‹ Journal du siège de Paris en 1590Chapitre 95 sur 115 · Journal d'un bourgeois de Paris sous François · texte numérisé non relu

Journal d'un bourgeois de Paris sous François

fausse monnoie en grande quantité. Et le samedi et mercredi ensuivans, furent pareillement pendus aux Halles et à la place Maubert tous autres leurs adhérents et complices. Et le samedi, dernier de ce mois, fut aussi bouilli aux Halles un qui avoit fait et fourni les outils et estoit comme maistre de cette monnoie *. »

Les rois, eux, avaient renoncé à se faire faux-monnayeurs, mais ils étaient sans cesse à court d'argent. Les guerres et les folies de François P% les honteuses orgies de Henri III auraient ruiné la France sans Tordre, l'énergie, la persévérance dans le travail dont fit preuve la bourgeoisie à cette triste époque. Le créateur de la science politique .en France, Bodin, dans son Traité de la République ', se fit Técho du mécontentement général; il demanda que les charges pesassent également sur tous, qu'on ne prît pas au pauvre plus qu'au riche, et fit ressortir réquité de Timpôt indirect. Les charges, dit-il, devraient être « réelles et non personnelles, à fin que le riche et le povre, le noble et le roturier, le prestre et le laboureur payent les charges des terres taillables... » Et plus loin : « Si on demande les moyens de lever imposts qui soyent àThonneurde Dieu, au proffit delà République,

I. Lestoile, Journal du règne de Henri JIL a. Publié en 1576.

au souhait des gents de bien, au soulagement des povres, c'est de les mettre sur les choses qui ne servent sinon à gaster et corrompre les subjects, comme font toutes les friandises et toutes les sortes d'affiquets, perfums, draps d'or et d'argent. .. Plus les superfluités sont prohibées, plus elles sont désirées, mesmement des hommes fols et mal nourris... Les peuples de septentrion chargent les vins de grands împosts, et néantmoins quoy qu'ils soyent chers, les subjects en sont si frians qu'ils crèvent à force d'en boire *. » Mais les excellents avis de Bodin ne devaient pas être écoutés de son vivant, et le peuple continuait à gémir sous des charges, qu'il payait sans murmures, sinon sans souffrances. Marino Cavalli, ambassadeur de Venise, ne put dissimuler son étonnement à cet égard, et il écrivait en 1 546 : « Les français, qui se sentent peu faits pour se gouverner eux-mêmes, ont entièrement remis leur liberté et leur volonté aux mains de leur roi. Il lui suffit de dire : « Je veux telle ou telle ou telle somme, j'ordonne, je consens; » et l'exécution est aussi prompte que si c'était la nation entière qui eût décidé de son propre mouvement. La chose est déjà allée si loin que quelques-uns des français mêmes, qui voient un peu plus clair que les autres, disent : « Nos rois

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