Relations des ambassadeurs vénitiens, 1. 1, p
ville s'exprime ainsi: «On dict de Paris, par commun proverbe, que si le monde estoît un œuf, Paris en seroit le moyeu; et les estrangiers, après l'avoir bien revisée respondent en latin à tous ceux qui leur demandent que c'est de Paris : orbem in urbe vidimus *. » Soit ; mais qu'étaient donc alors les autres capitales de l'Europe! « Paris, dit G. Corrozet, excède toutes les villes de la chrestienté en grandeur et estendue, en multitude d'hommes, bastimens et maisons, en religion chrestienne, en temples, en biensfaicts, en justice, en police, en science, en bons esprits, en marchandise, en arts et mestiers, en commoditez humaines, en vivres et viandes et en tout ce que le cœur peult souhaitter*. » Écoutons maintenant Montaigne :
« Paris a mon cœur dez mon enfance. Et m'en est advenu comme de choses excellentes : plus j'ay veu depuis d'autres villes belles, plus la beauté de cette-cy peut et gagne sur mon affection... Je l'ayme tendrement, Jusques à ses verrues et ses taches. Je ne suis françois que par cette grande cité, grande en peuples, grande en félicité de son assiette, mais surtout grande et
1. Mémoires du maréchal de Vieilleville (rédigés vers i58o), t. 11^ p. 60.
2. Les antiquité^, chroniques et singularité^ de Pa^is (édition de i56i), dédicace, p. 2,
yZ INTRODUCTION,
incomparable en variété et diversité de commoditess, la gloire de la France et l'un des plus nobles ornemens du monde.,. Tant qu'elle durera, je n'auray faute de retraicte où rendre mes abboys, suffisante à ipe faire perdre le regret de toute autre retraicte. » Et Montaigne ajoute cette phrase, plus vraie encore aujourd'hui qu'au XVI® siècle : « Dieu en chasse loing nos divisions... Je l'advise que de tous les partis le pire sera celuy qui la mettra en discorde; et ne crains pour elle qu'elle mesme*. »
Un autre passage des mémoires du maréchal de Vieilleville, qui furent rédigés vers la fin du siècle, peut donner une idée des richesses que renfermait déjà la capitale : « Il y a dedans Paris plus de cent maisons de trente mille livres de rente chacune, environ deux cents de di^ mille, trois ou quatre cents de cinq à six mille, et une vingtaine pour le moins de cinquante à soixante mille livres de rente, tant en fonds de terre que en rente constituée '. » L'auteur a soin de nous prévenir qu'il ne compte ici ni les églises, ni les hôpitaux, ni les abbayes, dont quatre : Notre- Dame, l'Hôtel-Dieu, les Gélestins et les Char-