‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 13 sur 97 · SAMEDI 50 JUILLET · texte numérisé non relu

SAMEDI 50 JUILLET

La publication d'un soi-disant traité (1) entre la France et la Prusse donnant lieu à une polémique qui tend à dénaturer la vérité des faits, le Gouvernement de l'Empereur a jugé opportun de publier la lettre suivante, adressée par le comte Benedetti à Son Exe. le ministre des Affaires étrangères :

Paris, le 29 juillet 1870.

Monsieur le duc, si injustes qu'elles fussent, je n'ai pas cru convenable de relever les appréciations dont j'ai été personnellement l'objet quand on a appris en France que le prince de Hohenzollern avait accepté la couronne d'Espagne. Ainsi que mon devoir me le commandait, j'ai laissé au Gouvernement de l'Empereur le soin de les redresser. Je ne puis garder le même silence devant l'usage que M. le comte de Bismarck a fait d'un document auquel il cherche à donner une valeur qu'il n'a jamais eue, et je demande à Votre Excellence de rétablir les faits dans toute leur exactitude.

Il est de notoriété publique que M. le comte de Bismarck nous a offert, avant et pendant la dernière guerre, de contribuer à réunir Ja Belgique à la France en compensation des agrandissements^^ qu'il ambitionnait'ct qu'il a obtenus pour la Prusse. Je pourrais à cet égard invoquer le témoignage de toute la diplomatie européenne, qui n'a rien ignoré. Le Gouvernement de l'Empereur a constamment décliné ces ouvertures, et Pun de vos prédécesseurs, M. Drouyn de Lhuys, est en mesure d(> donner à cet égard des explications qui ne laisseraient subsister aucun doute.

Au moment de la conclusion de la paix de Prague , et en présence de l'émotion que soulevait en France l'annexion du Hanovre, de la Hesse électorale et de la ville de Francfort à la Prusse, M. de Bismarck témoigna

(1) Projet de traité publié par le Times et relatif à une annexion proposée de la Belgique à la France. — Voir aux appendirps de ce volume, une lettre postérieure de M. Benedetti.

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.!.' nouveau le pins vif désir de nHablir l'équilibre rompu par ces .uijiiisitions. Uiverses (•ombiiiaisoiis, respectant rinléiiriti'^ dos'Htats voisins (le la l'rance et de l'Allemagne, furent mises en avant; elles devinrent l'objet de plusieurs entretiens, pendant lesquels M. de Bismarck inclinait toujours à faire prévaloir ses idées personnelles.

lians une de ces conversations, et afin de me rendre un compte exact de ses combinaisons j'ai consenti à les transcrire en quelque sorte sons sa dictée. La forme, non moins que le fond, démontre clairement que je me suis borné à reproduire un projet conçu et développé par lui. M. de Bismarck garda cette rédaction, voulant la soumettre au roi, lie mon coté, je rendis compte, en substance, au Gouvernement impérial (les communications qui m'avaient été faites.

L'Empereur les repoussa dès qu'elles parvinrent à sa connaissance.

Je dois dire que le roi de Prusse lui-même ne parut pas vouloir en agréer la base, et depuis cette époque, c'est-à-dire pendant les quatre dernières années, je ne suis plus entré dans aucun nouvel échange d'idées à ce sujet avec M. de Bismarck. Si l'initiative d'un pareil traité eût été prise par le Gouvernement de l'Empereur, le projet aurait été libellé par le ministère, et je n'aurais pas eu à en produire une copie écrite de ma main: il eût été d'ailleurs autrement rédigé, et il aurait donné lieu à des négociations qui eussent été simultanément poursuivies à Paris et à Berlin. Dans ce cas, M. de Bismarck ne se serait pas contenté d'en livrer indirectement le texte à la publicité, au moment surtout où Votre Excellence rectifiait, dans des dépêches qui étaient insérées au Journal officiel, d'autres erreurs qu'on cherchait également à propager. Mais pour atteindre le but qu'il s'est proposé, celui d'égarer l'opinion publique et de prévenir les indiscrétions que nous aurions pu nous permettre nous-mème, il a usé de cet expédient qui le dispensait de préciser à quel moment, dans quelles circonstances et de quelle manière ce document avait été transcrit. Il s'est évidemment flatté de suggérer, grâce à ces omissions, des conjectures qui, en dégageant sa responsabilité personnelle, devaient compromettre celle du Gouvernement de l'Empereur. De pareils procédés n'ont pas besoin d'être qualifiés ; il suffit de les signaler, en les livrant à l'appréciation du public européen.

Veuillez agréer, etc.

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