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qu’au pied du retranchement, la nuit à la vérité, mais après avoir passé pour débarquer sur plusieurs rangs de bateaux, soutient que tuutes les apparences sont exactement les mêmes qu’à son premier voyage à ce camp. Il me semble qu'en supposant même que MM. de Sabrevoix et Wolff méritassent dans des circonstauces ordinaires même degré de confiance, dans celle-ci, il en faut croire plutôt le rapport de celui des deux, qui certainement a vu de sang-froid, parce que le pavillon qu’il portoit le mettoit à l'abri de tout danger. Quelques gens prétendent que le jeune Canadien n’a dit que ce que ses supérieurs compatriotes lui ont dit de dire, et cela pour qu’en conséquence on le rappelât de cette partie qui n’est plus menacée, pour marcher sans doute au secours de l’autre frontière; c'est que, pour y arriver, l’on passe et l’on séjourne à Montréal, et voici le temps des affaires ; car, passé le 8 septembre, on ne délivrera plus de lettres de change au trésor. Nora. — On a donné un terme si court à la réception du papier pour être converti en lettres de change. 1° Afin de masquer l'énormité de la dépense ; car, depuis quatre mois, on n’a payé aucun de ceux qui travaillent pour le Roi. 2° Afin que les partisans et ceux de la Grande-Société qui sentent le danger où est la colonie, qui craignent l’anéantissement de la monnaie et du papier, aient plus beau jeu pour la convertir en lettres de change, dans un temps où les affaires ne sont pas encore faites et où les officiers, tous négociants, sont . l’armée, Effectivement, M. de Rigaud écrit à son frère que c’est la seule découverte qui, jusqu'à présent, ait été bien faite; que les ennemis ne sont plus en
force au lac Saint-Sacrement, et qu'ainsi il n’est plus nécessaire de laisser ici celles qui y sont.
M. le marquis de Montcalm avoit demandé à M. l'intendant que tous les ans il assignât aux troupes françoises un fonds de quatre-vingt mille livres, en lettres de change du premier terme.
Cette demande étoit d'autant plus juste que nos fonds sont sur-le-champ payés en argent comptant par le trésorier de l'extraordinaire des guerres à celui des colonies. M. l’intendant a refusé net,
Nora. — Depuis que nous sommes en Canada, notre traitement a diminué de près d’un sixième, Au lieu de nous payer en argent comme les premières années, depuis dix-huit mois, on nous paye en papier. On a retranché une partie de ce qu’on donncit aux troupes en campagne. Cependant, tout est ici devenu d’un prix si excessif qu'on auroit peine à en croire le détail. Je parle des choses nécessaires à la vie, Qui voudroit ensuite détailler les désagréments de tout genre qui nous accablent ici, feroit une élégie dont peu de gens sentiroient la force.
M. de Bougainville a écrit une lettre à Montréal pour être montrée au marquis de Vaudreuil, dans laquelle il dit qu’à sa place, il feroit sur-le-champ à la Présentation, s’il en est temps encore, aux Cèdres au moins, tous les préparatifs pour une expédition d'automne, d'hiver ou de printemps ; qu’il retiendroit tous les voyageurs et engagés des pays d'En-Haut, objet de deux mille excellents hommes ; qu’il feroit dire aux sauvages de ces cantons qu'ils viennent eux-mêmes chercher leurs besoins à Montréal, où on les leur donne-
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roit, au lieu de les leur vendre ; qu’il arrêteroit tous les pêcheurs du fleuve et golfe Saint-Laurent, dont il feroit des matelots sur les lacs Ontario et Champlain ; qu'il prendroit même sur lui, pour remplir le même objet, de faire rester en hivernement quelques-uns des vaisseaux marchands aujourd’hui à Québec, et leurs équipages, mâtures, etc. serviroient à la marine des lacs; qu'il ordonneroit sur-le-champ au sieur Levasseur de ne plus employer tous ses ouvriers qu’à construire à Saint-Jean et à la Présentation, des chebecs, une goélette et un brigantin ; qu’il feroit faire force bateaux, canots d’écorce et achèteroit tous ceux des particuliers ; qu’il empioyeroit à la guerre et aux travaux militaires tous les ouvriers des villes et campagnes; qu’il chargeroit de commander les miliciens dans les côtes les officiers qui doivent marcher à la guerre avec eux; qu'il porteroit toutes les compagnies de terre et de la marine à soixante hommes, en y incorporant des Canadiens d'élite qui serviroient toute la campagne avec une paye fournie par le Roi, ou même par les paroisses ; ce mélange donneroit à chaque troupe de bons tireurs, de bons canotiers, de bons ouvriers en tout genre, et dont l'émulation réciproque feroit d'excellents guerriers ; qu'il mettroit l’ordre et la police dans les convois du munitionnaire qui enlèvent les meilleurs hommes ; qu’enfin, par l'emploi et l’économie des hommes et du temps, il chercheroit à se tirer de la plus critique position où l’on se soit jamais trouvé.
Les sauvages ont dem ndé à partir ; ces messieurs n'aiment pas les mauvaise. nouvelles. Des colliers, un hymne de guerre que je leur ai chanté, un cochon
donné pour faire festin, un coup d’eau-de-vie ; ces grands mobiles les ont arrêtés ; ils ont promis de rester encore huit jours. Leur nombre est de cent environ.
Le 5 septembre 1758.— Continuation des travaux du retranchement par les huit bataillons entiers. (On eût peut-être pu trouver assez de terre pour former en avant un fossé qui eût amélioré la défense du retranchement, l’eût garanti du feu ; ce qui nous eût épargné de le défaire cet automne pour le refaire au printemps, Mais on a cru que l'ennemi ne nous donneroit pas le temps de le finir, et qu'ébauché seulement, en cas d'attaque, il seroit plus (sic) pour les assaillants que pour nous,
On fait les dispositions pour replier le camp de la Chute, c’est-à-dire qu'on transporte à Carillon les pieux, rames, avirons, bois de chauffage, que les troupes de ce camp ont fait, et qu'on va dès aujourd'hui, commencer à barrer la rivière de la Chute par une digue à portée du canon du fort, M. de Bougainville est chargé de cet ouvrage, qui n’est autre chose qu’une espèce de chaussée de castors faite d'arbres couchés dans l’eau, troncs et branches, et liés par divers rangs de pilotis enfoncés à fleur d’eau,
Quelques sauvages, qui étoient à la chasse sur les bords de la rivière au Pendu, ont été attaqués par un parti ennemi; un sauvage a été légèrement blessé ; les autres se sont sauvés à Carillon, M. de Saint-Luc a marché sur les pistes des ennemis avec presque tous les sauvages du camp et est revenu deux heures après nous dire qu'elles paroissent être celles d’une trentaine
d'hommes, dont plusieurs avec des souliers françois, le reste sauvages,
Trente des nôtres partiront demain matin pour courir après ce parti qu’ils comptent joindre après-demain et ne pas trouver sur leurs gardes, attendu qu'ils ne s'attendront plus à être poursuivis,
M. de Charly, beau-fils de M. de Noyan, commandant de Frontenac, est parti hier pour Montréal,
Le 6 septembre 1758. — Nouvelles de Québec qui annoncent la prise de Louisbourg ; de Montréal, qui apprennent celle de Frontenac.
Louisbourg s’est effectivement rendu le 26 juillet, ainsi que l’avoit écrit le général Abercromby à M. de Bougainville, Nous ignorons absolument le détail et du siège et de la reddition. Il en coûte avec cette place six ou huit vaisseaux de guerre à la France. Si M. de Drucour eût été plus citoyen qu'occupé de son intérêt particulier, il lui eût épargné cette perte. Effectivement ces vaisseaux gardés dens le port, ne pouvant sauver la place, le frivole honneur d’une défense un peu plus longue ne valoit pas de les sacrifier. Je pense que si l’Ile-Royale est rendue à la France, ce sera un simple poste avec un commandement de cent hommes pour la police de la pêche; quelques ouvrages qu’on y fasse, la place sera prise, parce qu’on ne sauroit empêcher la descente, Ainsi c’est une dépense énorme pour la fortification, son entretien et celui d’une grosse garnison qui tombent à pure perte. Je rappellerois en Canada les compagnies détachées à Louisbourg, lesquelles seroient une forte et bonne augmentation aux troupes de la colonie, Comme nous n'avons point d’autres détails
jusques ici, (voici) les articles principaux de la capitulation suivant la lettre du capitaine Abercomby. La place s’est rendue aux conditions suivantes :
Premièrement, la garnison sera prisonnière de guerre et transportée en Angleterre dans des vaisseaux de Sa Majesté Britannique.
Secondement, toute l'artillerie, munitions de guerre et de bouche, et armes seront remis aux commissaires de Sa Majesté Britannique.
Troisièmement, le gouverneur donnera ordre que les tronpes qui sont dans l’île Saint-Jean et dépendances se rendent à bord de tel vaisseau que l'amiral enverra pour les recevoir.
Quatrièmement, les négociants et leurs commis qui n'ont point porté les armes seront renvoyés en France, etc.
On a mandé ici que la ville de Louisbourg s’étoit rachetée de tout pillage et confiscation pour la somme de cent cinquante mille livres, que tous les habitants étoient tranquilles dans leurs maisons et jouissant de leurs effets jusqu’au temps de l’embarquement, et que l'amiral avoit fait pendre un soldat anglois qui avoit volé un habitant,
Le 12, on a recu à Montréal un journal de M. de Boishébert qui contient le détail de ses manœuvres depuis le 8 juillet, jour auquel il est arrivé à l’Ile- Royale, jusqu'au 30, jour auquel il en est parti. Il paroît par ce journal qu’il s’est toujours tenu très fort sur les derrières de l’armée angloise, qu’il n’a pas ou peu incommodé; que son détachement étoit faible et
d’une médiocre volonté; qu’en‘un mot il auroit mieux
valu épargner au Roi cinq ou six cent mille livres de frais, en ne l’envoyant point à l’Ile-Royale. Il est allé faire coup du côté du fort George, dans les environs de la rivière Saint-Jean.
Du 6 septembre 1758. —