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Nous reconnaissons donc que des additions furent . | faites au récit primitif. Leur explication se pré-
L sente d'elle-même. Le copiste, quel qu’il soit, peut- : être même Soudan, le premier qui nous soit connu, acru qu’il serait bon de consigner dans sa trans-
| cription ces détails ignorés au moment de la rédac- L
tion, et pour mieux montrer qu'ils étaient de son
fait, il a employé cette expression nue signalée plus haut. |
XXXVITI
Du reste, les copies manuscrites qui nous restent
__ portent avec elles la preuve palpable de certaines __: retouches, que l’on pourrait justement qualifier de : maladroites. | |: Après avoir parlé des événements survenus : Fr « le mercredy neufiesme jour du mesmé mois de .
— febvrier, » et le « lendemain qui fust jeudy », l’au-
. teur met « le vendredy neufiesme jour d’iceluy
. mois. » Il y a donc une erreur de copiste ; on doit lire « unziesme ». |
Nous en trouvons une autre pour le jour du
| | sacre. Au lieu de « le lendemain, qui fut dimenche 5
ne septiesme jour de juillet ,, il faut lire « dix sep- ns “- tiesme ». | — sn
Sans doute l'erreur est facilement explicable ; en supposant que les dates fussent écrites en chiffres
romains, dans le premier cas, c’est x1 au lieu - de 1x, dans le second cas, c’est l’omission de x qui
a produit la faute. Signalons maintenant une nou-
| velle erreur produite par l’omission d’un 1. Le lundi étant le 2 mai, le mercredi 4, le samedi ne
pouvait se trouver le 6 et le dimanche le 7. Enad- . meftant encore la date en chiffre, on a samedi vij et . dimanche viij, ainsi qu'écrivent nos Comptes dé ville.
Mais. il y a plus. « A la fin du mois de jan- . vier 1429, dit l'abbé Dubois (p. T1), il y a quelques
. transpositions qu’on doit attribuer à la négligence. L des imprimeurs, qui, ayant omis plusieurs alinéas,
. wont pas voulu retoucher leur planche et se sont |
É -. Le mardy 18° janvier.
L | ‘contentés d'insérer, sans ordre, ce qu’ils avoient. .
omis. Ce sont ces transpositions qui ont fait direà
= Berriat-Saint-Prix qu’on remarque dans le Journal ti
du Siège le double emploi d’une semaine. » Or, cette faute, qui s’est glissée dans toutes les éditions .
| imprimées, faute non signalée par Quicherat,. se > Es retrouve dans les quatre copies. manuserites. L
| dat ns = 2 cine me
- Voici ce qu’on lit :
: Le mardy d’après (ce qui suppose le 2 janvier ; . Le jeudy ensuivant, 21 ; CE __; Le vendredy 28:
… ..Le samedy ensuivant 29 ;
-‘Le dimanche (sans quantième) .
. Le lendemain j vb de lundy 24 ; , Le: mercredy 26; - Le lendemain qui estoit samedi 29 ; Le: jour d’après qui fut. dimenche Gas | quane tième) ; à —
Le lendemain jour de lundy 51 et dernier d'ice- |
“hi mois de janvier. | “Ces fautes de transposition doivent être. ainsi | corrigées: | : Le mardi 18; | | = Le dimanche (sans quantième) 23; : Lelumdi24; :: Le mardi d’après, 25; ‘! Le mercredi 26; Le jeudi ensuivant 27; | : Le vendredi 28 ;
Le lendemain qui était samedi 29 ; et au 1 lieu de. | LE Le «le samedy ensuivant 29, » dire le mesme samedy. »°. | ‘ Enfin, nous signalerons une grossière interpola- | “tion qui est plus qu’une maladresse et qui cons- “titue une véritable erreur. Au 10. mars, il est dit : + | « D'autre part s’en \ allèrent les Anglois à Saint: Loup d'Orléans et y commencèrent une bastille, :tendans tous jours entretenir leur siège contre. Orléans, - pour lequel faire lever se mist sur les: champs Jehanne la Pucelle:.…. et print congé du:
-roy.… » Or, Jeanne ne partit de Blois die la fin du mois d'avril.
Autre bizarrerie. Après la prise de Haugenez, on |
Fe
lit: «... ïz se hastèrent le plus qu’ils peurent.…, tant que les Anglois n’eurent loisir d’aller jusques à Jenville {ici une lacune dans tous les manuscrits), à
villaige en Beausse nommé Pathay. » Il y avait évidemment dans l’orig'aal un mot que le copiste w a pu lire, « ils s’arrétèrent à un ». | |
Or, ces fautes, reproduites dans tous les manus- k 5 Le rs supposent un original défectueux, et, comme L la copie la plus ancienne à date connue 1472, celle de Paris, a été prise vraisemblablement sur celle de | Pneus de 1466; comme, en outre, il est de toute | ” à ns que le premier original ne contenait pas io
ces erreurs palpables, n’est-on pas en droit de
reconnaître aussi que des additions, de quelque L nom qu’on veuille les qualifier, ont pu et dû avoir
‘été faites à une époque impossible à préciser ; par ..
7. “ ‘conséquent, le véritabie original, privé de ces Le -erreurs, de ces transpositions, de ces incises depuis,
. remonte à l’époque même des faits racontés et suppose un témoin oculaire, un rédacteur contem— __porain des événements.
A ces difficultés déjà grandes, les savants orléa-
nais en ajoutent d’autres qui ne sont pas à dédaigner,
« Je puis assurer, dit l'abbé Dubois, qu’en | copiant sur parchemin le Journal du Siège, Soudan s’est permis de substituer plusieurs mots rouveaux : à ceux qui se trouvaient dans l'original. En 1428, on ne disait pas la ville d'Orléans, mais Orliens, n.
+ la porte Bannier, mais Bernier, qui perdit ce nom
en 1440; et je ne puis pardonner à Soudan d’avoir substitué le mot Tournelles à celui de Tourelles,. . qui est le seul qu’on trouve dans les comptes de. : : ville de 1429 à 1576 (p. 65 et 66). » On pourrait __ ajouter Regnart au lieu de Renart. | “Nous répondrons d’abord que le nom de notre
| ville pouvait être écrit Orts en abrégé, comme il
"se trouve dans beaucoup de comptes de l’année 1426, et que le copiste de 1466 a pu lire Orléans. : Ensuite, bien que les Orléanais aient toujours
écrit officiellement, c’est-à-dire, dans leurs comptes
de commune et de forteresse, Orliens, jusqu’à une époque assez tardive (1464 autant que nous avons pu suivre ce nom), M. L. Jarry a reproduit (Histoire
de la Cour-Dieu, p. 176-177) des lettres de Vidi-
mus qui commencent ainsi: « À tous ceulx qui
verront ces présentes lettres, Jehan Poirier, prévost d'Orléans, salut... », et qui se terminent
XLHI par ces mots: « avons fait sceler ces lettres de Vidimus du scel de la prévosté d’Orliens. »
Voilà un Orléanais qui, le 28 novembre 1392,
L date de ces lettres, emploie les deux formes.
M. Bailly, dans son savant mémoire sur l’histoire
| Ca et étymologie des mots « Orléans » et « Orlée- … nais », publié dans les Mémoires de la Société
—: d'agriculture, sciences. belles-lettres et arts d'Or-
léans, t. XIII, pp. 287-288, de la 3° série, constate, avec Mantellier, que des pièces tirées des archives de la ville fournissent Orléans de 1412 à 1446, conjointement avec la forme Orliens.
L'auteur du Journal avait lonc le droit de choisir :
“le mot qui lui convenait le mieux. Et Dunois ne
8 signe-t-il pas toujours Bastard d'Orléans ?
Les deux autres formes reprochées par l'abbé Dubois s 'expliquent de la même manière. Voici des textes formels. | « À Colin Thomas, dhérisailer: pour avoir fait | amener ledit bois des forsbourgs de la porte
. . Barnier à lad. porte Regnart, V). S p. »
Ces expressions, tirées du 13° mandement du compte de forteresse des années 1424-1426, se retrouvent dans les mandements 18, 19, 22, 23 et
9% de la même date. Les années 1428-1430 donnent
la porte Bernier et la porte Renart. | Quant au mot Tourelles, nous avouerons qu'il est Ê
généralement employé; cependant, les mande-
ments 18 et 26 des comptes de forteresse 1424- -: + 4496 donnent Torelles, et le mandement 49 du :
. : | compte de forteresse 1428-1430 fournit Tournelles.
« À Collin Gallier, pour bailler à viÿ me
meneuvres qui ont osté la terre de dessus le planchier des Tournelles…, à chacun ij 8. p. — A luy, pour deux macons, lesquieulx ont osté
et arrachié les pierres d’icelies Tournelles qui - vouloient cheoir, viij s. p. » |
[7 Parlerons-nous de certaines expressions qui
sentent le terroir orléanais, comme: « Les Anglois |
levoient des charniers. c’est des eschalas des . vignes », « l'heure de fremer ies portes », « les portes deffremans », c’est-à-dire fermer et ouvrir ; « gardant un peu de berbis qu'ilz avoient »;. « furent là que tuez que prins », c’est-à-dire tant tués que pris. L |
Nous sommes donc en présence d’un auteur orléanais, d’un contemporain des faits; le Journal remonte donc à l’époque même du siège.
Tel n’est pas cependant le sentiment de plusieurs historiens qui lui donnent une origine plus moderne. |
< 11 me paraît certain, dit l'abbé Dubois (p. 75), que l’auteur de cet intéressant journal n’a accom-.
. | pagné la Pucelle que jusqu’au 15 août 1429, car il a puisé dans l’ « Jisioire de la Pucelle » tout ce.
“qu il rapporte de cette héroïne, depuis le 15 août
: : jusqu’à la fin de septembre où il termine son
ouvrage, parce que l’/Jistoire de la Pucelle finit.
à cette époque. » Et, comme preuve de ce qu’il ii
- . avance, le savant abbé met en parallèle deux pas. | | ai sages, empruntés l’un au journal, l’autre à l'His-
loire où Chronique de ia Pucelle. L'argument
: n’est pas sérieux, car le contraire pourrait être nn … prouvé de la même facon. | « Il s’en faut, dit à son tour Quicherat (t. IV,
p.208), que la Chronique de la Pucelle ait le
caractère d'originalité qu’on lui attribue. Une partie de ce qu’elle contient sur la Pucelle n’est que la. : copie légèrement modifiée soit de Jean Chartier, soit du Journal du Siège paraphrasant Jean Chartier, de sorte que ces seuls emprunts en reculent la composition au delà de 1467. D'autres portions
du récit sont faites après le procès de réhabilitation. L'auteur se met lui-même en avant, comme ayant oui parler sur la matière des plus grands capi-
. taines français, circonstance d’où il résulte que, si
cet auteur (Guillaume Cousinot, deuxième du nom)
écrivit postérieurement à celui du Journal du
Siège, du moins il ne fut pas séparé de lui par un
| grand intervalle de temps, puisqu'il put connaître
quelques-uns des capitaines contemporains de Jeanne d’Arc. D'ailleurs, à partir ide la reddition
|. de Troyes, le récit n’est plus qu’une copie de ce
journal. » | |
De ces deux opinions contradictoires, il résulte … = que le journal et la Chronique de la Pucelle ont
suivi Jean Chartier.
Vallet de Viriville apporte à son tour une troisième opinion.
__« La chronique du chancelier Cousinot, qui porte le nom de {a Geste des nobles, était précisément ce que nous appellerions la chronique officielle du duché d'Orléans. Elle devient, dès qu’elle a atteint la venue de la Pucelle, un mémoire étendu jusqu’à reproduire des documents entiers dans le texte de la narration (telle est, par exemple,
la fameuse lettre écrite par la Pucelle aux Anglais),
et s'arrête au 6 juillet 1429, puis le texte s’inter-
rompt brusquement. Il n’est donc pas étonnant que
les bourgeois ou les clercs d'Orléans, auteurs du journal, et méme que le chroniqueur du roi, Jean
Chartier, aient mis à contribution ce document, … cette source d’information si bien faite pour corres-
pondre aux sympathies de ces compilateurs et pour leur inspirer toute confiance. » (Chronique de la
| Pucelle, p. 20.) Guillaume Cousinot succéda, dans la charge de
-.. … chancelier du duc d'Orléans, à Jean Davy, entre le 23 février 1414 et le 22 avril 1415. Certains textes
: : ‘le désignent comme l’un des membres du conseil. re
: qui, sous la direction de Gaucourt et du bâtard
d'Orléans, s’occupèrent activement de la défense
de la place; ce fut dans sa maison que se déci-. dèrent plus d’une fois les événements du siège ; ce
fut encore lui qui, après la. victoire, régla, de concert avec Hémon Raguier, les dépenses de l’armée. Nos comptes de forteresse des années 1428- 1430 mentionnent sa générosité et ses gages. | « À Maistre Guillaume Cousinot, chancelier de Monseigneur le duc d’Orliens, sur ce que la ville
lui doit du temps des précédens procureurs,
« À Monseigneur le chancellier d’Urliens, pour
le paiement de vi" xvj L. à lui deues pour l’avalue-
. ment de (blanc) par lui prestez à ladicte ville sur laquelle somme lui a esté paié par ledit Hilaire : : soixante-quatre livres parisis, et cy pour le seurplus Ixxij l. p. 53° mandement. »
. Ce chancelier était admirablement placé pour __ voir les événements qui s’accomplissaient sous ses yeux, nous ne pouvons le nier; mais de cette circonstance s’ensuit-il d’abord qu’il ait écrit l’his-
| toire que lui attribue Vallet de Viriville, la question .. même qu’il soit l’auteur de la Geste des nobles,
sait-on à quelle époque fut composée cette narration ; en troisième lieu, comment pouvait-il inspirer l’auteur du journal avec un récit aussi abrégé que celui qui nous a été conservéf Et ne pourrait-on __ pas affirmer, avec autant de vérité, en présence z de tant de doutes, que c’est le journal qui lui a
fourni les élements de son récit, puisque nous avons
montré que notre mémorial était contemporain des événements.
Reste Jean Chartier qui seul paraît avoir fourni des renseignements à l’auteur du journal.
Ce chroniqueur royal de Saint-Denis entra en
fonction le 10 novembre 1437 ; or, si l’on compare.
certains récits de cet historien avec la narration
0 2e Te es 7 1
de notre journal, on trouve identité complète. .
d'expressions, l’un des deux a dû copier FRE . |
quel est Poriginal ?
Deux suppositions se présentent : ou Chartier a. écrit son histoire en visitant les lieux témoins des faits qu’il raconte, ou restant à Paris, il a compilé
“les documents mis à sa disposition. En ces deux \ Cas, nous affirmons l’antériorité de notre Journal. il a quitté sa ville, sa première visite dut être pour Orléans et, en cela, il ne fit que suivre bier 7. des historiens, témoin Berri ou Jacques le Bouvier, qui, au dire de Quicherat (p. 40) « conçut, à l’âge .
de seize ans, le dessein de suivre les grandes assemblées du royaume, pour être témoin des
L hauts faits de ses contemporains et les mettre en écrit. » Quelle ville, à cette époque, offrait plus
d’attraits que la nôtre? N’était-il pas facile d’étudier les lieux, de voir l’emplacement des bastilles
anglaises, de questionner les témoins nombreux de
ce mémorable siège ? La première pensée qui se présentait à l’esprit n’était-elle pas de s’informer si lon ne conservait pas des monuments écrits, un mémorial des faits accomplis? Et les échevins
… montraient avec orgueil le Journal du Siège, cette L
| mine si riche de détails où la vie d'un peuple est
= prise sur le vif, où les actions merveilleuses de la Pucelle se déroulent avec cet enthousiasme qu’en- fante l’héroïsme. Puis, à Orléans, n’y avait-il pas | cette solennelle procession instituée le lendemain même de la délivrance, fête qui vaut à elle seule tout un poème? Et si, ‘de nos jours, après bientôt
Cinq siècles, cette imposante cérémonie, unique en
France, ale privilège d’attirer une foule empressée
et recueillie, quel concours de pèlerins de toutes : sortes ne devait-il pas se produire plusieurs années seulement après l’accomplissement de la délivrance? Orléans devenait donc, pour les historiens, une | attraction invincible, à une époque où, malgré les difficultés des chemins, on voyageait pour s’ins- truire, pour recueillir des faits dignes d’intéresser
les générations présentes et futures. Jean Chartier
ne dut pas négliger une source aussi naturelle de sûres informations.
Dans le cas, au contraire, où il aurait rédigé sa chronique au fond de sa cellule, il ne pouvait, .
. en. véridique historien, que s’entourer de tous les
Es
documents aptes à favoriser son entreprise. Ainsi
| ‘agissaient nos moines de Saint-Benoit-sur-Loire, Hi qui, recueillant de tous côtés des renseignements L soit écrits, soit oraux, les communiquaient à Pun d’entre eux, reconnu comme possédant le plus de … talents, et celui-ci coordonnait docilement tous ces ù récits épars et en formait cette source, si féconde . pour l’histoire générale et cependant si peu connue, L
- qu'on nomme les Miracles de saint Benoît.
L Les religieux de Saint-Denis ne tinrent pas une autre conduite. Ils recueillirent tous les matériaux. . de l’histoire future et les apportèrent au rédacteur | en chef, pour employer une expression de nos __ jours, ne négligeant aucune source d’information, ‘consultant au besoin ce que nous appellerions les
archives particulières. Or, pouvait-on, dans cette
, Circonstance, oublier le livre d’or des Orléanais, conservé précieusement dans le trésor de la ville,
peut-être avec la bannière de la Pucelle?
= Donc, Jean Chartier a connu notre Journal, lui . .… a très vraisemblablement emprunté l’ensemble des
faits et l’a même copié complètement sur certaines parties. | …
Que conclure ? Notre journal a servi de guide à beaucoup d’historiens qui se sont inspirés de sa … narration. Il a été fait, en 1428-1429, au jour le
jour; mais un compilateur, un copiste probable-
. ment, a complété le texte primitif en y intercalant
” . des additions parfaitement distinctes.
Gette histoire du siège d'Orléans constituant la
- plus belle page de n06S annales, nous avons pensé .
qu'il serait utile d’en publier une nouvelle édition, | parce que celle de Quicherat est épuisée et que les autres sont fautives. Nous avons pi océdé de:la manière suivante. ER
1 ne fallait pas songer à reproduire l'édition publiée à Orléans. | Ne
Bien que Saturnin Hotot ait affirmé que l’histoire imprimée par lui, en 1516, était « prise de mot à mot, sans aucun changement de langage,