JOURNAL DIT YUKON SI
semblables à notre vieux farthing avec lesquelles les sauvagesses frangent leurs vêtements. Ils n'apportent pas de haches proprement dites qu'ils remplacent par un morceau d'acier qui a la forme d'une lame de rabot ; les sauvages le fixent au bout d'un bâton recourbé et s'en servent comme d'une herminette ; ils apportent probablement d'autres articles que je n'ai pas vus. Ils apportent aussi des fusils, des Ixjns et de*^ communs, mais les nôtres sont toujours préférés; au conmiencement ils n'apportaient que des chaudières en tôle, mais j'ai appris que l'été dernier ils avaient des chaudières de cuivre comme les nôtres. Les sauvages d'ici qui étaient en guerre avec les bandes du bas de la rivière, n'ont pas eu de relations avec eux durant l'été dernier et c'est pourquoi les renseignements ci-dessus ne nous sont pas parvenus avant le mois de novembre. Il semble que les Russes avaient quitté ou étaient sur le point de quitter la région lorsqu'ils apprirent notre arrivée ici ; ils commencèrent immédiatement à construire une maison et lorsque celle-ci fut terminée, deux hommes y furent laissés avec le reste (1e> niarcluuidises tandis que les autres s'en retournèreni; au portage avec le bateau; comme ils avaient beaucoup de marchandises durant l'hiver il est très probable qu'ils ont dû en recevoir l'automne dernier. Leurs prix furent réduits immédiatement; ainsi la valeur des chaudières fut abaissée de vingt peaux à dix, celle des fusils communs à dix peaux, la mesnre de poudre fut portée à plus d'une chopine, le prix des perles et des autres articles fut abaissé de moitié et les habits qu'ils ne purent échanger furent donnés pour rien. Le chef lui-même est resté pour prendre soin de la maison et c'est lui qui a transmis l'infâme message à nos sauvages ; s'il lui arrive de s'aventurer de notre côté durant l'été, comme il l'a promis, il est très probable qu'il se fera casser la tête pour avoir causé de tels embarras, mais ce sont les dernières gens que je veux voir ici parce que leur rencontre signifierait certainement une querelle. J'ai dit à nos sauvages d'ici qu'après avoir terminé nos constructions l'automne prochain, nous descendrons la rivière jusqu'à l'endroit où sont les Russes et que nous y érigerons probablement un fort. J'ai fait circuler ce bruit dans l'unique dessein de le faire parvenir jusqu'aux Russes et de les faire renoncer, pour le moment peut-être, à leur projet de remonter la rivière. Comme je vous l'ai appris le
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printeini)s (Icniier, c'est miiquenioiit au moyen d'un portage et non par les rivières séparées par un lac qu'ils communiquent avec la côte. J'ai vu deux sauvages (pii sont aiies jusqu'à leur fort sur la côte, qui connaissent la route intérieure et auxquels j'en ai fait exécuter le tracé avec de la craie sur le plancher. La rivière qu'ils remontent à partir de la côte doit se jeter, autant que je puis en juger, dans le détroit de Norton ou dans celui de Kotzebues peut-être, nuiis plutôt dans le premier, car il y avait deux gros vaisseaux à l'ancre quand les sauvages sont allés là et je ne suis pas certain que des vaisseaux sont envoyés régulièrement par le détroit de Behring. A l'embouchure de cette rivière se trouve un grand fort au-dessus duquel se rencontrent de puissants rapides à une petite distance; plus loin se trouve une petite station d'échange établie depuis plusieurs années au-dessus de laquelle se trouvent des chutes et plus loin se rencontrent des montaunes de l'autre côté de-(pielles coule la rivière qui se jette dans le Youcon. Ils échangent leurs marchandises en hiver de l'autre côté du portage oii ils les transportent avec des chiens et ils ont une maison de ce côté-ci ; c'est de ce dernier endroit qu'ils partent en bateau en été pour rejoindre le Youcon. Cette rivière doit couler dans la direction du nord-est, car d'après la description qui en est faite elle est plus large que la rivière Porcupine (que nous avons descendue). Il y a deux ou trois ans un bateau a descendu une autre rivière (mais il n'est pas allé jusqu'à son embouchure) qui rejoint le Youcon à une grande distance au-dessus d'ici ; cette rivière dont le courant est faible est très profonde et prend sa source au sud. Les sauvages ne connaissaient pas son cours mais la description assez distincte qu'ils ont faite de l'endroit où elle rejoint le Youcon indique un gi-and lac dans lequel l'une des branches de ce dernier prend sa source. Les Russes ont aussi visité cette grande rivière mais ne sont pas allés jusqu'au confluent des rivières Lewis et Pelly ; cependant ils ont atteint un endroit audessous du "Great Lake", que j'ai marqué d'après les indications des Gens-du-fou, mais je ne puis dire s'ils se rendent à cet endroit régulièrement.^
1. Il a déjà été question, dans Tintroduction des explorations des Russes sur le Yukon et de leurs établissements de commerce. Quaut à la rivière qui se jette dans le détroit de Norton ou celui de Kotzebue, comme Murray le suppose, la description que celui-ci en fait indique qu'il s'agit de la ri\-ière Kuskukvim, bien qxie celle-ci se déveise beaucoup plus au
C■e^t (out ce que j':ii |»u apprendre an sujet du commerce des Russes sur le Youlcon, mais c'est suffisant pour se rendre compte qu'ils connaissent bien cette rivière. Ils l'ont découverte, je veux dire la partie qui se trouve au-dessous d'ici, un an avant ]\f. Tlell et il est très probable qu'ils ont atteint aussi s€s branches supérieures avant M. Campbell, mais je suis peu renseigné sur le trafic qu'ils ont pu y faire. Quant à la partie située au-dessous d'ici, les sauvages disent que les Tinsses en ont retiré une immense quantité de riches fourrures.
Je vais maintenant essayer de vous donner un aperçu de cette grande vallée du nord-ouest et de ses habitants. Lorsque j'étais à la rivière Peel, comme depuis mon arrivée ici, j'ai cherché à obtenir des diverses bandes de sauvages la description de leurs terres et des rivières qvii s'y trouvent. Or, après avoir bea\i-
sud que l'endroit iudicxué. La petite station d'échange serait la redoute Kolmakof, un vieux poste russe situé à 200 milles au-dessus de rerabouchure de la Kuskukvim. Le premier poste érigé à cet endroit le fut par Ivan Simonson, en 1832. Il fut détruit en partie par les sauvages en 1841 et reconstruit par Alexander Kolmakof. Quant aux montagnes dont il est fait mention, il s'agit de la chaîne de montagnes Kuskokvim et la rivière qui se trouve au-delà est la Tanana, la rivière des Mountain Men de Murray. Le portage de la Kuskokvim au Yticon se fait par le moyen d'une série de petits lacs et de petits cours d'eau à l'endroit ou les deux rivières se rapprochent le plus l'une de l'autre. Il n'a jamais existé un grand fort à l'embouchiire de la Kuskokvim ; les sauvages ont voulu probablement parler du fort Alexandrovsk à l'embouchure de la Nushagak con?-tru)t sous la direction d'Alexander Baranof en 1818 ou 1819. Il est plus difficile d'expliquer ce que Murray dit au sujet de la présence des Russes sur le haut du Yucon. Un coup d'œil sur la carte ci-contre indique la confusion qui régnait alors au sujet des positions relatives, des directions, etc., des rivières Liard, Lewes, Pelly et Frances. Le Great Lake était jieut-être simplement le Pacifique ou l'un des grands chenaux le long de la côte que les rapports des sauvages confondaient. Il iieut se faire que les Russes aient remonté la Stikine et atteint le la<; Dease en franchissant un portage, ce qui est peu probable. On pourrait en conclure à tort ou à raison que le nom sauvage du lac Dease est Too-tsho, "Big Lake", que celui de la rivière Dease est Too-tsho-tooa, rivière Bi./ Lake River. La description de Murray s'applique mieux au lac Teslin. Le Great Lake et la Russian Rendevouz sont indiqués tous les de\ix sur la carte de Richarson qui dit dans son récit: La rivière Lewes prend sa source dans une grande nappe d'eau située en deçà de la frontière anglaise
et s'appelle Russian Lake, parce que M. Roderick (sic) Campbell a
rencontré là un parti de traiteurs russes. Dans Narrative of the Discoveries on the North Coast of America de Simpson, 11 est dit que Campbell " rencontra sur les bords d'une ri\'iere appelée Stikine. . .^ . . . un nombre considérable de sauvages Nahanie rassemblés auprès d'un parti de Russes; que ce dernier remonta la rivière en bateaux jusqu'à une cataracte située sur le territoire anglais à une grande distance de l'autre côté de la ligne de démarcation. . . ; . . Il se composait d'un certain nombre d'hommes commandés par quatre officiers en haillons et ivrognes qui pouvaient dire quelques mots anglais sans suite ". Cette donnée obtenue évidemment de Campbell lui-même est si positive qu'il est raisonnable de croire que les Russes ont remonté la Stikine en dépit de l'incertitude au sujet de l'identité et de l'endroit du Great Lake.
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coup questionné et comparé les renseignements obtenus, il m'a été ])ossible de me faire une idée du cours du Youcon et des autres rivières que l'on connaissait si peu jusqu'alors. Pour l'indiquer plus clairement j'ai tracé une espèce de carte^ que vous pourrez examiner en parcourant le bref et incomplet compte rendu ci-après. «T'ai décrit en partie la région qui s'étend entre le point où nous sommes et la rivière Peel, c'est-àdire dans la mesure que me le permettaient mes observations personnelles, (^uant au cours des rivières Rai et Porcupine il m'a été impossible de le tracer entièrement à l'aide d'une échelle aussi restreinte, sans compter que je suis dépourvu de tous les instruments requis pour un tel travail. Comme on le voit le poste Lapier se trouve considérablement au sud du fort de la rivière Peel. La rivière Rat n'est plus qu'un ruisseau étroit et excessivement; tortueux parsemé de coudes et de détours à toutes les centaines de verges ; elle se dirige dans la direction O.S.O. jusqu'à ce qu'elle atteigne la rivière Porcupine qui prend sa source à une grande distance au sud dans la même chaîne de montagnes où la rivière Peel prend la sienne. A partir du point où vient se jeter la rivière Rat cette dernière coule dans la direction IST.IST.O. jusqu'à une grande distance et à un certain endroit elle passe à quelques milles au nord du fort de la rivière Peel, puis elle se dirige ensuite au O.S.O., traverse la frontière par 67° latitude et se jette dans le Youcon ]>ar 60° 1.5" latitude et ]iar environ 147° 20" longitude.^ D'après mon loch nous serions considérablement plus au sud que nous le sommes en réalité, ce qui est dû en partie à la variation du compas dont je n'ai pu me rendre compte qu'une fois entre le poste Lapier et l'endroit où nous sommes. Le compas marque ici 40° est et 48° au fort de la rivière Peel. Par suite du mode inévitablement inexact de m' assurer des distances, je ne puis que conjecturer à J'égard de la longitude ; quant à la latitude
1. Malheureusement cette carte ne se trouve pas. Il est probable cependant que la substance de celle-ci est indiquée dans les dernières corrections de jMurray quant au cours du Youkon, qui se trouvent sur la carte reproduite dans Arctic Searching Expedition, de Richardson. On trouve sur cette dernière plusieurs des noms donnés par Murray aux rivières, aux lacs et aux montagnes de la région du Yukon. Un abrégé d'une partie de cette carte se trouve dans ce journal.
2. La rivière Porcupine traverse la frontière par 67° 25' 05' d'après M. C. A. Schott, de la United States Coast and Geodetic Survey et se jette dans le Yucon par environ 66° 33' il'' et 145'^ 17' 47" longitude, ce qui est la position astronomique du fort Yukon, d'après le capitaine Raymond dans sa Reconnaissance of the Yukon, 1869.
Les cours des rivières Yukon et de la Porcupine est reproduit d'après les renseignements fournis à Richardson par H. Murray.
JOURNAl, DU Vin^oN S't
j'ai pu m'en assurer par plusieurs observations au moyen d'un astrolal)e grossier^ quo j'ai f;il»ri(|U(' uKii-iiiôuic et (rnillcnrs nnc eri-eur d'une ou de deux uiiuutes ne peut ;i\-()ir iriiii|iniM;iiicc en ce cas.
Comme je n'ai vu du Youcon que quelques milles au-dessus et au-dessous de l'endroit oîi nous sommes, il peut pMi'ailrc; absurde que je tente d'en indiquer le cours sur une carte, car je n'ai pour me guider que les descriptions et les dessins des sauvages à ce sujet. Ceux-ci m'en ont tracé toutes les parties sur le plancher avec de la craie et durant l'été je leur ai fait exécuter ce travail sur une grande couche do sal)lo.''^ J'ai toujours copié immédiatement ces esquisses et bien que les mêmes endroits aient été décrits et esquissés par plusieurs sauvages, ceux-ci s'accordent assez bien quant à l'aspect général de la rivière. D'abord le Youcon et la Pelly ne forment qu'une seule et même rivière. Deux sauvages de la bande des Gens-du-fou d'en haut qui s'étaient rendus jusqu'à la Pelly sont venus ici durant l'été ; avec eux se trouvait un autre sauvage appartenant aux "Men of the Forks" (bande qui habite près du confluent des rivières Lewis et Pelly) qui, deux ans auparavant s'était rendu au grand lac principal, source de cette rivière. Ces sauvages ont fait la description du confluent des rivières Lewis et Pelly ou est allé M. Campbell, et celle de la rivière Lewis et de la maison située sur le côté ouest des montagnes près du lac Frances, où quelques-uns des leurs avaient échangé des peaux do cerfs. ^ Pour indiquer l'endroit du confluent des i-ivières Lewis et Pelly, j'ai marqué la place où, d'après les documents de M. Campbell, quand il était au fort Simpson, doit se trouver le lac Frances. La Pelly, alias le Youcon, alias le Colvilo* ]iron<1 sa source dans un grand lac situé au sud du confluent des rivières Lewis et Pelly et si celui-ci se trouve près de l'endroit que j'ai indiqué il est très probable que la rivière Frances est l'une de ses principales artères. Quant à l'étendue du "Great Lake", le sauvage (qui l'appelle ainsi) n'en connaît rien; il y est allé
1. Voir la note interessante.de Slafter sur l'astrolabe dans la Prince Society translation of Champlain, III, 66.
2. Mackenzie a eu recours au même expédient dans son Expedition to the Arctic. Voir ses voyages en date du 27 juillet 1789.
3. Le poste Glenlyon de Campbell, érigé en 1840, et connu plus tard coin me le ]inste du lac Frances ou fort Frances.
4. Tel que mentionné déjà Murray a corrigé par la suite cette erreur grave.
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seulenieut et il rapporte quo lo^ Kusscs out péuôtré par lo bas de la rivière non loin de celui-ci et qu'ils ont trafiqué avec une bande de sauvages à un endroit que j'ai appelé livssian hounâary. A partir de la Pelly, la rivière se dirige, d'après le tracé des sauvages, au nord-ouest et à un endroit elle passe entre de hauts rochers ou ramparts d'où les sauvages de l'endroit tirent leur nom. L'autre rivière de quelque importance que l'on rencontre ensuite, est la rivière lied Island qui vient du nord-ouest^ se jeter dans le Youcon ; entre sa source et celle de la rivière Peel il n'y a qu'une montagne et par conséquent la rivière Peel ne prend pas sa source près du mont Traffic comme on l'a supposé. Il s'ensuit que la rivière située au nord du lac Frances qui se dirige, dit-on, dans la direction du nord-ouest, doit être, bien qu'elle puisse faire un détour, la rivière Lewis,^ car l'étendue de la région, quelle que soit la direction qu'elle pourrait suivre, ne permet pas l'existence d'une autre rivière aussi considérable que la rivière Lewis. Entre les rivières Lewis et Red Isla/nd se trouve une prairie ou désert plat et aride que les sauvages' franchissent à pied en quatre jours; ils doivent se provisionner d'eau durant l'été pour le traverser car ils n'en trouvent pas aux époques où ils y font habituellement le portage. Plus loin sur le parcours du Youcon, une autre rivière importante vient de l'est se jeter dans celui-ci ;^ aii-des^sous de ce point se rencontre la rivière Deep dont le courant est très faible et sur laquelle les Russes sont venus avec un bateau, trafiquer avec les sauvages ; tel que décrit déjà, l'une des branches de cette dernière prend sa source dans un grand lac et non loin une autre rivière que je crois être la rivière Comptroller^- coule dans la
1. Probablement la rivière Stewart, dont la cource se trouve pi'ès de celle de la rivière Peel. La direction indiquée est entièrement erronée. Aucun cours d'eau qui prend sa source près de celle de la rivière Peel ne peut du nord-ouest se jeter dans le Yukon.
2. Ici et à d'autres endroits du récit de Murray où il est question des rivières Lewes et Pelly, il faut transiwser l'une 'pour l'autre, car il a confondu ces deux cours d'eau. Pour lui l'une de ces rivières prend la place de l'autre, et l'on constate la même erreur sur la carte de Richardson. Le lac indiqué par Murray comme la source de la Pelly (Lewes) est sans doute le lac Tcslin. Le récit et la carte indiquent qu'il existe une communication entre la rivière Frances et la rivière Pelly (Lewes) par le moyeu du Great Lake (Teslin), ce qui est absolument erroné. La rivière Frances de Murray serait la Stikine dont la position aurait été changée par les rapports confus de sauvages.