‹ Journal et correspondance, 1793 à 1805Chapitre 8 sur 31 · TA JULIE · texte numérisé non relu

TA JULIE

La vérité semble apparaître un instant à l'amant malheureux ; mais son cœur ne veut pas so rendre. Il exhale une dernière plainte, il conjure une dernière fois :

« Montpellier, an III de la République française.

« Je vous entends, Madame, je vous entends; j'ai comprisla réponse de Julie malgré la délicatesse avec laquelle elle s'efforce d'en adoucir l'amertume.

« Cotte réponse m'ordonne presque de me taire. Gomment oser en effet vous occuper encore d'un sentiment qui ne peut être satisfait sans coûter à une autre de douloureuses larmes? De quelle félicité puis-je me flatter là où Julie ne peut trouver la sienne? Et cependant le besoin de vous ouvrir monàme n'est pas apaisé. On me parle de fortune,

d'affaires, d'espérances, de sort brillant : que valent toutes ces choses pour un cœur tout rempli de Julie? Ma fortune, je la tirerai de mon travail, animé par le désir de rendre heureuse une épouse adorée. Ma principale affaire sera d'aimer Julie chaque jour davantage; mon espérance, de mériter sa tendresse.

« De grâce, Madame, faites encore un effort sur elle, sur vous-même : n'y a-t-il pas moyen de rendre moins cruelle la séparation qui effraye votre tendresse? L'heure fuit, le temps d'être heureux tarde à celui qui ne le fut jamais. Non, il n'est pas de sacrifice dont je ne me sente capable pour obtenir Julio... J'ai songé, car on ne sait que songer quand on aime, j'ai songé que les eaux de Balaruc ont leur source près de Montpellier ; pourquoi le malade ne viendrait-il pas accompagner sa lille, et mettre à contribution, entre ses deux enfants, les bienfaits d'un climat délicieux, d'an art perfectionné et d'une eau salutaire? On m'a réservé à l'École un logement qui sera bientôt disposé de manière à le recevoir. Dans mes châteaux en Espagne, je me plais à marquer la chambre qui lui serait destinée, celle que vous occuperiez lorsque vous viendriez nous voir, celle que Julie... Mais

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j'oublie que penser à cola c'est, hélas! comme elle le dit, vouloir contribuer à son malheur. « Adieu, adieu, je me sens bien à plaindre.

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