LXX
à la Prusse pour accomplir avec elle sur la Belgique l'attentat consommé sur le Hanovre.
Nous n'avons ouvert aucune négociation avec -M. de Itismarck ni sur la Belgique, ni sur tout autre sujet. Bien loin de chercher la guerre, comme ou nous en accuse, nous avons prié lord Clarendon d'intervenir auprès du ministre prussien pour provoquer un désarmement réciproque, mission iuiporlaute dont lord Clarendon, par amitié pour la France cl par dévoueuient aux idées de paix, consentit à se cliarger confidenticllemeul. Voici eu quels termes M. le comte Daru, dans une lettre du jor février, expliquait les intentions du Gouvernement à M. le marquis de La Valette, notre ambassadeur à Londres :
« Il est certain que je ne me mêlerais point de cette affaire et que je ne demanderais pas à l'Angleterre de s'en mêler, s'il s'agissait purement et simplement d'une démarche banale et de pure forme, faite uniquement pour fournir à M. de Bismarck l'occasion d'exprimer une fois de plus son refus. C'est une démarche ferme, sérieuse, positive qu'il s'agit de l'aire.
» Le principal secrétaire d'I^tat semble prévoir que M. de Bismarck éprouvera un premier mouvement de mécontentement et d'humeur. Cela est possible, mais non certain. Dans cette prévision, il est peut-être bon de préparer le terrain, de manière à éviter une réponse négative dès le début.
» Je suis convaincu que la rétlexion et le temps amèneront le chancelier à prendre en sérieuse considération la démarche de l'Angleterre ; si, (lès le premier jour, il n'a pas repoussé toute ouverture, l'intérêt de la Prusse et de l'Allemagne entière parlera bien vite assez haut pour adoucir ses résistances. 11 ne voudra pas soulever contre lui l'opinion de son pays tout entier. Quelle serait sa position, en effet, si nous lui ôtions le seul prétexte derrière lequel il puisse se réfugier, à savoir l'armement de la France?
» Le comte de Bismarck répondit d'abord qu'il ne pouvait prendre sur lui de faire part au roi des suggestions du Gouvernement britannique, et qu'il était assez au courant de la manière de voir de son souverain pour pressentir ses impressions. Le roi Guillaume verrait certainement, disait-il, dans la démarche du cabinet de Londres, la preuve d'un changement dans les dispositions de l'Angleterre à l'égard de la Prusse. En résume, le ch.ancclier fédéral déclarait « qu'il était impossible à la Prusse de modifier un système militaire entré si profondément dans les ti'aditions du pays, qui formait une des bases de sa constitution et n'avait rien que de normal. »
M. le comte Daru ne s'arrêta point devant cette première réponse. Le 13 février, il écrivait à M. de La Valette :
« J'espère que lord Clarendon ne se tiendra pas pour battu et ne se découragera pas. Nous lui donnerons prochainement l'occasion de rêve-