‹ Journal du Yukon, 1847-1848Chapitre 21 sur 38 · Y8 ARCHIVES CANADIENNES · texte numérisé non relu

Y8 ARCHIVES CANADIENNES

ils exprimaient leur chagrin de n'avoir pu tenir leur promesse de venir visiter leur pays durant l'été parce qu'ils avaient été malchanceux en construisant les bateaux nécessaires pour faire le trajet et leur annonçaient que l'été prochain ils viendraient les rencontrer plus en amont sur la rivière avec une grande quantité de marchandises. Les Russes employaient le moyen le plus efficace de tirer parti de la crédulité des sauvages d'ici et j'ai été très peiné d'apprendre du jeune chef que quelques-uns de ses compagnons avaient ajouté foi à ce qui précède et avaient l'intention de descendre avec leurs fourrures aussitôt que la rivière serait ouverte. J'ai fait venir l'un des sauvages envoyé de la part des Russes; celui-ci qui demeurait avec la i)rcmière bande du bas de la rivière, répéta tout ce que je venais d'apprendre devant plusieurs autres sauvages.

J'ai eu un long entretien avec ces derniers en présence de l'étranger et je me suis efforcé de rendre la monnaie aux Russes à leur façon. J'ai insisté surtout sur les motifs qui poussaient nos concurrents à faire parvenir de tels messages et à baisser leurs prix et j'ai réussi à les convaincre qu'il était absurde de croire que nous étions la cause de la mort des leurs, puisque nous étions leurs meilleurs amis et que nous avions apporté des médecines pour les empêcher de mourir, etc., etc., etc. Je leur ai dit aussi qu'ils étaient libres de transporter leurs fourrures au printemps à l'endroit où stationnaient les Russes et de les vendre à ces derniers, mais qu'ils le regretteraient par la suite pf.rce que j'étais certain qu'il serait apporté beaucoup plus de marchandises ici l'été prochain. Les sauvages présents parurent décidés d'attendre jusqu'à la prochaine saison, mais quelques jours après il fut vendu une certaine quantité de peaux de castors aux sauvages envoyés par les Russes pour des perles de fantaisie, objets qu'ils ne pouvaient obtenir de nous et qu'ils préfèrent à toute autre chose.

Lorsque je vous ai écrit au mois de novembre je ne pensais pas alors que les Russes viendraient nous causer des embarras avant l'été suivant; cependant à cette époque même ces derniers étaient installés plus bas que nous sur la même rivière pour y passer l'hiver. Ils avaient beaucoup de marchandises dont ils disposaient à des prix beaucoup plus bas que les nôtres et ils s'efforçaient de soulever nos sauvages contre nous. Je dois avouer que cette nouvelle m'a beaucoup abattu. Je me

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suis faiiiiliai-is(' avoo les ditKculiés truiie très forte (concurrence quand je nie suis trouvé dans le sud et je désirerais rien tant que de continuer ici cette sorte de lutte que j'aime si j'avais seulement les armes nécessaires ])our combattre.

Loin de là, no\is sommes ici à une grande distance de la frontière et nous n'avons que des promesses à offrir aux sauvages. Mais avant de vous entretenir sérieusement de ce sujet, je crois, après vous avoir déjà fait le récit de ce qui s'est passé jusqu'à la fin du mois de novembre, qu'il vaut mieux continuer jusqii'à la fin de l'année. Le mois de décembre s'est écoulé plus lentement que les autres mois que nous avons passés ici ; il y avait moins de monde et je me dispenserai de vous indiquer le travail qui a été fait. Xous n'avons pas vu de sauvages excepté ceux du voisinage qui de temps' à autre nous apportaient quelques lapins et quelques fois des peaux de lynx qui furent échangées contre des munitions et du tabac. Les lapins de cette région sont beaucoup plus gros qu'aux environs du fort Simpson et la quantité que nous avons reçue est suffisante pour les rations de trois à cinq jours par semaine durant l'hiver. Comme dans toute autre partie de cette région le jour de Xoël et le V^ jour de janvier ont été des jours de congé qui se sont passés paisiblement et convenablement; quant à moi, les nouvelles reçues au sujet des Russes m'avaient tellement affecté que ce jour de l'an a été l'un des plus sombres de ma vie.

Les Russes ont atteint cette rivière pour la première fois un an avant M, Bell et depuis lors (durant les quatre dernières années) ils y sont venus régulièrement en bateau tous les étés pour y trafiquer avec les bandes du ba^ de cette rivière. Les sauvages d'ici sont peu renseignés au sujet de leurs deux premières visites ; quant à leur troisième visite je vous ai déjà dit tout ce que je savais à cet égard et les efforts qu'ils ont faits cette fois pour se procurer des chiens, et, les prix élevés qu'ilont dû payer pour ceux-ci m'ont convaincu qu'ils étaient déterminés d'étendre leur commerce sur le Youcon. L'été dernier ils sont arrivés comme à l'ordinaire au même endroit à l'embouchure d'une grande rivière qu'ils ont descendue ; celle-ci se jette dans le Youcon à environ 350 milles au-dessous d'ici^ si l'on

1. Le poste russe de Nulato était situé sur la rive nord du Yukon, a quelques milles au-dessou? de l'em>jouchure du Koyukuk.^^et a 400 milles environ de l'embouchure de la rnière principale. La rivière princi-

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tient compte des détours. Ils avaient eu l'intention d'y amener lieux bateaux cotlo fois, afin de rcniunter la rivière uon seulement pour trafiquer avec les sauvages mais pour explorer celle-ci jusqu'à sa source. Comme ils n'avaient pu faire construire les bateaux nécessaires- à cette fin, ils promirent de faire mieux l'été suivant (cet été). Leur bateau avait à peu près les mêmes dimensions que le nôtre et avait été construit, d'après la description du sauvage qui nous renseignait, avec quelque chose qui ressemblait à du dress parchment semblable aux lanières dont nos hommes se servent pour le transport. L'été dernier ils ont apporté plus de marchandises que de coutume, surtout des perles communes et des perles de fantaisie y compris des blanches, des rouges et plusieurs variétés de bleues. Les perles 1)1 anches communes étaient généralement évaluées à un prix plus élevé que les nôtres, tandis que dix perles bleues seulement de la grosseur d'un pois de jardin, étaient accordées pour une peau de castor; en somme tous leurs articles, à l'exception des chaudières, des fusils et de la poudre, étaient évalués à un prix très élevé y compris les petites coquilles semblables à celles que vous m'avez envoyées du fort Simpson et dont j'ignore le nom.^ Six ou huit de ces coquilles sont échangées dans cette région contre une peau de castor ou trois peaux de martes et une boîte de ces coquilles vaudrait ici plus de deux mille livres. Outre les articles susmentionnés les Russes apportent ici des couvertes, des capotes, des habits (ces deux dernières variétés ont peu de vogue), des poires à poudre, des couteaux, des briquets, des limes, des lames de fer pour couvrir la pointe des flèches, des bracelets communs, cfes alênes, des anneaux et de petites pièces de monnaie de cuivre

pale" dont il est fait mention ici, est évidemment celle que Murray appelle ailleurs la rivière Russian, nom que sir John Richardson lui donne aussi dans^ son Arctic Searching Expedition. Il sera question dans une note subséquente de la confiision dans laquelle Murray a été induit au sujet du bas du Yiikon et du Koyukuk. Sa lettre à Richardson reproduite dans l'introduction indique clairement qu'il a constaté lui-même son erreur au sujet du cours et de l'embouchure du Yukon.

1. Coquilles de dentales et d'arénicoles. La coquille de dentale, dit Petroff, était un ornement très recherché par les hommes et les femmes. Elle ne se trouvait pas dans les possessions russes, mais on les importait

des colonies britanniques situées au nord de la rivière Columbia

Lors de la visite de Davidof, à Kudiak, en 1802, deux de ces coquilles valaient tout un pai^ka de peaux d'écureuils. Une tradition des Kanlagmute nous apprend que dans la région des Thlinket, loin dans la direction du sud, se trouvait un la? où l'on se procurait la coquille dentale ou hyqua; ce mollusque se nourrissait des cadavres d'esclaves jetés à l'eau. C'était une fable inventée sans doute par les Thlinket pour faire monter le prix de ces articles qu'ils possédaient en grande quantité.

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