‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 4 sur 97 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

pays traverse une crise et qu'il y a une résolution pendante, pour être sage il faut t>tre prêt. (Très-bien! très-bien!) Mais je comprends diflici loment que les divers ministres puissent proposer d'urgence, et avec nue même précipitation, des mesures d'une autre nature, avant que la C.liambre ait procédé à une délibération que les circonstances rendent nécessaire, ainsi que l'a démontré tout à l'heure l'iionorable M. Thiers.

.le crois donc qu'il y a lieu de suspendre ce travail de voies et moyens et de passer immédiatement à la délibération sur le Fond.

M. LK MiMSTRB DE LA GUERRE. — .Ic désiro répondre ([uolques mots à l'honorable M. Gambetta, et je suis convaincu qu'il sera de mon avis après les avoir entendus.

Dans la question qui s'agite, il y a deux parties bien distinctes : la partie politique qui se discute ici et la partie militaire qui doit se préparer sans retard. (Très-bien! très-bien!)

s. Exc. M. sEGRis, minîstrc des Finances. — Messieurs, j'ai l'honneur de soumettre à la Chambre un projet de loi ainsi conçu :

« Art. l''^ Il est accordé au ministère de la Marine, sur l'exercice 1870, au delà des crédits ouverts par la loi de finances du 8 mai 1869, des crédits montant à la somme de seize millions.

« Ces crédits sont répartis par chapitre, conformément à l'état ciannexé. »

Nous avons l'honenur de demander également l'urgence sur ce projet de loi. (L'urgence est mise aux voix et adoptée.)

s. EXC. M. EMILE OLLiviER, (jordc des sceaux, ministre de la Justice et des Cultes. — Messieurs, le Gouvernement, dans cette affaire, a surtout le désir d'exposer absolument toute la vérité ; il n'a rien à dissimuler. Et lorsque, à des demandes de communication de dépèches, il répond qu'il n'a rien à communiquer, c'est qu'il n'y a pas eu, dans le sens vrai du mot, de dépèches échangées : il n'y a eu que des communications verbales, recueillies dans des rapports qui, d'api'ès les usages diplomu • tiques, ne sont pas communiqués.

M. EMMANUEL ARAGO. — C'ost sur CCS rapports que vous faites la guerre !

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Est-i! néccssairc que j'explique de nouveau le fait qui a amené la rupture. Il l'a été suffisamment dans l'exposé que j'ai eu l'honneur de vous lire; je tiens à le bien préciser, de façon que vous soyez en mesure d'avoir une opinion aussi éclairée que la nôtre.

11 peut arriver qu'un roi refuse de recevoir un ambassadeur; ce qui est blessant, c'est le refus intentionnel, divulgué dans des suppléments de journaux, dans des télégrammes adressés à toutes les cours de l'Eui'ope. (^Mouvements en sens divers.)

Et ce fait nous a paru d'autant plus signiiicatif que l'aide de camp qui a annoncé à M. Henedetti le refus d'audience, n'a manqué à aucune

des formes de la courtoisie... (Interruptions à gaucho.) ... de telle sorte que notre ambassadeur n'a pas d'abord soupçonné la signification qu'on attacherait à un refus qui, accompli de certaines manières, eût pu ètr« désagréable, sans devenir oifensant. L'otfense résulte d'une publication intentionnelle.

Ce n'est qu'après l'avoir connu que notre ambassadeur a été touché, comme nous, d'un acte (Interruptions diverses. — Laissez parler!) qu'au premier moment il nous avait signalé purement et simplement, sans le caractériser.

Youlez-vous connaître ces télégrammes? 11 n'y a aucun inconvénient à vous les communiquer; le premier est de 4 heures 25 du soir, le 13 ; l'autre est de 4 heures 3/4 .

•1 Le roi a reçu la réponse du prince de Hohenzollern ; elle est du prince Antoine, et elle annonce à Sa Majesté que le prince Léopold, son fils, s'est désisté de sa candidature à la couronne d'Espagne. Le roi m'autorise à faire savoir au Gouvernement de l'Empereur qu'il approuve cette résolution. Le roi a chargé un de ses aides de camp de me faire cette communication, et j'en reproduis exactement les termes. Sa Majesté ne m'ayant rien fait annoncer au sujet de l'assui'ance que nous réclamons pour l'avenir, je sollicite une dernière audience pour lui soumettre de nouveau et développer les observations que j'ai présentées ce matin.»

« A la demande d'une nouvelle audience, le roi m'a fait répondre qu'il ne saurait reprendre avec moi la discussion relativement aux assurances qui devaient, à notre avis, nous être données pour l'avenir. Sa Majesté m'a fait déclarer qu'il s'en référait à cet égard aux considérations qu'il m'avait exposées le matin et dont je vous ai fait connaître la substance dans mou dernier télégramme. »•

M. TuiERs. — Mue tout le monde juge!

M DE CHoiSËUL. — On uc peut pas faire la guerre là-dessus... C'est impossible!

M. EMMANUEL ARAGo. — Ccci counu, le moudc civilisé vous donnera tort. (Bruit.) Ceci connu, si vous faites la guerre, c'est que vous la voulez à tout prix. (Exclamations sur un grand nombre de bancs. — Assentiment à gauche.)

M. LE GARDE DES SCEAUX. — On a voulu uous infliger une humiliation, un échec, pour se procurer une compensation du désistement insuffisant du prince Léopold de Hohenzollern... (Bruit à gauche. — Assentiment au centre.) Maintenant, s'il vous convient de déclarer que nous devons accepter cette situation, s'il vous convient de déclarer qu'après avoir suscité en Europe l'émotion dont vous êtes les témoins... (Rumeurs à gauche.)

M. EMMAACEL ARAGO. — C'ost VOUS qui l'îivez Créée, cette émotion! (Nombreuses réclamations.)

M. LE GARDB DES SCEAUX. — S'il VOUS Convient de déclarer que uous

devons reculer, il no nous convient pas, à nous, d'avoir cette résignation peu patriotique.

Oiiand donc, dans notre histoire, s'est-on permis de conspirer contre nous, comme on l'a fait en préparant dans l'ombre l'élévation d'un prince prussien sur le trône d'Espatrne ? (lîumcurs à gauche. — l'xoutez donc!)

Lne voix à ijauche. On r-etire sa candidature.

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Ce scul fait eût suffi pour motiver les résolutions les plus énergiques. Nous nous sommes bornés à négocier. Nos prétentions ont-elles été excessives? Nous n'avons demandé qu'une assurance pour l'avenir. On nous l'a itérativement refusée. Avons-nous menacé, injurié? Nous avons continué à négocier. Comment a-t-on répondu à notre modération? Par la rupture hautaine de pourparlers qui, de notre part, se poursuivaient avec la plus grande loyauté. Et vous trouvez que ces faits rapprochés, que ces faits successifs, que ces faits réunis sont sans importance?

Vous ignorez donc la vivacité du point d'honneur chez deux nations placées depuis des années dans la situation faite à la Prusse et à la France par des excitations perpétuelles, Et d'où sont venues ces excitations? N'est-ce pas de vous, messieurs de l'opposition; n'est-ce pas de vous qui, depuis 1866, n'avez cessé de représenter l'œuvre de Sadowa comme une déchéance intolérable qu'il fallait effacer. . . (C'est vrai! c'est vrai!)... qu'il fallait détruire? N'est-ce pas vous qui toutes les années, une fois au moins par session, vous êtes levés pour répéter cette humiliante démonstration, que la France était descendue de son rang, qu'elle devait préparer la lutte qui le lui rendrait? (C'est vrai! c'est vrai!;

Est-ce nous qui avons préparé des éléments de trouble? Est-ce nous qui avons inquiété une susceptibilité quelconque ? Est-ce nous qui avons méconnu un des droits de cette grande et noble Allemagne dont nous ne sommes pas les ennemis? Est-ce nous qui avons réveillé des souvenirs que nous voudrions ensevelir à jamais dans le passé? Est-ce nous qui avons eu la coupable faniaisie d'approcher la flamme d'un foyer de poudre et puis de nous étonner qu'une explosion ait lieu? Est-nous qui avons quelque chose à nous reprocher?

Est-ce la décision de notre premier acte qu'on veut incriminer? Mais savez -vous à quel danger nous eussions été exposés, si nous ne l'avions pas accompli résolument? Avant que nous ayons pu saisir les lils ténébreux de ces arrangements cachés, nous nous serions trouvés en face d'un vote des certes d'Espagne et du roi prussien inauguré ; aux difficultés diplomatiques que nous avions déjà, ce serait ajouter l'explosion du sentiment national blessé chez un peuple lier! (C'est cela! très-bien! — Très-bien ! très-bien !j

Est-ce l'excès de nos demandes qu'on attaque? Peut-on en concevoir de plus modérées? Si l'on avait tenu autant que nous à conserver

de bonnes relations, était-il donc bien difficile, après les jours d'attente inquiète, de nous donner l'assurance que nous n'avions pas à craindre un changement de volonté? Est-ce enfin la rupture, après l'affront reçu dans la personne de l'ambassadeur, que vous trouvez blâmable'? Ici, je ne raisonne plus, je sens et j'affirme. Aucun ministère, aucun gouvernement n'aurait pu maintenir la paix en acceptant la situation qu'on voulait nous imposer. (Très-bien !)

Déclarer l'incident clos n'eut conduit à rien ; les affaires seraient restées languissantes, le malaise des esprits se serait accru, et chaque jour notre état matériel et moral se serait empiré. (Interruptions à gauche.)

Nous avons soumis à la Chambre tous les éléments de la question; ne pouvant plus rien ajouter, il ne nous reste qu'à attendre sa décision. Si nous nous étions trompés, si nous avions été des gardiens trop susceptibles du dépôt de l'honneur national qui nous est confié, vous n'auriez pas accueilli nos paroles par votre approbation et par vos applaudissements! (Très-bien! très-bien — Nouveaux applaudissements./

Je me suis laissé entraîner à ces explications inutiles pour la majorité de cette assemblée... (Oui! oui !) mais il importait, aux veux du pay.> et de l'histoire, d'établir la justice et la force de notre cause. (Très-bien' Très-bien! — Mouvement prolongé. — Applaudissements.)

M. THiERS. — M. le garde des sceaux vient d'essayer de justifier ses actes; et moi qui n'ai aucun sentiment de malveillance contre .MM. les ministres, je suis désolé d'être obligé de dire que nous avons la guerre pour une faute du cabinet. (Vives dénégations. — Approbation sur quelques bancs à ganclie.) Je vous supplie de croire... (Bruit.) que c'est avec une peine de cœur véritable. . .(Exclamations ironiques à droite et au centre.)

Oui, je le dis avec douleur, c'est à une faute du cabinet que nous devons la guerre. (Dénégations à droite et au centre. — Approbation à gauche.)

M. LE BABO.\ zoRN DE BULACH. — C'cst votre manière de voir !

M. THiERS. — 11 est bien entendu que ce n'est pas la vôtre. Monsieur, c'est la mienne. M. le garde des sceaux a fait dévier la discussion ; à une question il en a substitué une autre.

11 nous a dit tout à l'heure que nous ne pouvions pas souffrir ce que la Prusse avait entrepris en Espagne. Il a cent fois raison. Si la question était là, je ne laisserais à personne le soin de venir défendre ici la politique séculaire de la France. Sans prétendre gêner la liberté des Espagnols, nous ne pouvons pas souffrir qu'au delà des Pyrénées on nous prépare une hostilité ouverte ou cachée ; non, nous ne le pouvons pas.

La Prusse a fait une faute grave en voulant avoir elle-même un candidat au trône d'Espagne. Avant oe dernier événement, elle voulait la

paix et c'était liabilelt^ de sa part, parce qu'elle sent très-bien que le danger sérieux pour elle commencera le jour où elle fera de nouvelles entreprises. Ce jour-là elle souli^verait contre elle de nombreuses et sérieuses hostilités, et nous qui avons déploré Sadowa, nous qui avons toujours désiré qu'il tut réparé, nous avons toujours dit et répété qu'il V aurait un jour difficile, souverainement difficile pour la Prusse, el que ce serait celui où elle voudrait mettre la main sur les États de l'Allemagne restés indépendants. C'est ce jour-là, avons-nous dit sans cesse, c'est ce jour qu'il faut savoir attendre. Ce jour-là, elle aura contre elle une grande partie de l'Allemagne, l'Autriche notamment, et presque toute l'Europe. Du reste, eu déplorant Sadowa, je n'ai jamais parlé de l'Allemagne qu'avec le respect qu'elle mérite, et je me suis toujours borné à dire : Sachez attendre, et n'ajoutez pas à uue grande faute le tort si dangereux de la vouloir réparer trop lot.

11 ne faut pas s'imaginer, quand on a changé la face du monde, qu'on peut, en un jour, par un coup heureux, refaire ce qu'on a détruit. 11 faut de la patience, de la tenue, de l'habileté, du bonheur surtout pour réparer le mal qu'un instant a suffi à produire. (Rumeurs.)

Oui, il fallait réparer Sadowa ; mais il fallait attendre que des fautes politiques comme celle que je viens d'indiquer, vous fournissent une occasion légitime ; alors vous auriez été approuvés par toute l'Europe. Car, il y a une chose que je remarque dans notre siècle : c'est qu'on ne peut plus faire la guerre capricieusement. 11 faut que les nations, assistant à la guerre comme les témoins à un duel, vous approuvent, vous appuient de leur estime et de leurs vœux. Il faut, en un mot, avoir l'opinion du monde avec soi, el il fallait attendre que la Prusse, se livrant à de nouvelles usurpations, nous donnât pour alliés et les nations menacées et le monde indigné.

Je dis donc que, dans cette occasion, la Prusse a commis une faute très-grande en voulant avoir un candidat au trône d'Espagne ; oui, mais cette faute, elle l'a payée par un échec, elle la paiera par la guerre; malheureusement, elle ne sera pas seule à la payer, le monde la paiera avec elle, et nous en même temps.

Mais, Messieurs, si nous en étions à obtenir l'abandon de la candidature du prince de Hohenzollern, je serais avec vous de toutes mes forces; ma voix fatiguée se joindrait à la vôtre, pour que justice fût faite à la France, pour que ses intérêts fussent sauvegardés ; mais ce qui me désole, c'est que j'ai la certitude que le fond était obtenu. (Non ! non !)

11 était obtenu, personne ne peut le contester. (Non! non! non! — Très-bien ! sur quelques bancs de la gauche.)

Attendez un instant, et vous allez voir si, en effet, le fond n'était pas obtenu.

Vous aviez non-seulement obtenu le fond, mais vous aviez encore

obtenu un effet moral considérable, et votre faute, c'est de ne pas vous en être contentés. Oui, vous aviez le fond, car la candidature du prince était supprimée.

Mais, dit-on, cette candidature n'était pas supprimée à tout jamais.

Messieurs, je m'adresse à tous les gens de bonne foi, je demande s'il est croyable que lorsque la Prusse venait d'être obligée, à la face (lu monde, de retirer une candidature qui, évidemment, avait été présentée par elle... (Interruptions diverses à droite et au centre.) Je m'adresse à tous les gens de bon sens, je m'adresse à l'évidence (Ah '. ah!), oui, à l'évidence; et nous verrons, vous verrez, dans quelques jours, l'opinion du monde s'exprimer par tous les journaux... (Murmures au centre et à droite.) Je ne parle ni îles journaux de France, ni des journaux de Prusse; on ne peut prendre pour juges ni les uns ni les autres (Interruptions), car ils sont parties dans la cause... Estce que je devrais avoir besoin de faire une observation pareille? C'était par trop clair. Non, il ne s'agit ni des journaux de France, ni des journaux de Prusse, qui sont parties dans la cause, mais des journaux, des autres pays. Toute l'Europe s'est jointe à vous pour demander qu'on fit justice à la France. Eh bien, vous verrez ce que la presse anglaise, qui est d'une impartialité remarquable, vous verrez ce qu'elle dira, vous verrez si elle ne répétera pas, avec nous, que le fond du litige était accordé... (Dénégations au centre et à droite.)

Je demande s'il peut entrer dans la pensée d'un homme de bon sens, d'un seul homme de bon sens que la Prusse, après la campagne qu'elle venait de faire et qui lui avait valu le retrait de la candidature du prince de Holienzollern, retrait qui était certainement peu brillant pour elle, que la Prusse, dis-je, voulût reproduire cette candidature. (Trè.sbien à gauche. — Exclamations au centre et à droite.)

Entin, Messieurs, c'est pour cela que j'en appelle au jugement nonseulement de ceux qui sont ici, mais de ceux qui sont en dehors, qui sont plus nombreux que vous, et qui nous liront patiemment, tandis que vous ne voulez pas nous écouter.

M. MATHIEU. — Non, pcrsounc ne croira qu'elle se serait arrêtée...

M. THiERS. — Vous nc croycz pas, monsieur Mathieu! Eh bien, moi, je crois, je suis convaincu; car il faudrait supposer que la Prusse fût folle!... (Bruit.)

M. BELMONTET. — Elle cst ambiticuse.

M. THIERS. — Après s'être exposée à un échec comme celui-là, oui elle serait folle de renouveler la candidature du prince de Holienzollern.

S. Exc. M. LE DUC DE GRAMONT, ministre des affaires étrangères. — Pourquoi n'a-t-elle pas répondu à cet égard? Pourquoi a-t-elle refusé de le promettre. (Très-bien! très-bien! — Voilà la question!)

M. EMMANUEL ARAGo. — Parcc quc vous avez commencé par la menace à la tribune... (Bruit et exclamations.)

M. TmF.ns. — Puisque vous m'y obligez, monsieur le ministre, je vais vous le dire. Elle l'a refusé parce que vous avez mai commencé et mal fini. . . (Vives réclamations sur un grand nombre do bancs. — Vpprobation à gauche.)

M. i.K MAnyi'is DE piuK. — La Chambre est indignée, quand il s'agit de rhonncurde la France, qu'on vienne à la tribune faire tourner devant nous le moulin de Sans-Souci! (Bruit. — N'interrompez pas!)

M. THiERS. — Je sais bien pourquoi on ne veut pas me laisser achever. . . Ahî oui, je le sais bien, c'est parce que je touche au point sérieux de la question. J'ai entendu non-seulemcntlcs hommes qui siègent sur ces bancs (l'orateur désigne la gauche), mais les hommes qui siègent sur tous les bancs de cette Chambre, je les ai entendus, moi qui n'ai pas droit à leurs confidences, exprimer le regret que lorsque la candidature du prince de Ilohenzollern était retirée... (Interruptions diverses.)

Vous ne voulez pas me laisser répondre à M. le ministre, libre à vous! Mais je resterai ici pour que la France sache comment on a déclaré la guerre... J'userai de mon droit jusqu'au bout; je ne descendrai de la tribune qu'après en avoir usé, et la violence que vous me ferez, c'est sur vous qu'elle retombera. (Exclamations diverses.)

]»i. i.E BARON JÉRÔME DAVID. — Vos idoes, mousicur Thiers, n'ont pas d'appui appréciable dans la (jhambre, elles ne peuvent pas avoir une sanction, et vous faites bien du mal à la France. Il faudrait beaucoup de bataillons prussiens pour faire à votre pays le mal que vous lui laites involontairement. . . (Vive approbation et applaudissements sur plusieurs bancs, au centre et à droite.)

A gauche. — A l'ordre! à l'ordre! — C'est une insulte!

M. LE BARo\ JÉRÔME DAVID. — M. Thiers vcut-il me permettre une observation? (Oui! oui! — Parlez! parlez!)

Loin de moi la pensée d'injurier un de nos collègues ; il s'agit bien de cela, dans un moment solennel comme celui-ci ! Mais je n'ai pu contenir l'expression de la douleur que me cause un langage que je crois si néfaste pour mon pays. (Très-bien ! au centre et à droite.)

M. THIERS. — Savez-vous quels sont ceux qui ont fait du mal à la France'? Ce n'est pas moi qui lui en ai fait... (Exclamations et rires ironiques sur un grand nombre de bancs), ce sont ceux qui n'ont pas voulu écouter mes avertissements... (Nouvelles exclamations sur les mêmes bancs), ce sont les auteurs du Mexique, ce sont les auteurs de Sadowa qui, oubliant le mal qu'ils ont fait, osent nous imputer aujourd'hui de faire du mal au pays, quand nous cherchons à épargner son sang. (Ah! ah!) Si vous aviez permis de discuter l'expédition du Mexique, la plus odieuse, la plus désastreuse expédition du temps n'aurait pas été consommée ! . . . (Interruption.)

Il faut que la lumière se fasse sur une grande faute, qui est la cause de la guerre actuelle. (Bruit.)

Il n'est pas exact, comme l'a prétendu M. le garde des sceaux, qu'on se soit borné à combattre eu Espagne une politique que la France y a combattue dans tous les temps.

On aurait raison de tenir ce langage, on serait dans le vrai, si on nous avait refusé le retrait de la candidature du prince de Hohenzollcrn; alors il n'y aurait eu dans le pays, il n'y aurait eu en Europe qu'une voix pour soutenir la France, pour vous soutenir ; et nous, qui sommes à celte tribune pour vous combattre, nous y serions pour vous soutenir.

Mais que vous a-t-on dit? Que vous ai-je dit moi-même'.'... (Ah! ah!)

Mon Dieu, Messieurs, peu importe qui vous l'aie dit. Tout le monde disait, il y a trois jours : On a obtenu le retrait de la candidature du prince de llohenzollern. ..

M- JULES FAVRE. — C'cst avec cela qu'on a fait monter la Bourse.

M. THiERs. — ... il faut s'en tenir là. On l'a répété de toutes parts. Il était évident, en effet, pour tout homme de bon sens, que si, après avoir obtenu la concession essentielle, on faisait naître des querelles de mots, des froissements d'orgueil, la question serait perdue et la guerre en résulterait. II n'y a pas un homme de bon sens qui n'ait compris cela et qui ne l'ait dit.

Sur plusieurs bancs. — Mais ncn ! mais non !

M. THiERS. — Vous DO l'avez pas dit, soit ! 11 n'en est pas moins vrai que le simple bon sens devait faire comprendre que si, après avoir obtenu une concession qui devait coûter beaucoup à l'orgueil du roi de Prusse. . .

Voix diverses. — Que. le concession? — Il n'en a pas fait ! H. THIERS. — Qu'est-ce qui me dit qu'il n'en a pas fait ? Comment ! Devant le monde entier, le roi de Prusse retire... (Non! non!) ou laisse retirer... J'emploierai le mot que vous voudrez : le roi de Prusse a fait retirer, a laissé retirer... Pouvez-vous supposer que, la candidature du prince de Hohenzollcrn étant retirée, il n'y ait pas eu une concession de la part du roi de Prusse lui-môme? Maintenant, je vais plus loin : dans la pièce qui nous a été lue tout à l'heure, le roi de Prusse a déclaré, non pas de sa personne, mais par son Gouvernement, qu'il connaissait et approuvait le retrait de la candidature du prince de llohenzollern.

Que vouliez-vous? Vous vouliez un échec à la Prusse, et je le voudrais comme vous. (Rires et exclamations sur plusieurs bancs.) Soit, M ssieurs, appelez-moi un ami de la Prusse.... (Bruit.) Oui! oui! diîes-le ! Je désire que le Journal officiel reproduise toutes vos interruptions : le pays jugera entre vous et moi. (Mouvements en sens divers. — Bruit prolongé.) Je me borne à poser ces faits qui sont incontestables : la candidature du prince de Hohenzollern a été retirée ; le roi de

Prusse l'a su et a consenti à ce que son Gouvernement le déclarât pour lui, quand on le lui a demandé. Mais il était évident qne, si Ton ne s'en tenait pas là, si l'on A'oulait poursuivre, si l'on voulait élever une discussion sur le mode de ce retrait, on ferait naître des susceptibilités nouvelles, qu'on exciterait l'orgueil de la Prusse et qu'on arriverait à une rupture.

Si on ne voulait pas la guerre pour la }>uerre, si on ne voulait que la cliose essentielle, c'est-à-dire qu'une candidature hostile à la France disparût, il fallait s'en tenir là; mais insister, c'était faire naître des questions d'orgueil entre deux grandes nations également susceptible>, et la guerre devenait inévitable. (Approbation à gauche.) II a été évident pour tout le monde que si l'on ne s'en tenait pas au résultat essentiel, que si Ton faisait naitre des querelles d'orgueil la question devenait insoluble, et que nous avions la guerre.... '(Marques d'impatience.)

Je descends de cette tribune.

A (/auche. — Parlez! parlez!

M. TinERS. — ... et j'en descends devant les difficultés que \ou& m'opposez, alors cependant qne je ne blesse ni aucune convenance, m aucune personne, ni aucun parti dans cette assemblée ; j'en descends sous la fatigue que vous me faites éprouver en ne voulant pas écouter.

Toutefois, je ne descends de la tribune que parce que j'ai pu, malgré vous, malgré vos incessantes interruptions, établir le point essentiel de la discussion : à savoir, que l'intérêt de la France était sauf et qu'on a fait naitre entre les deux nations des questions de susceptibilités qui devaient rendre la guerre inévitable. C'est là votre faute !.. (Murmures sur plusieurs bancs. — Approbation à gauche.)

On me demandera : la faute commise — je l'appelle la faute, parce que c'est le seul nom à lui donner — la faute commise, que fallait -il faire ?

II fallait, puisque l'Europe était de si bonne volonté dans ce momentlà, lui donner le temps d'intervenir de nouveau. (Bruyantes exclamations sur un grand nombre de bancs.)

11 fallait donner à l'Europe le temps d'intervenir, ce qui n'empêchait pas que vos armements continuassent, et il ne fallait pas se hâter de venir ici apporter, dans le moment où la susceptibilité française devait être la plus exigeante, des faits qui devaient causer une irritation dangereuse.

Ainsi, je le répète, ce n'est pas pour l'intérêt essentiel de la France, c'est par la faute du cabinet que nous avons la guerre. (Réclamations sur un grand nombre de bancs.)

M. LE MIMSTRK DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — Si UOUS aviOHS attCIldu

plus longtemps pour demander aux puissances étrangères d'intervenir, nous aurions donné a la Prusse le temps de préparer ses armements

pour nous attaquer avec plus d'avantage. Au surplus, Messieurs, après tout ce que vous venez d'entendre, il suffît de ce fait que le gouvernement prussien a informé tous les cabinets de l'Europe qu'il avait refusé de recevoir notre ambassadeur et de continuer à discuter avec lui. (Marques nombreuses d'assentiment.) Cela est un aifront pour l'Empereur et pour la France (Dénégations à gauche), et si, par impossible, il se trouvait dans mon pays une Chambre pour le supporter ou pour le souffrir, je ne resterais pas cinq minutes ministre des ailaires étrangères. (Bravos et applaudissements prolongés. — M. le ministre, en descendant de la tribune, reçoit de vives félicitations.)

M. JULES FAVRE. — Je vcux opposcr un fait à un fait et conjurer la Chambre de vouloir bien se souvenir du grave devoir qu'elle remplit en ce moment. (Rumeurs.)

M. le ministre des affaires étrangères vous a déclaré que, s'il se trouvait une Chambre française qui ne fût pas de son avis, à l'instant même il donnerait sa démission. . .

Il eût peut-être été préférable, alors qu'il s'agissait d'engager le pays et la Chambre dans la voie où ils sont aujourd'hui, que M. le ministre des alfaires étrangères apportât une semblable susceptibilité vis-ù-vis des opinions bien connues de cette assemblée (Interruptions.) ... et qu'alors, — je le dis parce que je suis dans la vérité. . . —

M. piMAiu). — On ne vous comprend pas.

M. jLXEs FAVUE. — ... Jc m'expliquc ; les opinions bien connues de cette assemblée, ainsi que vous le rappelait tout à l'heure M. le garde des sceaux, c'était le maintien de la paix. — (Réclamations à droite.) Or, si ce maintien n'est plus possible, c'est uniquement grâce à la politique qui a été suivie par le cabinet. (Allons donc!) En effet, le cabinet vous déclarait, il y a quelques jours, qu'aucun sujet d'inquiétude n'existait pour lui en Europe (Murmures), et qu'il ne puisait pas dans la situation particulière de la Prusse vis-à-vis de la France un sujet d'alarmes ou de récriminations.

Voilà, Messieurs, ce qui a été dit; alors une question secondaire est née; le cabinet avait le devoir de l'examiner et de la résoudre; mais comment? en observant les voies prudentes de la diplomatie (Exclamations) et en ne venant pas, du haut de cette tribune, jeter à une puissance qui était encore une puissance amie, un défi qui déjà engageait la France dans la voie compliquée dont nous voyons aujourd'hui le funeste dénouement.

Voilà la première faute du cabinet.

Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit par l'honorable M. Thiers, a savoir que ce que réclamait le cabinet, il l'a obtenu ; mais j'en tire ces deux conséquences : la première, qu'au point de vue des intérêts des deux pays, il n'y a aucun motif avouable de guerre. (Exclamations et dénégations.)

Messieurs, si vous pensez le contraire, il faut le dire hautement... M. LE BARON JKROME DAVID. — Nous Ic (llsons hautement. (Oui ! oui !)

M. JULES FAVRE. — ... ct ue pas vous enveloppe-r dans une question secondaire, dans un prétexte qui cacherait vos véritables desseins.

11 faut alors expliquer la contradiction de votre conduite avec le langage que vous avez tenu à cette tribune.. . (Bruit.) Vous avez trompé le pays, quand vous lui disiez qu'il n'avait rien i!» craindre des entreprises de lu Prusse... (Bruit confus.) Où est la vérité? Mais elle n'a pas été changée par une négociation qui a été une négociation heureuse, puisque vous avez obtenu le retrait que vous demandiez. Quel est donc le sujet du débat? Comme on vous l'a dit, c'est une question de susceptibilité... (Rumeurs.) Oui! c'est une question de susceptibilité.

Messieurs, je reconnais comme vous qu'une question de susceptibilité peut être une question d'honneur. Je reconnais que, si la France ne doit faire la guerre que dans des conditions absolument indispensables, au noml)re de ces conditions se place assurément une insulte qui serait faite à son honneur. Mais c'est là. Messieurs, ce qu'il faut examiner avec maturité. . . (E.\clamations ct rires à droite et au centre.)

Quand il s'agit de couvrir l'Europe de ruines, vous ne voulez pas de réllexion, vous ne voûtez pas entendre parler de maturité ! Vous vous associez à ce que vous a dit M. le garde des sceaux, quand il nous a déclaré, avec un cœur léger... (Réclamations) avec un cœur léger qu'il acceptait la responsabilité. . .

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Pas d'équlvoque. Monsieur; quand j'ai dit : cœur.. .

Voix à gauche. — Vous l'avez dit.

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Quaud j'ai dit cœur léger... M. JULES FAVRE. — Yous l'avcz dit et répété!

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Mais écoutcz douc ! J'ai dit cœur léger, parce que quand on remplit son devoir, on n'a pas le cœur troublé. Voilà ce que j'ai dit. (Très-bien!)

M. JULES FAVRE. — Quaud OU remplit son devoir, et quand l'accomplissement de ce devoir c'est regorgement de deux nations, on n'a pas le cœur léger; ou doit l'avoir troublé quand on a des sentiments généreux. (Exclamations en sens divers.) Je ne vous dis que cela.

La question est réduite à celle de savoir si l'honneur de la France a été engagé. . . (Interruptions.)

11 faut la préciser d'un mot. Comment l'honneur de la France a-t-il été engagé? et quelle est la preuve qui nous est fournie qu'il le soit? Où est la dépêche officielle, où est le compte-rendu de la conférence dans laquelle notre ambassadeur a vu méconnaître en lui la dignité nationale? Voilà ce que nous avons intérêt et devoir d'examiner.

Eh bien ! ce n'est pas sur des télégrammes qu'on peut décider une quc.Mion de paix onde guerre.

11 faut que la Chamljre voie les dépôclics (Interruptions), et je dépose sur le bureau de la Chambre uue résolution sur laquelle je provoque le vote de la Chambre; car je ne veux pas accepter la responsabilité d'un vote comme celui qu'on nous demande et qui se passerait dans les ténèbres.

La voici ;

« Nous demandons communication des dépêches et notamment de celles par lesquelles le gouvernement prussien a notifié sa résolution aux gouvernements étrangers. »

Voilà ce que nous demandons de nous produire, et nous réclamons sur cette proposition un vote de la Cbanibre. (Longue agitation.)

M. LE COMTE DE KÉnATRY. — Je regrette absolument de me séparer de tous mes amis politiques sur la question qui est soumise à la Chambre, mais je crois devoir le dire hautement. (Trôs-bicn!)

La question se borne à ceci : la France a-t-clle subi un outrage? Oui ou non? Eh bien! je mets en fait qu'après la déclaration du cabinet, à laquelle j'ai applaudi tout le premier, qui a été faite ici, le 6 juillet, vous n'avez obtenu aucune espèce de satisfaction de la Prusse. (Trèsbien ! très-bien !) Comment la candidature a-t-clle été conçue, par qui a-t-ellc été préparée?

Elle a été préparée par la Prusse, conçue par elle, par M. de Bismark et par le roi qui n'ont voulu donner aucune dénégation, aucune satisfaction. (Marques d'adhésion au centre et à droite.)

J'entends regretter constamment, depuis quatre ans, le fait de Sadowa. Eh bien ! en ce moment, la France a non pas un prétexte, mais une occasion décisive ; M. Tbiers dit qu'il faut attendre une occasion favorable; eh bien! moi, je prétends qu'il n'y a pas seulement une occasion favorable, mais qu'il y a un motif absolu de faire la guerre. (Très-bien! très-bien!)

Pourquoi la Prusse a-t-elle conçu cette candidature? Uniquement dans l'intention de pouvoir, à un moment donné, jeter les Allemands de l'autre côté des Pyrénées lorsqu'elle aurait déjà jeté des Allemands sur le Rhin. Il n'y a pas plus de trois semaines on riait à mes paroles, quand je disais : Mais on passe du quadrilatère italien au quadrilatère prussien ; le traité de Prague est violé. £h bien ! c'est une siluatiou humiliante qui est la vôtre depuis 1866, voulez-vous l'accepter lorsque vous avez non-seulement le prétexte, mais encore le motif le plus concluajitdansun acte d'agression commis contre la France, je vais vous le prouver? Si vous ne A'oulez pas parler du traité de Pragu»', n'en parlons pas, parce qu'il ne faut pas appeler l'Allemagne sur le terrain allemand (Assentiment.) Vous avez le droit de dire aux Allemands : Agissez chez vous comme vous l'entendrez; mais extra muros, je vous le défends.

V a-t-il un acte plus blessant que celui qui consistait a vouloir, en dehors de notre diplomatie, contre notre pays, mettre un prince prussien sur le trône d'Kspagne? Voilà une question qui n'est nullement allemande, et c'est parce que M. Bismark sent fort bien que le terrain est mauvais qu'il ne nous a pas dt^claré la guerre, il y a huit jours ; mais si vous retardez, comme rhonorable M.Thiers le demande, pour donner le temps de la réflexion, vous laissez aux canons prussiens le temps de se charger. (Vive approbation en face et à droite de la tribune.)

L'iionorablc M. Thiers est venu dire : 11 est important d'avoir à côté de soi des témoins qui vous soient lavorablcs. Si la France avait écouté ce langage, que serait-il arrivé en face de la coalition? Au lieu de se battre, elle aurait succombé honteusement. Mieux vaut avoir une guerre comme celle que vous allez avoir, que do demeurer sur le pied de paix armée, comme nous y sommes forcés depuis 1866. (Très-bien î très-bien!)

Dernièrement, l'honorable M. Thiers nous engageait à voter un contingent militaire que je repoussais. Pourquoi demander un fort contingent militaire, si ce n'était afin d'être prêt en cas de guerre? La guerre se présente aujourd'hui; il y a non pas un prétexte, mais un motif pour la faire. Quand la Convention, en 1193, appelait les citoyens aux armes, elle ne discutait pas si longtemps ; elle décidait que le vote aurait lieu dans les bureaux. Je demande que la Chambre fasse de même et qu'elle passe à l'ordre du jour sur la proposition qui vient d'être faite. (Nombreuses marques d'approbation. — Bravo! bravo ! — Applaudissements. — La clôture ! la clôture !)

M. GiRACLT, au milieu du bruit. — Je déclare qu'en présence de la position faite à la Chambre par le plébiscite et par le refus de communication, je ne voterai pas... car je ne veux pas prendre la responsabilité d'actes commis à l'insu de la Chambre et dont le Gouvernement est seul responsable. (Rumeurs. — Aux voix. — La clôture.) (La Chambre, consultée, prononce la clôture.) M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — Avant de sc rendre dans les bureaux, ce qui est la conséquence naturelle, aux termes du règlement, de la clôture, la Chambre doit entendre la lecture d'une proposition de M. Jules Favre ainsi conçue :

« Nous demandons la communication des dépèches et notamment de celle par laquelle le gouvernement prussien a notifié sa résolution aux gouvernements étrangers. » (Exclamations en sens divers.) M. DUGUÉ DE LA. FAUCONNERIE. — Nous discuterous ccla demain. M. BUFFET. — Je crois, Messieurs, qu'il n'y a aujourd'hui aucun motif pour refuser à la Chambre la communication de toutes les pièces. (Assentiment à gauche et au centre gauclie.) Cette négociation a été conduite par le Gouvernement, qui a tout connu, qui a tout suivi, et cette négociation a abouti à la résolution dont le Gouvernement vous

— xxrm —

a donné connaissance aujourd'hui, et dans laquelle il engage sa responsabilité.

Au moment où l'on demande à celte Chambre, représentation du pays, d'engager à son tour sa responsaliilité avec celle du Gouvernement, la Chambre doit connaître tout ce que le Gouvernement a connu. Je comprends parFaitcraent les réserves, les réticences quand des négociations sont engagées; mais, à l'heure qu'il est, dans la pensée du Gouvernement, il n'y a plus de négociations ; c'est le pays qui va ôlre engagé dans une guerre, dont il sortira, j'en suis convaincu, victorieux ; et dans une conjoncture aussi grave, il n'y a plus rien à cacher, et c'est, à mon avis, un droit et un devoir absolu pour la Chambre de demander qu'il lui soit donné, ou à la Commission, communication de toutes les pièces, ef c'est le devoir impérieux du Gouvernement de lui faire cette communication. ^Vive approbation sur plusieurs bancs. — Nombreuses réclamations sur d'autres.)

J'ajouterai, à l'appui de cette demande, qu'avant d'avoir entendu les explications de l'honorable garde des sceaux, je croyais la communication éminemment utile ; après les avoir entendues, je la considère comme indispensable. (Nouvelles marques d'approbation à gauche et au centre gauche.)

Car dans l'exposé du mémorandum dont l'honorable garde des sceaux nous a donné lecture, les faits les plus graves prenaient un caractère qui m'a paru plus ou moins modifié par les dépèches dont il a été donné lecture, notamment par celle qui a excité un mouvement contre lequel je ne proteste nullement et auquel je m'associerai sans doute, lorsque je connaîtrai cette dépèche, la dépèche de notification aux cours étrangères. Je dis que le mouvement d'indignation de l'honorable ministre des affaires étrangères a été provoqué par une dépèche dont il me semblerait au moins essentiel de donner connaissance à l'Assemblée.

J'insiste donc, pour ma part, pour que cette communication ait lieu et que nous sachions exactement quel a été le caractère de cette dépèche notifiant le refus de recevoir notre ambassadeur.

En demandant cette communication, je n'entends nullement me prononcer sur la question même. Ce n'est qu'une mesure d'instruction qui ne peut entraîner aucun retard préjudiciable. (Vive approbation sur quelques bancs.)

M. LE PRÉSIDENT sciTSEiDER. — Il va être pfccédé au scrutin sur la proposition de M. Jules Favre.

M. nAENTjENs. — Nous l'adoptous dans le sens que lui a donné M. Buffet.

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — La demande de scrutin est signée par MM. Garnier-Pagès , Jules Favre, Jules Simon, Amédée Larrieu , Emmanuel Arago, Jules Grévy, Jules Ferry, Glais-lJizoin, Ernest Picard, Desseaux, Dorian, le duc de Marmier et Barthélemy-Saint-Hilaire.

(Le scrutin est ouvert et les votes sont recueillis.)

— xxxvni —

M. LE rnÉsiDENT soiNEiDEH. — Voici le rt^siiltat du dépouillement du scrutin :

Nombre des votants.. 243

Majorité absolue 122

Pour l'adoption 8i

Contre 159

Le Corps législatif n'a pas adopté.

La Chambre va se réuHir immédiatement dans les bureaux pour nommer !a Commission qui sera chargée d'examiner les quatre projets de loi qui viennent d'être présentés et pour lesquels l'urgence a été déclarée.

(La séance est suspendue à cinq heures quarante minutes ; à neuf heures trente-cinq minutes la séance publique est reprise.)

M. i-E PRÉsiDE>T scnNEiDEB. — M. de Talhouët, rapporteur de la Commission nommée par les bureaux, a la parole. (Profond silence.)

>i. LE MARQUIS DE TALHOUËT, rapporteur. — Messieurs, vous avez renvoyé à l'e.xamen d'une môme Commission quatre projets de lois ayant pour objet :

1° D'accorder au ministre de la guerre un supplément de crédit de 50 millions sur le budget extraordinaire de 1810 ;

2° D'accorder au ministère de la marine, sur l'exercice de 1870, au delà des crédits ouverts par la loi des finances du 8 mai 1869, des crédits montant à la somme de seize millions ;

3° D'appeler à Pactivité la garde nationale mobile;

4" Les engagements volontaires en temps de guerre.

Chacun des membres de la Commission nous ayant exposé les différentes opinions émises dans leurs bureaux respectifs, et la majorité de nos collègues ayant été invités à demander au Gouvernement la communication des pièces diplomatiques, votre Commission a entendu successivement M. le garde des sceaux, M, le maréchal ministre de la guerre et M. le ministre des affaires étrangères, (Très -bien! très-bien!)

M. le ministre de la guerre nous a justifié en peu de mots l'urgence des crédits demandés, et ses explications catégoriques, en même temps qu'elles nous conduisaient à l'approbation des projets de loi, nous montraient qu'inspirés par une sage prévoyance, les deux administrations de la guerre et de la marine se trouvaient en état de faire face avec une promptitude remarquable aux nécessités de la situation. (Bravo ! bravo!)

Votre Commission a ensuite entendu 1\I. le garde des sceaux et iVÎ. le ministre des affaires étrangères.

Des pièces diplomatiques nous ont été communiquées, et sur ces textes, des explications très-complètes et très-nettes nous ont été fournies.

Nous savions répondre au vœu de Lt Chambre, en nous enqiiérant avec soin de tous les incidents diplnmaliqnos. Nous avons la satisfaction de vous dire, Messieurs, que le (louvcrnement, dus le début de l'incident et depuis la première phase des négociations jusqu'à la dernière, a poursuivi loyalement le même but. (Très-biea ! — Bravo ! bravo!)

Ainsi la première dépêche adressée ii notre ambassadeur, arrivé à Cms pour entretenir le roi de Prusse, se termine par cette phrase qui indique que le Gouvernement a nettement formulé sa légitime prétention :

« Pour que cette renonciation, écrivait M. le duc de Gramont à M. Bencdetti, produise son efTet, il est nécessaire que le roi de Prusse s'y associe et nous donne l'assurance qu'il n'autorisera pas de nouveau celte candidature.

« Veuillez vous rendre immédiatement auprès du roi pour lui demander cette déclaration. »

Ainsi, co qui est resté le point litigieux de ce grand débat a été posé dès la première heure, et vous ne niéconnailrez pas l'importance capitale de ce fait resté ignoré, il faut bien le dire, de l'opinion publique.

Mais de môme que S. M. le roi de Prusse s'était déjà refusé à donner la satisfaction légitime réclamée par le gouvernement français, qui avait tout attendu d'abord de la courtoisie officieuse de l'ambassadeur de Prusse parti de Paris pour applanir le dilVérend, l'ambassadeur de France intervenu directement près du roi Guillaume n'a recueilli que la confirmation d'un fait qui ne donnait aucune garantie pour l'avenir. (Mouvement.)

.Malgré ces faits déjà trop graves, votre Commission a voulu prendre et a reçu communication de dépèches émanant de plusieurs de nos agents diplomatiques, dont les termes sont uniformes et confirment, comme il a été déclaré au Corps législatif et au Sénat, que M. de Bismarck a fait connaître officiellement aux cabinets d'Europe que S. M. le roi de Prusse avait refusé de recevoir de nouveau l'ambassa- Jeur de France et lui avait fait dire, par un aide-de-camp, qu'elle n'avait aucune communication ultérieure à lui adresser. (Longs murmures.) in membre. — C'est une suprême insulte!

M. LE RAPPoivTEun. — Eu même temps, nous avons acquis la preuve que, dès le 14 juillet au malin, peiidant que les négociations SQ poursuivaient, des mouvements de troupes importants étaient ordonn<J§ de l'autre côté du Rhin.

De plus, des pièces chiffrées ont été mises sous nos yeux, et comme tous vos bureaux l'ont bien compris, le secret de ces communications télégraphiques doit être conservé par votre Commission qui, en vous

rendant compte de ses impression?, a conscience de son devoir vis-à-vis de vous-mêmes comme vis-à-vis dii pays. (Très-bien î

très-bien !)

Le sentiment profond produit par l'examen de ces documents est que la France ne pouvait tolérer l'olfense faite à la nation, que notre diplomatie a rempli son devoir en circonscrivant ses légitimes prétentions sur uu terrain où la Prusse ne pouvait se dérober comme elle en avait l'intention et l'espérance. (Très-bien! très-bien!)

M. MONY, — A la bonne heure! c'est du bon français!

M. LE RAPPORTEUB. — En conscqucnce, Messieurs, votre Commission est unanime pour vous demander de voter les projets de lois que vous présente le Gouvernement.

iSous vous le répélons : à nos sentiments personnels se sont ajoutées de nouvelles convictions, fondées sur les explications que nous avons reçues, et c'est avec l'accent de la condance dans la justice de notre cause, et animés de l'ardeur patriotique que nous savons régner dans celte Cliambre, que nous vous demandons, Messieurs, de voter ces lois, parce qu'elles sont prudentes comme instruments de défense, et sages comme expression du vœu national. (Bravos et applaudissements prolongés mêlés de cris de ;vive l'Empereur!)

M. GAMBETTA. — Je uc Ycux pas m'imposer à la Chambre; mais il est nécessaire qu'elle veuille bien m'écouter. Je vous a.^sure que si je monte à cette tribune, c'est sous l'impression d'idées fort diverses et d'émotions que j'ai peine à dominer. Mais je ne crois pas trop me tromper sur mes collègues en leur disant que le compte-rendu de nos débats doit produire en Europe une impression particulière : c'est que, tous patriotes, nous ne nous sommes laisses entraîner par aucun sentiment de parti, que nous avons pesé, comme il convient à une assemblée politique, les motifs et les raisons de nos décisions. (Très-bien ! )

Et si je dis ces paroles, c'est qu'il me semble que, dans la séance qui a eu lieu aujourd'hui, les uns et les autres nous nous sommes départis du sang-i'roid et de la mesure qui conviennent à des décisions et à des résolutions d'une aussi grande portée. (C'est vrai! — Mouvements divers.)

Je crois que la force morale est tout dans le monde, et c'est pour cela que j'estime que, en même temps que je suis tout prêt à donner mon vote personnel aux mesures préparatoires de conservation et de défense légitime de l'intégrité de la France, j'imagine en même temps qu'il vous conviendra de ne pas regarder la question de guerre et de paix comme résolue, et de vouloir bien l'envisager d'une manière scrupuleuse, patriotique, cela va sans dire dans une assemblée française, se mettant en face des difficultés et des intérêts de la patrie. Je le dis a regret, aujourd'hui, dans cette enceinte il y a eu des mouvements de patriotisme, il y a eu l'efilorescence d'un sentiment longtemps contenu.

longtemps maté par une politique extérieure que je déplore, que je déteste, et que je réparerais, si cela était en mon pouvoir; mais un sentiment tardif et un sentiment qui vous oblige, Messieurs, adonner devant l'Europe les raisons du changement de notre conduite. (Interruptions.)

Oui, Messieurs, il est indubitable, il est certain qu'il y a quatre ans la politique à laquelle vous allez revenir n'était pas votre politique; car si elle l'avait été, permettez-moi de vous le dire, vous auriez été impardonnables de ne l'avoir pas fait prévaloir. (Mouvements en sens divers.)

Quelqu'un peut-il contester que le jour où vos régiments auront passé le Rhin, ce sera le démenti sanglant de la politique qui avait été nouée en 18&4, lors des négociations primitives au s'ijct des duchés, an sujet du Sclileswig-Holstein, et qui avait amené la conclusion du traité d'alliance de la Prusse avec l'Italie, sous l'égide de l'Empereur? Quelqu'un peut-il nier que c'est cette politique d'agrandissement, cette politique d'annexion de cette Prusse qu'on trouvait mal contigurée, qui avait besoin du silence des autres puissances, de l'assentiment de la France et du concours de l'Italie pour triompher?

Quelqu'un ici peut-il nier que vous ayez ratitié de semblables combinaisons? Non! Vous avez été surpris, égarés, vous avez eu une coniiance qui n"a pas été justiliée dans les prévisions ou les combinaisons de votre Gouvernement; mais, il faut le dire avec sincérité, là s'est trouvé le mobile de votre lamentable erreur. Je sais pertinemment que ceux d'entre vous qui émettront un vote de guerre, le jour où le vote de guerre vous sera demandé, ne sont pas des hommes politiques prêts ;ï se contenter de la question llohenzollern, ou du plus ou moins de susceptibilité qu'on aura apporté dans les étiquettes royales. (Mouvements divers. I Voilà la vérité! Si vous me démentiez, je suis prêt à démontrer que la vérité est dans mes paroles. Et la preuve, c'est qu'aujourd'hui, même quand le premier ministre se livrait à la critique dos véritables griefs contre la Prusse, lorsqu'il disait qu'il n'avait jamais pactisé en aucune façon avec certaines opinions sur les conséquences funestes de Sadowa, lorsqu'il a dit qu'il n'avait pas vu là un signe précurseur d'une grandeur rivale et menaçante pour l'intégrité future de la France, il y a eu un mouvement d'incontestable froideur dans cette assemblée; et s'il avait insisté dans le développement de cette thèse, s'il n'eût été redressé et secouru par une sortie de .M. de Gramont, il eût été singulièrement menacé de sombrer devant les répugnances patriotiques de la Chambre. Je ne sais si j'exprime d'une façon exacte la vérité, mais je suis prêt à prendre des juges et des témoins.

Un membre. — Et nous aussi !

M. GAMBETTA. — Si VOUS vouUez quc nous fissions une enquête parlementaire au sein même du parlement... (Ah! ah!) il vous serait, et

VOUS le savez bien, siiraltondamment démontrf^ que, quel que soit l'état des esprits qui, aujourd'hui, forment votre majorité, la politique est changOc.

Plusieurs voix. — On n'entend pas!

M. CAMiiETTA. — Vous cntcndrez tout <à l'heure, écoutez!

C'est donc, Messieurs, un changement de politique qu'on vous propose. Je ne l'apprécie pas, mais il est certain que le cabinet vous a proposé de prendre sur vous-mêmes la responsabilité d'un vote, d'une attitude, d'une décision parlementaire qui lui permettraient d'engager la guerre.

Le rapport que l'on vous faisait tout à l'heure, doit être soumis à un double examen : d'une part la question politique, la question de guerre, et de l'autre la question des mesures préparatoires à la guerre.

Sur la première question, je lui dis nettement qu'il faut que la Chambre, d'une manière précise, d'une manière divise, distincte, manifeste non pas une opinion, mais émette un vote. Et sur la seconde, je dis qu'il n'y a pas à discuter, parce que, quel que snit l'état de votre politique, quel que soit l'ordre dans lequel vous nous avez engagés, il y a un intérêt suprême, c'est de sauvegarder la patrie, et il y aurait une responsabilité odieuse, criminelle, ce serait de n'avoir pas voté les voie^^ et moyens de nature à faire face à l'étranger. (Très-bien!)

Donc, c'est là une question vidée, réglée, du moins en ce qui concerne les voies et moyens, les quatre projets de luis que vous nou.s présentez, nous devons les voter. Mais il faut séparer cette question de l'intégrité de la France de la question des directions diplomatique.^ qui est la question du Gouvernement, la question du cabinet.

Eh bien! je dis que vous aviez une justilication à faire devant cette assemblée, au point de vue de voti-e politique et de votre diplomatie. Je m'attendais, quant à moi, lorsque 83 voi.x: de celte assemblée avaient exigé la production de la pièce sur laquelle vous faites reposer à tort, également au point de vue de la paix, également au point de vue de la gueri'e, tout le casus belU, je m'attendais, dis-je, que vous la communiqueriez dircc'emcnt, pleinement, intégralement <à la Commission.

Vous appelez la France à vous donner des hommes et de l'argent, vous la lancez dans une guerre qui peut-être verra la fin du dix-neuvième siècle consacrée à vider la question de prépondérance entre la race germanique et la race française, et vous ne voulez pas que le point de départ de cette immense entreprise soit aullicntique, formel, et que h France puisse savoir, en môme temps que l'Europe, de quel côté était l'outrage injuste, et de quel côté est la résistance légitime. tTrès-bien! très bien!) Vous êtes venus à cette tribune apporter votre politique, vos actes diplomatiques depuis huit jours, actes qui, certainement, ont engagé non-seulement les destinées de la France, mais la paix du monde, et provoque des événements, des résultats qui peuvent être prospères pour la France, mais qui peuvent

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lui être adverses, engagé très-certainement l'avenir; j'ai le droit de vous dire que dans l'exposé fort habile que vous avez fait des griefs, des nécessités, des réparations, il y a une habileté de trop. Vous avca entendu transmettre à celle Assemblée la responsabilité de la guerre.

M. LE GAnDE DES SCEAUX. — Nous l'avons prise, nous la prenons. (Mouvements divers.)

M. GiMBETTA. — J'cutcnds bien que vous prenez cette responsabilité. Il ne manquerait plus que vous ne la revendiquiez pas après la parole que vous avez prononcée. (Oh! oh!) Aussi bien, j'établis cette respon- •sabilité quand je dis que c'est vous qui avez posé la question. Par conséquent, votre interruption est une confusion qui était absolument innlilo. Évidemment votre responsabilité est engagée, et quoique vous la supportiez d'une façon trop allègre (Rumeurs), permetlcz-mui de vous dire que je fais assez de foi sur les scrupules de ceux qui ra'écontent pour leur démontrer que vous ne leur avez pas donné toutes les satisfactions de certitude qui leur étaient dues. (Très-bien! à gauche.) La question ne comporte que deux points de vue; le ministère l'a lui-même reconnu. C'est en circonscrivant, pour me servir de ses propres expressions, le terrain du débat, en n'empruntant que son langage, en le contraignant à s'expliquer sur ce qu'il a dit lui-même, sans aborder la thèse dans ses côtés plus élevés, plus profonds, mais en la maintenant sur le terrain de la responsabilité parlementaire, que j'ai la prétention de vous dire et de prouver que vous n'avez pas encore fait les justilications nécessaires et légitimes (Très-bien ! à gauche) ; et en voici la preuve.

Dans une parenthèse à laquelle vous avez bien voulu consentir, je vous les ai demandées. C'est ici que je supplie la Ciiambre de ne pas m'interrompre, parce que c'est là la thèse parlementaire que je veux lui présenter ; qu'elle n'ait aucune défiance de ma parole, je ne veux et je ne cherche dans cette discussion qu'une seule chose qui doit vous intéresser aussi ardemment que j'en suis préoccupé moi-même, celle de savoir si les choses que vous travaillez à rendre délinilives rencontreront l'assentiment de l'Europe et surtout celui de la France.

Eh bien ! vous ne pourrez compter sur cette sympathie nécessaire, sur cet allié indispensable, lorsque vous aurez tiré Tépéc, qu'à une condition, c'est qu'il résulte de vos explications que vous avez été profondément et réellement outragés. (Très-bien! très-bien! à gauche. Rumeurs à droite et au centre.)

Or, je suis aussi susceptible que quiconque, et, quant à moi, si j'en avais eu le choix, pour le Gouvernement de mes préférences, je vous prie de croire quo ce n'est pas dans de misérables ressources que j'aurais puisé les raisons décisives d'une telle conduite; par conséquent, je ne suis pas suspect et je vous prie de m'écouter quand je dis que

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VOUS n'avez pas flonnr le? s;itis(aclions nécessaires à l'opinion publique par les citations et les documents que a'OUS avez produits. (TrO-s-hien! à pauclic.)

Je conjure la Cliambrc de m'écoutcr (Parlez! parlez'.), parce que, de ce que je dis, doit sortir cette certitude, que vous avez fait de la bonne ou de la mauvaise politique.

Fil bien ! je dis que vous avez produit deux alléfïations contradictoires, et que la seconde, qui est la plus grave, ne repose encore que sur une suj)position et non sur un document.

La première, c'est la réponse du roi de Prusse, disant qu'il ne voulait prendre aucun engagement ni former le vœu perpétuel de ne pas autoriser le prince de llohenzollern. Je comprends que cela vous ait émus.

Puis, après que le roi eut écouté la proposition de M. Benedetti, qui lui demandait de prendre un engagement pour l'avenir, engagement qu'il ne voulut pas prendre, se réservant la liberté d'action suivant les circonstances, — réponse sur laquelle je comprends qu'il vous appartenait d'insister pour avoir satisfaction, — il s'est produit un second fait, sur lequel vous avez parfaitement compris que pouvaient se décider toutes les questions.

D'abord, votre ambassadeur, dans une dépêche du 13 juillet, datée de 4 heures 45 minutes, dit : « J'ai été, en termes fcrt courtois, éconduit par le roi de Prusse, lequel m'a déclaré qu'il n'avait pas à continuer la conversation sur le sujet qui nous avait occupés dans la matinée. » (Dénégations au banc des ministres.)

M. LE GARDE DES scEAtFx. — 11 n'v 3, pas uu mot de cela dans la dépêche.

M. GAMBETTA. — « 11 n'v a pas un mot de cela ! « C'est peut-être uu peu gros. Qu'il n'y ait pas tous ces mots-là, d'accord; mais qu'il n'y en ait pas un seul, c'est une erreur; je vais vous le prouver, car j'ai écrit sous votre dictée.

Voici cette citation :

« Nous avons reçu deux dépèches, la première de 4 h. 25 m., la seconde de 4 h. 45 m. La seconde contient ces mots : Le roi ne saurait reprendre la discussion qui avait eu lieu le matin et s'en i-éfère aux termes mêmes de sa conversation. »

J'ai écrit sous votre dictée. Ce sont ces termes, c'est cette attitude que vous qualiliez de rupture hautaine?

J'ajoute que votre ambassadeur ne vous a envoyé, c'est votre propre aveu, aucun acte de protestation, aucune dépèche d'indignation; et il ne lui a pas paru que la situation comportât de réclamer ses passeports. Il n'a pas fait un de ces actes graves, un de ces éclats diplomatiques qui sont le signe avant-coureur d'une rupture. iTrès-bien! à gauche. — Rumeurs à droite.)

Ce n'est pas tout. Dans la première dépêche, votre ambassadeur, d'après vous, — écoutez bien, je ne veux en' aucune manière apprécier ces choses, je les constate, et quand je les aurai établies, je vous laisserai, comme le ministère lui-même, le soin d'en tirer les conclusions,

— dans l'autre dépèche juxtaposée et précédente à celle-là, vous nous dites que M. le comte Benedelti, — que, pour ma part, je ne crois pas, et je suis bien aise de le dire en passant, aussi incapable qu'on a voulu le dire (On rit), car j'ai lu les dépèches qu'il a envoyées en France, pendant les préliminaires de .Nikolsbourg, et j'avoue que sa politique me convenait fort, et j'en tire cette conséquence, que le croyant capable dans une circonstance, je lui prolonge sa compétence dans les autres,

— que M. le comte Benedelti vous a dit qu'il connaissait, lui aussi, cette publication qui vous a si fort mis en émoi, par la voie des suppléments des journaux, et que cela ne l'avait pas troublé.

Je conçois que vous trouviez le procédé blessant et irrégulier.

Quant à la dépèche de notre agent diplomatique, que vous avez lue à cette tribune, je lui accorde une très-grande confiance; car je ne crois pas que, dans une matière aussi importante, un de vos agents ait voulu vous égarer; mais ce qu'il nous faut, ce n'est pas la dépèche de M. Benedetti, ce n'est pas la dépéciie d'un de vos agents, ni à Berne, ni à Carlsruhe, ni à Stuttgard, ni à Munich; ce qu'il nous faut, c'est le texte même de la dépêche injurieuse par laquelle M. de Bismarck... (C'est cela! c'est cela! à gauche. — Interruptions sur plusieurs bancs.)

M. LE MARQUIS DE PIRE. — Yous faut-il le coup d'évcutail du De\ d'Alger?

M. GAMBETTA. — M. de Pire me parle du coup d'éventail du Dey d'Alger. A merveille ! Mais il oublie que c'est la politique de la Restauration, et que nous sommes sous le régime du suffrage universel; et, pour ma part, je n'ai jamais cessé de dire, et je pense que le gouvernement impérial, ni ceux qui le défendent aujourd'hui, ni ceux qui le défendaient hier, ne me contrediront pas, que le suffrage universel a quelque peu changé les rapports internationaux; par conséquent, M. de Pire peut conserver pour lui son souvenir historique; il n'est pas de mise.

Messieurs, je disais que ce que je demandais au Gouvernement et a la commission parlementaire que vous avez élue et qui est souveraine dans une aussi capitale question, ce n'était ni la dépêche de M. Benedelti, ni la dépèche d'un de vos agents; c'était la note générale envoyée par le comte de Bismarck à tous les cabinets de l'Kurope... (Rumeurs A droite et au centre.)

A gauche. — C'est cela! très-bien!

A droite. — Nous la connaissons!

M. GAMBETTA... — Pourquoi? Parce que du moment que vous vous êtes senlis blessés, outragés par ces procédés qui sont graves, que je veux croire aussi graves que vous le voudrez; mais ce ne sont que des

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procédés. Il y a la dépôclio elle môme, il y a les termes employés. Il faut que nous la voyions, il i'aul que nous la discutions avec vous. (A gauche. — Oui! Oui!)

De divers côics. — On l'a discutée dans les bureaux!

M. GAVBETTA. — Oui, Mcssieiirs, en pareille matière, j'admettrais la discussion; oui, dans les bureaux, parlaitemeut! J'admettrais que la Commission seule en connût et la rapportât.

M. LE MIMSTUE DES AFFAIBES ÉTRANGÈRES. — Jc déclarS qUC j'ai

communique la pièce à la Commission et qu'elle l'a lue.

M. GAMnETTA. — L'honorable ministre des Affaires étrangères me répond que la dépèche offiLielle, rédigée par M. de Bismarck, a été communiquée à la Commission. J'entends tout ce qu'on peut dire à ce sujet; seulement, en terminant, je veux vous laisser en présence d'une question et d'un doute.

La question est celle-ci : est-il vrai que la dépêche de M. de Dismarck ait été expédiée à tous les cabinets de l'Europe'? C'est une simple question, est-ce la vérité, je n'en sais rien; est-il vrai, oui ou non, que cette dépèche.... (Interruption). Est-il vrai que la note de M. de liismarck ait été communiquée à tous les cabinets de l'Europe, ou simplement ù tous les cabinets du sud de l'Allemagne? C'est une distiiiclion essentielle. En second lieu, je vous laisse en face d'un doute qui a pour moi une immense importance et dont, je pense, vos esprits poliiiques ne voudront pas méconnaître la valeur : c'est que s'il est vrai que cette dépêche soit assez grave pour avoir fait prendre ces résolutions, vous avez un devoir, ce n'est pas de la communiquer seulement aux membres de la Commission et à la Chambre, c'est de la communiquer à la France et à l'Europe; et si vous ne le faites pas, votre guerre n'est qu'un prétexte dévoilé et elle ne sera pas nationale. (Réclamations nombreuses. — Approbation anv plusieurs bancs à gauche.)

8. ESC. M. EMILE OLLiviEU, garde des sceaux, ministre de la Justice et des Cultes. — Messieurs, chacun parle de ses émotions et de ses impressions dans cette discussion. Laissez-moi vous dire combien je trouve nouveau, dans nos annales parlementaires, le speclacle auquel nous assistons; c'est pour la première fois qu'on rencontre dans une Assemblée française, d'un certain côté, tant de difficultés à expliquer une question d'honneur. (Violentes réclamations à gauche.)

Qui donc vous a parlé d'une dépèche prussien ue? Quand donc, pour établir qu'un affront a été fait à la France, avons-nous invoqué des protocoles de chancellerie'? Notre langage a été bien autre. Nous vous avons dit :

A l'heure où nous discutons, il y a un fait, un fait public en Europe, que pas un ambassadeur, que pas un journaliste, que pas un homme politique, que pas une personne au courant des choses de la diplomatie ne peut ignorer : C'est que, d'après les récits de la Prusse, notre

ambassadeur ii'a pas été reçu par le roi de Prusse, et qu'on lui a refusé, par un aide-dc-camp, d'entendre une derniùrc fois l'exposé courtois, modéré, conciliant, d'une demande courtoise, niodér.'e, conciliante, dont la justesse est incontestaljle. (Vive approbation et applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

Que nous importent les protocoles de chancellerie... (Interruption a gauche.) les dépêches sur lesquelles on peut discuter? Sur notre honneur d'honnêtes gens, sur notre honneur de ministres, nous affirmons un fait. Que serions-nous donc si, en face de l'Europe, dont nous invoquons le témoignage, nous avions ou la sottise ou limpiideur d'alléguer couimc prétexte un fait inexact? Mais pour qui nous prenez-vous donc? Et, en vérité, quelque ineptes que vous vouliez bien nous supposer, notre ineptie n'est pas encore telle que nous puissions commettre une méprise ou une fourberie comparable à celle dont vous trouvez tout naturel de nous supposer capables, sans que nous nous reconnaissions le droit d'éprouver et d'exprimer le sentiment de la dignité froissée. (Bravos et applaudissements.)

Vous me parlez de dépèches. Je vous parle d'un acte, d'un acte connu de l'Europe entière.

M. ESQL'iRos. — Que uous seuls en Europe ne connaissons pas.

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Seulement, lorsqu'on est au moment de prendre une de ces décisions qui font trembler la conscience, on a besoin de lumière, de lumière, de beaucoup de lumière. L'évidence n'est jamais assez évidente. Nous l'avons éprouvé.

L'acte est incontestable, nous sommes-nous dit; mais il n'est peutêtre pas intentionnel, c'est peut-être une de ces rumeurs échappées au patriotisme en éveil, et qu''il serait injuste, môme dans les moments d'entraînement et de passion, de faire remonter jusqu'à un Gouvernement; voilà les scrupules que les dépêches ont calmés. Nous n'avons plus douté de l'iniention offensante, lorsque de tous les coins de l'Europe, nous est venu, quoi?

Le texte même... (Bruit à gauche.) le texte même des instructions de M. de Bismarck. Je n'en crois pas même ce que j'entends, lorsque je recueille cette clameur : Donnez-nous-Ie ! Mais je vous l'ai déjà donné! (?\ouveau bruit à gauche.)

Puis, j'ai fait passer sous les yeux de la Commission qui l'a attesté...

M. LE DUC d'albcféra ct d'uutres membres de la Commission. — Parfaitement !

M, LE GARDE DES SCEAUX... — Lcs pièccs authcntiqucs !

M. LE MARQUIS DE TALHOUET ET M. LE CO.MTE DE KÉBATRTf. —

Parfaitement.

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Et puisquc Ics miuistres de la France sont obligés, sous l'attaque d'une opposition qui se prétend modérée, de prouver qu'ils n'altèrent pas et qu'ils n'inventent pas

des pièces... (Nouvelles interruptions à gauche) nous avons communiqué à la Commission les textes originaux. Vous avez entendu le marquis de Talhouët, le duc d'Albuféra ; vous avez entendu M. de Kératry...

Au banc de la Commission. — Tous! tous!

M. LK GARDE PES SCEAUX. — Vous Ics avcz tous entciidus afiirmant sur l'honneur qu'ils avaient tenu ces pièces entre leurs mains.

M. LE MARQUIS DE TALiiouET. — Nous avous cu Ics dépéclies de quatre ou cinq de nos représentants dans les diflerentes cours de l'Europe, qui reproduisent ce document presque exactement dans les mêmes termes.

Voix nombreuses. — ïrès-bien ! très-bien! — .\llez! allez! — Aux voix ! aux voix!

M. CHAGOT. — La continuation de cette discussion est indigne d'une Tihambre française, et nous vous demandons, au nom du pays, de ne pas répondre.

M. LE GARDE DES SCEAUX. — Vous avcz raisou ; après un pareil témoignage, j'ai le devoir de ne rien ajouter. (Très-bien! très-bien!) Et je termine en vous suppliant de clore cette discussion. (Très-bien!)

Unissons-nous, nous qui sommes animés par les mêmes sentiments, pour dire que le moment des paroles est passé (Oui! oui!), et que celui des actes commence. (Oui! oui! — Très-bien! très-bien!)

Votez! votez! car voter c'est agir. Ne discutez plus, parce que discuter, c''est perdre un temps précieux! fTrès-bien! très-bien! — Bravos et applaudissements répétés. — Aux voix! aux voix!)

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — Je cousultc la Chambre pour savoir si elle entend passer à la discussion des articles du premier projet de loi.

(La Chambre, consultée, décide qu'elle passe à la discussion des articles.)

Je vais donner lecture de l'article...

« Article unique. Un supplément de crédit de 50 millions de francs est ouvert au ministre de la Guerre sur les chapitres ci-après du budget extraordinaire de IS'ÎO.

<- Ch. P»-. Établissement et matériel de l'artillerie. . 5,000,000 fr.

— 2. — du génie. . . . 2,000,000 fr.

— 3. États-majors 1,000,000 fr.

— 5. Solde et prestation en nature 14,000,000 fr.

— 6. Habillements et campements ...... 7,000,CO0 fr.

— 1. Personnel de l'administration centrale . . 100,000 fr.

— 8. Matériel — . . 400,000 fr.

— 9. Dépôt général de la guerre . 100,000 fr.

— 10. Lits militaires ' . . 100,000 fr.

— 11. Transports généraux 5,000,000 fr.

— 12. Remonte générale 14,000,000 fr,

— 13. Garde nationale mobile 500,000 fr.

— 14. Dépenses secrètes 200,000 fr.

50,000,000 fr.

Le scrutin est ouvert et les votes sont recueillis. Sur 255 votants, 245 votent le projet de loi, 10 votent contre ; ce sont MM. Ârago, Desseaux, Esquiros, .1. Tavrc, Gagneur, Garnier-Pagès, Glais-Bizoin, Grévy, Ordinaire et Pelletan.

Le vote de M. Tliiers a été affirmatif.

Se sont abstenus MM. Crémieux, Girault, Raspail, le colonel Réguis, Schneider et Werlé.

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — La Chambre a à délibérer maintenant sur le projet de loi portant ouverture d'un crédit de 16 millions sur l'exercice 1870 au ministre de la Marine et des Colonies.

Je donne lecture de l'article unique :

« Article unique. Il est accordé au ministère de la Marine, sur l'exercice 1870, au delà des crédits ouverts par la loi de finances du 8 mai 1869, des crédits montant à la somme de seize millions.

« Ces crédits sont répartis par chapitres, conformément à l'état ciannexé, savoir :

Budget ordinaire.

« Ch. 4. Solde, etc. (Armement) 3,800,000 fr.

— 5, Troupes 1,050,000

— 8. Hôpitaux 255,000

— 9. Vivres 2,520,000

— 10. Salaires d'ouvriers 1,500,000

— 11. Approvisionnements généraux 2,000,000

— 18. Frais de voyage, etc. . . . "00,000

11,825,000 fr.

Budget extraordinaire.

« Ch. 3. Artillerie, 4,146,000 fr.

16,000,000 fr.

Il va être procédé au sucrutin.

245 voix adoptent sans discussion le projet de loi. Un seul membre, M. Glais-Bizoin, vote contre. 15 membres s'abstiennent.

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi portant appel à l'activité de la garde nationale mobile.

Je donne lecture de l'article unique :

« Article unique. La garde nationale mobile est appelée à l'activité. »

244 voix adoptent sans discussion le projet de loi. In seul membre, M. Glais-Bizoin, vote contre. 11 membres s'abstiennent,

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. — L'ordrc du jour appelle la discussion du projet de loi relatif aux engagements volontaires en temps de guerre.

« Ail. l'". Les engagements volontaires seront reruSj en temps de guerre, pour la durée de la guerre. — (Adopté.)

B Art. 2. Ces engagements seront soumis aux conditions générales déterminées par la loi organique sur le recrutement de l'arniée. — (Adopté.)

» Art. 3. Aussitôt après la paix, les engagés volontaires admis conformément à l'article ci-dessus seront libérés, en vertu d'un décret impérial, à moins qu'ils ne demandent à rester sous les drapeaux en se liant au service, conformément à la loi modifiée du 21 mars 183:2. » — (Adopté.)

243 voix adoptent sans discussion le projet de loi. In seul membre, M. Glais-Bizoin, vole contre; 17 s'abstiennent.

DIMANCHE n JUILLET.

Après la séance d'hier, le Sénat s'est rendu le soir même au palais de S'-Cloud, où il a été reçu par Leurs Majestés et le Prince Impérial.

Le président du Sénat a prononcé le discours suivant :

Sire,

Le Sénat remercie l'Empereur de lui avoir permis de venir porter au pied du Trône l'expression des sentiments patriotiques avec lesquels il a accueilli les communications qui lui ont été faites à la séance d'hier.

Une combinaison monarchique nuisible au prestige et à la sécurité de la France avait été mystérieusement favorisée par le roi de Prusse.

Sans doute, sur noire protestation, le prince Léopold a retiré son acceptation; l'Espagne, cette nation qui connaît et nous rend les sentiments d'amitié que nous avons pour elle, a renoncé à une candidature qui nous blessait.

Sans doute, le péril immédiat était écarté, mais notre légitime réclamation ne subsistait-elle pas tout entière ? N'était-il pas évident qu'une puissance étrangère, au profit de son influence et de sa domination, au préjudice de notre honneur et de nos intérêts, avait voulu troubler une fois de plus l'équilibre de l'Europe ?

X'avions-nous pas le droit de demander à cette puissance des garanties contre le retour possible de pareilles tentatives?

Ces garanties sont refusées : la dignité de la France est méconnue. Votre Majesté tire l'épée : la pairie est avec Vous, frémissante d'indignation et de fierté.

Les écarts d'une ambition surexcitée par un jour de grande fortune devaient tôt ou tard se produire.

Se refusant à des impatiences hâtives, animé de cette calme persévé-

raiii-e qui est hi vruic roice, rilmperciir a su attendre; mais, dopiiis (jualre années, il a poiic à sa plus haute perfection l'armement du nos soldats, élevé à toute sa puissance l'organisation de nos forces militaires.

Grâce à vos soins, la France est prête. Sire, et par son enthousiasme, elle prouve que, comme vous, elle était résolue à ne tolérer aucune entreprise téméraire.

Que notre auguste Souveraine redevienne dépositaire un pouvoir impérial ; les grands Corps de l'iitat l'entoureront de leur respectueuse affection, de leur absolu dévouement. La nation connaît l'élévation de son cœur et la fermeté de son âme ; elle a foi dans sa sagesse et dans son énergie. .

Que l'Empereur reprenne avec un juste orgueil et une noble confiance le commandement de ses légions agrandies de Magenta et de Solferino; qu'il conduise sur les champs de bataille l'élite de cette grande nation.

Si l'heure des périls est venue, l'heure de la victoire est proche.

Bientôt, la patrie reconnaissante décernera à ses enfants les honneurs du triomphe ; bientôt, l'Allemagne affranchie de la domination qui l'op- [irime, la paix rendue ù l'Kurope par la gloire de nos armes, Votre Majesté qui, il y a deux mois, recevait pour Elle et pour sa dynastie une nouvelle force de la volonté nationale. Votre Majesté se dévouera de nouveau à ce grand œuvre d'améliorations et de réformes dont la réalisation, — la France le sait, et le génie de l'Empereur le lui garantit, — ne subira d'autre retard que le temps que vous emploierez à vaincre.

L'Empereur a répondu :

Messieurs les Sénateurs, j'ai été heureux d'^apprendrc avec quel vif enthousiasme le Sénat u reçu la déclaration que le ministre des affaire^ étrangères a été chargé de lui faire. Dans toutes les circonstances où il s'agit des grands intérêts et de l'honneur de la France, je suis sûr de trouver dans le Sénat un appui énergique. .Vous commençons une lutte sérieuse. La France a besoin du concours de tous ses enfants. Je suis bien aise que le premier cri patriotique soit parti du Sénat ; il aura dans le pays un grand retentissement.

DÉCRET. — Les gardes nationaux mobiles des trois premiers corps d'armée seront réunis immédiatement au chef-lieu de chaque département au contingent duquel ils appartiennent.

Palais de S'-Cloud, le 16 juillet 1870.

COMMUNICATIONS DIVKRSEh.

M. \'bry, maire de Xeuilly-sur-Seine, a écrit à l'Empereur qu'il mettait à la disposition du Trésor public, en présence des derniers événements, la somme de 10,000 francs, comme don personnel.

LU

M. Thomas, notaire à Paris, s'engage à verser dans les caisses de rKlat, pour les jjesoins de l'armée, une somme de 100 francs par chaque jour que durera la guerre.

M. l'élix Lcgras, résidant rue S'- Lazare 70, à l'aris, offre, pendant toute la durée de la guerre, le doublement de ses contributions.

LVXDl IS JUILLET.

COMMU-MCATIONS DIVERSES.

Une décision ministérielle du 15 juillet 18"î0, appelle immédiatement à l'activité les militaires et jeunes soldats de la réserve.

Le préfet de police a fait afficher dans Paris l'avis suivant :

Paris, le 17 juillet 1870.

Pendant ces derniers jours, la population parisienne a voulu affirmer son patriotisme par des manifestations sur la voie publique (1).

Au moment où nos soldats se rendent à la frontière et après cette explosion du sentiment national, il est désirable que la capitale reprenne son aspect accoutumé, et témoigne, par son calme, de la confiance qui l'anime.

Le préfet de police croit donc devoir demander aux. habitants de Pari de s'abstenir de démonstrations qui ne peuvent se prolonger davantage sans inconvénient.

MARDI i9 JUILLET.

L'Empereur a décidé de ne recevoir, soit au quartier impérial, soit aux quartiers généraux des corps d'armée, aucun volontaire, aucun officier étranger, en un mot aucun individu étranger à l'armée.

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