Horace. Livre IV, ode 1, v
exprimée par un tel maître, heureux de sauver de l'oubli ces témoignages d'amour vrai et de dévouement, nous avons eu l'idée de livrer à ceux qu'une pareille lecture saurait intéresser le journal tout entier et la plus grande partie des lettres d'Ampère, le laissant ainsi lui-même compléter le touchant récit de sa jeunesse, que M. Sainte-Beuve n'avait voulu qu'ébaucher.
En regard des lettres d'André, pouvait-on ne pas mettre les réponses de sa femme, qui prouvent à quel point elle méritait d'être aimée ? Cédant aussi à une autre tentation, nous avons groupé autour de notre principal personnage plusieurs membres de la famille Canon, qui était devenue la sienne : l'éclat d'une immortelle renommée donne du prix aux vertus qui vivent sous son reflet, toutes modestes qu'elles soient.
Enfin, pourquoi ne pas avouer un sentiment dont nous n'avons pu nous défendre? Il nous a semblé doux de faire arriver jusqu'à une jeune âme qui nous est bien chère les parfums délicats et salutaires qui s'exhalent de l'âme de Julie, et d'y graver en traits durables un nom qui doit vivre dans sa mémoire comme dans la nôtre.
22 juillet 1869.
JOURNAL
ET
Madeleine,
C'est encore et toujours à toi que je pense en tirant de la poussière des feuilles jaunies , abîmées par le temps , qui renferment l'histoire de deux cœurs unis un- instant sur la terre.
Je veux mettre sous tes yeux une courte phase de la vie d'un homme célèbre , et te parler aussi de la douce créature qui fut sa compagne, l'amie, la conseillère, pour ainsi dire l'ange gardien de sa pure jeunesse.
Cette lecture n'aura pas besoin de longs commentaires pour exciter ton émotion respectueuse ; elle t'offrira parfois l'attrait d'un roman naïf mêlé à la pratique de bien des vertus; tu y verras l'alliance rare de la simplicité vraie et de l'intelligence transcendante, d'une sensibilité profonde et du génie; tu apprécieras cette tendresse fidèle
Soie
et dévouée jusqu'à l'abnégation , qui se traduit non par des paroles, mais par des travaux constants et des privations de tout genre ; cet amour qui ne s'émousse jamais aux vicissitudes d'une maladie persistante et difficile à soigner, qui s'accroît, au contraire, avec les sacrifices et les embarras matériels de l'existence. Toutes ces beautés morales ne t'échapperont pas, fortifieront ton cœur et ton esprit mûris trop tôt par une perte cruelle et mis à des épreuves ordinairement épargnées à l'enfance.
Au commencement de ce récit , nous verrons paraître et mourir le père d'André- Marie Ampère. Jrois^ ans plus tard, en 1800, son fils Jean- Jacques viendra au monde; si donc on voulait donner un titre à ce manuscrit, il faudrait écrire en tête :