‹ Journal du Yukon, 1847-1848Chapitre 14 sur 38 · ARCHIVES CANADIENNES · texte numérisé non relu

ARCHIVES CANADIENNES

si reculé et jusqu'alors j'aurais pu difficileniont croire ceux qui m'auraient dit que sur les rives du Youcon, non loin du cercle polaire arctique, le thermomètre avait atteint le 10 juillet, à 2 h. de l'après-midi, 00 degrés au-dessus de zéro. Je ne dis rien de la température pour le moment, car il est tenu un journal météorologique depuis le premier jour du mois et vous en recevrez un exemplaire. Nous avons reçu un grand nombre de visiteurs qui sont venus rarement les mains vides, aussi comme les vivres ne nous ont pas fait défaut et que nous avions beaucoup à faire, personne n'a eu raison de s'ennuyer. Tous les jours des oies et des canards ont passé par ici et de temps à autre un castor battait l'eau de sa queue en passant devant notre digue. Les bois en arrière sont remplis de lapins et de perdrix, et qu'il aille dans la direction qu'il voudra, si quelqu'un est bon tireur, il reviendra toujours avec quelque chose pour la marmite.

Nos relations avec les natifs ont été exeelleiite.-s et nous n'avons eu à craindre que l'apparition de deux bateaux eliargés de Riisses à l'extrémité de la pointe on la visite nocturne des Gens-du-fou.

Les natifs sur le territoire desquels nous sommes installés comptent quatre-vingt-dix hommes. Ils sont divisés en trois bandes dont les chefs avec quelques-uns de leurs hommes sont venus nous voir au mois de juin; les autres apprirent bientôt notre arrivée et je crois qu'un mois après ils étaient tous venus nous visiter et que sans exception ils étaient tous heureux de nous voir. Ils nous apportèrent bientôt leurs fourrure-, surtout des peaux de castors et de martes, dont la plus grande partie ont été apportées par les chefs et quelques-uns des riches qui se préparaient à aller rencontrer les Russes dans le bas de la rivière. Ils demandaient tous des perles et des fusils et comme j'en avais peu à leur donner je me suis efforcé d'en faire une part égale à chacim. Cette manière de trafiquer ne leur donna pas satisfaction et ils nous dirent que les autres qui allaient trafiquer avec les Russes obtenaient de ceux-ci ce qu'ils désiraient et qu'ils s'attendaient de recevoir de nous les articles qu'ils demanderaient aussi longtemps que nous en aurions. Malgré les explications et les raisons qui leur furent données et bien qu'ils fussent satisfaits de nos prix, nous eûmes de la difficulté à les contenter. Couvertes, haches, couteaux, poires à poudre et limes s'échangeaient assez facilement, mais il était

JOUKNAI. DU YUKON' 63

difficile de leur faire accepter les vêtements parce qu'ils prétendaient que ceux qu'ils portaient étaient bien supérieurs aux nôtres quant à la beauté et à la durabilité et bien que je me sois efforcé de leur démontrer le contraire, je dois admettre qu'ils ne se trompaient peut-être pas entièrement. Pour les empêcher d'aller porter leurs fourrures ailleurs je ne pouvais pas leur dire que nous avions apporté peu de marcliandises ]iarce que nous étions venus faire un essai et qu'il en serait envoyé une plus grande quantité Tannée prochaine.

Pour développer mon récit et vous mettre au courant de nos rencontres avec les autres bandes sauvages, je vais vous faire part de l'arrivée remarquable de quelques-unes de celles-ci.

"Letter Carrier", chef des "Vanta Koochin" (gens des lacs) arriva avec vingt hommes le 6 juillet. Ce sauvage est bien connu à la rivière Peel oii il s'est rendu tous les ans depuis qu'il s'y trouve un établissement; il m'a envoyé un message le printemps dernier pour ni'annoncer qu'il me rencontrerait ici durant l'été. Ils ont apporté de la viande d'oie séchée " and baitiche "^ en quantité suffisante, mais ils sont venus surtout pour se procurer les munitions nécessaires pour la chasse durant l'été et pour voir oii nous étions installés. Letter Carrier m'a dit que cet endroit, plus rapproché de son territoire que la rivière Peel, était beaucoup j^lus avantageux et qu'il préférait trafiquer ici si je le désirais; il ajouta qu'il avait contracté une dette à la rivière Peel, mais qu'il avait des fourrures pour la payer. Je lui ai répondu qu'il était libre de trafiquer où il lui plairait, puis j'ajoutai que nous avions apporté peu de marchandises cette fois-ci, qu'il ne lui serait avancé que des munitions, que nous n'accepterions pas de peaux de rats pour le moment parce qu'il y avait des martes et des castors en abondance dans cette région, mais que nous serions heureux de le voir venir ici parce que nous les considérions lui et son monde comme des amis sincères, etc., etc. Ils ont reçu des munitions, du tabac et des couteaux en échange de ce qu'ils ont apporté et il n'a été fait crédit qu'à quelques-uns, bien que tous l'aient demandé. Le chef Youcon et son frère étaient ici quand la bande arriva et le lendemain il s'éleva une vive dispute qui menaça de se terminer dans le sang; cette fois-ci comme toujours une femme

Page 1