‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 30 sur 97 · CX\I · texte numérisé non relu

CX\I

rejeta sous le sabre des cavaliers, el alors se passa une scène affreuse.

« Écrasés par le nombre, privés de munitions, les mobiles demandent à se rendre prisonniers. Mais les Prussiens ne veulent pas voir en eux des soldats. Ils les massacrent comme à plaisir. Ils s'acliarnent sur ceux qui sont déjà couverts de blessures, ils les liaclient à coups de sabre. Héjà ure cinquantaine de nos mobiles avaient été tués ou blessés, lorsque plusieurs personnes, qui déployèrent en ces circonstances une certaine énergie, prouvèrent au chef du détachement, par les feuilles de route, qu'il avait bien réellement affaire à des soldats, .\lors seulement le carnage cessa. »

Telle est, Messieurs, la guerre que nous fait la Prusse. Et cependant, il y a peut-être quelque chose de plus douloureux, c'est ce qui se passe à Strasbourg !

S'il fallait en croire un journal de Carlsruhe, la ville de Strasbourg serait réduite à une déplorable situation, et ses remparts ne pourraient tenir plus longtemps.

On annonce hautement que la ville va être contrainte de se rendre.

Ceux qui connais.sent la puissance formidable de ce boulevard de la France ne pouvaient comprendre qu'a])rès une si courte attaque une ville aussi forte eût été ainsi réduite, en si peu de jours, à capituler. .\u5si. Messieurs, n'en était-il rien; seulement, ici encore, Messieurs les Prussiens ont violé audacieusement le droit des gens, en employant un nouveau moyen d'attaque, plus cruel que tout le reste, mais qui n'en trompera pas moins leurs espérances impies.

Ne pouvant pas compter sur leurs mesures d'intimidation vis-à-vis des hommes pour obliger Strasbourg à se rendre, ils s'en sont pris aux inoftensifs habitants, aux femmes, aux enfants. Us ont attaqué et bombardé, non pas les remparts, mais l'intérieur de la ville, avec le parti pris et calculé d'écraser la population, dans l'espoir que les défenseurs de la ville, pris de pitié en face de tant de barbarie inutile, ouvriraient les portes de la cité. Les remparts cependant restent intacts et Strasbourg ne se rendra pas.

J'en ai assez dit pour préciser mes intentions.

Je désire que, dans les limites de ce qu'il trouvera possible, le Gouvernement nous fasse connaître, d'une façon précise, quelle est la condition des belligérants isolés, la condition des corps francs, la condition des gardes mobiles et aussi celle des places fortes.

Nous avons voté, il y a peu de jours, une loi qui avait pour objet de couvrir les belligérants, en les engageant à prendre un des signes distinctifs de l'armée. Je crois que si le (louvernement pouvait aussi, par une déclaration, faire connaître d'une manière précise quel est ce signe distinctif que la loi n'a pu définir, il en résulterait un grand bien, et que cela pourrait suftire dans beaucoup de cas pour empêcher

— r.xXTi —

l'armée prussienne de recourir à des procédés indignes de la civilisation.

s. Exc. M. LE PRINCE DE LA TOUR d' AUVERGNE, ministre des Affaires étrangères. — Messieurs les sénateurs, les faits sur lesquels l'honorable M. Le Verrier vient d'appeler l'allention du Sénat et du Gouvernement nous ont, comme vous devez bien le penser, déjà trés-vivement préoccupés.

Sans entrer dans plus de commentaires, je vous demande la permission de vous lire les communications que nous avons cru devoir adresser aux Gouvernements étrangers, h ce sujet.

Voici d'abord une dépêche-circulaire en date du 30 août :

<c Paris, le 30 août 1870.

« Monsieur, le Gouvernement prussien a prétendu, dans des documents dont nous avons eu connaissance, que nos soldats se seraient écartés des règles du droit international en dirigeant volontairement leur feu sur des ambulances et sur des parlementaires. Avant même de signaler ces allégations à M. le ministre de la Guerre, j'ai protesté au nom des traditions de notre armée ; et dès que mon collègue en a été informé, il s'est associé énergiquement au langage que j'avais tenu.

« Des méprises peuvent se produire dans l'ardeur du combat ; plus justes que nos adversaires, nous reconnaissons qu'aucune des deux armées n'est sûre de ne pas commettre de pareilles erreurs ; mais que nos soldais aient, de propos délibéré, méconnu le privilège sacré des ambulances et les franchises des parlementaires! la Prusse ne le persuadera à personne, et nous n'avons pas besoin de nous défendre contre dépareilles accusations. (Très-bien! très-bien!)

« Aussi bien, il semble que le Gouvernement prussien n'ait montré tant d'empressement à se prévaloir de faits regrettables, mais nonprouvés jusqu'ici, et dans tous les cas isolés, que comme des prétextes pour se justilier lui-même d'actes beaucoup plus graves que nous avons à relever contre lui, et qui engagent bien plus directement la responsabilité des chefs de corps. (Nouvelle approbation.)

« Tout le monde connaît l'incident de l'ambulance dite de la Presse, saisie avec son personnel et son matériel, et qui a dû traverser uue partie de l'Allemagne, le Luxembourg et la Belgique, pour rentrer en France .

« Le même fait se serait renouvelé récemment dans les environs de Metz,

« Auprès de Strasbourg, M. le baron de Bussière a été fait prisonnier, au milieu de l'ambulance qu'il avait organisée et à laquelle il donnait ses soins.

a 11 est également de notoriété qu'un chirurgien français a été tué sur le champ de bataille par un soldat prussien, au moment où il terminait le pansement d'un blessé. (Mouvement.)

— r,\xiii —

« Il résulte, en outre, do la constatation laite par un tle ces médecins en présence de témoins dont la déclaration a été rerue au vice-consulat de France à Bàlc, que des balles explosibles ont été employées contre nos troupes et retrouvées dans les plaies de quel((uesuns de nos blessés. (Explosion de cris d'indignation : C'est du brigandage! — Vile canaille! — 11 faudra être sans pitié pour des gredins pareils ! — C'est une infamie!)

« Ce sont là autant d'atteintes, non-seulcnient aux usages de toutes les armées dans les temps modernes, mais encore aux stipulations formelles de conventions diplonuitiques auxquelles la Prusse a été partie contractante.

« Enfin, les journaux ont annoncé que des paysans des environs de Strasbourg avaient été requis pour creuser les tranchées ouvertes par les Prussiens devant la place. (Sensation.) Nous avons d'abord refusé d'ajouter foi à ces bruits. Nous ne pouvions admettre comme possible un acte de violence non moins contraire au droit de la guerre qu'aux lois de l'humanité. Les témoignages certains qui nous sont parvenus depuis ne laissent plus aucun doute sur la complète exactitude de ces informations. (Nouvelles et violentes exclamations.) Les autorités prussiennes n'ont pas reculé devant une mesure qui oblige les défenseurs de Strasbourg à tirer sur des Français. » (C'est odieux! cela crie vengeance !)

« Nous protestons, au nom de la conscience universelle (Très-vive approbation), contre de tels abus de la force, et, en vous priant de les signaler à l'attention particulière du Gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, j'ai la confiance que l'opinion publique les trappera d'une juste réprobation. » — (Très-bien! très-bien!)

M. LE MARQUIS DE CHASSELOUP-LAUBAT. — Quel cst le général qui commande devant Strasbourg ? Qu'on le nomme !

In Sénateur. — C'est un général badois nommé Werder.

M. LE MARQCis DE CHASsELOup-LAUBAT. — Il faut quc SOU nom passe flétri à la postérité.

M. LE MLMSTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — Je VOUS demande la permission de continuer cette lecture. 11 s'agit de la convention de Genève et du grave abus qu'en a fait l'armée prussienne.

Voici la dépêche, circulaire également, que j'ai dû envoyer à ce sujet à nos divers agents, après m'en être entendu avec M. le ministre de la Guerre :

« M.... M. le ministre de la Guerre vient de porter à ma connaissance des informations qui lui sont transmises par des autorités dignes de foi, et d'où il résulte que les insignes de la Société internationale de secours aux blessés ont couvert, notamment à Joinville, à Saint- Dizier, à Vassy, la plus grande partie de l'attirail de guerre de l'armée prussienne, ses approvisionnements et jusqu'à des caissons. Des officiers

— c.ww —

escortant le trt^^or do l'armée ont clé vus portant le brassard de la Société.

(I>es exclamations éclatent de toutes parts ; l'émotion du Sénat est à son comble.)

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGERE.S. — «...CcS faitS, rapprO-

chés de ceux que je vous ai précédi'nimenl prié de signaler au Gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, constituent une violation tlaiirante de la convention de Genève, l^n négociant ce traité, les Gouvernements signataires ont été dirigés par des sentiments d'humanité auxquels la France s'est associée, dès le début, avec un empressement qui a été une des causes dominantes du succès des conférences. Pas plus que les autres puissances, nous ne nous sommes dissimulé les abus auxquels, dans certains cas particuliers, pouvaient donner lieu quelquesunes de ces stipulations, celle notamment qui autorise lusage du drapeau et du brassard.

« Mais nous étions loin de supposer que ces abus dussent jamais revêtir un pareil caractère. M. le ministre delà Guerre, justement ému des faits qui sont parvenus à sa connaissance, déclare que, s'ils devaient continuer, il ne lui resterait qu'à provoquer, vis-à-vis du cabinet de Berlin, la dénonciation de la convention de Genève.

« 11 appartient au Gouvernement..., comme signataire du traité, d'en faire respecter les dispositions, et il reconnaîtra, je n'en doute pas, la nécessité d'unir ses efforts à ceux des autres parties contractantes, pour obtenir que cet acte soit loyalement exécuté. » (Vif mouvement d'approbation.)

Maintenant voici une circulaire relative à la situation des corps francs. Elle est également adressée à toutes les grandes puissances, et porte la date du 31 août:

« M.... Dans un télégramme adressé au comte de Bernstorff, pour nous être communiqué par l'entremise du ministre des Etats-Unis à Paris, M. le comte de Bismarck fait connaître le traitement que la Prusse entend réserver à nos francs-tireurs. 11 déclare que les hommes qui peuvent, à portée de fusil, être reconnus comme soldats, seront seuls considérés et traités comme tels. 11 ajoute que la blouse bleue est le costume national, que la croix rouge au bras n'est discernée qu'à une faible distance, et peut à tout instant être retirée ou replacée, de telle sorte qu'il devient impossible aux troupes prussiennes de distinguer les personnes dont elles ont à attendre des actes d'hostilité, et sur lesquelles elles doivent tirer. 11 annonce, en conséquence, que tous ceux qui ne pouvant être, en toute occasion, et à la dislance nécessaire, reconnus comme soldats, tueraient ou blesseraient des Prussiens, seront traduits devant une cour martiale. -•-

J'ai transmis cette communication à M. le ministre de la Guerre; voici sa réponse :

" La garde iiationalo niobilo cl 1rs francs-tireurs (|ui y sont assimiles par leur organisation, ou qui ont été formes après des autorisations régulières, représentent une force constitiiée en vertu de la loi Irançaise ; leur costume a été délini et la blouse lileue, avec ornements rouges, des hommes de la garde nationale mobile qui portent, en outre, le képi, ne saurait être confondue, de bonne foi, avec b; vêtement des paysans de France. M. le ministre de lajjuerre n'hésite donc pas à déclarer (pie si la Prusse traite comme étrangères à l'armée de semblables troupes, les chefs de corps français useront de représailles envers les hommes de la landwehr et du landsturm qui représentent les mêmes forces en Allemagne. (Bravo! Très-bien! — Applaudissements!)

l'of'x (lirrrsrs, — 11 faut les faire fusiller comme des chiens. — Cela mérite une inexorable vengeance.

M. LE MINISTRE DKS AFFAIUE.S ÉTUANGÈRKS. — ci Je VOUS [U'ic, M...,

de vouloir bien donner connaissance de cette déclaration au Gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, et je ne doute pas qu'il ne partage rimpression que nous fait éprouver le procédé que je vous signale, ainsi que la douloureuse nécessité dans laquelle il nous place . (Très-bien ! très-bien !)

« Nous recourons aux bons offices du Gouvernement anglais pour faire parvenir cette dernière déclaration au cabinet de Derlin. »

La lecture de ces dépêches me parait répondre suffisamment

De toutes paris. — Gui, d'une manière satisfaisante, complète.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES me parait répondre

suffisamment, quant à présent du moins, à rinterpellation de l'honorable iM. Le Verrier. (Oui! oui! — Très-bien! très-bien!)

Le Sénat peut être assuré d'ailleurs de l'éucrgie avec la(|uelle nous poursuivons renquèle que nous avons commencée sur toutes les infractions aux lois de la guerre et aux droits de l'humanité. (A-pplaudisscments.)

NOUVELLES DE LA GLEIUiE.

Différentes dépêches télégraphiques, datées de Belgique le 31 août, i h. 10 m. du soir, annoncent que, le 30, une série d'engagements entre le corps du maréchal de Mac Mahon et l'ennemi a eu lieu de 8 h. du matin à 8 h. du soir.

Nos troupes, qui avaient quitte- les hauteurs boisées de Stonnes, où elles avaient été remplacées par les Prussiens, ont été attaquées. D'abord forcées à un mouvement de retraite, elles reprirent vigoureusement l'otlensive de deux heures à six heures, et, la nuit venue, elles repassèrent la Meuse pour aller se reformer vers Douchery, sur la route de Mézières.

— rxxvi —

Les alternatives de cette première journée nous ont malheureusement coûté des pertes sensibles. Les Prussiens ont en outre brûlé Mouzon et tué une partie de ses habitants. De leur côté, nos troupes ont fait un mal considérable à l'ennemi. L'infanterie de marine s'est signalée par des prodiges de valeur et d'adresse.

Le lendemain 31, les Prussiens ont repris l'offimsivc, à sept heures du matin, sur la rive gauclie de la Meuse, et la lutte s'est engagée entre Donzy et Donchery .

Attirés par le maréchal de Mac Mahon dans un angle formé par les remparts de Sedan et les hauteurs de la rive gauche du fleuve, ils ont subi des perles très-sérieuses et se retiraient, à midi, vers Tillemontry, après plusieurs tentatives inutiles pour repasser la Meuse.

Le 31, au matin, le maréchal de Mac Mahon passait la Meuse à Mouzon. Ce fait est en contradiction flagrante avec la dépèche du roi qui annonce avoir refoulé les troupes du maréchal jusqu'au-delà de la Meuse.

Tout fait supposer que de nouveaux engagements ont dû avoir lieu aujourd'hui.

CORPS LÉGISLATIF

Séance du vendredi, 2 septembre.

Le Corps législatif adopte le projet de loi dont la teneur suit :

Article unique. — '11 sera procédé à l'élection des officiers, sousofûciers et caporaux dans les bataillons déjà organises de la garde nationale de la Seine. 1

Ils devront être choisis parmi les anciens militaires.

Toutefois, les ofiiciers, sous-ofûciers et caporaux actuellement en fonctions sont élisibles.

NOUVELLES DE LA GUERRE

2 septembre 1870.

Aucune dépèche officielle n'est parvenue sur Je résultat des engagements d"hier. Quant aux renseignements non officiels, ils sont tellement contradictoires, qu'il est impossible d'en tenir compte.

M. le ministre de l'Instruction publique vient d'instituer un comité de savants, chargé de se concerter avec l'autorité militaire pour appliquer à la défense de Paris les derniers résultats des sciences physiques et chimiques. M. Berthelot, professeur de chimie organique au collège de

— CXWlI —

France, est le président do ce comité; deux députés,MM. Oorian ctGéveiot y représentent le '^-orps législatif.

La première réunion du comité scientifique pour la défense de Paris aura lieu samedi, 3 septembre, au ministère de l'Instruction publique

Les personnes qui auraient des communications à faire, des projets à soumettre au comité, sont priée? de vouloir bien s'adressera M. Berthelot, professeur au collège de France.

Un autre comité, spécialement chargé des questions médicales relatives à la défense de Paris, s'organise par les soins du ministère sous la présidence de M. Sée, professeur à la Faculté de médecine. Nous ne tarderons pas à faire connaître le jour où le comité commencera ses travaux.

CORPS LÉGISLATIF

Séance du samedi, 3 septembre.

s. Exc. M. LE COMTE DE PALiKAO, ministre de la Guerre. — Messieurs les députés, j'ai eu l'honneur de vous déclarer qu'en toute circonstance je vous dirais la vérité, quelque dure qu'elle pût être (1).

Des événements graves viennent de se passer. Nous les connaissons par des nouvelles qui ne sont pas olficielles, à la vérité, mais dont quelques-unes, d'après mes appréciations, doivent être vraies. Je vais vous les donner.

La première et la plus importante résulte de documents qui font connaître que le maréclial Bazaine, après une sortie très-vigoureuse, a eu un engagement de huit à neuf heures, et qu'après cet engagement, dans lequel le roi de Prusse lui-même reconnaît que les Français ont déployé un grand courage, il a été obligé de se retirer sous Metz; ce qui a empêché une jonction qui nous donnait les plus grandes espérances pour la suite de la campagne.

Voilà la première nouvelle, elle n'est pas bonne.

Néanmoins, bien que le maréchal Bazaine ait été obligé de se replier sous Metz, il n'est pas dit qu'il ne pourra pas tenter une nouvelle sortie. Mais le mouvement projeté a échoué.

D'autre part, nous avons reçu des renseignements sur les combats, ou plutôt sur la bataille qui vient d'avoir lieu entre Mézières et Sedan. Cette bataille a 'donné lieu à des succès et à des revers. Nous avons d'abord culbuté une partie de l'armée prussienne, qui a été jetée dans la Meuse; mais ensuite, accablés sans doute par le nombre, nous avons dû nous retirer soit sous Mézières, soit sous Sedan, soit même, mais

(1) Le minisire des Tiavaiix [luhlics, .M. le baron Jérôme David faisait, le même jour, une déclaration à [icu près identique au Sénat.

— «AXVlll

t'ii polit iKtirlirc sur le l(;ri'itoirc belgo. 11 en rcsiilte (|iic la situation actuelle ne pcrnKît pas d'espérer, d'ici à quelque tejnps, une jonction des forces du maréchal Mac-Mahon et du maréchal Ilazaine.

Il y a peut-être encore d'autres nouvelles et d'une nature plus grave, comme celle d'une blessure du maréchal Mac-Malion, et d'autres circonstances; mais je déclare que nous n'avons reçu aucune nouvelle officielle de ce genre. Le Gouvernement ne peut donc vous les donner. Si elles n'étaient pas vraies, ou accuserait le (iouvcrnemcnt d'ellVayer inutilement la nation.

La situation est grave. 11 ne faut pas se le dissimuler. Ai:ssi, nous sommes décidés à faire appel à toutes les forces vjves de la nation. (Applaudissements.)

Ce n'est pas d'aujourd'hui (|ue nous vouhms faire cet appel. Mais, avant les événements qui viennent de se produire, et que notre prévoyance même hésitait à admettre, notre premier soin devait être d'organiser les forces vives que nous avions déjà à notre disposition, c'est-à-dire la garde Jiatiouale mobile et les anciens militaires qui, malheureusement, ne sont pas en assez grand nombre.

La garde mobile déjà constituée forme actuellement 200 et quelques mille hommes. Une partie sera appelée à Paris pour for'.ner une armée qui, avec d'autres forces qui y seront réunies, permettra d'assurer la sécurité de la capitale.

Nous appelons donc toutes les forces vives de la nation à défendre le territoire. Nous y mettrons toute l'énergie possible etnousnc cesserons nos efforts que quand nous aurons expulsé les Prussiens. (Très-bien! très-bien!)

M. HAENTJENs — Nous dcuiandons le comité secret. (Bruit. — Réclamations à gauche.)

M. ARAGo. — Pas de comité secret! La nation doit tout savoir!

M. LE PRÉSIDENT. — La questiou étant posée, le devoir du président est de consulter la Chambre.

M. LE MiMSTUE DE LA GUERRE. — Nous avous fait dcs déclaratious à haute et intelligible voix, nous ne voyons pas pourquoi nous accepterions le comité secret. (Applaudissements.)

M. LE PRÉSIDENT. — lusisto-t-ou SUT la demande de comité secret?

M. iiAENTJENS. — Après la déclaration du gouvernement, nous ajournerons notre demande.

M. LE PRÉSIDENT. — xMors la parole est à M. .Iules J'avre.

M. JULES FAVRE. — La déclaration du ministre de la lîuerre est de celles qui ne doivent provoquer de la part de tous les membres de la Chambre d'autre réflexion que la résolution d'une étroite union dans le sentiment d'une défense jusqu'à la mort. (P'' vo! bravo! — Applaudissements.)

Sur ce point, nous soinmes unanimes. Tous aussi, nous avons à

c(i<ur, pour notre pays, pour nous-mêmes, pour notre responsabilité, de prendre les mesures les plus eflicaccs pour arriver au succès auquel nous nous dévouons.

Jusqu'ici avons-nous suffisamment fait ce que les événements nous imposaient comme une obligation sacrée? 11 y a, à cet éaard des dissidences que je ne veux pas rappeler. La position est suprême, et nous serions coupables non-seulement de ne pas dire la vérité tout entière à la nation, mais encore de ne pas lui faire apercevoir les causes de nos désastres et leurs conséquences. (Mouvements.)

Soyez tranquilles, je ne viens pas ici animé d'un esprit de récrimination quelconque, mais je veux que le temps des complaisances cesse, et que les uns et les autres nous envisagions froidement, mais nettement, la vérité qui nous accable.

Or, cette vérité, la voici : L'armée française a été héroïque dans toutes les circonstances où elle s'est rencontrée en face de l'ennemi. Vous connaissez les prodiges de valeur accomplis par le maréchal Bazaine essayant de forcer le cercle de forces quadruples qui l'entourait.

Sans calculer le nombre, à travers tous les obstacles, il a compris que la France avait besoin de sou épée, il a essayé de se faire jour. (Vive approbation.)

D'un autre côté, un officier général, non moins brave, se présentait pour l'aider dans cette entreprise. 11 a échoué. Ce n'est pas la valeur qui lui a manqué. C'est la liberté du commandement. 11 n'est douteux pour personne qu''on lui a demandé des forces pour protéger l'Empereur. (Bruit.)

11 les a refusées, et alors le Conseil des ministres les a prises sur celles qui étaient destinées à la défense de Paris. Voilà ce qui se sait, et il ne faut pas qu'un tel état de choses continue. 11 faut savoir où nous en sommes du Gouvernement. L'Empereur communique-l-il avec ses ministres? Leur donne-t-il des ordres?

M. LE MIMSTRE DE LA GUERRE. — Non !

M. JULES FAVRE. — S'il OU cst aïusi, le gouvernement de fait a cessé d'exister (très-bien! à gauche, — protestations à droite), et à moins d'un incroyable aveuglement, d'une obstination qui cesserait d'être patriotique, c'est au pays que vous devez demander des ressources d'où puisse sortir le salut.

Sans insister davantage, car la réponse désintéresse le point de fait, le gouvernement ayant cessé d'exister... (Exclamations sur les bancs de la majorité. — Assentiment à gauche.)

M. LE PRÉSIDENT. — Eu toutc occasiou, je devrais protester contre de semblables paroles. Dans les circonstances actuelles surtout, je dois protester contre tout ce qui pourrait être un affaiblissement pour le pays. (Oui! oui! — Très-bieu!)

M. jvr.Es FAVRE. — Un aiïaiblissemenl! Ce que je clierclic, c'st la force lîîoralc; et elle est dans le pays souverain, affranchi, qui ne doit plus compter que sur lui-même, sur ses représentants, et non sur ceux qui l'ont perdu. (Nouveau bruit.)

Eh bien! dans cette crise suprême, je n'ai que dcn.K mois à ajouter : La France, Paris, nionucés ensemble et unis dans la résistance par une étroite solidarité, sont décidés à ne poser les armes que lorsque l'ennemi aura été expulsé. Le pays sait que c'est en lui-même, eu lui seul que réside son salut. (Oui! oui! à gauche.)

Ce qui est nécessaire, c'est que, pour éviter la confusion, tous les partis s'effacent devant un nom militaire qui prenne la défense de la nation. Ce nom est connu (I), il est cher au pays, il doit être substitué à tous autres. (Exclamations sur divers bancs.) Devant lui doivent s'effacer tous fantômes de gouvernement. Voilà le remède, je le dis à la face du pays : que le pays m'entende. (Très-bien, à gauche. — bruit.)

M. i.K Mxnons m; nui;. — Je tiendrai mon serment jusqu'à la mort.

M. LE Mi.MvniE DE i.\ GLEitRE. — Cc d'csI pas par des paroles semblables que l'union peut s'établir entre nous pour défendre la France. (Non! non! — Si!) 11 n'y a pas de nom qui puisse sauver la nation, il n'y a que le gouvernement constitué. M. Jules Favre, sans prononcer aucun nom, en a désigné un d'une façon assez claire pour que personne ne s'y soit mépris... Depuis que nous sommes au pouvoir, nous avons fait tous nos efforts, mais ce n'est pas en vingt jours qu'on peut tout organiser pour vaincre. Pour résister d'une manière efficace, il faut un gouvernonient constitué, comme nous le sommes, avec la confiance de la Chambre. . .

M. GiRAULT. — Du pays! (Bruit.)

M. LE MINISTRE DE LA GLTRRE. — 11 faut unc volouté raisonnéc, calculée. Or, le ministère ne fait rien sans s'être concerté...

M. j. FAVRE. — Avec qui?

M. LE MLMSTRE DE LA GUERRE. — M. Julcs Favrc a posé unc question qui tend à changer le régime constitutionnel contre un régime arbitraire. (Interruptions à gauche.)

M. LE MARQiiLs DE PIRE. — Ce sout Ics dcfcctions de 1815. (Bruit prolonge. )

M. GAMDETTA. — 181."), oui ! toujours Pinvasion avec les Bonaparte !

M. DE PALiii.\u — J'ai répondu très-nettement à la question de M. Jules Favre, à savoir que le maréchal Mac-Mahon commandait effectivement et n'élail sous les ordres de qui que ce soit.

(1) Il s'agit de M. le géuéral Trochu.

M. J. FWBK. — Kst-c«; lui qui a rriaintomi It <i(3in;ial <if Failly «)ai)s 5ori commaiulcmciitï (Nouvcllos interruptions.)

M. i-E i-iiKsiDKVT. — Monsiotif .Iules Tavrc, vons avez pose lil)rtinont uni- question grave : je vons douiande de laisser an ministre la liberté de voiis répondre. (Très-bien! trC-s-bien ! )

M. i.E MINISTRE DE I. A GijERRE. — \ l'iioure qu'il osl, 11 osl probable ([ne cidni dont mi ii prononei- le nom n'existe pins. C Mouvement.)

Vons avez l'ail appel à nn nuni sans le désigner expressé nn:;iil. J'ai trop de eoniiauce dans la loyauté et l'honneur de celui auquel vous avez fait allusion pour croire qu'il accepterait jamais, oonlrair<'incnt â sou serment, la position que vous voulez lui faire!

M. jri.Es FAVRE. — C'cst la FranCf qui lui donnerait eette |)osilion, il n'aurait à violer aucun serment. (Bruit, j

M. LE MLMSTUE DE LA GUERRE. — .rajoilfe UU hlOt d'cxplicatiou aU

sujet du général de Wimpfen.

Le général de Wiinpl'en était à Oran ; il a été rappelé; il est revenu jiromptenient ; il a passé nu seul jour à Paris, il est parti pour son poste, et il m'a ceril tie M<;ziéres qu'il avait pris son comniandemeul.

(î'esl dans la soirée de ce jour que le général Truchu, gouverneur de Paris, lit counaitrc â la foule assemblée devant le siège du gouvernement de Puris, au Louvre, la défaite du maréchal de Mae-Mahon d L Capitulation du général Wiiupt'eii et dt; l'armée à Sedan.

Page 1