‹ Journal du marquis de Montcalm durant ses campagnes en Canada de 1756 à 1759 [microforme]Chapitre 43 sur 52 · ÉTAT DES MILICES ET TROUPES DE TERRE DE LA COLONIE LE 31 JUILLET · texte numérisé non relu

ÉTAT DES MILICES ET TROUPES DE TERRE DE LA COLONIE LE 31 JUILLET

\ Troupes de terre. se socsooss sonoonovesousse 8,528 Soldats de la marine... sosseose sosssososoooos 1,112 Miliciens...…. 000000000000 00000000 00000000 00000 2,108

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Conseil avec les sauvages, cérémonie pour couvrir l'Troquois tué, Ils demandent de retourner à Montréal et promettent de revenir, Cependant ils laissent un certain nombre d’entre eux.

Le 1° août 1758, — Départ d'environ cent cinquante sauvages ; il reste encore ici quinze Iroquois du Sault et sept du lac, quelques Algonquins et Népissings, quelques Abénaquis, six Hurons, et tous les Outaouais, en tout environ cent cinquante sauvages.

Arrivée de trante ou quarante Mississagués.

Découverte faite sur le lac Saint-Sacrement par M, le chevalier de Lévis jusqu’à l’île à la Barque ; détachement marche en même temps par terre.

Courrier envoyé à Montréal. Arrivée d’un déserteur; les nouvelles qu’il a données de l'ennemi sont les mêmes que ci-dessus,

Le 2, — On trouvera singulier qu'aujourd'hui que l'impossibilité d'entreprendre une campagne et le siège

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du fort Edouard est bien démontrée, on continue d'amener toujours ici les trains d'artillerie et autres munitions, de faire les charrettes à bras, roues et outils nécessaires pour le portage en cas de siège ; on ne sera plus surpris quand on en saura la raison,

Le sieur Mercier et compagnie a l’entreprise des transports d'artillerie et d’autres portages relatifs aux expéditions de guerre, des fournitures d'outils, charrettes, rouages, etc., cela dit tout,

On objectera qu'il est toujours avantageux de disposer ici les préparatifs d’un siège, que, si on n’en fait pas un cette année, ils serviront la campagne prochaine,

L'objection seroit sensée dans l’autre monde ; elle ne l'est pas dans celui-ci. A la fin de la campagne, on ramènera à Montréal, et même à Québec, les équipages et munitions d'artillerie qui seront à peine arrivés ici. Les charrettes, outils seront brûlés pendant l'hiver parce que personne n'en prendra soin, Nouveau: transports, nouvelles fournitures à faire la campagne prochaine, .

Nora. — En 1757, M. Mercier a payé aux ouvriers pour quatre-vingt-dix-hu't mille livres d'outils sans leur retenir les quatre Ceniers, preuve qu’il les payoit pour son compte, L’intendant lui a passé trente-six pour cent de profit.

Toutes les haches étoient de fer brut sans acier; aussi toutes plient comme des oublies aux premiers coups. La colonie a failli périr par la mauvaise qualité des haches. Que fussions-nous devenus sans notre abattis ? C’étoit M. Mercier qui en étoit l’entrepre-

neur, qui les recevoit. Remarquez comme ici tout est dirigé, Ad majus lucrum. ,

En général tout est ici donné à l'entreprise, et voilà pourquoi toutes les fournitures sont détestables et les dépenses énormes, Le Roi n’a rien de la première main ; les chefs, les protégés, les protégés des protégés, tout cela doit gagner sur le prix que coûte chaque chose à l'Etat, Les sauvages et soldats se plaignent de la mauvaise qualité des vivres; les vivres sont à l’entreprise, etc, C’est le seul pays où le gouvernement autorise le munitionnaire à en fournir de mauvais. Les peaux de chevreuils, les souliers tannés, le tabac sont à l'entreprise. Les capotes, brayets, mitasses sont d’une mauvaise étoffe, trop courts, trop étroits; aussi sont-ils à l’entreprise. Les haches, pelles, pioches sont à l’entreprise, Ce n’est pas tout encore: ces entrepreneurs se servent des ouvriers du Roi, et leur payement passe sur le compte des articles que le Roi doit payer ; on ne fait qu'allonger les chapitres,

Par lé marché du Roi avee le munitionnaire, il s’est obligé à lui fournir tout ce qui est nécessaire à l’exploitation de la denrée, Si un particulier eût faitavec qui que ce soit un marché pareil à celui-là, la justice civile l'eût sur-le-champ interdit, C’est à la justice criminelle à jouer ici son rôle,

Quand une troupe n’est plus sous un fort, qu’elle se campe ou marche, alors ce n’est plus le munitionnaire qui fournit les rations ; c'est au Roi à nourrir, Comme le munitionnaire a seul les denrées, il vend au Roi, le prix qu’il veut, et les transports se donnent à l’entre-

prise. Les camps de la Chute et du Portage sont dans ce cas,

Dans un fort que l'on construit, il faut des chevaux pour charrier, Il seroit tout simple que le Roi en eût à lui qu’il nourriroit, que des gens payés par lui soigneroient, Ce n’est pes cela. La fourniture des chevaux se donne à l’entreprise. Le privilégié a des chevaux à lui que le Roi paye au voyage. Quelques particuliers en ont aussi ; le privilégié les prend, les paye aux particuliers sept livres dix sois par journée, prix fixé par l'intendant, se les fait payer par le Roi au voyage, et par cet arrangement, chacun de ces chevaux gagne par jour de vingt-deux à vingt-quatre livres.

Nota. — 1° On a fait payer par le Roi, counme charpentiers ou autres ouvriers, les charretiers du sieur X..., depuis le commencement des ouvrages jusqu'au 1° juillet, On a présenté le certificat à M. de Pontleroy, qui a refusé de le signer ; il en a même écrit à Monsieur lintendant pour lui demander ses ordres à cet égard.

Dix-sept chevaux, du 10 au 31, ont gagné à Carillon six mille sept cent quarante-huit livres, suivant les certificats signés et payés. Ils gagnent à peu près autant l'hiver comme l'été. Donc dépense pour le Roi de cent vingt mille livres par an.

2° J'ai dit : par cet arrangement. Je m'explique ; le commis de M. X... avoit ordre de faire les certificats de plus de voyages que les charretiers n’en faisoient réellement, en sorte que chaque cheval gagne au moins vingt livres par jour ; et c’étoit M. X... qui signoit les certificats. Maintenant qu'il est parti, il a fallu révéler à M. de Pontleroy ce mystère d’iniquité et

les preuves qu’on en a sont authentiques, et par écrit,

De plus, le Roi paye tous les voyages que les chevaux font pour le munitionnaire, et ils ont encore le temps d'en faire beaucoup. Quels chevaux ! ceux de Castor et Pollux n’étoient auprès d'eux que des rosses, /

M. X.. et compagnie a, de cette sorte, le privilège des chevaux pour les ouvrages de Carillon; or c’est lui qui y fait la monnaie et qui paye les différentes dépenses en sa qualité d'ingénieur.

Il est donc bien vrai de dire que le pays périra après avoir ruiné la France par monstrueux abus des privilèges excessifs.

Départ d’un courrier pour Montréal.

Le 3 août 1758.— Conseil avec les Mississagués,. Arrivée d’une vingtaine d’Abénaquis de Panaouské. Conseil avec eux. Courrier de Montréal, nous a donné des nouvelles de Louisbourg; la tranchée n'étoit pas ouverte le 28 juin.

Le 4 août 1758. — Départ de M. Marin pour le fond de la baie, avec un parti de deux cent dix-neuf sauvages et deux cent vingt-cinq Canadiens, On a pris des vivres et des équipements pour ce nombre d’hommes ; plusieurs les vendent après l'avoir recu, et reviennent en demander d’autres. Il n’y a ni compte, ni rôle, car des quatre cent quarante-quatre hommes équipés sous le prétexte de ce parti, il n’y en a peut-être pas trois cents qui marchent, Quiconque prouvera qu’il est possible de remédier à cet abus, prouvera qu’il n’est jamais venu dans ce pays.

DE ee

Le 5 août 1758.— Titus disoit qu’il avoit perdu sa journée, quand il l’avoit passée sans accorder un bienfait, Un Européen a ici bien employé la sienne, quand il la passe sans apprendre une concussion ou friponnerie nouvelle.

Lorsque les troupes ont marché vers cette frontière, on à commandé les habitants voisins du portage de Chambly, pour qu'ils y amenassent leurs charrettes, Le munitionnaire a fait payer, à ceux qui n’avoient pas apporté leurs vivres avec eux, la ration une livre dix sols, ‘“ Eh quoi! disoit l'habitant, ce même munitionnaire ne nous a donné tout l’hiver que dix sols par jour pour la nourriture du soldat, et il nous retient une livre dix sols pour cette même ration”. L'ordre du marquis de Vaudreuil y étoit précis.

Quand les Canadiens sont à l’armée, ils souffrent la même diminution dans la ration que le reste des troupes. Mais le munitionnaire ne leur fait pas le décompte de l'économie ; elle tourne entièrement à son profit. C’est dans cette colonie que Juvénal s’écrieroit : Difficile est satyram non scribere : nam quis iniquœæ tam patiens gentis tam ferrens, ut teneat se.

Rien.de nouveau à l’armée,

Le 6 août 1758.— Courrier de Montréal. Lettres de M. le marquis de Vaudreuil par lesquelles il m'avertit que la colonie doit son salut aux sauvages, que ces nations exigent beaucoup de douceur et de complai-

‘sance, qu’elles se sont plaintes en plein conseil de ce que

je les avois traitées rudement et avoient déclaré qu'elles ne retourneroient plus en guerre de ce côté tant que j'y commanderois,

Voilà donc un grief qu’on peut former contre moi ; dans tout le reste, je crois que ma conduite est irréprochable. Les faits parlent, et ce qu'ils disent est plus clair que le jour. Cet objet inique enveloppé de ténèbres épaisses est l’objet qui présente matière à reproches,” Il en est des sauvages et des interprètes comme des oracles du paganisme, auxquels leurs prêtres faisoient dire ce qu’ils iugeoient à propos, ce qui étoit favorable à leurs intérêts, à leurs vues, ou conforme aux désirs de ceux qui les payoiïent ou qu’ils vouloient flatter.

On a dit à quelques sauvages du Sault-Saint-Louis, de se plaindre du général françois. Ils s’en sont plaints, ou du moins l'interprète a dans le conseil, rendu des paroles de plaintes. Cependant ces sauvages si mécontents ont fait, chose inouïe dans cette saison, deux partis de guerre considérables, de suite et sans retourner à la cabane, et un certain nombre d’eux marchent encore à un troisième détachement avec M. Marin. Les faits sont de toute langue; mais leur langage ne s’entend pas; on ie suppose tel qu’on le veut,

Aujourd’hui dimanche, relâche aux travaux. Quelques sauvages du parti de M. Marin sont revenus, se disant incommodés.

Du 7 au 12 août 1758. — J'ai envoyé M. de Bougainville à M. le marquis de Vaudreuil, avec ordre d’étouffer, s’il étoit possible, ce levain de discorde qui fermentoit et qui peut-être auroit nui au bien du service, Ainsi, je fais encore les avances; l'intérêt public est la règle de mes démarches, et j'ai sans cesse dans l'esprit ce mot de Thémistocle : Frappe, mais écoute. Il parott

que le marquis de Vaudreuil a plutôt suivi dans toutes ces tracasseries les impressions de subalternes intéressés à brouiller, que ses propres idées: ce qui est cependant de lui dans cette affaire, c'est l'amour-propre et une jalousie de rivalité, fondement sur lequel. bâtissent les brouillons. Les apparences sont que le voyage de M. de Bougainville n’a pas été infructueux; je souhaite que les faits y répondent,

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JOURNAL

DU

13 aoUT 1758 au 17 mars 1759

M. Péan est parti pour Québec, d’où il doit passer en France, sur la flûte du capitaine Canon, qui est prête à mettre à la voile, Il portera la nouvelle de notre victoire. Il ne manquera à son récit que de pouvoir dire: j'ai vu. Le prétexte de ce voyage est une douleur de rhumatisme dans le bras, qui demande le secours des eaux. Le motif véritable est la nécessité de prévenir et tâter un ministre nouveau et qui peut encore changer. Pour que le marquis de Vaudreuil ne reste pas seul, le sieur Mercier vient tenir auprès de lui la place qu'occupoit Péan. Il faut bien que M. l’intendant ait toujours un résident auprès de la personne du gouverneur général,

M. Martel, ancien garde-magasin de Montréal,membre de la Grande-Société, passe en France avec lui; il va voir comment il y placera les sommes immenses exprimées par cette terre malheureuse,

Le munitionnaire a prêté sept hommes à M. de Bougainville pour le ramener de Saint-Jean à Carillon;

ils lui ont dit qu’ils avoient été commandés pour la guerre, choisis ensuite sur toutes les levées, livrés ensuite au munitionnaire pour conduire ses bateaux, qu’ils en étoient à leur cinquième ou sixième voyage et qu'aucun d’eux n’avoit encore été payé. Le munitionnaire prétend que cette friponnerie vient de ses commis qui ont les charrois à l’entreprise,

Les Folles-Avoines ont envoyé prisonniers à Montréal les sept sauvages de leur nation, qui avoient cet hiver assassiné à la Baie une famille françoise. Trois ont été passés par les armes sur la place de la ville, et les quatre autres doivent venir à la guerre jeter leur corps pour expier leurs crimes. Cette soumission d’une nation indépendante, él'ignée de plus de cinq cents lieues, fait grand honr -vr au nom francois.

M. Marin est reveu. le ‘0. Il a rencontré Rogers avec cinq cents hommes, soutenu par le major Putnam à la tête de deux cent cinquante hommes d’un nouveau corps, composé de gens d'élite, sous le nom d'infanterie légère, aux ordres du sieur Gage, brigadier général. La partie n'étoit pas égale, Nos gens se sont retirés en bon ordre, laissant sur le champ de bataille treize hommes tués, dont cinq sauvages, et emmenant leurs blessés au nombre de 10, Ils ont fait cinq prisonniers dont est le major Putnam, Une grande partie des Canadiens du détachement de M. Marin étoit de la mauvaise espèce. On prétend que le commandant des milices les lui avoit donnés tels par jalousie de métier; d’ailleurs, des affaires d'intérêt pour société de poste ont indisposé M. de Rigaud contre son beau-frère,

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Le 10 et le 12, cinq cents miliciens du gouvernement de Montréal sont partis pour retourner chez eux. Ordre de s'arrêter à Saint-Frédéric, afin d'y faire du bois pour la garnison.

Départ de la plus grande partie des sauvages. Ilen reste soixante-quinze, savoir :

ITOQUOÏS Léo sosooovos s voue sonsvsesssoserse 9 AbéDaquis.....e sovsecoso sovooonoe sovoso vososses 18 MICMACS sessssose sovosess soveosves soovoe sovc0o 2 NépissingMes sévices écssocsensosecee cvosooooses À Mississagués es sonosoosovoossose 42

M. Wolff, envoyé pour porter au général anglois les propositions du marquis de Vaudreuil au sujet de l'échange des prisonniers, est revenu le 12, avec une réponse de ce général qui semble indiquer qu'il n’a pas compris le sens de ces propositions,

C'est à ce sujet que j'ai dépêché M. de Bougainville au général anglois pour lui présenter nettement les intentions du gouverneur général. L’Anglois n’a rien changé à sa réponse. Il paroît qu’il veut retenir nos soldats, dont il croit que nous avons besoin ; il ne parle que d'échanger les officiers. Il est convenu de la justice de la clause du marquis de Vaudreuil de tenir en séquestre jusqu’à une décision des deux cours, les Canadiens et soldats pris avant le 9 août, que nous prétendons devoir nous être rendus par la capitulation

du fort Guillaume-Henry ; cependant cette clause sert de prétexte aux difficultés qu'il fait,

M. de Bougainville a été recu et traité avec la plus grande politesse, Il n’y a pas apparence qu’ils veuillent rebâtir le fort Guillaume-Henry.

M. de Longueuil est revenu de son ambassade des Cinq-Nations. Il s’est arrêté à l'embouchure du lac de Chouaguen. Les sauvages l'ont averti qu’il ne pouvoit, sans courir de grands risques, s’avancer au-delà, Ils y sont venus conférer avec lui et lui ontdit qu’ils alloient envoyer des députés à Montréal. Les Anglois, au nombre de cinq ou six mille hommes, ont déjà reconstruits le fort de Bull. Ils faisoient le portage des matériaux nécessaires pour rebâtir celui qui étoit à la tête de la rivière de Chouaguen. Il paroît que les Cinq-Nations ont consenti à ce rétablissement; les Onontagués seuls s’y sont opposés, Tous ces sauvages seront enchantés de voir Chouaguen rétabli, et je pense qu'il se fera cette année, Nous n'avons en vérité rien fait de ce qui pouvoit empêcher ces sauvages de regretter ce comptoir, où la traite leur étoit avantageuse,

Le 17 août 1758. — Départ du reste des miliciens marqués pour être renvoyés. On a replié le camp du Portage sur la Chute. IL y reste un poste de deux cents hommes dans une redoute : ce poste est relevé toutes les vingt-quatre heures. Il entretient une découverte sur le lac Saint-Sacrement. L'armée est réduite à dix-neuf cent trente-trois hommes de la colonie dont six cents miliciens et deux cents malades, Ouvriers canonniers, environ deux cent cinquante,

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