‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 15 sur 97 · LIGNES TÉLÉGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

LIGNES TÉLÉGRAPHIQUES

Avis. — Par suite d'un accord intervenu entre les ministres de l'Intérieur et de la Guerre, les adresses des dépêches envoyées par le télégraphe aux militaires de l'armée du Rhin devront indiquer :

Le nom du destinataire;

Son grade ;

Le régiment, le bataillon et la compagnie auxquels il appartient;

Enfin le lieu de destination.

Ces indications sont nécessaires pour assurer la remise exacte des dépêches; la dernière ne saurait être suppléée par aucune autre.

— fAWI —

Le.'^ ailros^os ainsi libellées ne seront comptées que pour cinq mots dans l'application de la taxe.

Dans le cas où le régiment ne se tronverait plus à l'adresse indiquée, l'administration fera suivre gratuitement la dépêche, soit par le télégraphe, soit par la poste.

MERCREDI ô AOUT.

Aujourd'hui, 2 août, à 11 heures du matin, les troupes françaises ont eu un sérieux engagement avec les troupes prussiennes.

Notre armée a pris l'offensive, franchi la frontière et envahi le territoire de la Prusse.

Malgré la force delà position ennemie, quelques-uns de nos bataillons ont suffi pour enlever les hauteurs qui dominent Sarrebriick, et notre artillerie n'a pas tardé à chasser l'ennemi de la ville. L'élan de nos troupes a été si grand que nos pertes ont été légères.

L'engagement, commencé à onze heures, était terminé à une heure.

L'Empereur assistait aux opérations, et le Prince Impérial, qui l'accompagnait partout, a reçu, sur le premier champ de bataille de la campagne, le baptême du feu.

Sa présence d'esprit, son sang-froid dans le danger ont été dignes du nom qu'il porte.

A quatre heures, l'Empereur et le Prince Impérial étaient rentrés à Metz.

JEUDI i AOUT.

NOUVELLES DE LA GUERRE

Aletz, 3 août 1870.

Hier, lorsqu'on a occupé les hauteurs de Sarrebriick, une batterie de mitrailleuses a été mise en position en présence de l'Empereur et du Prince Impérial.

L'Empereur avait ordonné qu'on ne tirât que si cela devenait nécessaire. Les Prussiens, en eCTet, étant cachés dans les ravins ou dans des maisons, ou bien disséminés en tirailleurs, on ne pouvait se servir utilement de notre nouvelle artillerie.

Mais bientôt on aperçut un peloton ennemi qui défilait sur le chemin de fer de la rive droite à une distance de seize cents mètres. On dirigea sur lui les mitrailleuses, et en un clin d'oeil le groupe fut dispersé, laissant la moitié de ses hommes par terre. Un second peloton se hasarda de nouveau sur la même ligne et subit le même sort.

Dès lors, personne n'osa plus passer sur le chemin de fer. Les offi-

ciers d'artillerie frauraiti sont enthousiasmés îles ellets des luitruilleuses.

Parmi les prisonniers prussiens se trouvent plusieurs volontaires d'un an. On sait qu'en Prusse, ces militaires appartiennent à des familles aisées, qui s'engagent au service pour une année.

lis ont été Irés-tliscrets au sujet des iiuestiuns qu'on leur a adressées, mais ils sont convenus de la supériorité du fusil français sur le fusil prussien.

li'un auli'e cùlé, le maréchal Bazaine a eu nu engagement avec le» tirailleurs ennemis. Plusieurs Prussiens ont été tués. Aucun des nôtres Il a été blessé.

k la suite de l'atlaire d'hier, le corps du général l'russard s'est rendu maitre des hauteurs qui dominent Sarrebruck et des débouchés de la Sarre. Les batteries de l'artillerie ennemie, qui iivaicnt pris position sur la gauche de Sarrebruck, ont été forcées d'éteindre leurs feux.

Les troupes campent sur les positions dont elles se sont emparées.

Nos soldats ont supporté avec une grande énergie les fatigues d'une marche dans un pays accidenté. Leurs chefs se plaisent à constater leur calme, leur intrépidité et leur confiance de plus en plus grande dans leurs armes.

Le iiiiiiistre des Ati'aires étrangères a adressé aux agents diplunialiques français la dépêche suivante :

Paris, !<.' :j auùl 18*0.

Monsieur..., nous connaissons aujourd'hui le développement du télégramme adressé par M. le comte de Bismarck à l'ambassadeur de Prusse a Londres ]>our annoncer à l'Angleterre les prétendus secrets dont le iliaiicelicr fcdéi'al se disait le dépositaire. Sa dépèche n'ajoute aucun lait essentiel à ceu.v qu'il avait avancés. Nous y trouvons seulement quelques invraisemblances de plus. Nous ne les relèverons ])as. L'opinion publique a déjà fait justice d'allirmations qui n'empruntent aucune autorité à l'audace avec laquelle on les répète, et nous considérons ' lunnie définitivement acciuis, en dépit de toute dénégation, que jamais r empereur iSapoléon n'a proposé à la l'russe un traité pour prendre possession de la Belgique. Cette idée appartient à M. de Bismarck ; c'était un des expédients de cette politique sans scrupules qui, nous l'espérons, touche à son terme.

Je m'abstiendrais donc de revenir sur des assertions dont la fausseté est aujourd'hui manifeste, si l'auteur de la dépèche ])russieune, avec une absence de tact que je constate pour la première fois iice degré dans un document diplomatique, n'avait cité des parents de l'Empereur comme porteurs de messages et de confidences compromettantes. (Jnellc que soit la répugnance avec laquelle je me vois contraint, pour suivre

le chancelier prussien, de m'engager clans une voie si contraire à mes habitudes, je surmonte ce sentiment parce qu'il est de mon devoir de repousser les perfides insinuations qui, dirigées contre des membres de la famille impériale, cherchent évidemment à atteindre l'Empereur lui-même.

C'est à Berlin que M. de Bismarck, prenant l'initiative des idées dont il veut aujourd'hui nous attribuer la première conception, sollicitait en CCS termes le prince français qu'il fait, au mépris de toutes les convenances, intervenir aujourd'hui dans sa polémique :

« Vous cherchez, lui disait-il, une chose impossible, vous voulez prendre les provinces du lîhin qui sont allemandes. Pourquoi ne pas vous adjoindre la Belgique, où existe un peuple qui a la même origine, la même religion, et qui parle la même langue? J'ai déjà fait dire cela à l'Empereur; s'il entrait dans mes vues, nous Taiderions à prendre la Belgique. Quant à moi, si j'étais le maître et que je ne fusse pas gêné par l'entêtement du roi, cela serait déjà fait. »

Ces paroles du chancelier prussien ont été pour ainsi dire littéralement répétées à la cour de France par le comte de Goltz. Cet ambassadeur s'en cachait si peu, que le nombre est considérable des témoins qui l'ont entendu. J'ajouterai qu'à l'époque de l'Exposition universelle, les ouvertures de la Prusse furent connues de plus d'un haut personnage, qui en prit bonne note et s'en souvient encore. Ce n'était pas d'ailleurs chez le comte de Bismarck une idée passagère, mais bien un projet concerté, auquel se rattachaient ses plans ambitieux, et il en poursuivait l'exécution avec une persévérance que prouvent assez ses nombreuses excursions en France, soit à Biarritz, soit ailleurs. 11 échoua devant la volonté inébranlable de l'Empereur, qui refusa toujours de s'associer à une politique indigne de sa loyauté.

Je quitte maintenant ce sujet que j'ai abordé pour la dernière fois, avec la ferme intention de n'y plus revenir, et j'arrive au point véritablement nouveau de la dépêche de M. de Bismarck :

J'ai lieu de croire, dit-il, que si la publication du projet de traité n'avait pas eu lieu, la France nous aurait fait, après l'achèvement de nos armements mutuels, l'offre de mettre à exécution les propositions qu'elle nous avait faites antérieurement, dès que nous nous serions trouvés ensemble à la tête d'un million de soldats bien armés, en face de l'Europe non armée, c'est-à-dire de faire la paix avant ou après la première bataille sur la base des propositions de M. Benedetti, aux dépens de la Belgique. »

Il ne saurait convenir au Gouvernement de l'Empereur de tolérer une pareille assertion. A la face de l'Europe, les ministres de Sa Majesté mettent M. de Bismarck au défi d'alléguer un fait quelconque pouvant faire supposer qu'ils aient manifesté directement ou indirectement, par la voie officielle ou par le canal d'agents secrets, Pinteution de s'unir

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