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o Mercredi. —S Samedi. Aujourd'hui samedi, au point du jour, on vit l'île do San-Antonio. Nous filions neuf nœuds. Elle ne tarda pas à disparaître.
Le soir la conversation politique nous ramena sur la question d'Orient. M. le commandant Hernoux, qui a été longtemps en Orient , la possède bien. Peut-être ne lrouvera-l-on pas déplacé de rencontrer ici quelques aperçus sur celle question aujourd'hui plus importante que jamais.
Depuis environ un siècle, les affaires d'Orient ont le privilège d'exciter pour ainsi dire périodiquement l'intérêt et l'attente inquiète de l'Europe. A chaque nouvelle crise., le monde politique croit à un dénoûment fatal aux vieilles sociétés. « L'Orient est gros de la guerre ; le nuage qui s'amoncèle à Conslantinople va crever sur l'Europe ! » disait , il y a déjà vingt-ans , le spirituel abbé de Pradt. La crise passe, tout semble rentrer dans l'ordre naturel, et l'Europe s'occupe d'autre chose. C'est que le destin veut que les empires , comme les individus , emploient un certain temps à naître et à mourir. Conslantinople et l'empire grec ont mis bien plus d'un siècle à succomber sous le ciroeterre otloman ; le croissant, à son tour, ne périra pas instantanément sous le canon russe. Ainsi le veu-
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lent les lois providentielles qui régissent les sociétés humaines. Toutefois, il est vrai dédire que chaque crise a lentement approché l'empire turc de son agonie; il y touche; tout annonce qu'elle sera longue; mais dès aujourd'hui on en peut calculer le terme.
Jetons donc un coup d'œil rapide sur les diverses questions principales que renferment ce qu'on appelle les affaires d'Orient. Cherchons à les analyser et à en prévoir la solution.
Ces questions sont de deux ordres : 1° Les questions que j'appellerai intérieures, les débats entre Musulmans, les guerres civiles; elles sont très secondaires 2° Les questions étrangères, celles qui naissent des relations de la Turquie avec la Russie, l'Angleterre, la France , l'Autriche, ces questions sont les principales.
De tous temps , l'empire ottoman a été déchiré par la guerre civile : cela tient à son organisation politique. Il en est encore à la féodalité. Les guerres qui se font entre les pachas et la Porte , ce sont les guerres que les ducs de Normandie, les comtes de Champagne, les ducs de Bourgogne, ou de Bretagne faisaient au roi de France au treizième siècle, avec celle différence toutefois, qu'un duc de Normandie pouvait rôver l'espoir de monter sur le trône de France , (rien ne le défen-
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dait, Hugues-Capet l'avait fait), et qu'aucun pacha , quel qu'il soit, Méhémet-Ali , par exemple, vainqueur à Coniah et à Nézib , ne peut concevoir môme la fugitive espérance de ceindre le sabre d'Otman. La loi politique et religieuse le défend : aucun Musulman n'obéirait. Aussi , dans toutes ces guerres, les pachas finissent-ils toujours par succomber -, Passvan-Oglou et Ali Tébelen , pacha de Janina , ont disparu eux-mêmes après avoir fondé un empire éphémère. C'est que si l'état politique du pays favorise les révoltes , son état social empêche que les révoltés puissent se consolider. Les pachas ont saisi le pouvoir par le droit du plus fort. Le môme droit l'enlève soit à eux, soit à leur héritier : c'est là la règle.
Méhémet-Ali a dû son élévation à son génie et aux
talents militaires d'Ibrahim ; il est maître de l'Egypte, de la Syrie etd'Adana.Jl demande l'hérédité j il l'obtiendra probablement. Mais si son successeur n'a pas le môme génie que lui , il perdra son héritage par la même cause qui l'avait donné à Méhéraet , la raison du plus fort.
Le grand préjudice que Méhémet-Ali causait à la Porte, c'était d'affaiblir ses forces. Mais depuis longtemps, depuis 1828 surtout, on sait bien que la Porte
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n'avait plus de force par elle-même. Elle ne vit pas do sa vie propre, de sa puissance intrinsèque; elle vit d'une vie factice, parce que ses voisins, ne pouvant s'entendre sur son partage, s'obligent mutuellement à la respecter. ,
La guerre qui s'est faite entre la Porte et Méhémet- Ali est donc, à le bien prendre, tout à fait de môme nalure que celles qui se sont faites entre Passvan-Oglou, Ali-Pacha et la^ Porte. Si le sultan eût été plus sage que passionné , il aurait attendu que le temps et la mort eussent fait justice de Méhémet. Les puissances européennes ne se seraient pas plus mêlées de ce débat qu'elles ne l'avaient fait pour les autres, sans une circonstance que nous expliquerons bientôt, le rétablissement des anciennes routes commerciales de l'Asie , celles de l'Euphrate et de Sue* par suite de la découverte de la navigation à la vapeur.
Ainsi, Méhémet-Ali ne peut songer à monter sur le trône des sultans ; la guerre entre lui et la Porte n'est qu'une guerre civile comme il y en a eu tant d'autres; l'affaiblissement qu'elle a causé à la Porte , vu les circonstances où se trouvent déjà l'empire , n'est pas d'une très grande importance ; quelles que soient les chances de la guerre , il n'en résultera jamais que ce
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qui conviendra aux puissances européennes; tout cela ne constitue qu'une question secondaire.
Les questions capitales sont celles qui naissent des relations de la Turquie avec les puissances européennes. Ce sont de celles-là que dépendent toutes les autres ; et elles-mêmes ne sont autre chose que des questions commerciales. Elles tiennent à la configuration du sol de cette partie du monde, à sa position géographique. C'est pour ainsi dire un question de localité ; mais ici quelques explications sont nécessaires.
Depuis le commencement delà civilisation, le commerce de l'Asie a toujours fait la fortune du peuple qui Ta eu en sa possession.
D'abord les Colchidiens, chez lesquels les Grecs allaient chercher la Toison-d'Or; ensuite les Phéniciens , dont la richesse était proverbiale. Alexandrele-Grand, pour se l'assurer , alla conquérir l'Egypte et fonder Alexandrie.
Dans des temps plus modernes , ce commerce a fait la fortune de Venise, de Gênes, de Pisc et des républiques italiennes qui se le sont disputé par les armes , comme l'Angleterre et la Russie se le disputeront probablement un jour.
La découverte du cap de Bonne-Espérance a changé
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la route de ce riche commerce. Il avait passé jusque là par la Méditerranée. La découverte de Gama lui fit contourner l'Afrique. Venise fut ruinée, et depuis il a fait successivement la fortune des Portugais, des Hollandais, des Anglais, qui se le sont tour à tour arraché par des luttes longues et sanglantes.
Aujourd'hui, depuis l'invention des bateaux à vapeur , ce commerce tend à reprendre les routes de la Méditerranée.
Les deux grandes roules commerciales entre l'Asie et l'Europe par Ta Méditerranée sont 1° par Suez et la mer Rouge, 2° par la Caspienne, la mer Noire, leurs affluents et les Dardanelles.
De plus, jetez les yeux sur la carte, suivez le cours de ces magnifiques fleuves qui coupent la Russie du nord au sud dans toute sa longueur; qui, à l'aide d'un système de canalisation déjà très avancé, joignent maintenant la Baltique à la Méditerranée, le Don, le Dniéper, le Boug, le Dniester, le Prout, le Danube (car aujourd'hui le Danube est russe) , tous fleuves auprès desquels la Seine n'est qu'un ruisseau. Tous tombent dans la mer Noire et viennent aboutir à un seul et môme débouché : les Dardanelles. Les événements de la
guerre continentale ont ouvert les yeux au gouverne-
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ment russe. Ils lui ont montré ie véritable principe de la puissance des empires. Ils lui ont montré les marchands de la cité de Londres enrichis par le commerce, et ce que Ton appelait une nation bouliquière , triomphant à la longue et par L'argent, du génie de Napoléon et de sa toute-puissance. Depuis lors le gouvernement russe , l'empereur Nicolas surtout, a travaillé au développement de son commerce avec une ardeur infatigable. La production intérieure a acquis un développement extrêmement remarquable. Bientôt il va falloir à la Russie des débouchés , et pour elle il n'y en a qu'un seul de ce côté : les Dardanelles.
Aux Dardanelles, l'Angleterre est à l'égard de la Russie ce que la Russie csl, à Suez, à l'égard de l'Angleterre. Elle ne peut pas prendre ce débouché pour elle, mais elle ne veut pas que sa rivale le possède.
Voilà la vraie question, toutes les autres sont secondaires ou pour mieux dire à cùlé de celle-là, il n'y en a réellement pas d'autres.
Voyons comment la Russie et l'Angleterre ont manœuvré alternativement autour de ce pivot.
11 y a à peine un siècle, Pierre -le-Grand prenait Azof et fondait Taganrog. C'était donner la direction à la politique russe. Catherine II prit la Crimée, s'étendit
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le long du litloral de la nier Noire , y fonda des villes , lit la guerre aux Turcs. Pendant qu'elle les pressait avec ses armées sur le Danube , elle les attaquait par l'insurrection dans la Méditerranée, car Catherine fut le véritable auteur de l'insurrection grecque, qu'elle abandonna à son malheureux sort quand elle en eut tiré tout le fruit qu'elle en attendait. De nos jours, Alexandre renouvela cette manœuvre avec le môme succès, tant les peuples sont aveugles et oublieux! Il eut l'art, lui, chef delà sainte-alliance, de faire soulever tous les peuples libéraux de l'occident en faveur de l'indépendance grecque, pour le seul et unique intérêt de son empire. Il fit plus encore, ce que l'on n'aurait jamais osé imaginer ? 11 traîna leur marine à Navarin. Là, on vit les puissances occidentales de l'Europe employer leur talent, leur argent, leurs armes pour écraser la Turquie, leur véritable alliée, qu'ils devaient protéger j au profit de la Russie, leur véritable adversaire , leur véritable rivale, contre laquelle ils devaient être un rempart.
Voilà les fruits que l'on recueille quand on fait diriger les affaires d'un pays par des gens qui veulent à toute force, faire de la politique chevaleresque et qui ne sont point hommes d'affaires.
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Il n'y a qu'un seul aclc comparable à celui-ci , le trailé de Bucharesl (1812), et c'est encore la Russie qui fa fait. Lorsque Napoléon était à Moscow, battant les Russes, ces ennemis nés de la Turquie , le cabinet de Saint-Pétersbourg obtenait du divan une paix peu honorable pour ce dernier. L'armée de l'amiral Titchakow devenue libre quitta la Valachie. Sa marche empêcha l'Empereur d'arrêter sa retraite à Smolensk où il avait réuni tous ses magasins , il dut Continuer et venir conquérir sur Titchakow le passage de la Bérésina ; de là tous les désastres de l'empire français. On voit avec quelle habileté les affaires de la Russie sont dirigées.
Cependant le sultan avait détruit les janissaires ; il formait avec activité une armée régulière. Cette armée paraissait devenir formidable ; les Turcs se trouvèrent bien plus aptes qu'on ne l'avait cru, à supporter les entraves de la discipline. L'empire ottoman marchait trop vite dans la voie de la régénération. Il fallait l'arrêter et surtout anéantir son armée régulière. La Russie le fait, et l'Occident le laisse faire! Elle saisit
avec habileté l'occasion que lui donne une faute grave du sultan; elle entre en campagne. Les difficultés qu'elle eut à surmonter en 1828 et 1829, montrèrent combien
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sa politique était sage et prévoyante, combien il était habile de détruire dans son origine l'armée régulière de la Turquie. Aussi , par le traité d'Andrinople , la Russie demandait-elle à la Porte assez d'argent pour l'épuiser et fa mettre hors d'état d'en réorganiser une nouvelle.
Toujours habile dans sa marche, la Russie voulait en faire assez pour bien servir ses intérêts , mais pas assez pour soulever contre elle les puissances de l'Europe. Elle pouvait entrer à Constanlinople ; la roule était ouverte devant elle. Elle s'arrêta à Andrinoplc et y fit un traité (2 septembre 1829); elle le dicta : le sultan était abattu. Il faut le dire, relativement à la position victorieuse de la Russie, ce trailé fut modéré. Toutefois, elle se mettait en position telle que la Porte ne pouvait plus échapper à son influence, et, par ce fait, elle portait une grave atteinte à l'équilibre européen. Et l'Occident de l'Europe l'a laissé faire ! —
Par le trailé d'Andrinople , la Russie acquérait le cours du Danube et ses îles. Elle devenait maîtresse de la navigation de ce fleuve, et pour que les Turcs ne pussent désormais lui causer aucune inquiétude, pour que cette formidable barrière du Danube fût entièrement détruite, la rive droite devait rester inhabitée à (a
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distance de deux heures de ce fleuve. La Porte ne conservait sur la Valachie et la Moldavie qu'un simple droit de suzeraineté. Ces provinces passaient de fait sous la dépendance de la Russie, en sorte que, en Europe, la frontière russe n'était plus sur le Pruth , mais bien sur le Danube. En Asie, la Russie acquérait 200 lieues de côtes sur la mer Noire et plusieurs forteresses. On le voit, elle étendait ses bras puissants autour de la Turquie pour l'étouffer.
Ces faits se passaient à la fin de i820.
En 1832, à la suite d'une querelle entre le sultan et le pacha d'Egypte , Ibrahim Pacha gagna la bataille deKoniah et se mit en pleine marche sur Constantitiople. Le sultan est perdu si l'on ne vient à son secours. Il appelle les puissances occidentales. Elles restent sourdes I Cependant en cinq jours Ibrahim
peut être sur le Rosphore devant Conslanlinople. Le danger est si pressant qu'il faut compter les heures. Que faire ? Le sultan se tourne vers les Russes. Ils étaient prêts , ils attendaient. Leur flotte part , leurs soldats débarquent : Conslanlinople est sous le bouclier russe. Le sultan est sauve. Dans sa reconnaissance , il se plaît à proclamer qu'il doit son salut à la Russie. Ce n'élait pas rigoureusement vrai, car Ibra-
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him avait arrêté sa marche triomphante devant les déclarations de la diplomatie française ; mais la Hotte russe, le corps d'armée russe étaient là , devant Constantinoplc. Le but de la Russie était atteint. Voyons maintenant à quel prix elle mettait son secours. Pendant que ses soldats couvraient Conslantinople, on faisait signer au sultan le traite d'Unkiar-Skelessi (8 juillet 4833).
Ce traité établissait une alliance défensive entre la Russie et la Turquie. La Russie promettait qu'en cas de besoin), elle fournirait par terre et par mer autant de troupes et de forces que la Turquie en réclamerait. En compensation , la Porte s'engageait (par un article secret) a fermer , sur la demande de la Russie , le détroit des Dardanelles à tout bâtiment de guerre étranger.
Ainsi, au plus petit embarras qu'éprouverait le gouvernement turc, les Russes (on sait combien le divan se laisse facilement influencer) pouvaient se faire demander des secours , s'immiscer dans les affaires de l'empire, et entrer comme ami à Conslantinople.
En cas de guerre maritime, la Russie pouvait déboucher par les Dardanelles , y entrer à volonté , et si son ennemi voulait l'y poursuivre, le passage était
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fermé pour lui. De plus, des ingénieurs russes vinrent établir aux Dardanelles un système de défense qui , assure-t-on, mettait le détroit à l'abri d'une attaque par mer. L'empereur Alexandre avait dit que les Dardanelles étaient une des portes de sa maison. N'était-ce pas là en remettre la clef à l'empereur Nicolas !
Le traité d'Unkiar-Skelessi établissait comme un fait tout naturel, l'occupation de Conslantinople par les Russes, et, en cas de guerre maritime, le libre passage des Dardanelles seulement au profit des bâtiments de cette puissance. Il soumettait aux règles d'un castu Jœderis ordinaire l'intervention armée de la Russie dans les affaires de la Turquie. C'était annuler complètement le système qui jusqu'ici avait réglé les rapports entre l'Europe et l'empire ottoman. C'était altérer la balance politique de l'Europe bien plus encore que ne l'avait déjà fait le traité d'Andrinople. Et les puissances occidentales le laissent faire!
Les gouvernements français et anglais témoignèrent, il est vrai, leur mécontentement. Le chargé d'affaires de France à Saint-Pétersbourg, M. J. de Lagrcné, reçut ordre (octobre 4833) d'exprimer au cabinet de Saint-Pétersbourg, la profonde affliction que le gouvernement avait éprouvée en apprenant la conclusion du
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traité du 8 juillet et de déclarer que, selon les circonstances, il agirait comme si le traité n'existait pas. M. de Nesselrode répondit (octobre 4833) que le traité d'Unkiar-Skelessi était une affaire entre la Porte et la Russie , et que le cas échéant, les obligations qu'il établissait seraient remplies , comme si la déclaration de la France n'existait pas.
Il est à présumer qu'une réponse semblable fut adressée au cabinet anglais.
Telle fut l'impression que causa en Russie le traité d'Unkiar-Skelessi, que la Gazette de Moscou (ceci en Angleterre, ou en France, ne serait que l'expression de l'opinion d'un journaliste, mais en Russie c'est un puissant indice des intentions du gouvernement) que la Gazette de Moscou , dis-je , alla jusqu'à publier que le premier traité entre l'Angleterre et la Russie serait signé à Calcutta !
La Russie se met , en effet , en état d'agir de ce côté. Elle cherche à fonder des établissements, à l'orient de la Caspienne, sur les frontières de la Perse. On sait l'influence qu'elle a prise sur cet empire. Le temps n'est peut-être pas éloigné où elle pourra sans beaucoup de difficulté prendre pour point de départ d'une campagne dans les Indes soit Balkh , soit Herar. C'est celui des
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conquérants de l'Inde, Alexandre, Timour et Nadir- Shah. La difficulté, pour unearméequi part de Heral ou de Balkh , est le passage des monts Brawouiks. Alexandre cl Timour y perdirent beaucoup de monde, fauté d'avoir connu le moment de l'année favorable pour franchir ces montagnes; mais maintenant que toutes les circonstances atmosphériques sont appréciées avec exactitude , ce passage a perdu quelques unes de ses difficultés , et une seule bataille gagnée sur les bords de l'tndus livre l'Inde sans défense au bras de ta Russie.
Tel est l'exposé rapide de ce que cette puissance a fait pour s'approcher des Dardanelles. Dans la conduite de cette grande affaire, depuis le traité de Bûcha rest (4812), elle a marché de succès en succès. Elle n'a pas fait une faute, et elle a profité avec habileté de toutes celles qu'ont commises et la Turquie et les puissances occidentales de l'Europe. Néanmoins, elle est bien loin encore de toucher au but poursuivi avec tant de patience , tant de mesure, tant d'esprit de suite. Que lui manque-t-il donc pour l'atteindre? Le moyen de soutenir une guerre maritime contre la puissance qui défendra Conslantinople, soit l'Angleterre, soit la France, séparées ou réunies. Comment la Russie enverrait-elle, en effet , ses navires marchands dans la Méditerranée ,
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si elle ne pouvait les faire défendre par une marine militaire. Sous ce rapport, elle est loin d'être prête ; mais elle y travaille avec la même habileté, la même persévérance qu'elle a mise dans ses autres actes. Elle a en abondance tout ce qui concerne le matériel , et quant au personnel, quoiqu'elle n'ait pas de marine marchande, comme la durée du service est maintenant fixée à 27 ans, et qu'il y a des moyens de coercitions puissants , elle finira par avoir des matelots.
La Russie a fait dernièrement, dans toutes les branches de l'industrie, des progrès immenses; surtout depuis le tarif supplémentaire du 18 décembre 1836 qui favorisa la concurrence étrangère. Telle est la rapidité de sa marche ascendante , qu'elle n'est déjà plus que ce que la décrivait le savant Schnilzler il n'y a que quelques années. Son industrie manufacturière a pris un développement prodigieux. De 1822 à 1831, la fabrication de la colonnade a augmenté de 230 pour cent j celle des soieries de 25 pour centj celle des lainages de 30 pour cent ; celle du lin et du chanvre de 45 pour cent; et celle des produits chimiques de 410 pour cent (1). L'industrie séricole s'est naturalisée dans les provinces caucasiennes, et un fabricant fran-
(1) De PelttthiDski, chambellan (1833).
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çais a bientôt été en état de livrer 30000 pieds de soie à la consommation.
Il y avait 5128 fabriques dans la première année du règne de l'empereur Nicolas, et deux ans plus tard on en comptait 6000 en activité. Le nombre des marchands de toutes les gildes (corporations) a augmenté dans la même proportion de 1830 à 1838 j de 72590, il s'éleva à 131,347. Dans les cinq dernières années, on a établi 269 foires et 1,704 bazars; il s'est formé, de 4831 à 1838, 23 associations commerciales, mettant en circulation un capital de 32 millions de roubles papier. Malgré son immense consommation à l'intérieur, la production de la laine est augmentée an point de permettre à la Russie méridionale d'en exporter en Angleterre 50,400 quintaux.
Voici une simple comparaison entre l'importation et l'exportation des années précédentes. En 1802, le savant M. Storch, conseiller d'état, estimait :
l'importation et l'exportation
à 42,289,380 roub. argent. à 17,951,960 id.
elle s'élevait en 1835 à 240,994,338 id. à 227,174,351 id.
différence :
198,704,958 id. 209,223,391 id.
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La Russie a déjà envoyé de ses produits à Leipsik. A l'exposition des produits de l'industrie, à Moscou en 1830, on a vu des cristaux, des porcelaines, des cachemires, des draps qui égalaient ce que la France et l'Angleterre peuvent produire de mieux.
On voit que tout est en travail dans le sein de l'empire russe et le moment n'est pas loin où un actif commerce extérieur deviendra pour lui une impérieuse nécessité. C'est alors , à moins que d'ici là de nouvelles combinaisons ne s'établissent, c'est alors qu'il faudra prendre les Dardanelles, car alors, l'opinion et les besoins publics y forceraient au besoin le gouvernement.
Telle est la position de la Russie. Voyons maintenant quelle est à son égard la position de la Grande- Bretagne.
La Grande-Bretagne n'a aucun intérêt à prendre les Dardanelles; elle a seulement intérêt à ce que la Russie ne les ait pas. Mais elle a , tout à côté , un intérêt
très grand qui chaque jour davantage devient l'objet de ses préoccupations : c'est un passage pour aller aux Indes par la Méditerranée.
Le commerce de l'Asie avait déjà fait la fortune de plusieurs nations lorsque l'Angleterre et la France so le disputèrent. La France succomba , non sans gloire,
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mais enfin elle succomba. L'Angleterre en est restée maîtresse, elle veut le conserver. Elle a depuis longtemps cherche à s'en assurer la possession exclusive par une diminution dans les prix de transport des marchandises, en les faisant passer par Alexandrie. C'était rétablir après vingt-un siècles ce qu'avait fait Alexandre. Dans ce but , elle a recherché avec soin et patience les anciennes routes pratiquées avant la découverte du cap de Bonne-Espérance.
Déjà, en 1775, l'Angleterre avait montré ses vues sur l'Egypte. Le fameux lord Hastings , gouverneurgénéral du Bengale, avait conclu avec les beys un traité qui autorisait le commerce anglais à introduire et à faire circuler dans l'intérieur de l'Egypte toutes ses marchandises en payant un droit modéré. C'était lèpremier pas pour les faire passer en Europe par la mer Rouge. L'Angleterre comprenait déjà alors que Suez et Alexandrie était entre Londres, Bombay et Calcutta des points d'étape plus utiles que le cap de Bonne- Espérance.
En 1798 , la France, par le bras de son immortel général , conquit et organisa l'Egypte. Bonaparte en fit une colonie française ; c'était menacer le commerce britannique d'un coup mortel ; aussi quels eflforts ne fit
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pas r Angleterre pour le détourner. A quoi bon , en effet, avoir battu la France dans l'Inde , si elle la laissait menaçante en Egypte. Elle souleva d'abord le divan , et trois armées turques vinrent successivement périr sous les armes françaises. Puis en Europe elle souleva et paya une nouvelle coalition. L'ennemi victorieux vint frapper à la porte de la France. Le premier effet fut le retour de Bonaparte. L'Egypte privée de son génie organisaleur , s'affaiblit de jour on jour. Lorsque l'Angleterre vit la colonie sans chef, qu'elle la crut épuisée , elle y envoya une forte expédition, la prit, et la rendit aux Turcs; mais elle garda Malte.
En 1807, regrettant sans doute son abandon, elle essaya de la reconquérir , et prit Alexandrie. Mais à la chute du ministère Fox et Grenville, les circonstances l'obligèrent à abandonner cette conquête.
Aujourd'hui on comprend que le système de i'in* flucnce est préférable au système de la conquête qui coûte des sommes énormes , révolte l'opinion et fait naître des ennemis , l'Angleterre ne veut pas conquérir l'Egypte, mais elle veut y établir son influence. Mchémel-Ali lui résiste. De là le mécontentement de l'Angleterre contre lui. II a fait plus, il a fait la chose qui pouvait être la plus sensible à l'Angleterre. Il a rendu
l'Egypte un pays producteur. 11 a favorisé l'agriculture, il a naturalisé le coton et l'indigo. Il approvisionne Trieste et Marseille. Ce sont choses que l'Angleterre ne pardonne jamais. L'histoire est là pour l'attester. Il faut donc qu'elle étouffe la puissance égyptienne dans sa naissance. Mais comment l'attaquera-t-elle ? Par l'Europe ? La chose serait grossière, tout le monde l'apercevrait. Elle va la presser par l'Asie. Par là on ne verra les actes que quand ils seront accomplis.
Le colonel Chesney fut envoyé avec deux bateaux à vapeur pour explorer le cours de l'Euphrate, ancienne route commerciale de l'Asie. Les deux bateaux furent transportés par terre jusqu'à Byr , remontés et mis à flot. Le colonel descendit tout le cours de l'Euphrate avec des peines infinies, et fit un des plus beaux travaux d'exploration qui se puisse imaginer. L'état du lit de ce fleuve, mais surtout l'incivilisalion des tribus qui habitent certains points de ses rives , ne laissa pas d'espoir de rétablir l'ancienne route commerciale. Néanmoins , l'Angleterre s'empara de l'Ile de Karak dans le golfe persique. Elle y rétablit les anciennes fortifications hollandaises, et y bâtit des casernes et des magasins en pierre de taille. Outre que l'Ile de Karak est la première pêcherie de perles, elle commande le
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cours de l'Euphrale, le commerce de Bagdad , de Bassorali et du golfe persique; elle domine une des portes de la Perse et surveille l'Arabie. Napoléon , qui n'avait jamais perdu de vue une expédition dans les Indes, avait jugé son importance et se Tétait fait céder par la Perse en 4807. L'Angleterre vient de la prendre sans que la diplomatie européenne semble s'en être aperçue!
L'isnam de Mascate était menacé par Méhémet-Ali , par suite de son voisinage avec les Vahhabites. Aussitôt les Anglais sont venus l'assister et lui garantir son indépendance. Mais on peut lire dans l'histoire de l'Inde, à quel prix le gouvernement anglais assiste !
En 1837, arriva, toutàfaità propos, une querelle entre la Compagnie des Indes et le scheik d'Aden. Il s'agissait d'un navire portant pavillon anglais, qui s'était fait piller. Aussitôt le gouvernement anglais prit fait et cause pour son marchand. Rien de plus louable; c'était son devoir de gouvernement. Mais pour arranger la chose à la satisfaction commune, il finit par faire partir des troupes de Bombay et enlever Aden de vive force. Or, qu'est Aden 1 C'était la ville la plus opulente de l'Arabie. Elle a déchu depuis qu'elle est tombée entre les mains des Arabes , et que son commerce est passé à
Mocha. Mais son port est le seul dans ces contrées. C'é-
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tait ce que demandait l'Angleterre, et rien n'a annoncé que la diplomatie européenne se fût aperçue de tout cela ! Aden est la clé de la mer Rouge du côté de l'Asie j de la l'Angleterre n'a qu'à étendre la main pour prendre l'île de Perim , qui bouche le détroit de Babel-Mandeb. On dit môme qu'elle a pris possession du petit fort de Ras-Beiloul, sur les cotes de l'Abyssinie, vis à vis Mocha. Mais on ne sait si cette nouvelle s'est confirmée.
Elle a des agents dans les principales villes de l'Egypte et de l'Arabie à Mocha, à Djedha, à Moilah, à Geneh, à Cosseir, à Suez , partout où il se fait du commerce.
Elle a en Egypte une espèce d'administration par le
moyen de laquelle elle fait le service de la poste aux lettres.
On voit combien le pacha d'Egypte est circonvenu, entouré, pressé du côté de l'Asie par l'Angleterre.
Elle avait demandé à Méhémet l'autorisation de faire un chemin de fer du Grand-Caire à Suez. Mais il paraît qu'il a fini par refuser.
Elle avait obtenu du sultan un passage d'Alexandrie à Suez pour 6,000 hommes , mais Méhémet n'a pas consenti.
août 4840. DE sainte-iiklène/ 115 Après la bataille de Koniah, lorsque, comme aujourd'hui, lout semblait en suspens en Orient, la flolte anglaise se sépara de la flotte française , et se rendit à Alexandrie pour être à la disposition de M. Campbell. Elle se préparait à abaisser le pacha d'Egypte en le forçant à se soumettre à la Porte, lorsque tout à coup et contre toute attente on apprit que le sultan consentait à abandonner au pacha le district d'Adana, qu'il avait opiniâtrement refusé jusqu'alors. Cela arrangeait tout. La démonstration de la flotte anglaise n'eut pas de suite, mais les intentions du gouvernement furent nettement dessinées aux yeux des personnes clairvoyantes.
Tout récemment, lorsque le capitan-pacha quitta tes Dardanelles pour venir se mettre à la disposition de Méhémel-Ali, le cabinet de Londres proposa au cabinet des Tuileries de donner mission aux deux flottes com-
binées d'exiger de vive force la remise de la flotte ottomane. Comme indubitablement le capitan-pacha eût refusé de se rendre, et que Méhémet-Ali n'eût pas voulu la livrer, on eût tout naturellement, par la seule force
des circonstances, fait un second Navarin !...
Ne pouvant maîtriser la ténacité de Méhémet-Ali , l'Angleterre attaqua sa puissance 4ans sa base. Toute la richesse du gouvernement égyptien est fondée sur
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le monopole commercial que le pacha a établi à son profil. Si par un moyeu quelconque le monopole est aboli , toute sa puissance est détruite. Le i6 août 4838, le gouvernement anglais a fait signer au sultan un traité par lequel les monopoles sont abolis dans toute l'étendue de l'empire ottoman, et par conséquent en Egypte et en Syrie. Si Méhémet reconnaissait et exécutait ce traité, ses revenus étaient fort compromis ; s'il ne le reconnaissait pas, il se mettait en état de rébellion ouverte contre son suzerain.
La bataille de Nézib a été, au milieu de cette guerre sourde, un dénoûment fort inattendu. Toutefois, la série de faits que nous venons de passer en revue demontre assez clairement ce qui excitait la passion haineuse du sultan contre le pacha d'Egypte et qui le poussait sans cesse à se venger, en abaissant et en anéantissant son vassal.
Il est donc clairement démontré que ce que l'on appelle la question d'Orient n'est au fond qu'une question commerciale qui se débat entre l'Angleterre et la Russie. Et cette lutte occupe un vaste théâtre. Elle para!t d'abord en Chine; il est peu douteux que le collège russe de Pékin n'ait été pour beaucoup dans les causes qui ont amené une rupture entre l'Angleterre et la
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Chine. Ensuite en JJukarie ; elle a déterminé l'expédition du Kaboul de la part des Anglais, celle de Chiva de la part des Russes. Ensuite en Perse ; les Anglais et les Russes s'y disputentdepuis longtemps l'influence. Les Russes paraissent avoir l'avantage en ce moment. Enfin dans la Méditerranée; les diverses escadres ont été plusieurs fois en présence. Cette immense ligne de bataille qui s'étend de Pékin aux Dardanelles reçoit son impulsion d'une seule et même cause. La rivalité de l'Angleterre et de la Russie. Il est vrai que le point de la lutte le plus apparent pour nous, celui devant lequel les autres s'effacent, c'est la Méditerranée. C'est là pour ainsi dire le centre de ce que l'on appelle la question d'Orient. t
Voyons quel sont dans celte question les intérêts divers des puissances européennes.
La Russie tend à prendre les Dardanelles, mais elle est loin d'être prêle et elle sait attendre. Afin qu'elle puisse attendre avec sécurité, 6on premier intérêt est qu'il n'y ait pas en Orient de collisions sérieuses qui amènent trop tôt des interventions obligées. Bien que l'affaiblissement du pacha d'Egypte soit utile à l'Angleterre, la Russie y consent cependant et se réunit sur ce point à l'Angleterre parce que l'ambition
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remuante de ce chef ferait naître des collisions prématurées.
L'intérêt de l'Angleterre dans la question est i°, et c'est môme son intérêt principal, que les Dardanelles ne deviennent pas russes. C'est pour cela qu'elle veut empêcher toute collision qui donnerait à la Russie un prétexte pour intervenir. C'est en grande partie pour cela qu'elle a toujours voulu abaisser le pacha d'Egypte, afin qu'il ne fût pas en élat de lutter avec son seigneur et de faire naître des cas d'intervention. 2° Un autre intérêt de l'Angleterre, c'est d'avoir une route commerciale, soit par l'Euphrale, soit par Suez, qui puisse lier la vieille Angleterre avec les Indes. La rapidité des communications est regardée aujourd'hui comme une des causes les plus puissantes de toute espèce de succès ; mais encore faut-il que ces communications soient assurées, et si le pacha d'Egypte est trop puissant, il peut les intercepter à volonté. Nouveau motif pour que l'Angleterre veuille affaiblir le pacha.
Mais si la Russie et l'Angleterre ont pu se réunir momentanément pour abaisser le pacha d'Egypte, leur union ne peut être que bien momentanée et bien précaire, car la cause de désunion, Canstantinople et les
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Dardanelles, cette cause qui exi'to depuis si longtemps, est toujours là.
Au milieu de ce conflit , quel est l'intérêt de la France ? Son premier intérêt 3st que les Dardanelles ne tombent pas entre les mains des Russes. Cet intérêt lui est commun avec l'Angleterre. Son second intérêt est que le pacha d'Egypte soit fort. Mais, pourquoi ? Parce qu'il empêche que Suez ne soit entre les mains de l'Angleterre, ce qui accroîtrait sa puissance.
Elle n'a pas considéré comme la Russie que son second intérêt était d'abaisser le pacha d'Egypte pour éviter des collisions prématurées, elle a au contraire considéré que son second intérêt était de soutenir le pacha. Pourquoi? pareeque l'affaiblissement du pacha fortifle l'Angleterre. Ainsi la France est avec l'Angleterre pour la question principale et contre elle pour une question un peu secondaire.
Une pareille position est-elle sage. Des personnes expérimentées en doutent. Elles pensent qu'en politique, à moins d'être dans des circonsianccs tout-à-fait particulières comme le sont les lies Britanniques, il vaut mieux choisir une alliance, et quand elle est choisie s'y tenir, même en lui sacrifiant des intérêts se-
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condaires. Puisse la position prise par la France ne pas la conduire à l'isolement.
9 Dimanche. À dix heures et demie nous entendons la messe. Nous assistions toujours à l'office divin le dimanche toutes les fois que le temps le permettait.
M. l'abbé Coquereau avait à bord le titre d'aumônier de la Frégate; mais il était envoyé pour accomplir les cérémonies religieuses lors de l'exhumation des restes mortels de l'Empereur.
M. Coquereau est déjà chanoine de plusieurs diocèses; c'est son talent comme prédicateur qui lui a valu ces titres, C'est aussi ce talent qui l'a fait choisir pour lui confier la belle mission qu'il remplit aujourd'hui.
Il était à prêcher dans le Midi lorsqu'il reçut la nouvelle qu'il était désigné. Comme il n'avait rien demandé, son étonnement fut égal à sa joie, et il se hâta de partir. A bord , il a toujours su conserver avec tact et convenance son caractère de prêtre au milieu des officiers de l'état-major dont il s'est fait aimer.
Aujourd'hui, pour la première fois, nous rencontrons des bâtiments.
10 Lundi. Depuis midi, la pluie dura toute la journée et toute la nuit. La nuit, elle tomba par torrents. Rien n'est plus triste à la mer.
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11 Mardi. Nous vîmes encore plusieurs bâtiments. Le soir nous eûmes le spectacle d'un magnifique arcen-ciel lunaire.
12, 13, 14, 15. Tous ces jours nous eûmes beaucoup de grains, ce qui rendit le temps fort désagréable.
16 Dimanche. Aujourd'hui nous entrons dans les vents généraux.
La conversation revenait souvent sur l'Orient , et le
commandant nous racontait quelquefois à cette occasion des anecdotes curieuses.
Un officier de la marine française, M. de la Paquerie, avait obtenu un lirman pour pouvoir dessiner dans la mosquée de Sainte-Sophie. Il était avec le soldat turc porteur du firman qui devait le protéger, lorsqu'un iman de la mosquée vint regarder ce qu'il faisait. A la vue d'une image, il entre en fureur et parle avec la plus grande véhémence à M. de la Paquerie qui ne lève pas même les yeux. L'iman va chercher dans la mosquée une douzaine de fanatiques auxquels il dit que la mosquée est profanée et qu'ils doivent l'aider à chasser cet infidèle. Il revenait, toujours furieux à leur tête, et était déjà près de M. de la Paquerie, lorsque le soldat turc montra le firman. A cette vue,
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Timan se retourne subitement et tombe à grands coups de bâton sur les douze ou quinze fanatiques qu'il avait ameutés ; puis il revint roder autour de M. de la Paquerie en disant : t Qu'est-ce que c'est maintenant que d'être iman, à quoi bon ! oh Mohamed ! Voilà un Franc qui est là et il ne donne pas môme une piastre!...
17, 18, 19. Nous avions à bord quatre des fidèles serviteurs de l'Empereur. Ces braves gens l'avaient suivi à l'île d'Elbe. Je les avais vus partir pour Sainte- Hélène, sans s'informer ce qu'était Sainte-Hélène, de ce qu'on y ferait, du temps qu'ils y resteraient. L'Empereur y allait, tout était dit.
C'étaient MM. Saint-Denis, Noverraz, Pierron et Archumbault.
Le commandant, toujours bienveillant, s'informait de temps en temps s'ils se trouvaient bien. Aujourd'hui , ayant vu l'un d'eux qui lisait, il leur Ht dire qu'ils pouvaient prendre des livres dans sa bibliothèque .
Saint-Denis était entré au service de l'Empereur en 1806 en qualité d'élève piqueur; il fit une campagne en Allemagne et trois en Espagne j il suivit l'Empereur en Hollande en 1811. A la fin de celle année, l'Empereur voulut avoir uû second Mameluck j Saint-Denis
fut appelé, prit le costume et porta dés lors le nom d'Ali. Ses fonctions étaient de faire le service de valet de chambre auprès de l'Empereur; il le suivait en campagne et se tenait derrière lui, portant la lorgnette de guerre et un flacon d'argent rempli d'eau-de-vie : c'était plutôt pour donner que pour l'usage particulier de l'Empereur, car Saint-Denis ne lui en a jamais servi une seule fois. Lorsque l'Empereur voulait observer quelques mouvements pendant une bataille, Saint-Denis se plaçait debout devant lui, le gros bout de la lorgnette appuyé sur son épaule. 11 fil la campagne de Russie et celle de 4813. Le blocus de Mayrnce, où il était enfermé* l'empêcha de faire celle de 1814. Après l'abdication, il partit de Mayence pour se rendre à l'Ile d'Elbe. Rustan ayant refusé de suivie ion maître, Ali fut seul Mameluck. Il était de service au 20 mars 1815; il était derrière l'Empereur à Ligny et à Waterloo. Depuis, il ne l'a plus quitté. A Sainte-Hélène, son occupation habituelle était de mettre au net les choses dictées par l'Empereur. Il est un de ceux qui l'ont veillé dans sa dernière maladie. L'Empereur lui a fait un legs et lui a laissé des objets à remettre à son fils.
Novcrraz, né dans le canton de Vaud, entra au ser-
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vice de l'Empereur en 4809, fut nommé courrier de cabinet en 1811 et a fait lescampagnesde 1813 et 1814. A Fontainebleau, il fut choisi pour aller à l'Ile d'Elbe en qualité de chasseur; son service fut alors le même que celui de Saint-Denis. 11 fit le voyage de Fontainebleau à Fréjussur le siège de la voiture de l'Empereur ; ilélait derrière lui à Waterloo. A bord du Bellérophon, il demanda à suivre. « Je compte sur loi », répondit l'Empereur. L'Empereur lui a fait un legs et lui a laissé des objets de sellerie pour remettre à son fils.
Il a pu entrer dans la maison de deux souverains étrangers, mais il a remercié disant qu'après avoir été un des hommes de confiance de l'Empereur, il ne devast plus servir.
Pierron, maître d'hôtel de l'Empereur, est entré dans sa maison en 1807, et a fait avec elle le grand voyage de Hollande et toutes les campagnes, excepté celle de 1812. A Fontainebleau, il sollicita de remplacer un des serviteurs qui avaient déserté, et partit pour l'Ile d'Elbe en qualité de chef d'office. Revenu de l'île d'Elbe , il suivit l'Empereur pendant la campagne de 1815. A Sainte-Hélène, il succéda, dans la confiance do l'Empereur, au fidèle Gipriani, le maître
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d'hôtel, qui venait de mourir» L'Empereur lui a fait un legs.
Archambault, piqueur, est entré dans la maison de l'Empereur en 1805, attaché aux écuries. En 4844, il sollicita avec opiniâtreté d'aller à l'île d'Elbe et l'obtint; il y fut nommé brigadier des valets de pied. Il fit en cette qualité la campagne de 4845. Le matin de Waterloo, c'est à lui que Saint-Denis (le pre-
mier chasseur) confia les clefs de la voiture de l'Empereur et la voiture elle-même. Archambaull ne put la sauver, mais au moins en emporta deux portefeuilles qu'il crut les plus précieux. Il suivit, avec son frère, l'Empereur à Sainte-Hélène, et y commanda l'écurie en qualité de piqueur. Dans sa dernière maladie, l'Empereur croyant qu'on lui changeait son eau, ordonna à Archambault d'aller la chercher lui-même, ce qu'il fit religieusement. Après la mort de l'Empereur, « c'est moi, dit-il, qui ai tenu sa noble tète pen- » dant qu'on la rasait pour pouvoir la modeler. » L'Empereur lui a fait un legs.
20 Jeudi, C'était aujourd'hui le passage de la ligne. De temps immémorial, toutes les personnes qui passent la ligne pour la première fois doivent recevoir ce qu'on appelle le baptême de la ligne, de la main de
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l'aumônier du dieu Neplune. Une fois baptisées, le dieu les connaît ei leur permet le passage. Cette cérémonie est le bonheur et la jubilation du brave matelot. . C'est une véritable saturnale, pendant laquelle on s'arrose mutuellement à qui mieux mieux. 11 y a des commandants, qui, dans cette circonstance, gênent le matelot ■ par leur sévérité ; mais le nôtre avait dit qu'il laisserait faire en grand (c*est l'expression maritime, pour dire dans la plus grande étendue), et qu'il voulait que chaque matelot put lui jeter un sceau d'eau sur la tôtesi cela lui plaisait j que ses matelots étaient actifs, zélés et dévoués, qu'il voulait aussi les voir gais et contents. Il fut bien compris, car, pendant trois heures, ce fut un vrai déluge, et le commandant qui, du reste donnait IVxemple, ne fut pas plus épargné que les autres. Au moment le plus vif du combat, le commandant avait remarqué auprès de lui un matelot, connu par sa gaité, qui lui avait déjà jeté trois sceaux d'eau sur la tête. Au moment où il allait lui en jeter un quatrième, le prince se retourne, « donne-moi ton sceau » , lui dit-il : le matelot l'offre immédiatement, et sans qu'il ait le temps de se retourner, le reçoit sur la tête; il se relire sans rien dire. Un moment après, le commandant le revoit encore à côté de lui, un sceau
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d'eau à la main; il lui dit encore : « garçon, donne-moi ton sceau ». Le matelot fait le geste de le donner, le prince tend le bras, mais à l'instant le reçoit sur la tête. Monseigneur, nous voilà quitte, dit le matelot ; et chacun de rire.
Le commandant avait annoncé qu'il se servirait des pompes pour compléter le baptême. J'avais gâgné le maître Calfat, et obtenu de lui d'aller dans la nuit boucher les pompes, puis j'avais lancé quelques plaisanteries sur le baptême. Mais le commandant, qui porte en tout une grande circonspection, fit à ce qu'il paraît, visiter secrètement quelques instants avant la cérémonie, les pompes dont il devait se servir, et au lieu d'être attrappant je fus un des premiers attrappé.
Le soir il y eut grand bal. Au coup de huit heures, tout rentra, comme par enchantement, dans l'ordre accoutumé.
21 Vendredi, Dans la soirée, la conversation tomba sur la puissance des Anglais dans l'Inde, et le commandant Hernoux raconta, à ce sujet, des détails intéressants. J'avais eu l'occasion, dans une des relâches de causer avec une personne bien au fait des affaires de l'Inde, et qui avait été pleinement à même de les apprendre. Je donne ici le résumé de sa conversation.
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La dernière campagne des Anglais dans l'Inde (4838- 4839) a élé au fond une manœuvre contre la Russie. La compagnie des Indes a pris position : elle s'est placée sur un terrain avantageux, en attendant la lutte réelle dont le czar semble la menacer. C'est sous ce point de
vue seulement qu'il faut considérer cette opération. 11 ne faut point la juger comme chose isolée.
Le gouvernement russe étendait déjà son influence depuis le Jaxart jusqu'à Astrabad,sur la mer Caspienne, lorsqu'il envoya , en 1820, le baron Mayendorff, faire Tétude de la route que pourrait suivre une armée de Orembourg à Khiva. Cette démarche éveilla notre attention; et nous supposâmes à la Russie des vues ambitieuses du côté des Indes. Les avantages immenses et les étonnantes acquisitions territoriales qui résultérent pour la Russie de sa guerre de Turquie et de Perse, en 1827, 4828 et 1829, lui donnèrent la presque possibilité d'exécuter ses intentions , du moins de commencer. Notre attention fut alors éveillée bien plus vivement encore. Nous croyions le shah de Perse tout à fait dans nos intérêts : il nous devait son trône, et depuis les dernières années, nos agents étaient parvenus très habilement à compromettre la cour de Théhéran avec le czar. Mais celui-ci pouvait avoir sur la Perse une ac-
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tion plus immédiate que la nôtre. Le shah oubli i nos services; il se laissa influencer par la peur et, en 1837, à l'instigation du gouvernement russe et ayant des officiers russes dans son armée (la diplomatie l'a niée, mais pour moi, disait le narrateur, le fait est constant) ; il marcha sur la ville d'Hérat dont le khan était ostensiblement notre ami. La ville eût été prise, si le hasard n'eût fait trouver là des officiers anglais qui la sauvèrent. Pour rappeler au shah de Perse notre puissance, nous saisîmes l'Ile de Karak dans le golfe persique : c'était , il est vrai, violer un peu le droit des gens; mais Karak est loin de l'Europe, et comme nous l'avions bien supposé, le fait est passé inaperçu. Outre que cette ile est une très belle pêcherie de perles, elle nous donne la clef de l'Euphrate et presque une des portes de la Perse.
La tentative d'Hérat , que j'appellerai perso-russe malgré les déclarations de la diplomatie, nous fit ouvrir encore bien autrement les yeux sur notre position. Nous vîmes que noire frontière occidentale était tout à fait ouverte, ou que plutôt nous n'en avions aucune. Les émirs du Sindhi étaient maîtres des bouches et du cours de l'Lndus. Telle était l'arrogance de ces barbares , qu'ils avaient failli refuser le passage à notre cé-
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lèbre voyageur M. Alex. Bûmes. L' Indus supérieur et ses beaux affluents étaient au pouvoir du roi de Lahore, Rendjit-Sing, notre ami, mais notre ami bien douteux, L'Indus , soit comme ligne commerciale, soit comme ligne de défense, était nul pour nous. De plus, la vraie frontière et barrière de l'Inde est la chaîne des monts Brawouiks qui s'élèvent à l'ouest de l'Indue comme un véritable rempart. Celte longue chaîne n'a que deux ou trois portes praticables pour des armées : le col do Bolan, le passage de Caboul et peut-être un ou deux autres sur lesquels on n'a que des notions incertaines ; ces portes étaient inoccupées, et si notre ennemi s'y était présenté, il n'aurait eu à surmonter que les difficultés naturelles ; personne n'était là pour les défendre : il était donc indispensable que nous nous en rendissions maîtres. C'est ce que nous avons fait par notre expédition du Caboul.
L Nous avons toujours en réserve des prétendants pour les trônes un peu importants de l'Inde et des environs, afin d'avoir le droit d'exercer une grande influence dans les affaires de ces souverains. Shah-Soojah, à qui nous faisions depuis long-temps une pension, était le prétendant du Caboul. C'est un homme médiocre qui a perdu son trône par sa faute, et qui dans nos mains
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était une véritable poupée (a (rue puppet). Dost-Mohammed, l'usurpateur du Caboul, ne manquait ni de courage, ni d'habileté. Il recherchait ardemment notre alliance ; il sollicitait notre protection pour s'en faire un appui contre Rendjit-Sing qu'il craignait; mais il fallait conduire nos troupes à Caboul, et si nous eussions accordé notre alliance à Dost -Mohammed , nous n'aurions plus eu aucun prétexte valable; au lieu que ramenant Shah-Soojah sur son trône nous ne pouvions pas le faire sans une armée : alors personne n'avait rien à nous dire. Notre armée est partie de Delhi et de Bombay pour se réunir à Chicarpour,prè8del*Indus. Le corps parti de Bombay a soumis, en passant, les émirs du Sindhi et leur a imposé un traité qui nous donne le cours de l'Indus. Notre armée a franchi avec de grands efforts le col de Bolan qu'elle a appris à connaître) et elle a été occuper Caboul. Comme Shah-Soojah est peu consolidé, il faudra que nous laissions avec, lui un corps de troupes pour le maintenir. La mort % ainsi que nous l'attendions, nous a fait justice du fourbe Rendjit-Sing. Nous aurons soin que son empire redevienne ce qu'il était avant lui : plusieurs petites, républiques que nous neutraliserons Tune par l'autre. En sorte que nous nous sommes assuré le cours de
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l'Indus et les portes de l'Inde : c'est là l'esprit et le résultat de la campagne. Maintenant si une armée russe peut venir jusqu'à nous, ce qui est bien douteux, le sort de l'Inde ne se décidera pas par une seule bataille entre le Setledje et Delhi. On défendra les passages avec tous les avantages que donne la localité, et si le passage est forcé, on aura la ressource de livrer une bataille à une armée déjà épuisée. Voilà un aperçu de notre politique de ce côté.— Je n'avais pu m'empôcher de la trouver habile.
22 Samedi. Nous avions observé depuis hier à notre droite un gros trois mats qui faisait môme route que nous. Tout à coup la frégate vire de bord. Le commandant avait donné. ordre de courir dessus. En peu. de temps il fut atteint. C'était la Princesse Charlotte , gros navire marchand, parti de Liverpool, le 11 juillet et allant à Bombay. Gomme il devait relâcher au Cap de Bonne-Espérance, nous lui dîmes que nous y allions aussi. Sa marche supérieure à celle de notre corvette, lui permettra d'y arriver un peu avant nous. Les deux bâtiments échangèrent leur position. Elle •ne différait que de 10' (6 lieues et demie ), ce qui témoigne des admirables progrès qu'a fait faire à la navigation l'invention des montres marines.
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Pendant que le navire la Princesse Charlotte attirait
notre attention, nous vîmes à l'ouest un globe de feu, couleur rouge blanc, qui parut tomber perpendiculairement à l'horizon, laissant une large traînée verdâtre. Il disparut en quelques secondes ; il était environ deux heures.
23 Dimanche. Après déjeûner, nous entendons la messe. M. Paul us s'est distingué dans son Domine Salvum. M. Paulus est le chef de musique du commandant. C'est un bon musicien dont le nom est connu à Paris. Il est remarquable ici par son assiduité à son devoir, et la conscience avec laquelle il le remplit.
La journée s'écoule lentement, plus lentement encore, peut-être, que d'habitude. 11 semble que le dimanche soit un jour plus long que les autres jours de la semaine.
Sur les quatre heures, un Fou ou boubie est venu se charger de nous distraire. C'est un oiseau palmipède; son corps est presque égal à celui de l'oie , son envergure est plus considérable. 11 se nourrit particulière ment de poissons volants. On l'appelle Fou à cause de sa stupidité. Il a pour ennemi acharné la Frégate, autre oiseau doué d'une forcent d'une agilité extrêmes, qu'on pourrait appeler avec justice la reine des eaux. Il
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n'est pas rare de la rencontrer à plus de quatre cents lieux en pleine mer. Dès que la Frégate aperçoit le Fou à l'horizon, elle part avecjla rapidité de l'éclair : le Fou fuit aussitôt de toute la force de ses ailes; mais la Frégate l'atteint en un moment, s'élance sur lui, et, à coup d'aile et de bec, lui fait dégorger sa nourriture, qu'elle rattrape avec une adresse étonnante avant qu'elle soit tombée dans l'eau. Le Fou, quelle que soit sa force, n'essaie pas môme de se défendre. Parfois il se pose sur les vergues d'un bâtiment : les matelots y montent aussitôt. En les voyant approcher, le Fou ouvre son énorme bec, pousse un cri rauque et se laisse prendre. J'en ai vu prendre un de cette manière en 4815. Nous espérions que telle serait la fin de celui qui venait nous visiter; mais il ne se posa pas. 11 planait tellement près du bâtiment, qu'il venait pour ainsi dire offrir un beau coup de fusil. Il faut le tirer, dit le commandant. Aussitôt on alla chercher les fusils, et le stupide oiseau reçut au moins une douzaine de balles, dont certainement plusieurs le louchèrent. Il se borna à crier et à secouer la queue , mais ne s'en dérangea pas. Telle est l'épaisseur du matelas de plumes qui le couvre, qu'il est complètement à l'abri de la balle. ÏSous le perdîmes de vue à la nuit .
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2Mundi. Vers midi nous mettons le cap sur Bahia. L'intention primitive, en quittant Ténérifle, avait été d'aller relâcher au cap de Bonne-Espérance; mais le commandant tenait beaucoup à avoir des vivres frais pour l'équipage : ils étaient presque épuisés. Il fallait encore environ trente jours pour atteindre le cap. On y eut alors été dans la mauvaise saison, et la mer y est terrible, comme l'indique son premier nom de cap des Tempêtes» Peut-être même, après avoir lutté pendant plusieurs jours contre le mauvais temps, aurions-nous éléobligésde laisser arriver sur Sainte-Hélène sans avoir relâché. Ces considérations déterminèrent le commandant à s'arrêter à Bahia, où il était sûr de trouver de tout en abondance.
Ce soir, on causait d'Alger. Le commandant raconta l'anecdote suivante : M. de Lamoricière se promenait avec un de ses amis à quelque distance de Bougie, n'ayant que son fusil à deux coups, lorsque deux Arabes à cheval lui envoyèrent quelques balles. Puisqu'ils veulent nous tuer, dit M. de Lamoricière, il faut leur jouer un tour et leur rendre la pareille. Au premier coup de fusil, le compagnon de M. de Lamoricière, qui n'avait pas d'armes, se sauve vers la ville , lui-même feint d'être atteint et tombe à la renverse.
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Les deux arabes accourent aussitôt pour lui couper la tôle. Mais pendant qu'il descendent de cheval M. de Lamoricière se rélève, et les couche tous les deux par terre.
26 Mercredi. Sur les quatre heures, le vent devint bon frais, avec rafales, au plus près. La pluie fut presque continuelle. La frégate donnait fortement de la bande, et il était impossible de se promener sur le pont. Vers huit heures du soir, le vent sifflait vigoureusement dans les cordages. Le commandant, qui selon son habitude, était alors sur le pont; nous dit en riant : Messieurs, c'est aujourd'hui mercredi, jour d'opéra; vous voyez que j'ai pensé à votre divertissement , les instruments à vent et à corde ne manquent pas. — Nous passons notre soirée un peu tristement. On ne sait pas assez toutes les fatigues et les dégoûts qui accompagnens le métier de marin.
27 Jeudi. Le temps à grains continue , mais beaucoup moins mauvais qu'hier. .Nous souffrons toujours beaucoup de la houle du S.-O., chose fort extraordinaire dans ces mers : il faut que ce soit la queue d'un fort pampero.
Aujourd'hui, exercice à feu.
Depuis que nous sommes dans les vents alizé*, le
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commandant ne cesse de faire faire des exercices, auxquels il assiste toujours lui-même. C'est tantôt l'exercice du fusil, tantôt l'exercice du pistolet. Celui qui met dans le blanc obtient un petit supplément de ration. 11 y a des matelots très bons tireurs.
28 Vendredi. A midi et demi on signale la terre, qui était encore très loin. La nuit vînt; le commandant voulut néanmoins entrer, quoique la passe ne soit pas sans offrir quelques difficultés. Depuis le moment de l'atterrage , le prince avait pris le commandement. On put observer dans cette circonstance l'heureuse alliance de l'audace et de la prudence, qui se trouvent réunies en lui à un égal degré. A sept heures et demie il commandait de mouiller.
Nous avions devant nos yeux le singulier spectacle d'une immense quantité de lumières qui témoignaient de la présence d'à ne grande ville, que nous ne voyions pas. Nous attendîmes le jour avec impatience.
29 Samedi. Après les saluts d'usage, nous nous hâtâmes de débarquer. Le prince et les Français furent reçus à Bahia avec la plus grande prévenance et la plus grande cordialité. Le président , S. Ëxc. Thomas Xavier, s'empressa de venir à bord, pour présenter ses respects au prince ; et les premières familles du pays,
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MM. Monis, Boulcan, Bandeira, etc., nous firent le plus aimable accueil.
Je rencontrai à Bahia d'anciens amis , et je profitai de laùrs offres pour aller visiter l'intérieur d ti pays. Je pus y recueillir de curieuses notions sur la question de l'esclavage , que j'avais déjà été chargé, par le gouvernement, d'étudier à la Martinique et à la Guadeloupe.
Septembre, 44 Lundi. A cinq heures du matin le prince commandait l'appareillage; cette fois, nous al» lions courir sur Sainte-Hélène.
15 Mardi. Nous vînmes à causer de la race noire, de son étal social et de son avenir. Plusieurs d'entre nous avalent fréquenté les colonies ou les côtes d'Afrique , et avaient été à même d'observer les diverses tribus noires» Boil aux Antilles, soit dans leur propre pays.
La race africaine, selon moi, est une race inférieure à la race blanche. En voici une des preuves les plus irrécusables.
Une grande partie de l'Afrique se trouve dans les mêmes conditions atmosphériques que les Indes. La race indienne a montré dés la nuit des temps, tout ce que la civilisation peut produire de plus remarquable : les arts, les sciences, les monuments de la plus belle
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philosophie. La race africaine, au contraire , n'a pas même en de langue écrile. Ce n'est que depuis la conquête des Arabes, que ces derniers y ont porté leur religion et leur langue.
On trouve des noirs qui sont extrêmement rusés, et on en conclut qu'ils sont très intelligents. Mais le renard aussi est très rusé, et à qui est-il venu dans l'esprit de parler de son intelligence? On trouve d'autres noirs qui ont de l'aptitude pour les arts mécaniques, pour la menuiserie, par exemple; cela est vrai. J'en ai vu de très adroits. Mais la faculté qui est particulière à l'homme, qui consiste à découvrir le rapport des effets aux causes; qui produit l'analyse et la synthèse; qui rend l'homme susceptible de créer, de constituer et d'organiser; qui est là véritable base de la philosophie utile ; celte faculté , dis-je , est infiniment faible chez la race noire; c'est là, selon moi, ce qui la place à un rang inférieur dans l'échelle des races humaines.
11 n'en est pas de même des hommes de couleur. Ceux-ci ont toute l'intelligence et toute l'aptitude du blanc; il ne leur manque que l'éducation.
Si les blancs, au lieu de repousser les hommes de couleur, avaient voulu les regarder comme leurs égaux et se les attacher, jamais la race noire n'aurait pensé
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à se soustraire à son élat d'infériorité sociale. Mais les femmes blanches ont tellement redouté la rivalité des femmes de couleur , qu'elles ont repoussé avec acharnement et fait repousser par les hommes blancs la généralité de cette race. Les hommes de couleur se sont alors constitués chefs des noirs. Dans la lutte, ils ont été l'intelligence, les noirs ont été les bras; c'est ainsi que s'est faite la révolution de Saint-Domingue, et toutes celles qui ont eu lieu.
Je dois dire que mes opinions n'étaient pas partagées à bord, par tout le monde. Mais elles sont chez moi le fruit de l'observation la plus impartiale.
Lorsque j'étais en Haïti , je me suis occupé avec le plus grand soin de connaître l'histoire de la république; et comme le président, ainsi que plusieurs des fonctionnaires publics, se sont prêtés avec beaucoup de complaisance à me donner des éclaircissements , j'ai pu même écrire une histoire abrégée du pays depuis l'expédition du général Le Clerc. J'ai vu, dans tout ce qui s'est passé en Haïti, que les noirs étaient souvent de braves et intrépides soldats; mais que les hommes vraiment intelligents étaient les hommes de couleur. Pétion était un homme très remarquable, lnginac est un homme très habile. Boyer, le président actuel,
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que j'ai très souvent vu de près, est un homme extrêmement distingué , et qui , par son intelligence, eût joué un rôle partout où le sort l'eût fait naître.
Il y a, dans la vie de ce dernier, des faits qui m'ont inspiré une grande sympathie pour lui. Ainsi , il n'y a pas un exemple 'qu'il ait jamais manqué non seule' ment à une parole donnée, mais môme à une simple promesse. C'est une justice que lui rendent ses amis et ses ennemis. Lorsqu'on traite quelqueaffaire aveclui : « Le président a-l-il promis?» dit-on. S'il a dit oui, on regarde la chose comme faite. Lorsqu'il s'empara du royaume de Christophe, il mit la main sur les papiers secrets de ce dernier, et y trouva la preuve de plusieurs trahisons. 11 n'en a point tiré vengeance. Il n'a jamais voulu permettre aucune réaction politique. En 4821, au moment où son armée victorieuse voulait se venger des cruautés de Christophe, le sort des armes fit tomber dans ses mains les assassins de son propre frère , d'un frère qu'il aimait et qui avait péri par un supplice atroce. Mais il avait sévèrement défendu les vengeances personnelles. 11 fit comparaître ces scélérats devant l'armée, au moment d'une revue; leur reprocha vivement leur crime, et leur dit qu'il les livrait au supplice de leurs propres remords. Lorsque j'étais en
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Haïti, ils vivaient encore. A celte même époque, un officier de son armée poignarda par vengeance un officier de l'armée de Christophe. Boyer le fit arrêter, juger, et passer par les armes. Anciennement, lors de la révolution de Saint-Domingue, Boyer, étant alors capitaine, fut conduit à bord d'un bâtiment français pour être noyé. 11 dut son salut au hasard, ou, je crois, à la protection d'une femme. On eût pu trouver excusable qu'il eût conservé de la haine contre les Français. . Mais il disait que tous les Français n'étaient pas les Français de l'expédition. En 1822 ou 1823, lorsque l'amiral Jacob fit l'expédition de Saamana, il y eut dans toute la république un moment d'effervescence très violent contre les Français. Le général Boyer écrivit à tous les gouverneurs , surtout à ceux des ports, que si un seul Français était insulté, eux, les gouverneurs, en répondraient sur leur tête. IL faut savoir que le grand reproche que faisait alors à Boyer l'opposition haïtienne, était, chose ridicule, qu'il protégeait trop les Français.
\ Boyer est un des plus grands exemples du dévelopment de l'intelligence chez les hommes de couleur (1).
(1) Nous arons pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de reproduire le discours que M. de Las-Cases a prononcé à la chambre dei
septembre 4840. de sainte-hélene. 143 1C Mercredi. 11 n'y a pas dans la marine do branlebas de combat réglementaire. Chaque capitaine agit comme il l'entend. Le commandant avait rédigé une instruction pour le branle-bas de combat à bord de la frégate. Il le fit exécuter aujourd'hui pour la première fois.
17 Jeudi. Nouveau branle-bas de combat.
18, 19, 20 Dimanche. On fit encore le branle-bas de combat. Le commandant préside toujours lui-môme à tous les détails.
Aujourd'hui M. le capitaine Guyet, commandant la Favorite, et M. Marchand sont venus dîner à bord. Le commandant les invitait habituellement le dimanche , toutes les fois que l'état de la mer le permettait.
Ainsi qu'il a été dit, M. Marchand n'avait pu être logé à bord de la Belle- Poule , faute de place. Il était à bord de la corvette.
M. Marchand appartient à une famille honorable de la bourgeoisie de Paris., et son éducation a été soignée. Sa mère était auprès du Roi de Rome. En 1811, à l'âge de dix neuf ans, il fut admis dans la maison de l'Empereur, qu'il suivit en Hollande et à Dresde.
députés le 1 er mai 1639, et dans lequel il donne une description de l'état de la république d'Haïti (Voyez à la fin du volume).
{Noie de éditeur.)
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Constant, le premier valet de chambre, ayant abandonné son mattre en 18 14, M. Marchand fut choisi pour le remplacer. Pendant qu'il suivait l'Empereur à l'Ile d'Elbe, sa mère suivait le Roi de Rome à \ienne. Arrivé à l'île d'Elbe, Napoléon, selon son habitude, le questionna bientôt sur sa famille, et apprit avec satisfaction , qu'il était le jeune homme
pour lequel en 1812, il avait tiré 5,000 francs de sa cassette particulière, afln de lui acheter un remplaçant; son respect pour la loi s'opposant à ce que quelqu'un de sa maison pût se soustraire à la loi commune.
Ce fut alors que M. Marchand fut nommé premier valet de chambre, et que l'Empereur lui confia sa cassette, dans laquelle étaient alors 800,000 francs en or, et dont il arrêtait la dépense tous les mois. Les autres valets de chambre étaient sous les ordres de M. Marchand qui avait à l'ile d'Elbe sa table particulière et à Paris , pendant les cent jours, une table de quatre couverts, sa voiture , son cabriolet , ses entrées aux quatre grands spectacles, etc.
A Sainte Hélène, l'Empereur, dépourvu de tout et luttant contre la longueur des jours et des nuits, utilisait tout le monde. M. Marchand eut aussi son tour. Il fit d'abord la lecture à l'Empereur, lorsqu'il
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élait au bain ou au lit. Bientôt l'Empereur le fit écrire et lui dicta le précis des campagnes de César, divers fragments, notamment sur la fortification, ouvrage pour lequel M. Marchand qui sait dessiner, fit plusieurs profils. Napoléon affectionnait ce dernier travail, et disait que c'était une fleur jetée sur le chemin qui le conduisait au tombeau.
L'Empereur aimait les soins de M. Marchand, et celui-ci les lui prodiguait avec effusion le jour et la nuit. Dans ses derniers moments le besoin que l'Empereur avait de ces soins sembla augmenter encore, et avec lui les marques de sa bonté. Sentant approcher sa fin, l'Empereur remit à Marchand un riche collier qu'il tenait de la Reine Horlence en lui disant : « Je n'ai que cela ici , je ne sais pas comment sont » mes affaires en Europe, prends-le, c'est quelque » chose de sûr. i L'Empereur rendit Marchand dépositaire de son testament, avec ordre de ne le remettre qu'après sa mort, et il entretint le grand maréchal de l'intention où il était d'écrire à l'Impératrice, pour qu'elle donnât à son fidèle Marchand le titre de baron et la décoration de ses états. 11 lui a donné lui même bien plusque cela, en le nommant un de ses exécuteurs testamentaires, et en disant de lui : Us services
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qu'Unïa rendus sont ceux d'un ami; je désire qu'il épouse une veuve, sœur ou fille d'un officier ou soldat de ma vieille garde.
En épousant la fille du lieutenant-général comte Brayer, M. Marchand a rempli cette dernière volonté de l'Empereur qui était sacrée pour lui. Il m'a souvent entretenu de sa reconnaissance pour le roi, qui avait permis qu'il fit partie de la mission de Sainte- Hélène, et pour le prince de Joinville qui l'admettait à sa table. C'était dignement honorer la fidélité.
21 Samedi. Nous rencontrâmes une goélette hollandaise qui se rendait à Batavia. En songeant à la distance qu'elle avait encore à parcourir, je ne pus m'empêcher de la plaindre du fond de mon cœur.
22 Mardi. Je causais avec un officier des progrès immenses qu'avait fait notre marine, particulièrement depuis douze à quinze ans. Nous pouvons dire avec orgueil qu'elle est aujourd'hui en état de lutter avec quelque puissance que ce soit et que la force numérique seule lui manque pour voir renaître celte brillante mais trop courte époque, pendant laquelle le pavillon des Tourville, des Duquesneet des Dugay-Trouin, flottait sur les mers sans y rencontrer de rivaux. Il y a parmi les jeunes officiers une masse de talents, qui jet-
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teraieiu un bien vif éclat sur les armes françaises, si les événements politiques les appelaient sur le théâtre que la jeunesse ambitionne toujours.
25 Mercredi. A deux heures , branle-bas de combat. Je visite la soute aux poudres , le poste des chirurgiens et prends connaissance de plusieurs détails. Véritablement on ne saurait trop admirer le bon matelot, celui qui est réellement digne de ce titre, lorsque l'on voit toutes les privations auxquelles il est soumis.
24 Jeudi. A deux heures, branle-bas de combat et exercice à feu. Le commandant est sur le pontet donne ses ordres; il observe et examine les plus petits détails. A son retour en Europe, l'équipage de la Frégate aura certainement acquis l'instruction la plus complète qu'équipage puisse avoir. .
Aujourd'hui nous avons vu plusieurs oiseaux , bien que nous soyons à prés de douze cents milles (i) de toute terre connue.
25 Vendredi. Le soir un matelot qui avait commis quelque faute fut condamné à passer une heure dansles haubans. L'usage est que les hommes qui subissent cette punition soient attachés avec de petites cordes y particulièrement dans la crainte qu'ils ne s'endorment
{\) Quatre cent* lieues.
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et no tombent à la mer. Celui-ci , entêté breton, avait deux fois coupé les cordes avec lesquelles on l'avait attaché. La troisième fois, il résista aux hommes qui voulaient l'attacher de nouveau, et dans la lutte un habit fut coupé d'un coup de couteau. Le coup de couteau étaitil porté avec ou sans intention? Toute affaire de ce genre est très-grave à la mer, par suite du petit nombre d'officiers et du grand nombre de matelots, A bord de la Belle Poule par exemple , ce sont neuf officiers qui commandent à plus de 500 hommes. Le matelot fut mis aux fers pour être jugé le lendemain.
Aujourd'hui, on a posé sur le pont le cercueil en ébène fait à Paris, afin d'apprendre à l'ouvrir et à le manœuvrer. Il est d'une pesanteur extraordinaire.
Ce cercueil a une forme analogue à celle des sarcophages antiques, et sur des dimensions qui permettront d'y renfermer intégralement les divers cercueils dans lesquels le corps de l'Empereur a été déposé à Sainte- Hélène.
Le cercueil extérieur est en ébène massif, orné de ferrures et d'anneaux de bronze, qui serviront au transport, au moyen de leviers disposés pour cet usiige.
Le nom seul de l'Empereur « NAPOLÉON » a été
septembre 18 U). i>e sajm'e-iiklènk. 1 'i9
incrusté en lettres d'or sur le couvercle; et, au milieu des côtés., est également incrusté un N en bronze doré
Le cercueil d'ébène en renferme un autre en plomb, décoré d'ornements gravés en creux et dorés. Sur lo couvercle de ce cercueil on lit l'inscription suivante ,
également gravée en creux :