté, ma protestation contre cette fausse assertion étoit prête. (C’est bien assez qu’une basse jalousie empêche l'effet du zèle et, j'ose dire, de quelques talents,

sans souffrir encore qu’un manège sourd et noir vous

associe À des sottises dont on gémit sans les pouvoir

arrêter,

L3 24 juin 1758. — Parti de Montréal à cinq heures du soir avec M. de Pontleroy, ingénieur en chef de la Nouvcille-France, qui a enfin obtenu, après beaucoup de débats, la permission de faire sa charge et de visiter les ouvrages de Carillon. Il est dur qu’un citoyen intègre et clairvoyant aille éclairer des friponneries que la faveur permet à un ignorant afin de l’enrichir,

M. X... est parent et courtisan; comment souffrir que sa conduite puisse être contre-carrée ?

Couché à la Prairie.

25 juin 1758. — Parti à cinq heures du matin; halte à la petite rivière de Montréal, où nous nous sommes embarqués jusqu’à trois quarts de lieues de Chambly ; fait à pied le Portage jusqu’au fort. C’est M. de Beaucourt qui l’a fait construire sur la rive gauche de la rivière Sorel ; quatre bastions de pierre, place d'armes dans l’intérieur, 2ssez spacieux; le plus joli fort du Canada, avant que M. Pouchot eût construit Niagara, et, chose qui tient du prodige. M. de Beaucourt n’a pas volé le Roi en le faisant construire.

De Chambly à Sainte-Thérèse, à cheval; de Sainte- Thérèse à Saint-Jean, en bateau ; nous y avons couché,

Deux rapides dans la rivière Sorel, un entre Chambly et Sainte-Thérèse, l’autre entre Sainte-Thérèse et Saint- Jean. Examiner à la paix, si, en extirpant les roches, on ne pourroit pas y rendre la navigation aisée,

Communication de Montréal à Saint-Jean, dans l’état présent, lente, difficile et dispendieuse ; à examiner à la

paix, s’il faudroit faire le chemin de la Prairie à Saint- Jean directement par les savannes, ou de la Prairie, ou en prenant plus bas, de Longueuil à Chambly, et, de ce fort à Saint-Jean, par terre ou en accommodant la rivière; ou s'il ne seroit pas plus avantageux, en cas que cela soit possible, de faire un canal de le Prairie ou de Longueuil à Saint-Jean, Plusieurs rivières dans cette partie ; terres excellentes, inutiles par les inondations, seroient désséchées par le canal, deviendroient un grenier a grain suffisant pour nourrir une grande armée,

Le marquis de Vaudreuil m'a remis l’état des officiers de la colonie destinés à la partie de Carillon; c’est une

AU Al , disgrâse de n'être pas employé à l’expédition de M. le | fl “ARE chevalier de Lévis.

fl L Le 26 juin 1758.— Courrier de Montréal à trois on f A heures du matin; le Bizarre, en rivière. EU Nouvelles de Louisbourg: il est assiégé ; descente | il faite à Gabarus le 8, jour fatal à l'Etat (ce sont les

termes de M. Franquet dans la lettre qu'il m’a écrite). Comment s'est pu faire cette descente sans résistance Al de notre part avec soixante à soixante-dix berges seule- À ment, ce qui peut faire trois mille cinq cents hommes au plus, une berge n’en pouvant porter plus de cinquante.

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Tel est le croquis de la côte de Gabarus; on dit que c'est à l’endroit marqué E, que la descente s’est faite ; mais comment les troupes chargées de défendre les retranchements de cette partie, après les premières décharges de l'artillerie et de la mousqueterie, n’ontelles pas marché, baïonnettes au bout du fusil, sur les Anglois, qu’elles eussent dû culbuter ? Comment celles du retranchement C, n’ont-elles pas aussi marché ? La mésintelligence entre les deux corps, et l’avidité de M. Prévost, qui gouverne M. de Drucour, feront perdre Louisbourg au Roi. Je dis l’avidité de M. Prévost et voici de quelle façon :

Les magasins du Roi sont derrière un des points d'attaque ; on en transporte donc presque tous les effets dans les magasins des particuliers; on rend la place plus tôt afin d'obtenir, par la capitulation, que les habitants conservent leurs effets et puissent, ou les faire passer en France, ou les vendre aux assiégeants. Le. commissaire ne fait inventaire que de ce qui se trouve dans les magasins reconnus au Roi, lors de la reidition, et ne fait aucune mention des effets répandus dans la ville, lesquels tournent à son profit. Ainsi fit M. B... * en 1745; il avoit engagé les habitants à présenter au commandant une requête pour lui demander de se rendre, et le commandant se rendit en conséquence,

sous le prétexte de ne pouvoir contenir les habitants dl | soulevés avec une garnison aussi révoltée. M. Prévost,

* En blanc dans le manuscrit; mais il est évident que c’est de M. Bigot que Montcalm parle. — NOTE DE L'ÉDITEUR.

élève de M. Bigot, marche à grands pas sur les traces de son mattre,

On mande au marquis de Vaudreuil qu'on lui envoie les paquets de la cour, de Louisbourg par terre,

M. de Lahoulière, commandant de Salce en Roussillon, ci-devant major de Lyonnois, avec brevet de colonel, est arrivé sur le Bizarre à Louisbourg, pour commander les troupes françoises dans la place, Je ne sais si elles l’auront vu de bon œil et si leur mécontentement à cet égard ne nuira pas au service.

On écrit aussi qu'on nous envoie deux bâtiments malouins chargés de vivres pour Louisbourg ; où ils en ont immensément dans la place, où ils comptent être pris. On se défend mal, quand, à peine attaqués, on a l’idée qu'on sera vaincus. M. de Boishébert, parti trop tard, s’amusera sans doute encore à faire la traite à Miramichi. Cependant, arrivé à l’Ile-Royale et tenant les bois avec ses Acadiens, les Micmacs, les habitants de lle Saint-Jean, les habitants et garnison du port Toulouse et du port Dauphin, avec lesquels il formeroit un corps de quinze cents ou deux mille hommes, il pourroit inquiéter la marche des ennemis et leurs mouvements de Gabarus aux tranchées qui en sont à une grande lieue, et concerter par des signaux convenus, des attaques extérieures, avec des sorties des assiégés ; mais je crains fort que rien de tout cela ne se fasse, et que la ville ne soit prise.

On écrit depuis de Louisbourg, que les Anglois doivent se tenir sur la défensive vers le lac Saint-Sacrement et attaquer la Belle-Rivière, Je ne sais quel fonds on fera

sur cet avis ; on se plaira peut-être à le croire vrai, afin

de laisser faible le corps qui m'est confié,

Partis de Saint-Jean à onze heures et demie; le nord. est nous a conduits à la Pointe-au-Fer, où nous avons passé la nuit.

Je n'entre point dans les détails d'une route déjà décrite dans les journaux des campagnes précédentes,

Le 27 juin 1758.— Je partis à la pointe du jour; rencontré sur le lac, Ignace, chef des Hurons de Lorette, dépêché par M. de Bourlamaque pour donner avis de l'établissement des ennemis au fond du lac Saint-Sacrement sur les ruines du fort George. Leur projet peut être ou de marcher à nous, ou simplement rétablir ce fort, Rencontré aussi un convoi de bateaux qu'on renvoie à Saint-Jean pour conduire à Carillon les troupes de la colonie; il y avoit sur ces bateaux un détachement de miliciens du gouvernement de Montréal, qui y retournent, Ils sont trop bons pour qu'on nous les laisse ; on les destine à l'armée de faveur.

Dégradé par un gros vent de sud-ouest à l’Ile-aux- Chapons, où nous avons passé la nuit.

Il a passé le soir et toute la nuit plusieurs canots de sauvages algonquins, népissings, iroquois du lac, qui retournent à Montréal, et de là, dans leurs villages avec dix-neuf prisonniers faits par eux, M. de Langy à leur tête, dans une île du lac Saint-Sacrement. Ils m'ont promis de revenir me joindre aussitôt après qu'ils auroient vu leurs champs de blé-d’Inde. Reste à savoir si le marquis de Vaudreuil ne les engagera pas à marcher du côté des Cinq-Natious,

Cette chimérique expédition de Corlar (aiusi la nomment les courtisans) sera peut-être cause de la perte de la colonie, Il faudroit marcher sur-le-champ aux ennemis avec les sauvages, l'élite des Canadiens, des troupes de tcire et de la colonie. Ils ne sont pas encore retranchés, persuadés, suivant le rapport des prisonniers, que la disette des vivres nous met hors d'état de rassembler un corps d'armée; ils se tiennent moins sur leurs gardes, et ne pensent qu’à accélérer leurs travaux, Une attaque imprévue et vigoureuse les culbuteroit et finiroit la campagne de ce côté, Le marquis de Vaudreuil pourroit alors s'occuper, ou d'envoyer des secours à la Belle- Rivière, ou de ses prétendues négociations avec les Cinq- Nations; mais qui sait s’il est désireux d’un succès décisif pour cette colonie, mais dont le général des troupes de terre seroit l'agent.

M. de Bourlamaque a envoyé M. d'Hébécourt avec uu détachement françois et des guides sauvages pour reconnoître le fond de la baie.

Le 28 juin 1758. — Restés dégradés toute la journée par un sud-ouest violent.

Le 29 juin 1758. — Partis de calme à trois heures du matin; le gros temps et le vent contraire nous ont pris à la hauteur de la rivière Boquet ; forcés par le sud-ouest de relâcher à l’Ile-aux-Boiteux,

J'ai remarqué dans toute cette partie du lac, dont les côtes sont escarpées et de roc, les lits des rochers horizontaux et les angles saillants opposés presque partout aux rentrants, À douze, même à quinze lieues de Saint- Frédéric, commence une chaîne de montagnes qui, du côté du nord, va gagner le pays des Cinq-Nations, et,

du côté du sud, traverse la Nouvelle-Angleterre, et s'étend presque jusques à la mer.

Passé la journée à l’Ile-aux-Boiteux, le vent contraire durant toujours de la même force.

Le 30 juin 1758. — Partis à trois heures du matin d’un vent nord-ouest ; arrivés à huit heures à Saint- Frédéric, où nous sommes restés jusqu’à onze heures, pour donner à M. de Pontleroy le temps de reconnoître ce fort et les positions voisines,

Arrivés à trois heures après-midi à Carillon,

Nous y avons trouvé les huit bataillons françois très faibles par eux-mêmes à cause de la quantité de mauvaises recrues, très affaiblis encore par les piquets des volontaires qu’on en a tirés pour le détachement du chevalier de Lévis; quarante homines de la marine, trente Canadiens en état d’aller à la guerre et quatorze sauvages ; des vivres pour neuf jours seulement, et pour un cas urgent, trente-six mille boucauts de biscuit,

Le nombre des ennemis grossissant tous les jours à la tête du lac Saint-Sacrement ; leur portage très avancé; mille chevaux et une quantité de bœufs proportionnés employés à le faire; les dépositions des prisonniers unanimes sur un projet de leur part d’assiéger Carillon et de commencer leurs mouvements dans les premiers jours de juillet. Vingt ou vingt-cinq mille hommes destinés selon leur rapport à cette expédition, voilà notre position. Le marquis de Montcalm a dépêché ce soir au marquis de Vaudreuil, pour lui en rendre compte. Les lettres de M. de Bourlamaque doivent déjà l'en avoir instruit. Persistera-t-il dans son aveugle sécurité pour cette frontière ? S'opiniâtrera-t-il à sa

don Quichotterie de Corlar ? Se hâtera-t-il au moins de nous faire parvenir des vivres, des sauvages et les secours de la colonie qu'il nous a promis ? Les ennemis pourroient bien le mettre dans le cas où il a annoncé qu’il marcheroit en personne. Qu'il vienne! Qu'il voie!

* et j'ajouterai de tout mon cœur: qu’il vainque! :

Le petit nombre de sauvages que nous avons ici, sentant le besoin qu'on a d’eux, sont d’une insolence extrême ; ils en vouloient ce soir à nos volailles. Ils enlèvent de force les barils de vin, tuent les bestiaux et il faut tout endurer, Quels pays! Quelle guerre !

M. d’Hébécourt, revenu depuis deux jours du fond de la baie, n'a trouvé aucune piste dans toute cette partie.

Le 1‘ juillet 1758. — La générale ce matin à la pointe du jour; sept bataillons ont marché en avant; la Reine, Guyenne et Béarn pour occuper la tête du Portage; la Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc et le deuxième bataillon de Berry pour occuper les rives droite et gauche de la chute du lac Saint-Sacrement, Le troisième bataillon de Berry est venu se placer dans le camp que la Reine a quitté, entre le fort de Carillon et une redoute qui commande le confluent de la rivière du fond de la baie et de celle de la Chute.

Ce mouvement hardi sans doute, étoit nécessaire pour donner de la considération aux ennemis, leur en imposer et leur faire perdre l'idée qu'ils ont de notre faiblesse, et en même temps pour empêcher qu'ils ne se fussent emparés à l’improviste du Portage; ce qu'ils pouvoient faire par une marche de dix ou douze heures

seulement sur le lac.

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J'ai été ce matin avec MM. de Pontleroy, Desandrouins, Jacquot et d'Hébécourt reconnoîttre les environs du fort de Carillon pour déterminer un champ de bataille et la position d’un camp retranché. Nous manquons de bras, et peut-être le temps nous manquera-t-il aussi. Notre situation est critique. Activité et audace, voilà nos seules ressources.

Conseils avec une douzaine d'Outaouais qui demandent à retourner à Montréal et de là à Michillimakinac, avec des brayets, des mitasses, des chemises, des fusils, Je les ai arrêtés; ils ont promis de faire en ma faveur un détachement de guerre, et d'attendre qu’il vienne d’autres sauvages, trop heureux qu'ils veuillent bien rester !

Il est arrivé ce soir un convoi portant trente mille rations, c'est-à-dire des vivres pour sept ou huit jours, au nombre que nous sommes aujourd’hui,

Dépêché un courrier au marquis de Vaudreuil,

Le 2 juillet 1758.— Il a été décidé d'occuper les hauteurs qui dominent Carillon par un camp retranché avec des redans et des abattis; la gauche, appuyée à la rivière de la Chute, et la droite, à celle qui va à Saint- Frédéric, de faire, de plus, un retranchement en arrière appuyé par la gauche à Carillon, par la droite à une grosse redoute que flanquera un abattis prolongé jusqu’à la rivière. Mais, pour exécuter ces ouvrages, il faut des bras, et que les troupes de la colonie et Canadiens arrivent, et que l'ennemi nous en donne le temps. Tout ce qu'on peut faire dans le moment présent et que l’on fait, c'est de tracer ces travaux et de faire faire aux troupes le la Chute et du Portage autant de fascines et de palis-

sades, que le service de ces camps le leur permettra. Le troisième bataillon de Berry, qui est à Carillon, ne peut fournir que quatre-vingt-dix travailleurs. Qu’exécuter avec aussi peu de monde ?

Conseil avec les Iroquois, les Népissings et les Outaouais; ils sont encore venus demander à partir pour Montréal; c'étoit pour se faire valoir ev tirer des couvertes, mitasses, etc, Ils se sout engagés à rester jusqu’à ce qu'il arrive d’autres sauvages.

Parti de ma personne pour aller camper à la Chute, pour être plus à portée de la tête du Portage et des mouvements de l'ennemi.

Une de nos gardes avancées a rencontré une découverte ennemie; coups de fusils de part et d'autre. L’Agnier a pris la fuite,

Le 3 juillet 1758. — M. de Raymond, capitaine de la marine, est arrivé avec cent dix-huit hommes, dont quatre-vingts Canadiens, le reste soldats de la marine.

M. Mercier est aussi arrivé pour prendre le commandement ‘de l'artillerie; il m'a apporté des lettres du marquis de Vaudreuil qui annoncent l’arrivée de puissants secours et du détachement de M. le chevalier de Lévis destiné à l'expédition de Corlar, à laquelle renonce le général américain, Je ne sais s'il y renonce de manière à m'envoyer absolument personne ni aux Cinq- Nations, ni à la Belle-Rivière. Ce seroit le cus de dire que les extrémités se touchent, On assure ici que M. de Longueuil ira porter des paroles aux Cinq-Nations, accompagné par un détachement qui passera de suite à la Belle-Rivière, aux ordres de M. de Saint-Ours, lieu-

tenant. Cette nouvelle parott sûre, quoique M. de Vaudreuil ne m'en écrive rien.

Arrivée de quelques bâtiments de convois et de quelques vaisseaux de guerre à Québec. Ces derniers destinés à Louisbourg, ont descendu au port l'oulouse le bataillon du régiment de Cambis, qui a gagné Louisbourg, par terre, et n’ont point entré dans le port à cause du siège commencé,

J'ai reçu un brevet d’aide-maréchal général des logis des troupes qui sont à mes ordres pour M. de Bougainville, mon premier aide de camp.

Nouvelles de Niagara, les sauvages continuent à bien faire. On n’y a reçu aucune lettre de M. Des Legneris qui indique qu’il appréhende d’être attaqué. Le convoi des Illinois arrive enfin au fort Duquesne.

Le 4 juillet 1758.— Services, gardes et patrouilles ordinaires. Notre position, forcément hasardée, nous oblige aux plus grandes précautions,

Pont au Portage avec un petit redan pour en couvrir la tête.

Pont au-dessus de la Chute pour la communication des troupes campées sur les deux rives de la rivière.

Il est parti ce soir, aux ordres du sieur de Langy, un détachement, d'environ cent cinquante hommes, don cent quatre volontaires de nos bataillons, vingt-cinq Canadiens et une vingtaine de sauvages. Un fait digne de remarque et qui nous fait honneur, c'est qu'à ce détachement, il marche un capitaine et sept lieutenants de nos troupes, aux ordres d’un enseigne ; M. de Langy n’a que ce grade. Son instruction est d'aller observer la position, le nombre et les mouvements des ennemis au

fond du lac Saint-Sacrement, et de faire des prisonniers, s’il lui est possible,

Une cérémonie lugubre a pensé faire manquer le détachement, * Un Iroquois, de sang-froid et sans nul sujet apparent, a assassiné publiquement, d’un coup de couteau, un de ses frères. Le meutrier s’est aussitôt enfui, Les sauvages l’ont cherché pour le tuer, Il a trois autres frères, dont un est ici et veut venger le défunt sur l'assassin. On ne sait encore ce que deviendra cette affaire, Ils se pardonnent entre eux les meurtres commis dans l'ivresse, Un homme ivre est une personne sacrée ; c'est selon eux un état si délicieux qu'il est permis de s’y mettre, et qu’alors on n’est plus responsable de ses actions. Mais ordinairement, ils punissent eux-mêmes les assassins de sens rassis, d’une mort prompte et qui n’est précédée ni suivie d'aucune formalité.

Il a fallu couvrir le mort par un ouapon, c’est-à-dire un équipement complet donné à la famille ; six branches de porcelaine ont essuyé les larmes, débouché le gosier et mis les guerriers en état d’aller à la guerre, Détachement de cent trente hommes qui avoit mené:les bateaux à Saint-Jean, rentré hier.

Reçu avis de Saint-Frédéric que le 3 et le 4, M. de Lusignan a eu indices de partis ennemis à la droite de la rivière, vis-à-vis Saint-Frédéric, et à la gauche dans la baie qui est derrière le fort,

Le 5 juillet 1758. — Arrivée de trois capitaines de la colonie avec environ cent cinquante Canadiens ou soldats de la marine; formation de deux compagnies de volontaires tirés de nos bataillons, aux ordres du sieur

fl .

Bernard, capitaine au régiment de Béarn, et du sieur Duprat, cajitaine dans celui de la Sarre,

Départ du sauvage meurtrier avec ses deux frères, Ils vont à la cabane pleurer le mort ét peut-être le venger.

Détachement envoyé à la Montagne-Pelée, revient sans avoir rien vu.

La première division du détachement de M. de Lévis a dû arriver aujourd’hui à Saint-Jean ; il est temps que les secours promis nous joignent.

A cinq heures du soir, le détachement du sieur de Langy rentra, ayant aperçu sur le lac un gros de berges ennemies qui ne pou voit être que, et qui étoit en effet, l’avant-g rde de leur armée conduite par le colonel Bradstreet ct le major Rogers.

Ordre sur-le-champ aux troupes de la Chute que, la retraite servant de générale, elles passassent la nuit au bivouac et qu’on commencât à déblayer les équipages ; le même ordre envoyé au Portage, et de tenir des détachements au nord et au sud pour éclairer le débarquement des ennemis, En conséquenc ; le sieur de Langy fut détaché avec cent trente volontaires pour se porter entre la Montagne-Pelée et le luc, et le sieur de Trépezec, capitaine au régiment de Béarn, le soutint avec trois piquets (cent cinquante hommes) aux ordres du sieur Germain, capitaine du régiment de la Reine, postés au camp de Contrecœur, une patrouille de grenadiers et de volontaires du côté du sud, Les volontaires de Bernard furent envoyés sur la rivière de Bernetz qui vient, entre les montagn:s dont ce pays est couvert, se jeter dans celle de la Chute, pour être avertis en cas

que les ennemis voulussent nous tourner par le derrière de ces montagnes,

M. de Bourlamaque n’a pas jugé à propos de faire déblayer les équipages de son camp; il croignoit que cette manœuvre eût un air de timidité; cependant toutes troupes, même supérieures, qui se préparent au combat, se débarrassent de leurs équipages.

La nuit, fusillade entre les patrouilles du sieur Germain et celle des ennemis, qui avoient mis des découvreurs à terre.

Le 6 juillet 1758. — Les troupes sous les armes ; berges ennemies sont aperçues au large vers les quatre heures du matin ; renvoi des équipages des bataillons de la Chute et de leurs bateaux à Carillon; ordre aux sieurs de Pontleroy et Desandrouins de tracer de suite des retranchements en abattis sur les hauteurs déterminées, le 1° de ce mois; au sieur de Trécesson d’y faire travailler le troisième bataillon de Berry avec ses drapeaux.

Le sieur Germain rentre au camp après avoir fusillé les berges qui passent à portée de lui; les volontaires de Bernard se replient aussi, après avoir fusillé quelque temps. L'armée ennemie commence à débarquer au camp de Contrecœur sur les neuf heures. La retraite du sieur de Bourlamaque se fait en bon ordre, sans perdre un seul homme, quoique en présence des ennemis ; il se joint à moi, et les cinq bataillons réunis passent la rivière de la Chute, en rompent le pont et, avec ceux de la Sarre et Languedoc, occupent en bataille les hauteurs situées vis-à-vis et à la gauche de cette rivière.

mille hommes, comme on n’en sauroit douter, d’après

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