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LE JOURNAL LA SITUATION

Voici un document publié par la Situation {{) qui est attribué par ce journal à Napoléon III :

(11 Joumnl fondé par l'Empereur à Londres et interdit en France par le (iouverneraent de la défense nationale.

Les idées de V Empereur.

Aussitôt après l'échec des négociations entamées avec M. Jules Favrc, le comte de Bismarck aurait l'ait parvenir à Willielmshœhe le récit exact de ces négociations. L'empereur se serait alors enfermé dans son cabinet et le soir môme, M. de Castelnan serait parti pour le quartier-général prussien avec la note suivante, écrite tout entière de la main de l'empereur :

« En me faisant quotidiennement instruire des événements accomplis depuis le jour où la Providence m'a contraint de lui remettre mon épée, le roi semble en appeler à son prisonnier des épreuves que les armées prussiennes imposent à la France, dans un intérêt qu'il croit être celui de l'Allemagne.

» La communication du comte me confirme dans cette opinion. Mais le temps est-il bien venu pour moi de répondre à cette double attention par l'expression de ma pensée?

» Jusqu'au 4 septembre, la réserve que j'ai observée depuis Sedan reposait sur ma ferme résolution de laisser à l'impératrice la liberté pleine et entière de se conformer aux intentions du pays.

» Après le 4 septembre, je n'ai pu m'empèciier de faire des vœux pour que la France, mémo en sacrifiant ma dynastie, parvint à rejeter l'envahisseur au-delà des frontières naturelles.

» Eu faisant auprès du comte la démarche dont il était facile de prévoir le résultai, on a ôté à la guerre son caractère véritable, croyant écarter la responsabilité du mouvement dont mon Gouvernement a cru devoir subir l'impulsion.

» C'était détruire l'effet des motifs que l'on a de ne pas souscrire aux conditions offertes; c'était surtout paralyser la défense nationale, au moment même où elle allait prendre des proportions dignes de la France.

» Le comte paraît ne pas comprendre qu'on ait refusé l'armistice nécessaire à la reconstitution d'un gouvernement régulier; et il s'étonne qu'aucun des pouvoirs qui existent légalement n'ait donné son avis sur ce qu'il considère comme un témoignage de la modération du roi.

» Nul ne saurait blâmer un Français d'avoir réparé une démarche imprudente, en refusant de souscrire à des propositions peu en rapport avec notre passé glorieux.

» Un duel comme celui qui a lieu entre la France et l'Allemagne ne peut se terminer que par la ruine complète d'un des deux adversaires ou par leur étroite et loyale réconciliation.

» Le comte doit donc, avant tout, se demander si l'Allemagne a plus d'intérêt à la ruine qu'à l'alliance de la France, et si, en admettant la première hypothèse, l'Allemagne ne croit pas la France à même de puiser son salut dans son désespoir, lors même que l'Europe consentirait

à demeurer la spectatrice indifférente d'une invasion sans limites précises.

» Mon entrevue avec le roi m'autorise à penser qu'il préfère de beaucoup l'alliance de la France à sa ruine; qu'il n'est pas sans se préoccuper des résultats d'une lutte à outrance, et qu'il apprécie à leur juste valeur les droits que donnerait aux deux peuples étroitement unis la connaissance parfaite des sentiments manifestés pendant la guerre par les diverses nations de l'Rurope.

» Si telle était en réalité l'opinion du roi, il ne resterait plus qu'à indiquer les moyens de la faire prévaloir ; mais, est-ce bien au vaincu qu'il appartient de préciser les obligations du vainqueur pour que sa générosité ne semble pas plus lourde que ses exigences?

» Je puis seulement rappeler au comte, qu'on est certain de ne jamais s'adresser vainement au cœur du peuple français par des procédés héroïques, tandis qu'on est sûr de n'en rien obtenir, si l'on essaie de faire vibrer dans son sein les cordes de l'égoïsme ou de la crainte, qui lui resteront inconnues, quels que soient les revers que la Providence nous impose.

y> Inclinée vers une alliance étroite et loyale avec l'Allemagne, par de nobles procédés, la France sera la première à convenir qu'entre les deux empires une ligne de défense, dominée par des forteresses, n'a plus de raison d'être,

y> Quant aux sacrifices que la France devrait subir en outre, elle n'hésiterait pas à les faire, du moment où on lui permettrait d'apprécier les immenses avantages qui résulteraient, pour les deux peuples, d'une paix dont leur volonté serait désormais l'unique arbitre.

» Sur cette base, les pouvoirs, obligés de se maintenir dans une complète réserve, tant que la France conservera l'espérance de vaincre, uraient une raison sérieuse d'intervenir.

?» L'exposé sincère et concis de la vérité a toujours établi, entre la

ance et moi, un courant sympathique, que rien ne pourra détruire. Il me suffirait, je crois, d'affirmer que notre honneur n'a aucune atteinte à subir d'une réconciliation basée sur le désarmement de forteresses devenues alors inutiles, et sur le principe d'une indemnité de guerre à fixer par état, pour que la paix devint possible.

» Ces conditions peuvent empêcher la France de recourir à des extrémités, qu'un caprice du hasard suffirait pour rendre mortelles à l'ordre social européen.

« Ramenée par l'expérience à la saine appréciation des divisions qui la déchirent, et délivrée du fléau de la guerre, la France u'hésilcrait pas à reconnaître, qu'obligée d'attribuer ses malheurs à son manque d'unité politique, elle doit désormais attendre sa prospérité de l'inviolabilité strictement observée des institutions.

0 Ces considérations perdent cliaquc jour do leur poids, surtout si le roi hésite à en tenir compte avant d'attaquer Paris. »

Wilhelmshœhe, 27 septembre 18Tu.

» Signé : Napoléon »

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