‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 2 sur 97 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

Nous donnons, dans cet avant-propos, un résumé rapide des actes et documents officiels antérieurs à la proclamation de la République, à partir du o juillet, joui' du dépôt sur le bureau du Corps législatif de l'interpellation de M. Gochery, ayant donné lieu à la déclaration du Ministre des affaires étrangères qui |)rovoqua la guerre.

Xous nous bornons à indiquer sommairement les projets de loi adoptés par les Chambres, en reproduisant seulement, pour quelques séances plus particulièrement importantes, leur compte-rendu officiel.

Cet avant-j^ropos était indispensable pour préparer le lecteur à l'étude (.les documents complets qui composent notre Journal du Siéfjo de Paris ; mais nous insistons surtout sui- ce point, que cet avant-propos n'est véritablement qu'un résumé rapide et succinct des événements antérieurs au 4 septembre.

CORPS LÉGISLATIF

Séance du mardi ■> juillet.

M. cociiEBY. — J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de la Chambre, au nom de plusieurs de mes collègues et au mien, une demande d'interpellation ainsi conçue :

"■ Nous demandons à interpeller le Gouvernement sur la candidature éventuelle d'un prince de la famille royale de Prusse au trône d'Espagne. »

(>tte demande est signée par MM. Cochery, Carré-Kérisoiiet, Jules

l.p Cosnc, le baron d'Vvoire, Tassiii, Henri Baboin, le comto d'IIesecques, Hiondel, nenlon cl Plaiiiil.

Séance du yncrcredi d Juillel.

M. LE piiKsiDENT sciiNEiDEB. — .Ic suis informé que M. le ministre (les aiïairos (■Irangères devait faire au début de cette séance une communication à la Chambre. Je crois qu'il y aurait quelque avantage à ne pas reprendre immédiatement le cours de la discussion du budget. J'ai fait prévenir M. le ministre des affaires étrangères, et, si la Chambre le trouve bon, nous pourrions l'attendre pendant quelques instants. (Oui ! oui!)

M. GuvoT-MONTPAi'ROUx. — Suspeudez la séance, Monsieur le président.

M. LE l'RÉsinENT SCHNEIDER. — Elle l'cst de fait, et je ne crois pas devoir prononcer la suspension, puisque je viens de faire prévenir M. le ministre et que nous allons savoir à l'instant s'il peut venir.

(Au bout de quelques minutes, LL. Exe. M. Emile Ollivier, garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes, et le duc de Gramont, ministre des affaires étrangères, entrent dans la salle et prennent place au banc des ministres.)

M. LE PKÉsiDENT SCHNEIDER. — La pavolc cst à M. le ministre des affaires étrangères. (Mouvement général d'attention.)

SON Exc. M. LE DUC DE GRAMONT, miinstrc (Ics affaires étrangères. — Je viens répondre à l'interpellation qui a été déposée hier par l'honorable M. Cochery.

11 est vrai que le maréchal Prim a ofiert au prince Léopold de llohenzollern la couronne d'Espagne et que ce dernier l'a acceptée. (Sensation.) Mais le peuple espagnol ne s'est point encore prononcé, et nous ne connaissons point encore les détails vrais d'une négociation qui nous a été cachée. (Mouvement.) Aussi une discussion ne saurait-elle aboutir maintenant à aucun résultat pratique. Nous vous prions, Messieurs, de rajourner.

Nous n'avons cessé de témoigner nos sympathies à la nation espagnole, et d'éviter tout ce qui aurait pu avoir les apparences d'une immixtion quelconque dans les affaires intérieures d'une noble et grande nation en plein exercice de sa souveraineté; nous ne sommes pas sortis, à l'égard des divers prétendants au trône, de la plus stricte neutralité, et nous n'avons jamais témoigné pour aucun d'eu.s; ni préférence ni éloignoment. (Marques d'approbation.)

Nous persisterons dans cette conduite.

Mais nous ne croyons pas que le respect des droits d'un peuple voisin nous oblige à souffrir qu'une puissance étrangère, en plaçant

un de se? princes sur le trône de Charlcs-Quinl, puisse déranger à notre détriment l'équilibre actuel des forces en Europe... (Vifs et nombreux applaudissements.)... et mettre en péril les intérêts et l'honneur de la France. (Nouveaux applaudissements. — lîravos prolongés.)

Cette éventualité, nous en avons le ferme espoir, ne se réalisera pas.

Pour l'empcchor, nous comptons à la fois sur la sagesse du peuple allemand et sur l'amitié du peuple espagnol.

M. GRANiER DE cAssAGNAC, — Et sur notrc résolution !

M. i-E MiMSTRE. — S"il Cil était autrement, forts do votre appui. Messieurs, et de celui de la nation...

M. LARocnE-.TotisERT. — Il ne vous ferait pas défaut !

M. LE MINISTRE. — ... nous saurions remplir notre devoir sans hésisation et sans faiblesse. (Longs applaudissements. — Acclamations répétées. — Mouvements et réclamations sur quelques bancs à gauche.)

M. CRÉMiEux. — Il n'y a pas de séance possible en ce moment ; s'il y a séance, nous protesterons contre la déclaration qui vient d'être faite par M. le ministre des affaires étrangères.

(Le bruit et l'agitation continuent. La séance n'est reprise qu'à trois heures un quart.)

M. ERXEST PICARD. — Avaut quc la discussion du budget ne continue, je crois que la Chambre trouvera bon d'inviter MM. les ministres à mettre à notre disposition les documents diplomatiques de toute nature qui nous permettront de porter un jugement réfléchi et éclairé sur les événements auxquels la déclaration si grave de M. le ministre des affaires étrangères a fait allusion.

Je crois répondre à un sentiment général dans la Chambre en disant que notre premier devoir est de veiller à ce que les destinées du pays ne soient jamais engagées sans le concours et l'assentiment de ses représentants.

M. JULES FAVRE. — On nous donnera des explications quand la France sera engagée !

M. GLAis-mzoïx. — Ce n'est pas une discussion qui est faite, c'est une déclaration de guerre.

SON Exc. M. EMILE OLLiviEK, narclc (Ics sceciiix^ mitiistre (U la justice et (Irs cultes. — Je demande à l'assemblée de reprendre et continuer l;i discussion du budget. (Très-bien! très-bien!)

Demain, l'honorable M. Crémieux et les différents membres de cette assemblée reliront lu déclaration qui a été lue à cette tribune, après avoir été délibérée en conseil, et ils pourront mieux en peser les termes i.'t en mesurer la portée, et, quand ils auront lu et pesé cette déclaration que je ne puis pas discuter en ce moment, ils se convaincront qu'elle ne contient de provocation contre personne, qu'elle ne porte aucune atteinte aux droits* légitimes du peuple espagnol, que nous considérons

ronime un peuple ami, surtout qu'elle ne révèle, en aucune manière, une incertitude dans la pensf^e du Gouvernement sur la question de savoir s'il veut la paix ou la guerre.

le Gouvernement désire la paix!... (Très-bien! très-bien!)... Il la désire avec passion (1). (Exclamations à gauche.) llien n'est encore définitif et je ne puis admettre qu'en exprimant, à haute voix, son sentiment sur une situation qui touche à la sécurité et au prestige de la France, le Gouvernement compromette la paix du monde. Mon opinion est qu'il emploie le seul moyen qui reste de la consolider : car chaque fois que la France se montre ferme sans exagération dans la défense d'un droit légitime, elle est sûre d'obtenir l'appui moral et l'approbation de FEurope. (Très-bien! très-bien! — Applaudissements.)

Je supplie donc les membres de cette assemblée, je supplie la nation d'être bien persuadée qu'elle n'assiste pas aux préparatifs déguisés d'une action vers laquelle nous marchons par des sentiers couverts : nous disons notre ])eiisée entière : nous ne voulons pas la guerre ; nous ne poursuivons pas la guerre; nous ne sommes préoccupés que de notre dignité. Si nous croyions un jour la guerre inévitable, nous ne l'engagerions qu'après avoir demandé et obtenu votre concours. (Très-bien ! très-bien ! )

Soyez convaincus de l'absolue sincérité de notre langage; je l'affirme sur l'honneur, il n'y a aucune arrière-pensée dans Fesprit d'aucun de nous, quand nous disons que nous désirons la paix. .l'ajoute que nous l'espérons, à une condition, c'est qu'entre nous disparaissent tous les dissentiments de détail et de parti, et que la France et cette assemblée se montrent unanimes dans leur volonté. (Très-bien! très-bien! — Yive approbation.)

M. BARTHÉLEMY-sAiNT-HiLAiRE. — Si la Chambre le permet et si M. le ministre accepte la question que je vais lui adresser, il y a un point qui me semble très-essentiel dans la déclaration qui a été faite par M. le ministre des affaires étrangères, et qu'il serait facile d'éclaircir sur-le-champ.

11 a dit que le maréchal Prim avait fait l'olfre de la couronne d'l>pagne à un prince de la maison de HohenzoUern.

Je trouve que cette simple énonciation, « le maréchal Prira, » ne nous met pas en mesure de savoir quelle est la gravité de FoU're.

Je demande simplement que M. le ministre, s'il le trouve convenalile

(1) Quelques jouis a[)rès, au .Sénat séance du 8 juillel. Journal o/lkiel du 9 juillet), répondant à une question qui lui était adressée sur la situation par M. Hubert Delisle, M. E. Ollivier s'écriait : Devant le Sénat comme (levant le (jorps législatif, 'e Gouvernement affirme que sa volonté, son espérance, .son désir, c'est, en défendant avec énergie une prétention légitime et nationale, de ne rien négliger cependant |ioiir sauvegarder la paix du monde. (Vive approbation.)

— et il me semble que ma question n'ofTre aucun danger — veuille bien nous expliquer à quel titre le maréchal Prim a fait cette ollVc à un prince de la maison de llolienzollern.

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Mon lionorablc ami, M. le ministre des AfTaires étrangères, a demandé l'ajournement de l'interpellation. Yoilà la seule réponse que le Gouvernement puisse faire à l'honorable M. Barthélemy-Saint-Hilaire.

M. EjniANUEL ARAGo. — La déclaration solennelle de M. le ministre* des AtTaires étrangères a jeté dans cette Assemblée une émotion que tout le monde comprend, que tout le monde partage ; et quant à moi, je pense que nous ne sommes pas maintenant dans un état de calme suffisant... (Allons donc ! allons donc!) pour continuer la discussion du budget. J'alfirme et je tiens à constater bien haut que le ministre a été imprudent... (Allons donc ! allons donc !)

Un membre à droite. — Vous vous faites le défenseur de la l'russe !

M. EMMANUEL AUAGo... plus qu'imprudent, je répète l'expression, en prenant aujourd'hui vis-à-vis de la Prusse et de l'Espagne, l'attitude qu'il a prise. (Nouveaux cris : L'ordre du jour ! l'ordre du jour !)

M. EMMANUEL ARAGO. — .le descendrai de la tribune si la Chambre m'y force... (Oui ! oui ! à droite. — Réclamations à gauche.) mais non sans avoir dit très-nettement ce que ma conscience m'ordonne de dire (Nombreuses réclamations) sur la communication de M. le ministre des Atï'aircs étrangères, qui ne doit pas permettre la discussion actuelle du budget. (Allons donc !j

Comment ! vous voulez discuter des questions budgétaires quand M. le ministre... (Assez! assez!) Vous avez donebien peur d'entendre la vérité?...

M. GRAMER DE CASSAGNAC. — Ce u'est pas uous qui avons peur !

M. EMMAMEL ARAGO... (juaud ic GouvememBut, engageant la France malgré elle (Mais non ! mais non !), engageant la Fi'ance malgré nous,

— voilà ce que je tenais à établir, — vient de nommer le roi d'Espagne et puis de déclarer la guerre ! (Allons donc ! allons donc !)

Scaiii-c du rendrcdi /.ï juilld.

s. Exc. M. EMILE OLLiviER, garde des sceaux^ ministre de la Justice et des Cultes. Messieurs, mon honorable collègue et ami, M. le duc de Gramont, étant retenu au Sénat, je vais avoir l'honneur de donner connaissance à la Chambre de l'exposé qui a été délibéré par le conseil des ministres. (Profond silence.)

'( Messieurs, la manière dont vous avez accueilli notre déclarationdu 6 juillet, nous ayant donné la certitude que vous approuviez notre politique et que nous pouvions compter sur votre appui, nous avons aussitôt commencé des négociations avec les puissances étrangères pour obtenir leurs bonsof{ices;avecla Prusse, afin qu'elle reconnût la légitimité de nos griefs.

— xn —

Dans ces négociations, nous n'avons rien demandé à l'Espagne, dont nous ne voulions ni éveiller les susceptibilités ni froisser l'indépendance ; nous n'avons pas agi auprès du prince de HolienzoUern, que nous considérons comme couvert par le roi ; nous avons également refusé de mêler à notre discussion aucune récrimination ou de la faire sortir de l'objet même dans lequel nous l'avions renfermée dès le début.

La plupart des puissances étrangères ont été pleines d'empressement ;ï nous répondre, et elles ont, avec plus ou moins de clialeur, admis la justice de notre réclamation.

Le ministère des Affaires étrangères prussien nous a opposé une fin (le non-recevoir, en prétendant qu'il ignorait l'affaire et que le cabinet de Berlin y était resté étranger. (Rumeurs sur divers bancs. — Silence ! silence !)

Nous avons dû alors nous adresser au roi lui-même, et nous avons donné à notre ambassadeur l'ordre de se rendre à Ems, auprès de Sa Majesté. Tout en reconnaissant qu'il avait autorisé le prince de HohenzoUern à accepter la candidature qui lui avait été offerte, le roi de Prusse a soutenu qu'il était resté étranger aux négociations poursuivies entre le Gouvernement espagnol et le prince de HohenzoUern ; qu'il n'y était intervenu que comme chef de famille et nullement comme souverain, et qu'il n'avait ni réuni ni consulté le conseil de ses ministres. Sa Majesté a reconnu cependant qu'elle avait informé le comte (le Bismarck de ces divers incidents.

Nous ne pouvions considérer ces réponses comme satisfaisantes; nous n'avons pu admettre cette distinction subtile entre le souverain et le chef de famille, et nous avons insisté pour que le roi conseillât et imposât au besoin, au prince Léopold, une renonciation à sa candidature. Pendant que nous discutions avec la Prusse, le désistement du prince Léopold nous vint du côté d'où nous ne l'attendions pas, et nous fut remis le 12 juillet par l'ambassadeur d'Espagne.

Le roi ayant voulu y rester étranger, nous lui demandâmes de s'y associer et de déclarer que si, par un de ces revirements toujours possibles dans un pays sortant d'une révolution, la couronne était de nouveau otferte par l'Espagne au prince Léopold, il ne l'autoriserait plus à l'accepter, afin que le débat pût être considéré comme définitivement clos.

Notre demande était modérée, les termes dans lesquels nous l'exprimions ne l'étaient pas moins. « Dites bien au roi, écrivions-nous au comte Benedetti, le 12 juillet, à minuit, que nous n'avons aucune arrière-pensée, que nous ne cherchons pas un prétexte de guerre, et que nous ne demandons qu'à résoudre honorablement une difiiculté que nous n'avons pas créée nous-mêmes. »

Le roi consentit à approuver la renonciation du prince Léopold, mais il refusa de déclarer qu'il n'autoriserait plus à l'avenir le renouvellement de cette candidature.

« J'ai demaudc au roi, nous écrivait M. Bencdelii, le 13 juillet, a minuit, de vouloir bien me permettre de vous annoncer en son nom que si le prince de Ilohenzollern revenait à son projet, Sa Majesté interposerait son autorité et y mettrait obstacle.

« Le roi a absolument refusé de m'autoriser à vous transmettre une semblable déclaration. J'ai vivement insisté, mais sans réussir à modifier les dispositions de Sa Majesté. Le roi a terminé notre entretien en me disant qu'il ne pouvait ni ne voulait prendre un pareil engagement et qu'il devait, pour cette éventualité, comme pour toute autre, se réserver la faculté de consulter les circonstances, -j

Quoique ce refus nous parût injustifiable, notre désir de conserver à l'Europe les bienfaits de la paix était tel, que nous ne rompions pas nos négociations, et que, malgré notre impatience légitime, craignant qu'une discussion ne les entravât, nous vous avons demandé d'ajourner nos explications.

Aussi, notre surprise a-t-elle été profonde, lorsque hier nous avons appris que le roi de Prusse avait notifié par un aide de camp à notre ambassadeur qu'il ne le recevrait plus, et que pour donner à ce refus un caractère non équivoque, son Gouvernement l'avait communiqué ofûciellement aux cabinets d'Europe. (Mouvement.) Nous apprenions en même temps que M. le baron de Werther avait reçu l'ordre de prendre un congé, et que des armements s'opéraient en Prusse.

Dans ces circonstances, tenter davantage pour la conciliation, eût été un oubli de dignité et une imprudence ; nous n'avons rien négligé pour viter une guerre ; nous allons nous préparer à soutenir celle qu'on nous otTre, en laissant à chacun la part de responsabilité qui lui revient. (Très-bien! — Bravo! bravo! — Applaudissements répétés.— Vive l'Empereur ! — Vive la France !)

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Dès hier, nous avons rappelé nos réserves, et avec votre concours nous allons prendre immédiatement les mesures nécessaires pour sauvegarder les intérêts, la sécurité et l'honneur de la France. (Nouveaux bravos et applaudissements prolongés.) A raison des circonstances politiques, l'administration de la guerre devant être en mesure de faire face à toute éventualité, nous demandons un crédit de 50 millions et nous demandons l'urgence. iTrès-bien ! trèsbien ! — Aux voix ! aux voix ! — Agitation.) (1)

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — Je cousultc la Chambre sur l'urgence.

Que ceux qui sont d'avis de voter l'urgence veuillent bien se lever.

(Toute la Chambre, à l'exception d'un certain nombre de membres a gauche, se lève.)

(1) A la naème heure, M. le duc de Giamont, ministre des Affaires étrangères, faisait une déclaration identique au Sénat. Je note ici quelques impressions des membres de la haute Asseaibiée cou*

Un grand nombre de membres au centre et à droite, s'adressant à la gauche : Levez-vous donc! levez-vous donc! (Protestations à gauche! — De vives interpellations s'échangent entre les membres siégeant aux extrémités de l'Assemblée.)

M. GiRAULT. — Nous serons les premiers à nous lever pour une guerre nationale défendant la patrie ; nous ne voulons pas nous lever pour une guerre dynastique et agressive. (Bruit et rumeurs.)

M. LE RRÉsiDENT scH\EiDER. — QuB ceux qui sont d'uH Evis Contraire veuillent bien se lever.

(Une partie de la gauche se lève. — Vives protestations au centre et à droite. — De nouvelles interpellations sont adressées par des membres de la majorité aux membres de la gauche qui sont debout.)

M. DUGUÉ DE LA FAUCONNERIE. — Il S SOUt SCize !

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — L'urgeucc cst déclaréc. (Mouvement prolongé.)

Maintenant, je demande à la Chambre de s'inspirer dans la discussion delà gravité des circonstances au milieu desquelles nous nous trouvons. (Très-bien !) Je ne connais pas, quant à moi, de meilleur moyen de montrer sa force, son caractère, de montrer la puissance du pays, que de conserver le calme dans des conjonctures comme celles où nous sommes. (Marques nombreuses d'assentiment.)

La parole est à M. Thiers. (Mouvements divers.j

M. THIERS se lève pour parler.

Voix nombreuses. A la tribune ! à la tribune.

M. LE PRÉSIDENT scHN-EiDER. — Que la Chambre me permette de lui redemander de nouveau de se maintenir, par sa modération, à la hauteur delà situation présente. (Mouvements divers.) Que chacun de nous se rappelle que le Corps législatif représente la France, et que notre pays est assez fort pour envisager les conditions actuelles sans agitation, sans émotion et avec le calme de la force. (Nouvelles et nombreuses marques d'approbation.)

M. THIERS, de sa lilace. Je remercie M. le président d'avoir rappelé à la Chambre la gravité des circonstances et le calme qu'elles exigent .

Quant à moi, devant la manifestation qui vient d'être faite, je veux

signées dans le Journal Officiel du 16 juillet et provoquées par l'audition de cette déclaration :

Une voix. — On ne pousse pas plus loin l'insolence !

M. DURUY. — C'est un défl !

(Explosion de murmures. — Vif mouvement d'indignation.;

Quelques sénateurs. — C'est trop d'impertinence et d'audace !

La communication est terminée. (Tous les sénateurs se lèvent, des cris répétés : vive l'Empereur ! vive la France ! se mêlent aux bravos. Les tribunes publiques s'associent au mouvement de l'Assemblée. L'émotion est profonde et générale. — Après quelques instants de silence, les mêmes manifestations se reproduisent avec une énergie croissante.)

dire pourquoi je ne me suis pas levé avec la majorité de la Chambre. (Rumeurs. — Interruptions diverses.)

Je crois aimer mon pays... (Rumeurs sur quelques bancs. — Laissez parler !)

M. TiiiERs. — S'il y a eu un jour, une heure où l'on puisse dire, sans exagération, que l'histoire nous regarde, c'est cette heure et cette journée, et il me semble que tout le monde devrait y penser sérieusement.

Quand la guerre sera déclarée, il n'y aura personne de plus zélé, de plus empressé que moi à donner au Gouvernement les moyens dont il aura besoin pour la rendre victorieuse. (Très-bien! très-bien ! à gauche.)

Ce n'est donc pas assaut de patriotisme que nous faisons ici.

Je soutiens que mon patriotisme est, non pas supérieur, mais égal à celui de tous ceux qui sont ici. (Approbation à gauche.)

De quoi s'agit-il ? de donner ou de refuser au Gouvernement les moyens qu'il demande ? Non, je proteste contre cette pensée.

De quoi s'agit-il ? d'une déclaration de guerre faite à cette tribune par le ministère, et je m'exprime constitutionnellement, on le reconnaîtra. Eh bien, est-ce au ministère, à lui seul de déclarer la guerre? Ne devons-nous pas, nous aussi, avoir la parole ? Et avant de la prendre, ne nous faut-il pas un instant de réflexion'.'... (Interruptions à droite.)

M. JULES FAVRE. — Avaut de mettre l'Europe en feu, on ne réfléchit pas, nous l'avons bien vu. (Exclamations.)

M. THiERs. Je vous ai dit que l'histoire nous regardait, j'ajoute que la France aussi et le monde nous regardent. On ne peut pas exagérer la gravité des circonstances, sachez que de la décision que vous allez émettre peut résulter la mort de milliers d'hommes. (Exclamations au centre et à droite. — Très-bien! à gauche. — Le bruit couvre la voix de l'orateur.)

M. GR.\MER DE CASSAG\AC. — Nous le savonsblen, uous y avons nos enfants. (.Mouvements divers.)

M. THIERS. — Et si je vous demande un instant de réflexion, c'est qu'en ce moment un souvenir assiège mon esprit !.. . Avant de prendre une résolution aussi grave, une résolution de laquelle dépendra, je le répète, le sort du pays et de l'Europe, messieurs, rappelez-vous le 6 mai 1866. Vous m'avez refusé la parole, alors que je vous signalais les dangers qui se préparaient. (Approbation à gauche. — Exclamations à droite.)

Quand je vous montrais ce qui se préparait, vous m'avez écouté un jour ; le lendemain, au jour décisif, vous avez refusé de m'écouter. 11 me semble que ce souvenir seul, ce souvenir devrait nous arrêter un moment et vous inspirer le désir de m'écouter une minute sans m'iuterrompre. (Très-bien ! à gauche. — Parlez !)

Laissez-moi vous dire une chose : Vous allez vous récrier, mais je

SUIS fort décidé u écouter vos iiiuniiiircs, el, s'il lofant, à les braver. (Oui ! très-bien ! à gauche.)

Vous êtes, comme vous étiez eu 1866.

A gauche. Oui ! oui ! c'est cela !

M. TuiEBS. — Eh bien! vous ne m'avez pas écouté alors, et rappelezvous ce qu'il en a coûté à la France ! . . . (Rumeurs au centre et à droite.) Aujourd'hui la demande principale qu'on adressait à la Prusse, celle qui devait être la principale et que le ministère nous a assuré être la seule, cette demande a reçu une réponse favorable. (Dénégations sur un grand nombre de bancs.) Vous ne me lasserez pas.

.l'ai la certitude, la conscience au fond de moi-même, de remplir un devoir difficile, celui de résister à des passions patriotiques, si l'on veut, mais imprudentes. (Allons donc!) Soyez convaincus que quand on a vécu quarante ans... (Interruptions) au milieu des agitations et des vicissitudes politiques, qu'on remplit son devoir et qu'on a la certitude de le remplir, rien ne peut vous ébranler, rien, pas même les outrages.

Il me semble que, sur un sujet si grave, n'y eùt-il qu'un seul individu, le dernier dans le pays, s'il avait un doute, vous devriez l'écouter ; oui, n'y en eùt-il qu'un, mais Je ne suis pas seul.

Voix à gauche. — Non! non! nous sommes avec vous.

A droite. — Combien ?

M. HORACE DE cHoisEUL. — Si les élcctious avaient été libres, nous serions plus nombreux ! (Exclamations.)

M. THiERs. — Je serais seul... (Interruption. j je serais seul, que, pour la gravité du sujet, vous devriez m'enlendre. (Parlez! parlez!) Eh bien, messieurs, est-il vrai, oui ou non, que sur le fond, c'est-à-dire sur la candidature du prince de HohenzoUern, votre réclamation a été écoutée, et qu'il y a été fait droit? Est-il vrai que vous rompez sur une question de susceptibilité très-honorable, je le veux bien, mais vous rompez sur une question de susceptibilité? (Mouvement.)

Eh bien, messieurs, voulez-vous qu'on dise, voulez-vous que l'Europe tout entière dise que le fond était accordé et que pour une question de forme, vous vous êtes décidés à verser des torrents de sang ! (Réclamations bruyantes à droite et au centre. — Approbation à gauche.)

Ici, messieurs, chacun de nous doit prendre la responsabilité qu'il croit pouvoir porter.

A droite. — Oui ! oui ! tout entière !

M. THIERS. — Quant à moi, soucieux de ma mémoire.. . je ne voudrais pas qu'on puisse dire (Interruptions.) que j'ai pris la responsabilité d'une guerre fondée sur de tels motifs ! . . .

Le fond était accordé, et c'est pour un détail de frvme que vous rompez ! (Non ! non ! — Si ! si !)

Je demande donc à la face du pays, qu'on nous dunne connaissance des dépêches d'après lesquelles on a pris la résoluli( i qui vient de nous

ôtre annoncée ; car il ne faut pas nous le dissimuler, c'est une dcclaration de guerre ! (Certainement ! — Mouvement prolongé.) M. GRAisiER DE CASSAGNAC. - Je le crois bicu ! M. TîiiERs. — Messieurs, je connais ce dont les hommes sont capables sous IVnipirc de vives émotions. Pour moi, si j'avais eu l'honneur de diriger, dans cette circonstance, les destinées de mon pays. .. (Nouvelle interruption.)... vous savez bien, par ma présence sur ces bancs, que ce n'est pas un regret que j'exprime ; mais je répète que si j'avais ('lé placé dans cette circonstance douloureuse, mais grande, j'aurais voulu ménager à mon pays quelques instants de réflexion avant de prendre pour lui une résolution aussi grave. Quant à moi, laissez-moi vous dire en deux mots, pour vous expliquer et ma conduite et mon langage, laissezmoi vous dire que je regarde cette guerre comme souverainement imprudente. Cette déclaration vous blesse, mais j'ai bien le droit d'avoir une opinion sur une question pareille. J'aime mon pays, j'ai été affecté plus douloureusement que personne des événements de 1866, plus que personne, j'en désire la réparation ; mais dans ma profonde conviction, et si j'ose le dire, dans mon expérience, l'occasion est mal choisie. (Interruption.) Sans aucun doute, la Prusse s'était mise gravement dans son tort, très-gravement. Depuis longtemps, en effet, elle nous disait qu'elle ne s'occupait que des affaires de l'Allemagne, de la destinée de la patrie allemande, et nous l'avons trouvée tout à coup, sur les Pyrénées , préparant une candidature que la France devait ou pouvait regarder comme une offense à sa dignité et une entreprise contre ses intérêts. (Très-bien î très-bien! au centre et à droite.)

Vous vous êtes adressés à l'Europe, et l'Europe, avec un empressement qui l'honore elle-même, a voulu qu'il nous fût fait droit sur le point essentiel; sur ce point, en effet, vous avez eu satisfaction; la candidature du prince de Hohenzollern a été retirée.

Au centre et à droite. — Mais non! mais non ! M. TIIIERS. — Vous avez exprimé vos sentiments ; laissez-moi vous exprimer les miens, tout douloureux qu'ils sont, et si vous ne comprenez pas que dans ce moment je remplis un devoir et le plus pénible de ma vie, je vous plains. (Très-bien! très-bien! à gauche. — Réclamations au centre et adroite.)

Oui, quant à moi, je suis tranquille pour ma mémoire, je suis sur de ce qui lui est réservé pour l'acte auquel je me livre en ce moment ; mais pour vous, je suis certain qu'il y aura des jours où vous regretterez votre précipitation. (Allons donc! allons donc!) A gauche. — Très-bien ! très-bien !

M. TIIIERS. — Eh bien, quant à moi...

M. LE MARQUIS DE PIRE, avcc violcnce. — Vous êtes la trompette antipatriotique du désastre. (N'interrompez pas !) Allez à Cohientz ! (Plusieurs membres qui entourent M. de Pire le font rasseoir.)

M. THiERS. — OfFcnsez-moi. . Insultez-moi... Je suis prêt à tout subir pour défendre le sang de mes concitoyens que vous êtes [irèts a verser si imprudemment! Dans ma conviction, je vous le répète en deux mots, car si je voulais aous le démontrer, vous ne m'écouteriez pas, vous choisissez mal l'occasion de la réparation que vous désirez et que je désire comme vous. Plein de sentiment, lorsque je vois que, cédant a vos passions, vous ne voulez pas prendre un instant de réflexion, que vous ne voulez pas demander la connaissance des dépécbes sur lesquelles votre jugement pourraits'appuyer, je dis, Messieurs, permettez-moi celte expression, que vous ne remplissez pas dans toute leur étendue les devoirs qui vous sont imposés.

M. LE BARO\ JEROME DAVID. — Gardcz VOS leçous ; nous les récusons.

M. THIERS. — Dites ce que vous voudrez, mais il est bien imprudent à vous de laisser soupçonner au pays que c'est une résolution de parti que vous prenez aujourd'hui. (Vives et nombreuses réclamations.)

Je suis prêt à voter au Gouvernement tous les moyens nécessaires quand la guerre sera définitivement déclarée ; mais je désire connaître les dépèches sur lesquelles on fonde cette déclaration de guerre. La Chambre fera ce qu'elle voudra; je m'attends à ce qu'elle va faire, mais je décline, quant à moi, la responsabilité d'une guerre aussi peu justifiée. (Vive approbation et applaudissements sur plusieurs bancs a gauche.)

s. Exc. M. EMILE OLLiviER, garde des sceaux, ministre de la Justice et des Cultes. — Messieurs, plus un courant d'opinion est unanime et violent, plus il y a de grandeur d'âme, quand on le croit erroné, à se mettre en sa présence et à tenter de l'arrêter en disant ce qu'on croit la vérité î (Assentiment.)

Aussi, après avoir écouté respectueusement l'honorable M. Thiers, selon mon habitude, n'aurais-je pas demandé la parole pour lui répondre, si dans son discours il n'y avait des appréciations que je ne puis accepter.

Nousaussi, i\Iessieurs, nousavons le sentiment de notre devoir; nousaussi,nous savons que cette journée est grave;, et que chacunde ceux qui ont contribué, dans une mesure quelconque, à la décision qui va être adoptée, contractent devant leur pays et devant l'histoire une grave responsabilité. Nous aussi, pendant les huit heures de délibération que nous avon^ eues hier, nous avons constamment pensé à ce qu'il y avait d'amer, de douloureux, à donner dans notre siècle, dans notre temps, le signal d'une rencontre sanglante entre deux grands états civilisés.

Nous aussi, nous déclarons coupables ceux qui, obéissant à des passions de partis ou à des mouvements irréfléchis, engagent leur pays dans des aventures.

Nous aussi, nous croyons que les guerres inutiles sont des guerres criminelles, et si, l'âme désolée, nous nous décidons à cette guerre, à

laquelle la Prusse nous appelle, c'est qu'il n'en l'ut jamais de plus nécessaire. (Vives et nombreuses marques d'approbation!) Nous le déclarons ici solennellement: aucun des membres du ministère n'a cherché nue occasion de faire la guerre. Nous n'avons pas délibéré pour savoir si le moment était opportun ou inopportun pour assaillir la Prusse ; nous ne voulions assaillir ni l'Allemagne ni la Prusse ; nous nous sommes trouvés en présence d'un affront que nous ne pouvions pas supporter, en présence d'une menace qui, si nous l'avions laissée se réaliser, nous eut fait descendre au dernier rang des Etats. (Très-bien! très-bien ! C'est vrai !) Nous avons relevé l'affront et nous avons pris nos précautions contre la menace. (Très-bien! très-bien ! — Bravos et applaudissements.)

Dans la négociation, nous avons été, au début, décisifs et rapides, parce que, si nous avions perdu une minute, nous nous fussions trouvés en présence d'un fait accompli, et qu'étant obligés de faire la guerre, nous eussions eu à nos pieds le boulet qu'on voulait y mettre, l'Espagne prussienne.

Ce premier moment passé, nous avons été modérés, patients, conciliants, équitables. Si on nous avait accordé une satisfaction réelle, nous eussions accueilli cette satisfaction avec joie ; mais cette satisfaction nous a été refusée.

Le roi de Prusse, il faut que l'histoire ne l'oublie pas, a constamment' refusé d'intervenir pour amener ou faciliter la renonciation du prince de HohenzoUern. Quand elle a été obtenue, il a affecté de s'y considérer comme étranger ; et quand enfln, voulant obtenir des assurances pour Pavenir, nous lui avons dit dans les formes les plus respectueuses :

« Déclarez-nous que cette renonciation est définitive, » comment s'est conduit le roi de Prusse?

Il nous a refusé.

Est-ce nous qui nous sommes montrés susceptibles '.' Est-ce nous qui nous sommes emportés, en face d'une réponse négative ? Non, non.

Nous sommes venus ici, et malgré les impatiences du dedans et les impatiences du dehors, et quoiqu'on commençât à dire que nous étions le ministère de la lâcheté et de la honte, nous avons continué à négocier, et l'honorable .M. Thiers a tort de l'oublier; au milieu de ces négociations, nous avons appris que, dans toute l'Europe, les représentants prussiens annonçaient et faisaient annoncer dans les journaux, que le roi de Prusse avait envoyé un aide décampa notre ambassadeur pour lui déclarer qu'il refusait de le recevoir. (Bravos et applaudissements au centre et à droite. — Interruption à gauche.)

M. JULES FAVRE. — Commuuiquez-nous la dépêche.

M. LE GARDE DES SCEAUX. — L'houorablc M. Thiers a appelé ce sentiment de la susceptibilité. Je n'ai pas reconnu dans cette expression la justesse ordinaire de son langage. Ce n'est pas de la susceptibilité qu'il fallait dire, c'est de l'honneur, et eu France la sauvegarde de

l'honneur est le premier des intérêts. (Vive approbation au centre et a droite. — Rumeurs à gauche.)

On nous demande des communications de dépêches; ces communications sont faites.

Nous les avons mises dans noire exposé... (Interruptions.)

M. JULES FAVRE. — C'cst exactement comme pour le Mexique; ou nous disait cela aussi, et on nous a indignement trompés. fVives réclamations. — Très-bien! sur quelques bancs à gauche.)

M. LE GAHDE DES SCEAUX. — Nous u'avous rcçu quc des dépêches confidentielles, que les usages diplomatiques ne permettent pas de communiquer. Nous en avons extrait tout ce qui était utile à communiquer; nous ne communiquerons rien de plus... (Vives réclamations ;i gauche.)

M. JULES FAVRE. — C'cst le gouvernement per.'^onnel de Louis XIV ; il n'y a plus de pouvoir parlementaire !

M. GAMBETTA. — .le VOUS demande pardon de vous interrompre, mais il me semble que les paroles que vous venez de prononcer, à savoir que vous avez, dans le mémorandum dont vous avez donné lecture à la tribune, exposé tout ce qu'il était nécessaire à la Chambre de connaître, contiennent à la fois un manque de véracité politique et une atteinte aux droits de l'Assemblée, ce que je demande à démontrer d'un mot. (Très-bien à gauche.)

Vous dites, — et je n'entre pas dans le fond du débat, — vous dites : Nous ne vous communiquerons rien de plus ; or, vous faites reposer toute cette grave, cette effroyable question, dont vous ne vous êtes pas dissimulé, pendant huit jours, les conséquences redoutables pour l'Europe et pour votre propre responsabilité, vous la faites reposer sur une dépèche notifiée, à votre insu, à tous les cabinets de l'Rlurope, par laquelle on aurait mis votre ambassadeur hors des portes de la Prusse. Eh bien, je dis que ce n'est pas par extraits, par allusions, mais par une communication directe authentique que vous devez en saisir laChambre; c'est une question d'honneur, dites-vous, et il faut que nous sachions dans quels termes on a osé parler à la France. (Vive approbation et applaudissements sur quelques bancs à gaucbe.)

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Je réponds à l'honorable M. Garabetta. 11 faut d'abord que je rectifie son assertion. Je n'ai pas dit, et personne n'a dit que l'ambassadeur de France avait été chassé de la Prusse.

M. GAMBETTA. — .Je uc mc suis pas servi de ces mots ; je parle une langue correcte. J'ai dit qu'on lui avait refusé la porte du roi de Prusse...

Un membre. — Voici vos propres paroles. Vous avez dit : « Notre ambassadeur aurait été mis hors des portes de la Prusse. » (Oui! oui! — c'est vrai !)

M. LE GARDE DES SCEAUX. — J'ai dit, — Car en pareille matière, il

faut toujours éuoncer la vérité mathématiquement, — j'ai dit que le roi de Prusse avait refusé de recevoir notre ambassadeur, et que, pour que cette décision ne parût pas ce qu'elle aurait pu être en effet, un acte sans conséquence, pour que son caractùre ne fût pas équivoque, son (iouvernemeut avait officiellement communiqué cette décision aux cabinets de l'Europe, ce qu'il ne fait pas assurément pour toutes les audiences qu'il refuse aux ambassadeurs.

.l'ai entre les mains les dépêches de deux de nos agents dont je ne puis citer les noms, car, le lendemain, ils seraient obligés de quitter les cours auprès desquelles ils sont accrédités. Ces deux dépêches nous apprennent le langage que M. de Bismarck tient auprès de tous les cabinets de l'Europe.

Voici la première : « On m'a communiqué ce matin un télégramme du comte de Bismarck annonçant le refus du roi Guillaume de s'engager, comme roi de Prusse, à ne plus jamais donner son consentement à la candidature du prince de llohenzollern, s'il en était de nouveau question, et le refus également du roi, suite de cette demande, de recevoir notre ambassadeur. » (Mouvement.)

La Chambre doit savoir qu'aucun de ceux qui sont assis sur ces bancs ministériels n'a jamais affirmé sciemment un fait qui ne fût pas vrai. (Oui! oui! — Très-bien!;

.le lis une autre dépêche :

« .le crois devoir vous transmettre la copie à peu près textuelle de la dépêche télégraphiée par M. le comte de Bismarck : Après que la renonciation du prince de llohenzollern a été communiquée officiellement au Gouvernement français par le Gouvernement espagnol, l'ambassadeur de France a demandé à S. M. le roi, à Ems, de l'autoriser à télégraphier à Paris que S. M. s'engageait à refuser à tout jamais son consentement, si les princes de llohenzollern revenaient sur leur détermination. Sa Majesté a refusé de recevoir de nouveau l'ambassadeur, et lui a fait dire par un aide de camp qu'elle n'avait pas de communication ultérieure à lui faire. :■ (Mouvement prolongé.)

Cette nouvelle du refus de recevoir notre ambassadeur n'a pas été dite à l'oreille des ministres ; on l'a répandue dans l'Allemagne entière, les journaux officieu.\' l'ont reproduite dans des suppléments. Les ministres prussiens partout l'ont annoncée à leurs collègues; c'est le bruit de l'Europe. En même temps, le baron de Werther recevait un congé. Dans la nuit du 13 au 14, les mesures militaires commençaient eu Prusse. Est-ce que nous devions supporter tout cela? Est-ce que à de tels actes, nous devions répondre par l'abstention et le silence? Je ne comprends pas ainsi le devoir d'un Gouvernement. (Très-bien ! Trèsbien !) Et, Messieurs, il s'est passé un mouvement qui explique cette propagation d'une nouvelle blessante pour la France. Le roi de Prusse a trop de bon sens pour ne pas comprendre que la demande de la

France tendant à empêcher un prince prussien de monter sur le trône d'Kspagne, Otait pleinement justifiée. Seulement il était troublé et retenu par la crainte de froisser le sentiment de son entourage militaire. \it son langage a toujours été le même : « .le ne veux pas intervenir; je ne veux pas insister auprès du prince de iluiienzoUern. Qu'il renonce s'il veut, je ne m'y opposerai pas, mais je ne l'engagerai pas à le faire. »

Quand cette renonciation du prince de HolienzoUern a été connue en Prusse, elle a occasionné un mouvement très-vif de mécontentemeni dans le parti féodal ; et c'est pour conjurer et apaiser ce mouvement de mécontentement qu'au lieu de terminer henrcuscnieut une négociation dont rien, de notre part, ne gênait l'issue heureuse, ou a eu recours à ce coup de théâtre que, pour notre part, nous n'acceptons pas. Oui, de ce jour commence pour les mini.stres, mes collègues, et pour moi, une grande responsabilité. (Oui : A gauclie !)

Nous l'acceplons le cœur léger... (Vives protestations à gauche. ^

M. BODUi.v. — Dites attristé!

M. ESQuiRos. — Vous avcz le cœur léger ! et le sang des nations vu couler !

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Oui, d'uu cœur léger, et n'équivoquez pas sur cette parole, et ne croyez pas que je veuille dire avec joie ; je vous ai dit moi-même mon chagrin d'être condamné à la guerre, je veux dire d'un cœur que le remords n'alourdit pas, d'un cœur confiant, parce que la guerre que nous ferons, nous la subissons...

M. EMMANUEL ARAGO. — Vous la faitcs ! (Exclamatious diverses. j

M. DESSEAUX. — Vous l'avcz provoquée !

M. GUYOT-MONTPAYROux. Oui, mousicur le ministre, vous avez raison, vous la subissez.

M. LE GARDE DES SCEAUX. — ParcB quc nous avons fait tout ce qu'il était humainement et honorablement possible de tenter pour l'éviter; et eutin parce que notre cause est juste et qu'elle est confiée à l'armée française. (Vives et uombreuses marques d'approbation. — Nouveaux applaudissements.)

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — M. le ministre de la guerre a la parole.

s. Exc. M. LE MAHÉCHAL LEBOEUF, miiiislre de la Guerre. — Messieurs, si j'avais à me mêler de la discussion qui s'agite devant vous, je ne serais pas monté à la tribune après un de mes collègues.

.l'ai demandé la parole pour communiquer à la Chambre deux projets de loi en faveur desquels le Gouvernement réclame l'urgence.

PREMIER PKO.IET DE LOI.

« Article unique. La garde nationale mobile est appelée à l'activité.

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