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Saint- Denis capitule. — Henri -s'empare de tôt» tes fau* bourgs de Paris. —'La ville est décimée par la famine. — Prix des diverses denrées altmsntaiœs. — .Dangers que courent les Paristens qui cherchent à quitter la ville. — La famine augmente. — L'émi^wnion jyend des proportions considéi^bles. 1^ Le ;^uple cpihîl^ence à murmurer contre ses che&. ' >i ,
OR^ estant ûr^alilement escheu le neufviesme de Juillet^ la ville de Saînct Denis pressée de la famine fut rendue à T-ennemy *, selon qu'auparavant il
I. Les habitants de Saint*Dénis «se rendirent à com^ « position, la plus belle et honnorable qui fut jamais « veue, car ils ôbtindrent toUt ce qu'ils demandèrent^
avoit esté capitulé, n'ayant peu estre secourue par Monseigneur de Mayenne dans le jour susdict que les assiégez s'estoient limitez par ladicte capitulation.
Cela et la vaine affectation qu'avoit Henry de faire parroistre le peu de cas qu'il faisoit de ce prodigieux esclat de tonnerre qui tomba sur son logis audit Sainct Denis*, et tua en la chambre du sieur de Bellegarde trois de ses hommes, le laissant tout es-
« eiBpoitèrent tout ^0 <)u'4l9 vouliKent^ et leur bailla (( on encore des chevaux pour conduire leur artillerie, « chose qui n'a pas accoustumé se donner à ceux qui IL sont wiicttft; Mois le Roy de Natat^ trou voit ceste « ville de telle importance^ tant polir incommoder d'a- <f vanttge Paris que pour ^e loger, qu'il lie se soucîoit fc pas à quel prôx > il eust çést avantagé. » {Cùtneio, p. 3-3*) . . -
^Qtiand»6aiiit^t)ebi8 capitula^ les habitants « estoient « :féduit$ k ne maiiger chacun jour que quatre oiices a de pain de son. » Le duc de NemotK-s avait 'cberelfé à*leui^ envoyer qtielqilés séeours. Il leur dépéchasix'cavaUepsbien montés, et portaht chacun en dfoiipéun ^c^'de farine^ en ïnêih^ temps* il sortir par uAe àôtfe porte pour occuper i'eAhémr. (Vby: hLChfûteohgieno^ p/nairê^L 11, p. 161 , et aussi CôrnetOyp: 3i:) ' '
I . Ni Palma Cayét, ni Corheld né parlent d^ ce prodigieux coup de torthèrre.. ' ' ' '^ ^' ' '■' " ' "* '
PAR HÇNW IV. .177
.pouFj uï» sipistre préfi4ge, M^tà^ri%f^^
cause que s'approiçhant ^veç tç^tp fippxflj?-
,;pép,jil s'etnpairft 4>ultent. pjiii^s hardfçPipnt,
ijia ,|i)Lifpt^ de Salpct J^çquej^t . cj^ , jpftft JBs
:^pl^)x)urg^d€s;Pafjb5j^ §ai>s.y,trp»ver^jic3«i
tçmpesçhpment nyi ï;é^is^enç^ *. QWr ^l^f^t^t
,b.arriçe^4é et fortifié, ,^ rçssera.tpHqni^nilJfi
yîlle que^^cjç là,,en avfiipt^, U feit^u Jfiutjipa-
possible de plus recouvrer vaches, veaux,
moutons, volaille ny gibier, oéufz, laict,
j beurre,, herbages, ny autres choses âeia^ibla-
j . I » ^e roi <( ayant receu Les «roupes.du Laagtsedoe que i« le siçur de Cha$tUk>n )uy amen^^ et cdleë qui- es-
)(( toient à la reprisât de Chasteaudua, tolus ks £uix- «. bourgs de Paris furent pris ea Un mù}riû^)o\ïrfet[on a fît approcher le canon fort près des portes de laVillq.
)fi( )Ge qui fut occasion quô ie d^c d$ Ne0ic^i}S(>fit(.ler-
^(t^rass^r la porte Saiiict Honorât » iGkrauoiogie^ttayi-
. La mit d^ 27 juillet) M prU tourtes ^usboungs^.AiEt (i^j tput aussi tQi^t les f^it fortifier areo iretiiancbesatos jK at barrÂca^es^ et iit apr<>chef teiçanQix4*uatg^ct>(te tf;piçrr^de5 portes delà ville^^t j^ir^beaMi^p^idje « trous aux maiçoAs qui QomiD9n4oyea|t 4Vx ïoiirmUesi ,if poi^r Qmpe3cher ceux de la viUe>s'ayai\Ci$F,9Ur;jfÇeUes, « ni aller sur le rempart. » (Ç<?rnfli9i;pJ,3^i)> ^ /j ;-
178 SŒGE DE PARIS
bles, qui jusques alors s'j couloient, bien que rarement, à la desrobée, au grand danger de ceux qui les y apportoient et à prix excessif pour ceux qui en vouloient avoir.
Et comme il arrive ordinairement, à mesure que toute sorte de vivres diminuoit, idnsy en augmentoit le prix en toute extrémité *. Tellement que chasque rubio de froment (parlant à la romaine) qui, auparavant le siège, eust communément peu coiister dix escus, estoit finalement monté à si hault prix qu'il se vendoit lors deux cens et quatre vingtz escus. Et voire que celluy qui en pouvoit recouvrer à ce prix, s'estimoit recevoir unç si^alée faveur,, et en avoit bien particulière obligation au ven*deur'.
I. Il y avait alors dans Paris environ trente mille u pays^^s, bo^cbics inmile^^t ineoidians qjuerl'fiin^i cr avoit faict entrer en la ville. 9 D^s U Qov^ifmnfiQ^p^^^u. siége^ on, a va jt 9rdpnné qi^'U? £a3spQtws^e^9(:$)Ti9^is cet ordre .n'avait pas étéexéc»|^.^[yoy,CprrWi9^.p>J(9.);-
Dans. un reeejçisement lait yçrs q^tt^ #Qq^ç^ l^. HPl^* bre des fa wUes pauvres ^'éjkva^ â àom^:p^\^ iTi^Sn cents. ',:;'•••: • '3 •
t. a Et pl^s, s'il fallpi^ t^ovy^ç .uq peu <Jp ^^ HsnC),
PAR HENRI yv. 179
Quand au vin, ceste mesure que les romains appellent une botte, qui auparavant eust peu valloir vingt quatre escus, se vendoit alors cent escus.
La chair de vache, dont la livre vault ordinairement trois baioques à Rome, estoit montée à six Jules.
Celle de veau et de mouton, qui vault sept baioques, à un escu d'or.
La paire de chappons, d'un escu à six escus.
La couplé de poulaille, de demy esci; à quatre escus.
La couple de j)ouletz quelque peu grandeletz, de trois Jules à deux escus ou environ.
w fwufïin malade, ii fte s'^n pouvoit trouver, ou bïeii (f c'ëstoit à uïï esctt la livré. ïJ (Côr/reio, p. 47.)
r.e mardi, dernier Jour de juillet, « M. GohôW, serf erétaire-dû îloy, me monstra uh' peu de pain blane (r qu'il avoît recouvert pour un sien ami malade', qu'il fjtmé jura avoir paie an prix dHing escù làlivfè. '
(( Ce jour j'achetai un minot de bled huit escus, le- « quel ]t '<$iichai souè' la! fausse trappe dé ma galerie, n (LestoiUy 3o juillet.)
l80 SIÈGE DE PARIS
Pigeons de voUière, de deux Jules à seize Jules la paire.
La chair salée et le lard, d'un Jules à dix Jules la livre.
La livre d'huile, d'un Jules à deux escus d'or,
La livre de beurre, de deux Jules à deux escus d'or.
L'œuf, d'un baioque à deux Jules *.
Les herbages estojent enchériz à proportion, tellement que ce qui coustoit un, aupa-
I . « Le beurre, qui estoit auparavant le commun a manger des pauvres, et se donnoit à quatre ou cinq « sols la liVre^ valloit deux et trois escus ; les œufs, dix (( et douze sols la pièce ; le septier de bled valloit cent « et six vingts escus^ et toutes les autres choses à Té- « quipollent. » (Corneio^ p. 48.)
Phrase presque textuellement traduite par Piga^ fetta, p. 88.
m Le samedi 4 aoust i Sgo, ma femme acheta de ma- « dame de Bellemanière du beurre salle qu'elle lui « vendit ung escu la livre, qu'on avoit accoustumé « avant ce temps d'avoir à quatre sols.
ft Le beurre frais fust vendu ce jour au marché trois « francs et demi la livre, et les œufs au prix de huict « francs le quarteron. > (Lestoilej 4 août.)
PAR HENRI IV. l8l
ravant, se vendoit alors trente : un melon, huict Jules; une citrouille, six Jules; la livre de fruictz, dix Jules.
Les drogues, espiceries, confitures, et autres choses nécessaires à la vie de Thomme, estoient pareillement augmentées de prix, à la mesme proportion, selon que plus ou moins leur usage estoit nécessaire, et que plus grande ou moindre estoit l'apparence d'en pouvoir fournir.
La chair de cheval et de mule estoit aussy bien enchérie que le reste. Si bien que presque tous les muletz que se sont trouvez dans la ville ont esté mangez , et des chevaux jusques au nombre de trois mille ou environ, parmy leçquelz il^s'en est trouvé qiii à esté vendu six vingtz^ escus d'or, pour estre mené à la bouschefîe. ' ; ^ — - — ». Bref, la^néceasité -estoit si e^çtresme qu'un chien ne parroissoit si tost en rue^'qiiç L'on nç çb^rust' après avec làssèt^ t^ét cprdages ® pour ^ k prendre, le faire cuire et le iTi?,nger : ce qui s'est faîct en pluâieuris endroîctz de la yïU^e, publiquement^ et à làvieuë^d'un chascun. Et plusieurs i ne se; .nourrissoient
l82 SIÈGE DE PARIS
d'aultre viande que des chatz, qu'ilz mangeoient en leurs maisons*.
L'avoyne, à mesure que les chevaux di-
I. «Contre les ovants des boucheries, il n'y avoit que a frire, sinon quelques pièces de vieilles vaches et « graisses de chevaux, asnes et chats qu'on y voyoit tt estalés. » (Lestoile^ 6 août.)
a Les chiens, les chats, les ratz, les souris, le vieil a oing et les herbes crues sans pain, furent les viandes a du peuple, qui n*avoit point d'argent pour acheter a du pain de son d'avoine et de la bouillie de son. Plu- . a sieurs moururent de faim ; beaucoup furent deux, « trois, quatre et cinq jours sans rien manger, et puis tt mouroient : il ne s'est jamais rien veu de plus déa plorable. » (Chronologie novénaire^ 1. II, p. 262.)
<( J'ai veu manger à des pauvres des chiens morts tt tout cruds par les rues, aux autres des trippes que tt l'on avoit jette dans le ruisseau, et à d'autres des tt rats et souris que l'on avoit semblablement jette, et tt surtout des os de la teste des chiens moulus. » {CorneiOy p. 48.)
tt Geste nécessité et misère croissoit d'heure en u heure, à cause mesme que la chair de cheval estoit si tt chère, pour la grande quantité de peuple qui estoit tf dans la ville, que les petits n'en pouvoyent acheptt ter ni avoir un morceau, et estoyent contraincts de <( manger des chiens et des herbes crues sans pain; et u au lieu de vin, parce qu'il y en avoit fort peu, boire tt de la tisane qui se vendoit par les carrefours. » [Cor^ neio, p. 37.)
Une visite fut faite dans les principaux couvents, et on y trouva d'immenses provisions. « On ne visita
PAR HENRI IV. l83
minuoient, augmentoit tellement de prix que le rubio qui se souloit vendre quatre eseus, en coustoit alors trente * . Et la bouillie et le pain qu'on en faisoit, bien qu'il fust très amer, de mauvaise digestion et nourriture, si estoit il pourtant le manger et
(( maison ecclésiastique en laquelle il n^ eût biscuit a au moins pour un an. » On obligea aussitôt les cou* vents à nourrir, quinze jours durant, tous les pauvres.
Lestoile raconte que Tyrius, recteur du collège des Jésuites, se rendit, accompagné du Pare Bellarmin, chez le légat, demandant que le collège fût exempt de visite. Mais le prévôt des marchands fut averti et pro« testa avec énergie. De fait, on trouva dans le collège « quantité de bled, et du biscuit pour les nourrir plus tt d'un an ; quantité de chair salée, des légumes, foin « et autres vivres, a Chez les Capucins on découvrit du biscuit en abondance, etc. (Lestoile, 26 juin.)
Les maisons les plus pauvres durent livrer leurs chiens et leurs chats, u Ceux qui avoient charge de « distribuer les vivres, en firent cuire dedans de grandes chaudières avec herbes et racines, puis distri* a huèrent le potage aux pauvres, et à chacun un petit « morceau de chair de chien et de chat. » (Traité des misères^ p. 3o8.)
I . « Et les riches, la plus grande part mangeoit du « pain dlivoyne et de son, et encore par poids. Ce a qui s'est practîqué jusques aux maisons des Princes et tt Princesses, qui ne donnoyent à leurs Gentils hommes « à chacun par jour que demy livre ou peu plus de ce tt pain. » (Corneio, p.'36.)
184 SIÉGB DE PAHIS
viande ordinaire, non seulement du menu peuple, mais encores des plus grandes et signalées familles.
Le foin estoit monté de quatre Jules à dix huicty et la paille de deux à douze.
Toutes lesquelles choses ne se recouvroient pas de tous ceux qui vouloient et auoient bien de quoy les achepter, mais seulement de ceux là qui, par faveur singulière, estoient préferez aux autres. De manière que tous universellement, et chascun selon sa portée, pâtissoient en toute extrémité*.
Mais la souffrance du menu peupk es* toit sur tout incomparable, parce que non seulement luy défailloit et Toccasion et la force de pouvoir gaigner sa vie de son travail, mais aussy la charité d'aultruy se voioit d'aultant plus restraincte par la né-
I . « Je veis beaucoup de fois manger de Toing de « quoy on Êiict de la chandelle, et servoit de pain à « manger aux pauvres. » (CorneiOy p. 36.)
« Le samedi 28 juillet, je vis près les Cordeiiers, un a pauvre homme qui mangeoit de l'oing, de quoi on « fait de la chandelle. » {Lestoile^ 28 juillet.)
PAR HENRI IV. l85
cessité que plus la pauvreté s'augmentoit de jour à aultre*. Et finablement, tous moiens venans à manquer à ceux qui par leurs ausmones avoient accoustumé de la soulager et secourir, c'estoit chose trop pî-
1 . Oh fit cependant beaucoup pour les pauvres. Lès églises mirent en gage tous leurs ornements, afin de se procurer de l'argent. L'ambassadeur d'Espagne donnait chaque jour « six vingts escus de pain, tant aux u pauvres honteux que autres de la ville, » et le légat vendit dans cette intention toute sa vaisselle d'argent^ « sans retenir qu'une cuilerpour soy. » (Voy. Comeio^ p. 3o et 3 1 .)
L'ambassadeur d'Espagne a fit battre une grande tt quantité de demi-sols, marqués des armoiries d'Es- « pagne, lesquels il faisoit jetter à poignées par les « carrefours où il voïoit grand nombre de peuple ; qui tt faisoit que cette populace crioit : Vive le Roi d'Es- « pagne! Il continua plusieurs fois de faire jetter de a ces demi-sols, tellement que le peuple vivoit plus à tt son aise à cause de la largesse de Mendoze. » {Traité des misèreSy p. 3o6.)
On entama même le trésor de Saint-Denis, qui avait été transféré à Paris. On porta à la monnaie un crucifix d'or, pesant 19 marcs, et une couronne d'or. (Voy. Lestoile^ 26 juin.)
Les historiens espagnols ont calculé que, pour soutenir ses prétentions au trône de France, Philippe II /A dépensa trente millions de ducats, un peu plus de six cent millions de francs.
l86 SIEGE DE PARIS
toiable que de la veoir défaillir et tomber de foiblesse et langueur * , se mourant peu à peu de maie faim dans les hospitaulx, sur les fumiers et au beau milieu des rues^. Et
1 . a La musique qui s^y entendoit estoyent les cris « des pauvres, des vieilles gens, pauvres femmes et « petits enfans qui demandoyent du pain, sans que a personne leur en peust donner ny les secourir. » {CorneiOy p. 47.)
2. tt £n ce temps moururent tant pauvres que riches, tt Et tous les jours on en trouvoit étendus sur le pavé tt en divers quartiers. » (Lestoile^ 3o juin.)
tt Le 27 juillet se sont assemblés de divers quartiers tt grand nombre de bons bourgeois, et sont allés vers « le duc de Nemours, auquel ils ont remontré avec n larmes qu'il étoit déjà mort trente mille personnes tt par la famine. » (Lestoile^ 27 juillet.) C'est le chiffre que donne M. Poirson, Histoire de Henri IV^ t, ly
P- 244tt Une servante mourut en la maison de Madame de
a Montpensier que Ton dit être morte de faim. Huit
tt jours après mourut un Gentilhomme, Cousin du
w Prévôt dès Marchands, auquel les Médecins avant sa
tt mort ordonnèrent un restaurant de la cervelle d'un
tt chien, pour ne trouver mieux ; encore ne la put -on
tt recouvrer par toute la Ville pour or, ni pour argent.
tt Ce Gentilhomme voïant que l'on ne pouvoit recou-
tt vrer un chien par toute la Ville, à quelque prix que
u ce fût, sachant que Madame de Montpensier en avoit
tt un petit, et que son Cousin le Prévôt des Marchands
a avoit facile accès vers ladite Dame, le supplia pren •
tous communément^ tant à cause de la
■ I ■ III I I I ■ I I I W II II. Il — ^^ »l| llll^lll III»! III »
a dre pour deux mille écus de chaînes et bagues d'or, a afin de les porter à ladite Dame, pour avoir son petit tt chien. Ledit sieur Prévôt des Marchands, aïant pris (( lesdites chaînes et bagues, alla vers ladite Dame, à a laquelle il dit : a Madame, je viens ici de la part (( de Monsieur d'Orlan , mon Cousin , lequel vous u connoissez. Vous n'ignorez qu'il est malade d'une a véhémente et dangereuse maladie, de laquelle il « n'y a espérance qu'il échappe, s'il n'est bientôt et promptement secouru. On lui a ordonné un restau* u rant de la cervelle d'un chien, mais il ne nous a été a possible en recouvrer un par toute la Ville. Donc il tt m'a prié venir vers vous, chargé de ces chaînes et a bagues d'or, lesquelles il vous pffrè, vous suppliant a lui donner votre petit chien, afin que par vostre tt moïen il soit secouru en cet extrême danger auquel « il se voit exposé. » Lors elle répondit : « Si votre tt Cousin me requéroit l'aide de tout ce qui est en ma <( puissance et de mes amis, je m'emploierois libre* u ment en votre faveur pour lui. Quant à mon petit a chien, je le réserve pour le soulagement de ma vie. « Vous voïez la famine nous menacer tous d'une tt cruelle mort si le Roi d'Espagne ne nous donne tt bientôt secours^ dont je ne puis moins que de garder « mon petit chien pour pareille nécessité que celle de « votre Cousin, s'il plaît à Dieu l'envoïer. Et pour ce, « je vous prie m'excuser vers lui, et prier de ma part a ne le prendre à la mauvaise part. » Telle réponse « ouie, ledit Prévôt s'en retourna vers son Cousin sans « avoir rien obtenu, lequel à faute de secours mourut a la nuit suivante. » {Traité des misères^ etc. p. 3ii.) — Lestoile^ (25 juillet) raconte le même fait.
l88 SIÈGE DE PARIS
faim que de la mauvaise nourriture *, de-
I . Corneio raconte que les pauvres se nourrirent de pain fait avec les ossements des morts mis en poudre. Et il ajoute : « Je Fai veu de mes propres yeux, et m^a u asseuré davantage un président de la ville que Ton « avoit mangé vingts et deux enfans. Ce qui ne se lit « d'autre lieu, depuis la destruction de Jérusalem. »
(( La nécessité croissant, les lansquenets, gens de soi tt barbares et inhumains, mourant de mâle rage de « faim, commencèrent à chasser aux enfans comme a aux chiens, et en mangèrent trois : deux à Thostel « Saint Denis et un à Thostel de Palaiseau. Ce que tea nant du commencement pour une fable, pour ce qui « me sembloit que hoc erat atrocius verOy j*ai trouvé « que é'estoit vérité, confessé et tesm oigne par la proie pre bouche des' lansquenets. » {Lestoile, 25 août.) ' (( Lé pain fait ties' os dé nos pères, qu'on apeloit ici («" le pain' de ' niadame dé Montpensier pour ce qu'elle <f 'en' éxâltbit ^artoiùt F invention (sans toutefois en Vou- « loir tàstèf), cbmiiieriç'oit d^estre en usage ; rmii le- (("qûePtbiiteftiisftte dttra' gfcréres, car ceux qui éû man^ « geoieiit ' étf mouroi'ént. h{Lestoi΀y 1 6 août. — Voy. aui5SiiPf^4/(*i/âfVi^'. 8â.)' /'i' ' ''^ ' ' ' ^'^« Bléti-tdt après décéda uÀe' Dame Parisienne, riche « dé itéïïtt [Mhé -écus; ^pf êà' te défeès 'dé 'laquelle on «-déiîrouVfît tfîi^lfér âvûit ma:nfèe deux de ^ès enfans, par <rîatïïaffrèi*e qui â'eti^ùit: Lés'enifailk étant ^lotts de « fàiùi; cettè'Dâiiieleut''inèi'è leur fit^fai^ à châbun-un' «' cfercùeil, '*[;/uis( en piré^eili'ce àfegéns yfit mettre et éntf^èttier-^es'déiAc énfahl-*Tout ^àussi^tôt qxMW iêvit <f seuIé,eHè4crr'ôtâ; et rfiit eft'leû^ J)lace âtrtfè chbsé «d'égiaïe pesah^eur;;trà1s^t porter^ solemndï^ « cercueils au lieu destiné p6ùr 'la^épùltut^, selon- li
venoient gros et enflez par tout le corps, comme hydropiques. Spectacle qui, à la vérité, esmouvoit un chacun à telle compassion qu'il n'est possible l'exprimer, voyans ces pauvres gens réduictz en si pi-
(( coutume et ùsance de l'Église Romaine. La Dame, a étant de retour eA sa maison, appela sa servante, et « lui dit : « Ne me décèle, je te prie; » ce que la sera vante lui accorda facilement. Lors elle lui montra les « corps de ses deux enfans, disant : <( La nécessité en (( laquelle tu;voisque nous sommes, m'a fait garder ces (( deux corps, afin que nous les mangions, et puis nous « mourrions. Prends les donc, et les mets en pièces ; « puis nous les salerons du reste de notre sel, et tous (( les jours en mangerons au lieu de pain. » Mais la a pauvre mère désolée ne mangeoit morceau qu'il ne u fut abreuvé de ses larmes. Or guères de temps ne (c passa que la pauvre femme ne mourut, laquelle ses « héritiers firent enterrer honorablement. Après Tena terrement, ils se mirent à chercher, plustôt le pain que « Tor et l'argent, estimant que la défunte n'étoit sans pro- « vision de pain et de vin. Cherchant, ils ouvrirent un « buffet, dans lequel ils trouvèrent une cuisse des sustt dits enfans dont ils furent grandement ébahi?. Us appe- « lèrent la servante, laquelle leur dit librement comme « le tout s'étoit 'passé. Après lui avoir donné son con- « gé, elle s'en alloit mandiant son vivre, et racontant « cet étrange accident par les rues. De façon que la « connoissance de ce cas parvint jusques aux plus pea tits de la ville. » (Traité des misères, etc., p.Soi.) — Raconté aussi par Lestoile, 25 juillet.
teux estât qu'à peine se pouvoient ilz remuer.
Cela faisoit que plusieurs de ceux qui avoient encores la force de marcher, prenoient journellement résolution de s'enfuir pour, en évitant Tévidante et nécessaire mort que le retardement du secours leur présentoit, s'aller précipiter à celle qu'ilz conjecturoient bien leur estre préparée par la cruaulté de l'ennemy; cruaulté qu'il exerça def faict* fort inhùmaîrièment en plusifeûrt lef ëstràhgeà façôiis sur ces pauvres miàéfiàbiès qui sortîféilt lès premiers, pour dîVei-tïf lé^ autres' cie fkiré de mesnié*. Mais lîôÀdb^dm'tour éeîa, il en sôrtôit contî-
Mdlëè^dtiVéî'è^' ^^ ilùè ton
■fni)j ru) îioiÎ!.' :i .": ^-^ •• ;• •■-' ' '■•''•'; '''\
"'t. \7est ufié 'erreur:' Henri, ému du tableau qu'on lot ftL 4e l*£xati àél i^àH$^ pétmit die* laisser «s^tir fibrë-^'
« et ontjété aux pie4s du.Roi.lui defmander i}X^ipf<U,^ « -c^^tr ItH "pîut latkéi* sortir un certain ♦ nombre ^de ceV (t-pffuvrôS(^te--LK.tt)i, Sttleriai^i pâfiflïtt^laMeivilèi^r'! « ÂPÇj?R^;4'?ï^^Pîtir )^^?qu'à^^ juillet.)
présume s estre sauvez pour la pluspart, puisque Ton n'a reçu nouvelles d'aulcun funeste accident qui leur soit survenu.
Les bourgeois et autres personnes de marque taschoient pareillement à sortir avecques leurs femmes et enfans, parce qu'ilz estoient réduictz, aussy bien que les autres à une extresme disette et nécessité de vivres, quoyqu'ilz n'eussent faulte d'argent. Mais la condition d'iceux y estpit, pour ce regard, sans comparaison encçrçi pire que celle dq cçux 40^15^191:^5, y eppn&.j)^j[^^ Car, sllz .spr^oiem ^, Wf^l^Xh Mp,^û tolefpi ^u$sy tpstJaictz .fljri^xifiniers î4ç^4.>Af, nerny^ qui leur faisoit gaier gyo^e^ fit^fi^^y. çes^ives rançons ; ^e^ §'i^ vpvlpjefjit^ 9^^^^ passeport avant que sortir, il falloit en com- IXDçer avççcjue.s luy, et se; rachep^çi; tQuj 4e me^îne q^es'ili ejuat rété question.idôotoftîiîi de-^ seô^priiôhs.' Et -otiltf é tout' cfèlâ', '^ehà[iià;| ê^ ..çp.rtir, . voirg %y eç. p^s^QporJ;, . çncono, jne seipouvôient ite eairentir^ plusieurs tOi*tfe' ef oùitt-àges '(^ù'iliz rëcçYQÎè^^^^ .se^.sçlc^te. .* I^$quçki, cofome ak Jie.fiont > sellée '^ny" etttrrtehtik/aussy'sôôt'ih! ^khs"fci'âîttté"|t
sans discipline. Avecques tout cela, plusieurs néantmoins s'exposoient à toutes pertes et travaux, voire mesme au danger d'une mort auculnement doubteuse et incertaine, pour tascher àse garantir de celle qui, par la faim, leur estoit toute présente et inévitable où ilz feroient plus long séjour en la ville.
Et s'efforcèrent infiniz de sortir beaucoup plus hardiment quand, le premier jour d'Aoust, au lieu du secours tant de fois et promis et prolongé par Monseigneur de Mayenne, arrivèrent lettres du duc de Parme *, addressantes aux prévost des Mar-
chands et eschevins de la ville, dattées du XXI u^ de Juillet à Bruxelles, par lesquelles il faisoit pntendre que dans le quinziesme Aoust il se joindroit avec mondict Seigneur de Mayenne, pour venir ensemble, en toute diligence , secourir la ville et faire lever le siège d'icelle, selon le commandement qu'il
i: Alexandre Farnèse, le meilleur général de son temps. Philippe II lui avait ordonné de marcher au secours de la Ligue, même en sacrifiant les Pays-Bas,
en avoît receu de la part du Roy catholique, son Maistre.
Ces lettres estoient accompagnées d'aultres, de la part de Monseigneur de Mayenne, responsives à celles que Monseigneur le Légat luy avoit escriptes (comme dict est) pour le haster. Par lesquelles finablement il déclaroit, ce que jamais il n'avoit encores. descouvert, assavoir, qu'il ne pouvoit se remuer pour venir secourir la ville, sans la présence et intervention du duc de Parme, lequel asseurément se joindroit à luy pour tout le XV® d' Aoust susdict. Advis qui, pour la longueur du tems, espouvanta si fort un chacun, que plusieurs des bons Catholiques mesmes, se voians extrêmement pressez, taschèrent à gaigner les champs, et se sauver au moings mal qu'il leur fust possible, plustost que parler d'avoir paix avec l'hérétique. A quoy Monsieur de Nemours, non seulement ne donnoit aulcun empeschement, ains par édict général donna permission de sortir à ceux qui avoient passeport de l'ennemy, ainsy que bon leur sem-
bleroit.
ta
De manière que, tost après, la diminii-.
tîon du peuple se remarqua si sensiblement par toute la ville, que Fçn peust faire conjecture qù''il estoît sorty plusieurs milliers de' personnes dç toute qualité, et tiotainmenf de femmes et petits enfans, moin^ aptes à souffrir. Et certes cela ne faisoîent ifz pas sans grandes raisons, car à cause dû sùsdict ad vis ç[ui portoit uii si long tems, et poiif la crainte' qu^bn a voit qu'il rîe survint encorès après quelque autre prorogàtîôn^ toùtç sorte de yivres vînt à se res^e- , rër encore! De telle sorte qii'îl rie falloit pas qiie ceux qui n'avoiént bled ou avoyne en leur maison,' eii allassent chercher ailleurs, n'ësiàhtplus possible d'en recouvrer à quelql(è prix que ce fust, ny de vin non plùs^ sinon avec très grande difficulté, chascuri ayant plus d'esgard à la seureté ,et conservation 4e soy mesme qu'à la nécessité du prochain.
Et ce, fut lors que le Parlement de Paris^ avec quelques personnes de qualité et autres particuliers habitans , soulevez par artifice, s'assemblèrent et traictèrent (sans
toutesfoîs aucun' consentement ou kitervention du Corps de Ville) de tenter s'il y auroît moyen d'induire, tant Monseigneur de Mayenne que Tennemy, à quelque forme d'accord général, où, avec le repoz du Royaulme, fut conjoinct l'honneur de Dieu et la conservation .de la Religion catholique. Chose qui n'estoit encore trop re^ jetée par quelqu'unes des Princesses, en la .maison desquelles et en plusieurs autres endroitz de la Ville, on oyoit quelques tur- • bulens et séditieux, plustost attitrez que^ nécessiteux, qui alloient murmurant entre leurs dentz : « Ou du pain ou la paix. »
Ce pendant, bonne partie de noz soldatz , et deis meilleurs, n'estans ny paiez ni nourriz, chassez par la faim, s'enfuirent à la des-
robée. Et ceux qui restèrent estoient ^éduitz à telle foiblesse, qu'à peine pouvoiept ilz se traisner eux mesmes, tant s en fauît qu'ilz peussent porter les armes.
Si se refroidit aulcunement aussy l'obéissance entre les dizeniçrs* tnesmes/ide la
I» Voy. ^Introduction, p. 68.
190 Sli^K DE PARIS
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a&mé de ne se pouvdtftiy-'tàirÉr'tf^'crîHtfdre, il s'en trouvoit assez qui murmuroient à rencontre des personnes publicques ; comme si estans bien à levir aise, ilz eussent esté cause de la soufirance d'aultruy.
Et toulesfois» il estoit plus que notoire, que nul ne pâtissoit daventagê qu'eux; tant à cause du contihuel travail, et ^'cilles qu'ilz emploioient, )aur et nuict, aux affaires publicques, que poiir les grosses et excessives despences et les grandes aulmosnes que journellement il leUr convenoit faire.
Mais ce murmure n'apportoit merveille ny estonnement à telz personnages, qui se ramentevoient l'impatience du peuple hébrieu à rencontre de Moyse et Aaron au milieu des désertz, et particulièrement à Tendroit (qui de là prit le nom) des eaux de contradiction; qui sça voient daventage que
estoient touchez d'une extrême ccnppg^SiQn [BWB'WW.i'=,IllWl/uoT -* on Jj irnDTt,;
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