C. Forces destinées
à la défense intérieure . . . »
1° 2« ban de la landwehr. . 110.000 2° Cités plus haut. 30.000
Total 140.000 140.000
Total général 520.000
Sur ces 520,000 hommes, qui représentaient le vingtième de la population de la Prusse, le quart seulement composait l'armée permanente, payée par l'Etat. Les auteurs du système crurent avoir ainsi résolu le problème de la meilleure organisation militaire pour la Prusse. On avait une armée peu coûteuse en temps de paix et nombreuse en temps de guerre.
Quels sont les caractères distinclifs de cette organisation? L'armée permanente n'y représente pas une force militaire indépendante, pouvant agir en première ligne. Trop faible numériquement pour remplir ce rôle, puisqu'elle ne s'élève, les réserves comprises, qu'à 190.000 hommes, elle n'acquiert l'effectif nécessaire pour entrer en campagne que par sa réunion avec 170,000 hommes de la landwehr, qui, formés par régiments embrigadés avec ceux de la ligne, constituent, comme on voit, presque la moitié de la force totale. L'armée permanente n'avait donc réellement qa'un but, celui de servir d'école
d'iiistructiou à la nation, autrement dit, de former la îandwchr. En résumé, l'organisation do 1814 était basée snr le ayslèine landivelirien.
Vices de rorganisation de 18li.
Les vices de cette organisation sont si évidents qu'on se demande comment elle a pu durer quarante-cinq ans. lis se révélèrent de la façon la plus déplorable pendant les campagnes de 18i8 et 1849, dans le Schleswig et le grand- duché de Bade, et lors des mobilisations de 1850 et 1859.
Le vice capital résultait de l'obligation d'appeler et d'embrigader
dans l'armée, au moment d'une guerre, 170,000 hommes de la
landwehr. L'expérience démontra qu'en tenant compte des pertes de
toutes sortes, il fallait, pour se procurer ce nombre, prendre les
landweliriens des sept années du premier ban (ceux de vingt-cinq à
trente-deux ans). Gomment pouvoir compter, à la guerre, sur des gens
qui avaient quitté le service : les uns depuis deux ans, les autres
depuis trois, les derniers depuis neuf ans, et dont la moitié étaient
mariés, car les statistiques prussiennes donnent les cliifFres suivants :
Mariés de 25 à 26 ans. ... 30 pour 100
Mariés de 29 à 30 ans. . . . 46 pour 100
Mariés de 31 à 32 ans. . . . 63 pour 100
Ajoutons qu'un grand nombre de ces hommes se voyaient obligés d'abandonner leurs familles dénuées de ressources et de les confier à la charité des communes.
Aussi les hommes de la landwehr ne répondirent à l'appel, en 1848, 1850 et 1859, qu'avec un extrême mécontentement. Les scènes les plus déplorables eurent lieu, des actes de désobéissance formelle se produisirent, même devant l'ennemi. Quant aux troupes de landwehr restées fidèles à l'honneur, elles se montrèrent d'une insuffisance complète. On put voir dans ces circonstances que les créateurs de l'organisation de 1814 s'étaient trompés, en comptant qu'à toute occasion la landwehr montrerait l'enthousiasme de 1813.
Un autre défaut de cette organisation provenait de la composition des brigades. Comme elles comprenaient chacune deux régiments, l'un de ligne, l'autre de landwehr, il y avait impossibilité de former, au besoin, des corps de troupes solides (brigades ou divisions) où la landwehr n'entrerait pas.
On doit encore ajouter que le défaut d'instruction militaire des officiers et sous-officiers de la landwehr obligeait à déplacer un grand nombre d'officiers et de sous -officiers de la ligne, pour les substituer aux premiers, et inversement. Ces nombreuses mutations, faites au moment de la mise sur pied de guerre, avaient un inconvénient évident.
Enhn, on ne saurait omettre de signaler, à la charge de l'organisation de 1814, les dépenses énormes qu'une mobilisation entraînait pour les
communes, à qui incombait l'obligation de secourir les familles nécessiteuses des hommes de la landwehr. En 1859, elles eurent à fournir aux besoins de plus de 55,000 familles, moyennant une dépense mensuelle de 1 million de francs. En 1850, le chiffre s'éleva à 2 millions par mois, sans compter les dons volontaires qui produisirent autant.
Les inconvéuients signalés ci-dessus étaient assez sérieux pour qu'uue réorganisation de rarmée devînt nécessaire. Elle fut commencée en 1859 et continuée les années suivantes, à travers le conflit si connu qui, depuis lors, divise le gouvernement prussien et la Chambre.
Réorganisation de 1860.
Avant d'aviser aux moyens de corriger les vices de l'ancienne organisation, les hommes chargés de cette tâche songèrent à revenir à l'application rigoureuse du service obligatoire pour tous, qu'on n'avait pas cessé de violer depuis 1814. En effet, bien que, par un accroissement sans pareil, la population de la Prusse se fût élevée successivement, en quarante-cinq ans, de 10 millions à 18 millions, l'effectif de l'armée permanente était resté au chiffre constant de 130 à 140,000 hommes, ce qui n'avait permis de lever annuellement que 40,000 hommes, contingent égal à celui de 1814.
11 en était résulté que cnaque année un nombre assez considérable de jeunes gens propres au service militaire ne passaient pas sous les drapeaux, et qu'en 1859, par exemple, où le contingent total s'éleva à 63,000, plus du tiers se trouva exempté de fait. L'injustice se révélait dans toute sa gravité lors d'une mobilisation, parce qu'alors les hommes de la landwehr de vingt -cinq à trente-deux ans, qui avaient déjà servi, se voyaient obligés de partir pour l'armée, tandis que des jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans ne payaient pas leur dette au pays.
Les réorganisateurs décidèrent avant tout le retour au principe fondamental du service obligatoire. 11 fut convenu que le contingent annuel tout entier de 63,000 hommes entrerait dans l'armée, et l'on fixa, comme précédemment, à trois ans la durée du service effectif. Par cette mesure l'armée permanente reçut tout d'un coup un accroissement considérable. Une augmentation de cadres s'ensuivit forcément, on créa :
36 régiments d'infanterie;
10 bataillons de fusiliers;
10 régiments de cavalerie; 5 divisions d'artillerie.
L'armée permanente, forte jusque-là de 130,000 hommes, se trouva ainsi portée à 210,000. La Prusse pouvait l'entretenir sans difficulté, puisque son budget s'était élevé de 210 à 48T millions de francs depuis
11 s'agit ensuite de remédier aux défauts de l'ancienne organisation. La landwehr fut conservée, mais on changea complètement son rôle et
son caractère. On décida qu'elle cesserait de faire partie intéfjrante de
l'armée active. Jusque-là le premier ban avait figuré pour moitié dans
cette armée; à l'avenir ses fondions devaient se réduire à la défense
intérieure du territoire, c'est-à-dire à celle que l'organisation de 1814
assignait au second ban,
Pour pouvoir porter l'efîcctif de l'armée active, sans recourir à la
landwehr, au chilîre de 370,000 bommes, jugé nécessaire, on prolongea
de deux ans, en la portant à quatre ans, la durée du temps à passer
dans la réserve. 11 fut convenu que tous les hommes reconnus propres
au service appartiendraient :
.,.,.. ^ ( 3 ans de service effectif,
A 1 armée active, 1 ans ] , j , /oa ■ o>^\
' l 4 ans de réserve (20 a 27).
A la landwelir, 1" ban, 5 ans (de 27 à 32).
A la landwobr, 2*^ ban, 7 ans (de 32 à 39).
(Comparons, avant d'aller plus loin, l'organisation de 1814 et celle de 1860.
Leurs points communs sont :
1° Le service obligatoire pour tous les citoyens ;
2° L'instruction militaire reçue dans l'armée pendant un certain temps ;
3° L'obligation à un service ultérieur, jusqu'à un âge fixé, dans la réserve, puis dans la landwehr.
Quant aux différences, elles sont frappantes : dans l'organisation de 1814, l'armée permanente n'était, à tout prendre, que l'école de guerre de la nation. Pour en faire l'armée active de campagne, il fallait doubler son effectif avec des régiments de landwehr, composés d'hommes de vingt-cinq à trente-deux ans, déshabitués du service et dont la moitié étaient mariés.
Dans l'organisation de 1860, l'armée permanente est également l'école de guerre de tous les citoyens; mais elle constitue à elle seule, par l'unique adjonction des réserves, l'armée active. La landwehr n'j/ figure plus à aucun degré^ son rôle se bornant à la défense des places de l'intérieur. Telle est la modification capitale apportée à l'ancienne organisation. La Prusse y a trouvé le grand avantage d'avoir une armée active plus nombreuse, composée uniquement de soldats de vingt à vingt-sept ans. Les hommes de vingt-huit à trente-deux ans, établis ou mariés pour la plupart, ne craignent plus d'être appelés à toute mobilisation ou pour une guerre ordinaire; chargés de la défense du territoire, ils savent qu'ils n'auront à combattre avec l'armée, en seconde ligne, que dans les cas extrêmes. Comme on voit, le résultat a été favorable aux intérêts généraux du pays, particulièrement à l'agriculture.
En France, on semble croire que la landwehr a aujourd'hui le même rôle qu'avant la réorganisation. Parce qu'on a vu la landwehr figurer dans la guerre du Danemark, et plus récemment dans celle de olK;nie,
on s'imagine qu'elle fait partie de l'armée ou qu'elle est destinée à combattre à ses côtés. Ceci demande explication.
La décision qui fixa à quatre ans le temps à passer dans k réserve fut mise en vigueur en octobre 1860 (c'est en octobre qu'en Prusse le contingent annuel entre dans l'armée). Par conséquent, les temps de réserve des divers contingents, sont :
Pour le contingent de 1859, d'octobre 1862 à octobre 1864.
— — 1863, - 1S66 - 1870. D'après cela, au moment de la dernière guerre, en juin 1866, la
Prusse ne disposait que des réserves de trois années, celles de 1863, 1864 et 1865. C'est pourquoi on fut obligé de puiser dans la landwehr pour compléter les bataillons de l'armée. On versa, en moyenne, 100 landwebriens par bataillon de 1,000 hommes. Mais il importe de remarquer qu'on n'aurait pas eu recours à cette mesure si l'on avait pu disposer des réserves de quatre années. Ce n'est qu'à dater de l'heure présente (fin d'année 1866j que la réorganisation de 1860 commence à avoir son entière exécution, et la Prusse dispose, à partir d'aujourd'hui, des réserves de quatre années consécutives. En principe, elle ne puisera donc plus dans la landwehr pour compléter les bataillons ou escadrons de l'armée ; elle ne le fera que pour organiser les services exceptionnels, tels que les compagnies de chemin de fer, les compagnies de porteurs de blessés, la télégraphie, etc.
11 est donc très-important de constater que la Prusse entre aujourd'hui (tin de 1866) en pleine jouissance des ressources militaires qu'elle s'est créées par l'organisation de 1860. L'ensemble de ses forces (il ne s'agit toujours que de la Prusse avant les annexions) neut être présenté comme il suit :
A. Armée active, comprenant :
1" L'armée permanente 210.000 h. ) q-a noo h
2« Les réserves de quatre années . . . , . 160.000 h. )
B. Troupes de dépôts (recrues, partie des réserves). . 110.000 h. G. Forces destinées à la défense intérieure ou land-
wehr (1" ban) 150.000 h.
Total 630.000 h.
sans compter le 2^ ban qui peut fournir, au besoin, 150,000 à 200,000 hommes (1).
(1) Ce rapport de notre attaché militaire à Berlin est daté du mois de nrvembre 1866. Il n'y est pas tenu compte des forces des trois provinces que la Prusse venait de s'annexer, et où elle s'occupait déjà d'introduire sa propre organisation militaire. Aujourd'hui, la Prusse agrandie et les autres
Ainsi, la Prti??c pont mettre sur pied une armée actirc de 310,000 hommes, non comptés 110,000 hommes de troupes de dépAts ; total, 480,000 hommes, sans recourir à la landwehr. C'est là un effectif plus que suffisant pour des mobilisations telles que celles de 1850 et 1859, ou pour des guerres ordinaires, celles de Bade ou de Danemark. Mais si la Prusse avait une grande guerre, pour laquelle son armée active ne fût pas suffisante, ou si elle subissait un désastre, elle emploierait le premier ban de la landwehr, soit pour combler les vides, soit pour le présenter en seconde ligne.
Elle puiserait alors dans ce premier ban, en commençant par les hommes des plus jeunes années (do vingt-sept à vingt-neuf ou trente ans). Dans la dernière guerre, par exemple, où la Prusse fnt obligée à un déploiement de forces considérables, plusieurs bataillons ou des régiments de landwehr firent partie de l'armée du Mein : deux divisions de Landwelir occupèrent la Saxe, et la division de la landwehr de la garde, forte de douze bataillons (10,000 hommes environ), entra en Bohème, où elle rejoignit les armées actives, le 2 juillet. Le 3 juillet, pendant la bataille de Kœniggrœtz, cette division se trouvait à une marche en arrière, et elle eût pu rendre d'utiles services le lendemain, si les Prussiens avaient remporté une victoire indécise ou essuyé un désastre. Cette division d'infanterie de landwehr de la garde est la plus belle troupe qu'il soit possible de voir. Composée exclusivement d'hommes d'élite de vingt-sept à trente ans, à l'aspect viril et robuste, elle présente aux yeux le plus magnifique spectacle. Il n'est pas certain qu'elle supporterait les fatigues d'une longue campagne ; mais bien employée, dans telle circonstance donnée, elle constituerait une force précieuse.
DES ÉJ.ÉMENTS DE SUPÉRIORITÉ DE L'ARMÉE PRUSSIENNE. (Berlin, le 23 avril 1868.)
Au milieu des études de toute nature auxquelles doit se livrer un officier placé dans ma position, il est une question qui se présente involontairement et sans cesse à son esprit :
Si la guerre venait à éclater demain entre la Prusse et la France, l'armée prussienne aurait -elle, sous quelques rapports, soit comme organisation, soit comme instruction, soit comme esprit militaire, soit comme armement, etc., des éléments de supériorité sur l'armée française? Si ces éléments de supériorité existent, quels:sont-ils ? Enfin, qu'avons-nous à faire pour ne pas rester dans un état d'infériorité ?
États de la Confédération de l'Allemagne du Nord disposent de 960,000 hommes, bien que la durée totale du temps de service ait été réduite de dix-neuf ans à douze ans, par la suppression du 2^ bau de la landwelir.
Comme on voit, je laisse de côté, dans renoncé de la question, les éléments non appréciables à l'avance, tels que le commandement en chef, qui certainement est le plus important de tous, les effectifs dont les deux nations pourraient disposer, les ressources en tout genre des deux pays, etc. Je supposerai, pour plus de clarté, ces choses égales de part et d'autre. A ces conditions même, la question que je désire traiter est des plus compliquées, car elle embrasse tous les détails de la constitution des armées. Mon intention est de la réduire au plus simple et d'éviter de la poser dans des termes absolus comme seraient ceux-ci : Quelle est, des deux armées, la plus parfaite? Ordinairement ces questions ne sont ainsi formulées que par des esprits superficiels, incapables de comprendre que la réponse est impossible, tant sont nombreux les sujets de comparaison, et tant il en est parmi eux qui échappent à toute appréciation. Je me bornerai donc à indiquer quels seraient, au cas d'une guerre prochaine, sous les divers rapports signalés plus haut, les éléments de supériorité qui constitueraient pour l'armée prussienne des avantages réels.
Les éléments de supériorité d'une armée sur une autre sont de deux espèces distinctes : les uns tiennent au caractère de la nation, à son tempérament, à ses traditions, à son histoire, au degré de son instruction générale, etc.; je les appellerai moraux; les autres résultent du mode d'organisation de l'armée, du degré d'instruction militaire des officiers, sous-ofliciers et soldats, du matériel de guerre, de l'armement, de l'équipement, etc.; ce sont des éléments matériels. Je puis me dispenser de parler, sous ce double rapport, de l'armée française : les qualités qui la distinguent sont assez connues. En Prusse, tous les militaires éclairés reconnaissent que nos soldats l'emportent sur tous les autres par une individualité plus grande, par une intelligence plus vive, un clan incomparable ; ils regardent l'insouciance et la gaîté françaises comme des qualités précieuses à la guerre ; ils avouent que nos soldats sont plus ingénieux et meilleurs marcheurs (1). D'autre part, ils admettent l'avantage que donnent à l'armée française une plus longue durée de service sous les drapeaux et la présence de vieux soldats dans ses rangs : ils nous envient surtout la composition de notre corps de sous-officiers (2).
(1) La Prusse est, en partie, un pays plat. Tout le monde sait que les habitants des plaines sont moins bons marcheurs que les habitants des pays accidentés. Cette ditTérence a tté sensible dans la guerre de 180G. Les corps d'armée de la Prusse orientale, de la Poméranie, du Brandebourg ont beaucoup plus soulTert des marches à travers les défilés de la Bohême que le corps de la Silésie, par exemple.
(i) A la vérité, l'armée prussienne compte, comme la nôtre, des sousofliciers anciens de service, mais le nombre en est Irès-restreint, conséquence forcée du service obligatoire, qui exige que chaque année tout le contingent entre dans 'armée.
Pour ne parler que de l'armement de l'infanterie, j'ai déjà fait savoir combien on se préoccupe en Prusse de la supériorité de notre fusil nouveau modèle, et les efforts qui se font pour arriver à perfectionner le fusil prussien.
J'en viens aux considérations sur l'armée prussienne.