CORPS FRANCS
Pour éviter des erreurs dangereuses, il importe de publier le costume des éclaireurs Franchetti.
Les éclaireurs à cheval Franchetti, qui forment un corps distinct des autres corps francs, ont l'uniforme suivant : pantalon noir avec bande écarlate, pelisse noire avec brandebourgs noirs et parements écarlates, képi écarlate avec bande noire. Chaque cavalier a un livret de dragon et une commission avec le timbre du Gouverneur; les officiers ont des commissions du ministère de la guerre.
Le Journal olficiel de ce jour publie encore les notes suivantes :
Le Gouvernement de la défense nationale est heureux d'apprendre qu'un grand nombre de citoyens pressent M. Louis Blanc de se rendre en Angleterre pour y éclairer l'opinion publique sur le véritable esprit qui anime la République française et exciter les sympathies du peuple anglais en faveur de la France.
Le Gouvernement de la défense nationale, comptant sur le dévouement et le patriotisme de M. Louis Blanc, s'associe au vœu qui lui est exprimé (1).
La commission provisoire chargée de remplacer le conseil d'État a tenu sa première séance, le 22 septembre courant.
(i) Cette note est demeurée sans effet, M. Louis Blanc étant l'esté à Paris pendant toute la durée du siège.
M. de Jouvencel, ancien conseiller d'État, a été élu président de la commission.
Les bouchers de Paris sont prévenus que le marché de bestiaux vivants qui avait lieu au marché aux chevaux, boulevard d'Enfer, 6, a cessé hier 23.
11 sera remplacé par une vente à la criée de viandes abattues dans les abattoirs de la Villette, Grenelle et Villejuif.
Les bouchers ayant étal et qui justifieront de cette condition seront seuls admis aux enchères.
Le marché aux porcs, qui a eu lieu jusqu'à hier, à l'abattoir des Fourneaux, cessera de même pour les animaux vivants et sera remplacé par un marché de viandes abattues qui commencera à deux heures.
Aujourd'hui paraît la première livraison des documents empruntés à la correspondance et aux papiers de la famille impériale. Le Gouvernement a cru de son devoir de livrer au public ces documents, sans commentaires, avec l'impartialité qui convient à l'histoire.
Le maire de Paris,
Attendu l'état de siège,
Considérant que la défense nationale est intéressée à la régularité du service des eaux, à la propreté et à la sécurité des égouts, et à la salubrité des voies publiques ; Arrête :
Art. 1". Le directeur des eaux et des égouts est autorisé à retenir, au besoin par voie de réquisition, tous ouvriers plombiers, égoutiers et vidangeurs nécessaires à son service. Ces ouvriers seront dispensés du service journalier de la garde nationale sédentaire.
Art. 2. Le présent arrêté sera notifié à qui de droit par le directeur des eaux et des égouts, chargé de son exécution. Fait à Paris, le 24 septembre 1870.
Décret. — M. Mair Dufraisse est nommé administrateurgénéral des Bouches-du-Khûne, en remplacement de MM. Esquiros et Labadie.
NOUVELLES DE LA GUERRE
Par décrets du 24 septembre, le général de division Guiod est nommé commandant supérieur de l'artillerie, et le général de division baron de Chabaud La Tour commandant supérieur du génie de l'armée de Paris.
Bicètre, :24 septembre, 3 h. 40 m., malin. Général de Mand'huy au général Vinoy, Paris. Le calme est complet dans toutes les positions.
Tour Solférino, 24 septembre, 8 h. 20 m., matin. Ingénieur à Amiral Cosnier, à amiral La Roncière et au Gouverneur de Paris.
Quelques compagnies devant Dugny; tirailleurs déployés avancent sur le Bourget ; apparence d'un simple exercice.
24 septembre, dix heures et demie, matin.
La journée d'hier a été très-bonne. La canonnade de Villejuif, la reconnaissance de l'amiral Saisset et le brillant combat de Pierrefite ont prouvé que nos jeunes troupes ont acquis tout le sang-froid et l'aplomb de vieux soldats. C'est un bon augure pour l'avenir.
Aujourd'hui tout est calme ; l'ennemi achève sans doute ses mouvements et ne se montre en ligne nulle part; il est en iorce considérable à Versailles.
Une reconnaissance complète des environs de Nogent, Petit- Brie et Brie-sur-Marne n'a signalé en aucun point l'ennemi, qui semble renoncer à toute entreprise de ce côté.
Mont-Valérien, 24 septembre, 3 h. 40 soir. Commandant supérieur au gouverneur de Paris. Le pont de Chatou, de ce côté de l'île du Chiard, a sauté à trois heures.
24 septembre, soir.
La journée a été absolument calme. Le mont Valérien et la batterie de Saint-Ouen ont seuls tiré à grande distance, le premier sur des convois ennemis en avant de Montesson, la seconde sur les travailleurs prussiens à la carrière d'Orgemont.
Les canonnières revenant de Suresnes ont été vivement attaquées en passant devant le parc de Saint-Cloud. La mitraille a fait taire le i'eu de l'ennemi, en lui faisant éprouver des pertes sensibles ; nous avons eu deux marins blessés assez grièvement.
Le fort d'Issy a tiré assez vivement ce soir dans la direction de Sèvres, où l'ennemi paraissait établir des batteries.
Des renseignements certains informent qu'un pont ayant été établi vers Triel, n'a pu supporter le poids des pièces de gros calibre qui s'y étaient engagées; trois d'entre elles ont coulé à fond.
En résumé, la situation est bonne.
COMMUNICATIONS DIVERSES
Le ministre de l'instruction publique vient de nommer une commission de cinq membres, chargée d'inspecter les archives du Louvre et de remonter à la source des détournements qui auraient pu être commis par les fonctionnaires du gouvernement déchu.
Plusieurs commerçants de Paris s'adressent au Gouvernement pour obtenir une mesure qui leur permettrait d'imputer sur les termes à échoir les loyers qu'ils ont payés d'avance.
Un décret du 7 de ce mois, déclare l'article 1244, § 2 du Code civil, applicable, pendant la durée de la guerre, à toute contestation entre locataire et propriétaire relative au paiement des loyers, et autorise les tribunaux, et en cas d'urgence le président du tribunal, à accorder des délais suivant les circonstances.
Les locataires qui ont payé leurs loyers à l'avance se trouvent évidemment dans des conditions plus favorables pour revendiquer le bénéfice de cette disposition.
Il résulte des renseignements parvenus à la commission cen-
traie d'hygiène, que l'état sanitaire des animaux réunis à Paris est excellent, et que les ressources en viande de boucherie sont suffisantes,
La commission a, toutefois, constaté avec regret, qu'en raison du prix élevé des fourrages, un grand nombre de chevaux trèspropres à la consommation sont livrés chaque jour à l'équarrissage.
Dans les circonstances actuelles, il n'est pas permis de laisser perdre une ressource aussi précieuse, car la viande de cheval est à la fois salubre et d'un goût agréable.
L'administration prend des mesures pour que les chevaux puissent être amenés, vendus et tués dans les différents abattoirs de Paris, où les inspecteurs constateront la bonne qualité de la viande. Sous l'intluence de ces mesures, le nombre des étaux où la viande de cheval sera débitée, va s'accroître dans les différents quartiers.
La commission a été heureuse de constater que le public commence à affluer dans ceux qui sont presque partout établis dès à présent dans Paris.
Des jardiniers et des hommes de journée sont occupés, dans les petits jardins du Louvre, à remplir de terre des sacs de grosse toile. Ils disposent ces sacs dans l'ouverture des fenêtres qui éclairent les galeries du Louvre où sont exposés les antiques. Les mêmes précautions sont prises à l'École des Beaux-Arts; elles ont pour objet de préserver les trésors renfermés dans ces palais, eu cas de bombardement.
LUXDl, 26 SEPTEMBRE.
Décret. — Art. 1". A l'avenir, le sceau de l'État portera, d'un côté, pour type, la figure de la Liberté, et pour légende, Au nom du peuple français ; de l'autre côté, une couronne de chêne et d'olivier, liée par une gerbe de blé ; au milieu de la couronne. République française, démocratique, une et indivisible, et pour légende, Liberté, Égalité, Fraternité.
Art. '2. Les sceaux, timbres et cachets des cours, tribunaux,
justices de paix et notaires, porteront, pour type, la tigure de la Liberté, telle quelle est déterminée par l'article P"" pour le sceau de rÉtat ; pour exergue, République Française, et pour légende le titre des autorités ou officiers publics par lesquels ils sont (■mployés.
Art. 3. Le garde des sceaux ministre de la justice est chargé de l'exécution du présent décret.
l'aris , le 25 septembre 1870.
Le ministre de l'intérieur arrête :
Art, V^ Les dépenses secrètes de sûreté publique seront supprimées à partir du l^"" septembre 1870.
Art. 2. L'emploi des fonds ouverts au budget ordinaire du ministre de l'intérieur (chapitre XIII) sera désormais soumis au contrôle de l'assemblée nationale.
Fait à Paris, le 24 septembre i870.
Par décret en date du 22 septembre 1870; M. Henry Lefort, sous-préfet de Saint-Malo, a été nommé préfet de la Haute- Loire , en remplacement de M. Béhaghel , destitué comme indigne (1).
Par arrêté en date du 10 septembre 1870, le ministre de l'intérieur a supprimé la commission du colportage.
(J) A propos d'une noie sur l'organisation de la presse en vue des élections (186S) trouvée aux Tuileries et dans laquelle figure le nom de M. Béhaghel. Voyez Papiers et correspondances de la famille impériale, tome I*"", paje 28.
« Quelques modérés trouvent un peu exagéré, dit M. Fr. Magnard dans le Figaro du 29 septembre, le « comme indigne » accolé au nom de M. Béhaghel. A coup sur M. Béhaghel a eu grand tort de se laisser faire Prél'et de la République après avoir servi l'Empire. Mais qu'on n'oublie pas qu'il a fait acte de bonapartisme au vu et au su de tout le monde notannuent en signant des articles dans le journal le Peuple français. Le Gouvernement a eu tort de ne pas se bien renseigner. M. Béhaghel a donc été maladroit mais non « indigne o.
Par arrrté du 2o septembre, M. André Lavertujon a été nommé directeur des journaux oftîciels (1).
NOUVELLES DE LA GUERRE
Note du gouverner de Paris.
Paris, 25 septembre.
Quelques journaux , en parlant des premières opérations militaires qui ont eu lieu autour de Paris, ont émis des appréciations tout à fait inexactes sur l'état des ouvrages nouveaux entrepris en vue de renforcer la défense extérieure, et sur les causes qui ont empêché leur entier achèvement.
Ces divers ouvrages ont été commencés ù une époque où. le siège de Paris semblait éloigné. Ils devaient avoir le caractère de forts permanents destinés à servir de points d'appui à une armée extérieure, et les travaux avaient été conduits dans ce sens avec la plus grande célérité.
Les événements militaires s'étant précipités, avec les pénibles conséquences que l'on sait, — la défense de Paris a dû se décider à transformer ces forts en ouvrages de campagne, dont les travaux ont été continués sans interruption de jour et de nuit.
Mais plusieurs jours avant que l'ennemi arrivât dans le voisinage de la capitale, les ateliers subirent une sorte de désorganisation, par suite des préoccupations que les ouvriers avaient pour leurs familles généralement fixées dans la banlieue et de la difficulté qu'ils éprouvaient à pourvoir sur place à leur subsistance.
Pourtant, au moment de l'investissement, ces ouvrages étaient de bonnes redoutes avec un fossé large et profond. Si elles n'ont pas été armées avec des bouches à feu de siège, c'est qu'on ne met pas de pièces de cette espèce, difficiles à enlever au moment du besoin, dans de simples redoutes en terre éloignées du corps de place.
Mais toutes celles qui ont pu être occupées pour la défense
(I) M. Lavertujon a été aidé et même le plus souvent suppléé dans ces fonctions par M. Kaempfen, avocat, connu en littérature sous le pseudonyme de X. Feyrnet.
extérieure l'ont été. L'ouvrage de Châtillon, en particuliei-, a prêté un appui très-efficace à la lutte soutenue sur ce point avec tant d'énergie.
La redoute des Hautes-Bruyères et celle du moulin Saquet étaient également, le 19, dans un excellent état de défense, et elles ont permis aux troupes qui occupent actuellement les positions autour de Villejuif, de s'y établir solidement.
Tel est l'état exact des choses. Il montre que les récriminations dirigées contre les entrepreneurs chargés de l'exécution des travaux, sont dénuées de fondement et de justice. Ils y ont, au contraire, apporté le plus grand zèle avec un développement extraordinaire de moyens.
Montrouge, 25 septembre, 7 h. 20, matin.
Le commandant de Montrouge, à l'amiral Pothuau à Bicêtre.
Aucun changement apparent depuis hier; je crois toujours Bagneux occupé par un corps considéiable.
Bicêtre, 25 septembre, 7 h. 52 matin.
Contre-amiral Pothuau au gouverneur de Paris et au viceamiral La Roncière.
Bien de nouveau ce matin; tout est calme autour de nous. Hier, dans la reconnaissance faite par Montrouge, nous avons eu trois hommes blessés.
25 septembre, matin.
Les dépêches de tous les forts constatent ce matin la tranquillité la plus absolue; l'ennemi ne se montre nulle part.
Ce matin nos canonnières descendant la Seine ont mitraillé la position de Brimborion où l'on soupçonnait des travaux de batteries.
Ivry, 25 septembre 1870, 2 h. 17 m., soir. Commandant d'Ivrij au gouverneur de Paris et à amiral commandant marins, Paris, et à amiral, à Bicêtre. Le mouvement des troupes que je vous ai signalé de la rive
droite de la Seine vers Choisy-le-Roi continue entre Notre- Dame-des-Mêches et Merly.
L'ennemi travaille à trois batteries. Je viens de lui lancer 6 obus à des distances de 4,600 et o.OOO mètres, et ses travailleurs ont disparu. Ils étaient nombreux.
25 septembre, soir.
Anjourd'liui, il n'y a eu aucune opération à signaler.
Le gouverneur de Paris a reconnu les défenses de Saint-Ouen, Saint-Denis et Aubervilliers. De son côté, le ministre de la guerre a visité les positions entre Courbevoie, Ncuilly, Boulogne et l'enceinte.
Ces reconnaissances ont donné les résultats les plus satisfaisants.
Les éclairenrs Franchetti ont poussé jusque devant Argenteuil sans voir l'ennemi.
Plusieurs habitants du i^^ arrondissement ont demandé l'autorisation de former des corps de sapeurs -pompiers volontaires.
La préfecture de police fait savoir que des mesures ont été prises pour assurer dans tous les arrondissements de la capitale des secours efficaces contre l'incendie. Des pompes à vapeur et des engins de toute espèce ont été acquis pour les besoins du service. Les sapeurs-pompiers de province ont été appelés à prêter leur concours aux sapeurs-pompiers de Paris. Le colonel du régiment de sapeurs-pompiers de Paris est convaincu qu'avec le concours de sapeurs-pompiers de la province et avec celui des fontainiers de la Ville, il pourra suffire à tous les besoins. Il s'occupe, en ce moment, de créer de nouveaux postes dans le 14^ arrondissement, qui sera en outre pourvu d'une pompe à vapeur.
GARDES NATIONALES
Le maire de Paris,
Attendu l'état de siège.
Considérant que la défense nationale est intéressée à l'exécution immédiate des travaux do baraquement pour h garde mobile et à l'établissement, à l'extrémité de la périphérie, d'ambulances dites ambulances de rempart,
Arrête :
Art. 1". Lo directeur de l'administration préfectorale et le directeur du service d'architecture sont autorisés à retenir, au besoin par voie de réquisition, tous les ouvriers nécesssaires aux services ci-dessus indiqués. La réquisition faite par eux tiendra lieu de dispense provisoire du service de la garde nationale sédentaire.
Art. 2. La même dispense s'appliquera aux médecins, oliarmaciens, intirmiers, età toutes personnes considérées comme nécessaires au service des ambulances de rempart.
Art. 3. Le présent arrêté sera notifié à qui de droit par le directeur de l'administration préfectorale et par le directeur du service d'architecture chargés de l'exécution. Fait à Paris, le 25 septembre 1870.
Le Journal officiel du 26 septembre publie sur les baraquements de la garde mobile, l'article suivant emprunté au journal le Peuple français :
Depuis trois jours une partie de la garde mobile des départements a pris possession des baraquements construits pour elle sur les boulevards extérieurs, entre le boulevard de Courcelles et la place du Trône.
Nous avons visité en détail tous ceux qui s'élèvent sur la ligne des Batignolles à Ménilmontant. Ils sont au nombre de quatre-vingts et occupent, y compris les intervalles laissés pour la circulation des voitures, en face les grandes voies de communication qui coupent les boulevards, une étendue de sept kilomètres.
Chaque baraque a en moyenne 45 mètres de long sur 7 de large et 4 de haut.
72 sont établies sur deux rangs et 8 sur un seul. Ces dernières sont construites sur le boulevard de La Chapelle.
Chaque baraquement contient deux lits de camp parallèles, séparés par une allée de 1 mètre.
La tête du lit de camp est adossée à la cloison, de telle
façon que les pieds des dormeurs de chaque rangée sont vis-à-vis des pieds des donneurs de l'autre rangée.
Les lits de camp sont surélevés de 27 centimètres au-dessus du sol pour préserver de l'humidité. Ils sont construits en planches de sapin très-épaisses et unies.
La toiture est en sapin, elle s'arrondit en dos d'une et est garnie de feutre goudronné imperméable.
Cette toiture est supportée par une légère armature en bois et en tringles de fer, de façon à laisser un jour entre l'espèce d'imposte et la couverture pour la circulation de l'air.
Les côtés sont garnis d'une toile épaisse clouée sur l'imposte et la plinthe, qui descend jusque sur le sol.
A chaque extrémité, fermée par une porte et percée de deux fenêtres, on a ménagé un premier espace à couvert, où se tient soit le sergent-fourrier pour les écritures, soit le tailleur ou le cordonnier de la compagnie, puis un second compartiment avec lit de camp pour les oificiers.
Sur le milieu de chaque iîôté, on a pratiqué une croisée destinée à servir de ventilateur et à laisser pénétrer la lumière du dehors, car on ne souffre pas de b(»ugie dans le baraquement.
Le lit de camp est garni d'une couche épaisse de paille qui, avec la couverture d'ordonnance, forme toute la literie du mobile.
Des factionnaires montent jour et nuit la garde autour des casernes improvisées.
Le public ne peut plus se promener que sur les bas-côtés du boulevard.
De deux en deux baraques, on a établi des privés mobiles, dont le service se fait chaque jour.
Rien de plus curieux que le spectacle du lever.
La toilette se fait à grande eau sous une pompe placée ad hoc. Les raffinés ont une serviette, les autres se sèchent au soleil .
Les cheveux sont généralement courts et nécessitent peu l'appel du coiffeur.
Après la toilette vient le savonnage : les mouchoirs, les chaus-
settes, Ifts chemises sont étendus sur les culés des baraquements avec un soin qui ferait rougir plus d'une blanchisseuse.
Après vient le nettoiement des armes, s'il n'a pas eu lieu le soir, puis le départ pour l'exercice dans un ordre partait.
Tout cela se fait sans embarras, régulièrement ; à voir ces jeunes gens vaquer à tous ces détails, on ne se douterait guère qu'il y a un mois à peine la plupart étaient encore au foyer paternel, tranquilles, heureux, choyés.
Il y a un mois, on riait de leur air emprunté; ils étaient des conscrits. Aujourd'hui, on admire leur attitude résolue; ce sont des soldats.
COMMUNICATIONS DIVERSES
La Bibliothèque nationale est fermée au public depuis le commencement de la semaine, et on y prend des précaulio.ns contre le cas d'incendie par suite de bombardement. La prévision d'une semblable éventualité pour Paris serait une véritable injure dans une guerre où l'ennemi n'aurait pas mis de côté tout principe de civilisation ; mais après ce qui s'est passé à Strasbourg, on doit s'attendre à tout; l'invasion prussienne est l'invasion des Huns du XIX^ siècle.
Dans toutes les galeries de la Bibliothèque nationale, on a installé de vastes cuves en zinc remplies d'eau et des seaux également en zinc sont placés à côté de ces cuves pour y puiser selon les besoins. Des amas de sable sont également disposés dans les galeries des imprimés et des manuscrits. La cour donnant sur la rue des Petits-Champs a été dépavée, ainsi que certaines parties du préau de la rue Vi vienne, afin d'amortir l'effet des bombes dans leur chute.
Les manuscrits les plus précieux qui se trouvaient au premier étage ont été transportés dans les salles basses.
Enfin tout le personnel de la Bibliothèque est organisé en escouades qui, en cas de bombardement, feront alternativement un service de surveillance de jour et de nuit.
On prend également des précautions à l'École des Beaux-Arts; on a commencé déjà à murer les fenêtres du grand amphithéâtre, décoré de peintures de Delaroche.
— 2ol —
M. Rousse, bâtonnier de l'ordre'des avocats à la cour d'appel de Paris, a adressé la lettre suivante à M. Jules Favre :
« Cher et illustre confrère,
« Au nom du barreau de Paris qui m'a fait l'honneur de me cljoisir pour son chef; au nom de celte jeunesse du Palais qui vous est chère, qui a déjà sa place et sa légende glorieuse dans l'histoire de la défense nationale, je vous adresse l'hommage respectueux de notre admiration et de notre reconnaissance.
') Quel que soit désormais le sort des batailles, la France est dès aujourd'hui vengée. Ses annales comptent une page immortelle de plus (1), et c'est à vous qu'elle la doit.
» Recevez, je vous prie, avec l'expression de ces sentiments qui nous sont communs à tous, l'assurance de mon affection bien respectueuse et bien dévouée.
» Edmond Rousse. »
M. Jules Favre a répondu par la lettre suivante :
« Cher bâtonnier et bien-aimé confrère,
)T Que vous êtes bon, et que je vous suis reconnaissant de m'envoyer la plus noble partie de votre cœur à la fois déchiré et fortifié par les malheurs de la patrie !
» Que je suis fier de cette sympathie, dont vous vous faites l'interprète trop bienveillant, et qui me vient du barreau que j'aime si tendrement ! Il donne l'exemple de l'héroïsme patriotique qui a gagné toutes les âmes. Je le suis avec orgueil dans cette voie nouvelle, et je me réjouis de voir à sa tête, dans cette formidable crise, celui que désignaient à sa confiance la vertu aussi bien que le talent.
» Merci encore pour vous et mes confrères, et croyez que je suis à mon pays et à vous jusqu'au dernier soupir.
» Jules Favre. »
Paris, le 23 septembre 1870.
(1) Allusion au rapport sur l'entrevue de Ferrières.
Décret. — Art. l«^ L'administration des postes est autorisée à expédier par la voie d'aérostats montés les lettres ordinaires i\ destination de la France, de l'Algérie et de l'étranger.
Art. 2. Le poids des lettres expédiées par les aérostats ne pourra pas dépasser 4 grammes.
La taxe à percevoir pour le transport de ces lettres reste fixée à 20 centimes.
L'affranchissement en est obligatoire.
Art. 3. Le ministre des finances est chargé de l'exécution du présent décret.
Paris, le 26 septembre 1870.
Décret. — Art. 1". L'administration des postes est autorisée à transporter par la voie d'aérostats libres et non montés des cartes-postes portant sur l'une des faces l'adresse du destinataire et sur l'autre la correspondance du public.
Art. 2. Les cartes-postes sont en papier vélin du poids de 3 grammes au maximum et de 11 centimètres de long sur 7 centimètres de large.
Art. 3. L'affranchissement des cartes-postes est obligatoire.
La taxe à percevoir est de 10 centimes pour la France et l'Algérie.
Le tarif des lettres ordinaires est applicable aux cartes-postes à destination de l'étranger.
Art. 4. fiC Gouvernement se réserve la faculté de retenir toute carte-poste qui contiendrait des renseignements de nature à être utilisés par l'ennemi.
Art. 5. Le ministre des finances est chargé de l'exécution du présent décret.
Avis. — En exécution des décrets qui précèdent, le directeur général des postes a l'honneur d'informer le public que l'ascension des ballons montés ne pouvant avoir lieu qu'à des époques
indéterminées, des ballons libres seront lancés à partir de demain, 28 septembre, si le temps le permet.
Les correspondances que le public voudrait tenter de faire parvenir par ce moyen, devront être écrites sur carton vélin, du poids (le 3 grammes au maximum, et ne dépassant pas les dimensions d'une enveloppe ordinaire, savoir : longueur, 11 centimètres; largeur, 7 centinu-tres. Cette carte sera expédiée à découvert, c'est-à-dire sans enveloppe, et l'une de ses faces sera exclusivement réservée à l'adresse.
L'atlranchissement en timbres-postes desdites cartes, lixé à 10 centimes pour la France et l'Algérie, sera obligatoire ; celles qui seraient adressées à l'étranger devront être affranchies d'après le tarif des lettres ordinaires.
Le public comprendra qu'il n'est possible de confier aux ballons non montés que des correspondances à découvert, à cause du défaut de sécurité de ce mode de transport et du risque que courent ces ballons de tomber dans les lignes prussiennes.
Les lettres fermées que le public entendra réserver pour être acheminées par les ballons montés devront porter sur l'adresse la mention expresse : par ballon monté. L'affranchissement en sera également obligatoire, d'après les tarifs actuellement en vigueur, tant pour l'intérieur (\ue pour l'étranger. Le poids desdites lettres ne devra pas dépasser 4 grammes.
Dans le cas où toutes les lettres recueillies ne pourraient être expédiées par le ballon monté en partance, la préférence sera donnée aux lettres les plus légères.
G. Rampont.
Art. 1". A partir du mercredi 28 septembre, la viande de 500 bœufs et de 4,000 moutons sera mise chaque jour à la disposition des habitants de Paris.
Art. 2. La viande provenant de ces animaux sera vendue au détail directement aux consommateurs pour le compte de l'État, par les bouchers ayant étal qui se feront inscrire dans leur mairie, et se conformeront au tarif établi par la taxe, ainsi
qu'aux conditions qui seront fixées par le ministre de l'agriculture et du commerce.
Art. 3. La mairie de Pal'is et la préfecture de police sont chargées d'assurer l'exécution du présent arrêté. Paris, le 26 septembre J870.
Le ministre de l'agriculture et du commerce, pendant la durée du siège,
Vu l'arrêté en date de ce jour,
Arrête :
Art. 4". Dans chaque abattoir, la viande abattue sera délivrée aux bouchers qui, conformément à l'arrêté ministériel du 26 septembre, se seront fait inscrire dans leur mairie. Cette distribution sera faite proportionnellement à la clientèle dont ils auront justifié.
Art. 2. Chaque boucher ne pourra s'approvisionner que dans l'abattoir de sa circonscription.
Art. 3. La viande sera livrée à l'abattoir et vendue comptant à chaque boucher au prix déterminé par la taxe, déduction faite de 20 c. par kilogramme pour tous frais.
Art. 4. Les bouchers seront autorisés à se constituer en syndicat pour faciliter l'exécution du présent arrêté.
Le ministre de V agriculture et du commerce,
i. Magnin.
Paris, le 26 septembre 1870.
Avis aux bouchers.
Le maire de Paris, en exécution de l'arrêté du ministre du commerce en date de ce jour, qui détermine les conditions de vente au détail de la viande de boucherie appartenant à l'État,
Invite les bouchers ayant étal à se présenter immédiatement à la mairie de leur an'ondissement respectif, à l'effet de prendre connaissance des conditions auxquelles ils devront se conformer pour effectuer la vente au détail de la viande mise à leur disposition.
— 2oo —
Les bouchers qui accepteront ces conditions se feront inscrire dans leur mairie.
Paris, le 26 septembre 1870.
Le Gouvernement de la défense nationale :
Considérant que les établissements consacrés ù l'éducation de l'entance et de la jeunesse ont vX conservent, dans les circonstances les plus graves, une importance capitale, Décrète :
A l'avenir, les lycées, les écoles, les asiles ne pourront être mis en réquisition. Le ministre de l'instruction publique pourra donner l'autorisation d'y établir des ambulances, des magasins, d'y faire des casernements, et même d'y tenir des réunions après s'être assuré que le service des écoles n'en souffrira pas. Paris, le 26 septembre 1870.
NOUVELLES DE LA GUERHE
Le Gouvernement de la défense nationale décrète :
Il est ouvert au budget de la ville de Paris, exercice 1870,
au chapitre de la préfecture de police, un crédit de 26,000 fr.
pour compléter le matériel du régiment des sapeurs-pompiers. Paris, le 26 septembre 1870.
Ivry, 26 septembre, 6 h. 15 matin.
Le commandant d'Ivrijy au gouverneur de Paris :
La imit a été très-tranquille dans les environs du fort ; au point du jour il y avait quelques tirailleurs emiemis à 400 mètres de la redoute de Saquet. L'ennemi contiime à se retrancher dans Choisy-le-Roi ; il fait des fossés en avant du cimetière et tous les murs sont crénelés.
Bicètrc, 26 septembre, 7 h. ^0 matin.
Amiral Fothuau au gouverneur de Paris.
Rien de nouveau ce matin ; tout est calme.
Fort de Nogent, 26 septembre, 8 h. 38 m. malin.
Le commandant de Nogent au général commandant de Vincennes.
La nuit a été des plus calmes autour du fort. Vers neuf heures et demie, nous avons entendu une centaine de coups de fusil et quelques coups de canon sur les rives de la Marne, au bas de Nogent.
Rapport des guetteurs. — Ce matin, à quatre heures, un ballon à feu blanc a été lancé par les Prussiens au-dessus de Neuilly. La reconnaissance a fouillé Neuilly et n'a vu l'ennemi qu'à son retour dans la pépinière dite de la Villede-Paris, sur la rive gauche de la Marne ; quelques coups de feu ont été échangés. Une reconnaisssance de cavalerie est passée en vue du fort allant vers Neuilly-sur-3Iarne.
Vincennes, le 26 septembre, iO h. matin.
Général commandant supérieur au gouverneur de Paris.
La journée et la nuit se sont passées partout dans le plus grand calme.
Tour Solférino, le 26 septembre, 10 h. 20 m. matin.
Ingénieur Tour Solférino aux amiraux Cosnier et La Roncière
et au gouverneur de Paris.
L'ennemi semble se fortifier dans Dugny. Deux ouvrages en terre sont en construction pour couvrir les deux entrées sud du village. Un convoi composé d'infanterie, 200 hommes environ, et d'un peloton de cavalerie se dirige de Groslay sur Montmorency.
23 septembre, dix heures et demie, matin.
D'après les renseignements des forts du sud, de grands mouvements de troupes se sont produits cette nuit en arrière du plateau de Châtillon, dans la direction de Sceaux à Versailles.
Il y a d'ailleurs sur tout notre front un calme absolu, à peine quelques coups de fusil aux avant-postes.
A cinq heures cl deiiiie du malin, 4 obus ont été envoyés du mont Valérien dans les taillis de Crois^y, où étaient établis 3,000 fantassins, et un obus dans le parc de la iMalmaison. De suite on a constaté un mouvement de retraite prononcé sur Bougival.
26 septembre, 7 h. soir.
L'ennemi ne semble dessiner d'attaque accusée sur aucun point; il établit des lignes de circonvallation et occupe les hauteurs à grande distance.
La défense veille activement sur tous les points.
Toutes les fois que l'on aperçoit un convoi ou une reconnaissance, les forts y envolent des obus et les coups portent presque toujours heureusement.
La population s'est préoccupée de la destination à donner aux anciens sergents de ville récemment licenciés.
Nous pouvons faire savoir aujourd'hui que les membres de ce corps, formés en régiment, concourent activement à la défense de Paris, sous la direction et sous le commandement des ofliciers supérieurs de la marine ou de la guerre.
COMMUNICATIONS DIVERSES
Le Gouvernement de la défense nationale a complété la commission des barricades par l'adjonction des citoyens Albert, ancien membre du gouvernement provisoire, et Cournet.
La commission se trouve ainsi composée de neuf membres chargés de diriger, avec neuf ingénieurs, les travaux de défense intérieure dans les neuf secteurs.
La commission s'est partagée en trois groupes.
MM. Louis Ulbach, Ernest Blum et Emile Raspail ont été nommés secrétaires de chacun de ces groupes, correspondant à trois secteurs.
Une estafette, envoyée par la délégation du gouvernement établi à Tours, a réussi à pénétrer dans Paris. Elle a apporté la dépèche suivante, datée du 24 septembre :
« Nous avons fait afficher dans toute la France la pioclamation et le décret suivants :
Proclamation à la France :
» Avant Finvestissement de Paris, M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères, a voulu voir M. de Bismark pour connaître les dispositions de l'ennemi. Voici la déclaration du ministre du roi Guillaume :
» La Prusse veut continuer la guerre et réduire la France à l'état de puissance de second ordre. La Prusse veut l'Alsace et la Lorraine, jusqu'à Metz, par droit de conquête.
» Pour consentir à un armistice, la Prusse a osé demander la reddition de Strasbourg, de Toul et du Mont-Valérien .
» Paris, exaspéré, s'ensevelirait plutôt sous ses ruines.
* A d'aussi insolentes prétentions, en effet, on ne répond que par la lutte à outrance. La France accepte cette lutte à outrance et compte sur tous ses enfants.
Décret :
» Vu la proclamation ci-dessus, qui constate la gravité des circonstances,
» Le Gouvernement décrète :
» Toutes les élections municipales et pour l'Assemblée Constituante sont suspendues et ajournées.
» Nous envoyons partout des ordres et des hommes pour surexciter l'esprit de la défense nationale. Nous faisons les plus grands efforts pour jeter sur les derrières de l'armée prussienne toutes les forces possibles, soit comme g::érillas, soit comme forces régulières. Déjà l'amiral Fourichon a envoyé en avant d'Orléans des forces qui ont eu plusieurs petits engagements ; elles harcèlent l'ennemi sans relâche, sous les ordres du général de Polhès. »
Le Gouvernement de la défense nationale a constitué à l'Hôtelde-Ville une commission des subsistances, composée de :