CHAMBRE DES DÉPUTÉS
Séance du 12 mai.
M. le président : La parole csl à M. le ministre do l'intérieur pour une communication du gouvernement.
M. le ministre de l'intérieur : Messieurs, le roi a ordonné à son altesse royale monseigneur le princede Joinville (mouvement d'attention et de curiosité) de se rendre, avec sa frégate, à l'île de Ste-Hélène (nouveau mouvement), pour y recueillir les restes mortels de l'Empereur Napoléon. (Explosion d'applaudissements dans toutes les parties de l'assemblée.
Nous venons vous demander les moyens de les recevoir dignement sur la terre de France, et d'élever à Napoléon son dernier tombeau. (Bruyantes acclamations.) Le gouvernement, jaloux d'accomplir un devoir national ( voix nombreuses : Oui ! oui ! ) s'est adressé à l'Angleterre. 11 lui a redemandé le précieux dépôt que la fortune avait remis dans ses mains. A peine exprimée , la pensée de la France a été accueillie. Voici les paroles de notre magnanime alliée :
« Le gouvernement de S. M. Britannique espère que » la promptitude de la réponse sera considérée en » France comme une preuve de son désir d'effacer j us- » qu'à la dernière trace de ces animosilés nationales « qui, pendant la vie de l'Empereur, armèrent Tune i contre l'autre la France et l'Angleterre. Le gouver- » nement de S. M. Britannique aime à croire que si de >» pareils sentiments existent encore quelque part , » ils seront ensevelis dans la tombe où les restes de t Napoléon vont être déposés. » (Profonde sensation. Bravo ! Bravo ! )
L'Angleterre a raison , Messieurs j cette noble restitulion resserrera encore les liens qui nous unissent ; elle achève de faire disparaître les tracés douloureuses
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du passé. Le temps est venu où les deux nations no doivent plus se souvenir que de leur gloire.
La frégate chargée des restes mortels de Napoléon se présentera au retour à l'embouchure de la Seine; un autre bâtiment les rapportera jusqu'à Paris; ils seront déposés aux Invalides. Une cérémonie solennelle, une grande pompe religieuse et militaire inaugurera le tombeau qui doit les garder à jamais.
Il importe en effet, Messieurs, à la majesté d'un tel souvenir, que celte sépulture auguste ne demeure pas exposée sur une place publique, au milieu d'une foule bruyante et distraite. Il convient qu'elle soit placée dans un lieu silencieux et sacré, où puissent la visiter avec recueillement tous ceux qui respectent la gloire et le génie, la grandeur et l'infortune. (Vive et religieuse émotion.)
11 fut Empereur et Roi; il fut le souverain légitime de notre pays. (Marques éclatantes d'assentiment.) A ce titre il pourrait être inhumé à Saint-Denis ; mais il ne faut pas à Napoléon la sépulture ordinaire des rois; il faut qu'il règne el commande encore dans l'enceinte où vont se reposer les soldats de la patrie et où iront toujours s'inspirer ceux qui seront appelés à la défendre. Son épée sera déposée sur sa tombe.
L'art élèvera sous le dôme, au milieu du temple consacré par la religion au Dieu des armées, un tombeau digne, s'il se peut, du nom qui doit y être gravé. Ce ' monument doit avoir une beauté simple , des formes grandes , et cet aspect de solidité inébranlable qui semble braver l'action du temps. Il faudrait à Napoléon un monument durable comme sa mémoire. (Très-bien, très-bien.)
Le crédit que nous venons demander au* chambres a pour objet la translation aux Invalides , la cérémonie funéraire , ty construction du tombeau.
Nous ne douions pas , Messieurs , que la chambre ne s'associe avec une émotion patriotique à la pensée royale que nous venons d'exprimer devant elle. (Oui l oui ! bravo.)
Désormais la France , et la France seule , possédera tout ce qui reste de Napoléon. Son tombeau comme sa renommée n'appartiendrai personne qu'à son pays. La monarchie de 1830 est en effet l'unique et légitime héritière de tous les souvenirs dont la France s'enorgueillit.
Il lui appartenait sans doute, à cette monarchie qui, la première , a rallié toutes les forces et concilié tous les vœux, de la révolution française, d'élever et Mono-
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rer la statue et la tombe d'un héros populaire j car il y a une chose, une seule, qui ne redoute pas la comparaison avec la gloire, c'est la liberté ! (Bravo ! bravo! — Manifestation prolongée d'enthousiasme.)
De bruyants témoignages d'approbation succèdent à la lecture de cet exposé de motifs. Une vive émotion se manifeste sur les traits de plusieurs députés. M. Emmanuel de Las Cases a les yeux mouillés de larmes.