VENDREDI 26 AOUT
Le gouverneur de Paris.
Vu l'art. 15 du décret du 24 décembre 1811 relatif à l'organisation et au service des états-majors des places, lequel porte :
u Dans toute place en étal de guerre, si le ministre ou le général d'armée en donne l'ordre, ou si les troupes ennemies se rapprochent à moins de trois journées de marche de la place, le gouverneur ou commandant est, sur-le-champ et sans attendre l'état de siéf/e, investi de l'autorité nécessaire :
» 1° Pour faire sortir les bouches inutiles, les étrangers et les gens notés par la police civile ou militaire, etc. ;
Vu la loi du 9 juillet 187)2, relative à l'éloignement du département de la Seine des repris de justice, vagabonds, mendiants et autres gens adonnés à des pratiques périlleuses pour les personnes et les propriétés;
Arrête ce qui suit :
Art. l'"'". — Tout individu dépourvu de moyens d'existence, dont la présence à Paris constituerait un danger pour Tordre public, ou la sécurité des personnes et des propriétés, ou qui s'y livrerait à des
(1) Voir, à la date d'hier, les Nuurelles de la guerre.
manœuvres de nature à alVail)lir ou a eutraver les mesures de défense et de sûreté générale, sera expulsé de la capitale.
Vrt. 2. L'infraction aux arrêtés d'expulsion sera déférée aux tribunaux militaires.
Paris, le 24 août 1870.
Général Trochi'.
Héchet. — Sont nommés membres du Comité de défense des fortifications de Paris :
MM. A. Béhic, (jénéral Mellinet, sénateurs: le comte Daru, Uupuy de Lôme, marquis de Talhouët, députés au Corps législatif. Paris, ib août 1870.
r»ÉCRET. — Est nommé membre du comité de défense des fortifications de Paris :
M. Thiers, député au Corps législatif.
SÉN/VT.
Séance du vendredi 26 août.
s. Exc. M. Bussox-BILLAULT, ministre présidant le conseil d''État. Messieurs les sénateurs, le Gouvernement n'a point à vous faire coniiiiitre de dépêches officielles du théâtre de la guerre, mais il tient avant tout à être avec vous en communication permanente, comme il y a entre nous communauté de sentiments, de patriotisme et d'efforts pour défendre le pays. (Très-bien ! très-bien !)
Je parle devant une assemblée qui compte dans son sein trop d'illustrations militaires pour que j'aie besoin de lui rappeler qu'en ce qui concerne les opérations de la guerre, la première condition du succès c'est le secret. (C'est vrai! Très-bien!) Ce qui se dit à la tribune (nous en avons l'expérience dans le passé) n'est que trop rapidement porté à la connaissance des armées qui opèrent contre les nôtres.
En ce qui concerne l'armée française, je puis dire que son organisation est excellente, que nos soldats sont pleins d'entrain et de patriotisme, qu'ils ne demandentqu'à joindre l'ennemi, et qu'ils ont autant de confiance dans le succès de leurs armes que dans la justice de la cause qu'ils défendent. (Nouvelle approbation.)
11 est un point particulier que je dois exposer devant vous, car il s'impose à l'attention de tous, et les dépêches données par le Gouvernement le font d'ailleurs déjà connaître suffisamment. Tout le monde
— rvi —
sait qu'une des armées prussiennes a Paris pour objectif, que sa marche, qui paraissait s'être ralentie, poursuit aujourd'hui son cours.
Elle ne trouvera personne pris au dépourvu. (Très-bien! Très-bien!) Depuis que le nouveau cabinet est aux affaires, il s'est occupé sans relâche, avec une activité indomptable, de mettre la capitale en état complet de défense. C'est une des préoccupations constantes du ministre de la Guerre. M. le gouverneur de Paris y applique également toute son énergie et son dévouement; vous avez vu les mesures qu'il a déjà prises et qui ont pour but non-seulement d'assurer la population contre toute espèce de danger, mais de l'avertir, de l'inviter, en ce qui la concerne personnellement, à concourir à la défense du pays. Je dois dire que tous les travaux se poursuivent activement, et qu'à quelque jour que l'ennemi se présente, il trouvera Paris matériellement en état de défense.
Les approvisionnements s'accumulent avec promptitude et en grande quantité , les munitions ne nous manquent pas et nous sommes sûrs de trouver dans cette population, dont on ne saurait dire assez les sentiments patriotiques, ce qui assure la défense d'un pays: le courage, pour défendre la capitale de la France et le pays tout entier avec elle. (Marques unanimes d'approbation.)
CORPS LEGISLATIF
Séance du vendredi 26 août.
s. Exc. M. HENRI CHEVREAU, ministre de l'Intérieur. — Je demande la parole pour faire une communication à la Chambre. (Mouvement.) Messieurs, l'armée du prince royal de Prusse avait paru s'arrêter avant-hier. Hier, elle a repris sa marche. Le devoir du Gouvernement est d'en prévenir la Chambre, le pays et la population de Paris.
Une voix à gauche. — C'est un peu tard !
M. LE MINISTRE. — Je n'ai pas besoin d'ajouter que le comité de défense prend toutes ses mesures pour l'éventualité d'un siège; que tout le monde peut compter sur l'énergie et sur la prévoyance du ministre de la Guerre et du gouverneur de Paris, et que, de notre côté, nous comptons sur la vaillance et sur la résolution des habitants de la capitale. (Très-bien! très-bien! — Mouvement prolongé.)