‹ Journal et correspondanceChapitre 8 sur 16 · ÉLISE CARRON · texte numérisé non relu

ÉLISE CARRON

(Commencer un drame ou une tragédie! Élise n'y va pas demain morte! Voilà certes des distractions de l'esprit qui ne sont point à la portée de tout le monde. Mais, en vérité, chez cette ardente et spirituelle fille, l'imagination n'étouffe pas le bon sens. Comme son jugement est droit et ferme! Avec quelle intuition fine, délicate, élevée, le cœur et le tact s'entendent ici pour dégager le vrai du faux, la réalité de l'apparence. « Les « ridicules de la nature, dit la sœur de Julie, sont sup- « portables; ceux qui se montrent avec orgueil, et qu'on « paraît ignorer pour ne penser qu'à ce qu'on peut avoir « d'agréments, ne le sont pas Je le plains bien sincè- « rement , ajoute-t-elle en parlant d'André , sachant « qu'excepté M me Périsse tous ceux que tu vois s'achar- « nent contre sa personne, ne se donnant seulement pas « la peine d'envisager s'il ferait le bonheur ou le mal- « heur d'une femme, ce qui cependant est le prin- « cipal. » Et combien, à ce propos, la raison de notre

charmante moraliste tance vertement le travers de ces filles, plus pressées de critiquer les prétendants des autres que les leurs.

Comme ces petits tableaux d'intérieur, tracés avec la plume si mal taillée par Ampère, sont naïfs, mais vivants! On voit Élise installée avec sa mère dans la salle du rezde-chaussée de la maisonnette de Saint-Germain; cette pièce où l'on dîne, qui sert de" salon et d'ouvroir, où la petite Pélagot tricote derrière le cornet du poêle, est assez sombre, encore froide, malgré la porte fermée. C'est là que M !le Carron partage les soins du ménage avec Claudine, surveille Françoise la lessiveuse, raccommode son linge, met ses fers au feu pour repasser les bonnets de sa mère, prépare le goûter, verse le vin blanc et confectionne la pâtisserie les jours de fête. C'est à cette place, siège de son gouvernement domestique, qu'Élise reçoit le timide visiteur, d'un air moitié gai, moitié grave, mais toujours un peu mystérieux; car la famille de Julie n'est point exempte de certaine pruderie, quoiqu'elle appelle un chat un chat. Elle prend une peine exagérée pour essayer de cacher à tous les yeux ce que la physionomie, l'attitude, les paroles d'un amoureux révèlent indiscrètement à chacun. « Je suis si bète, si « bête, dit André, qu'il se peut qu'on ait lu dans mon « maintien. »

Que cette bêtise est touchante et rare! Élise, la clairvoyante, ne s'y trompe guère, et jouit avec un plaisir

toujours croissant de cette intelligence , dont elle ne saura jamais mesurer la hauteur, mais qu'elle a devinée cependant une des premières au milieu des siens.

On l'entend, cette aimable fille, souffler des avis opportuns à celui que cette M Ue Bœuf cherche à rendre un objet de risée, de plaisanteries grossières et maladroites comme elle. On surprend ses regards bienveillants, attendris, ses mots encourageants. A ses allures dégagées, promptes et vraies, on voit, peu à peu, succéder le sérieux, la rêverie, toute pénétrée du sentiment qui va la faire écrire en ces termes : « Il m'intéresse « par sa franchise, sa douceur, et surtoutpar ses larmes, « qui sortent sans qu'il le veuille. Pas la moindre affecte tation, point de phrases de roman qui sont le langage « de tant d'autres. » Devant une âme si candide, l'amie, la protectrice d ? Ampère est touchée, séduite pan cette simplicité même dont les étourdies méconnaissent le prix; puis, tout à coup, redevenant la bouillante Élise, sa colère se montre, éclate contre ces jeunes sottes, ces frivoles incorrigibles (qui, à l'âge de trente ans, prendront encore la forme pour le fond si elles ne changent de manière de voir). Sa politesse voudrait les ménager davantage, mais son indignation, plus forte que sa volonté, s'exalte à l'idée que sa Julie, qu'elle aime tant, va peutêtre laisser échapper son bonheur, rebuter un cœur d'or, grâce aux moqueuses influences qui l'entourent. Les confessions d'André, ses confidences, ses repentirs de

fautes que toute femme serait disposée à pardonner, provoquent bien un peu le sourire d'Élise. Il y a de quoi vraiment: vit-on jamais pareille conscience d'amoureux quand il dit, au retour de Lyon: « Hélas! Madame, je le « savais de la veille 1 Je vous l'avais bien dit que je le « savais, malgré cela j'ai été chercher les lettres. » Il n'ajoute rien sur l'intention , remarque plus loin la malicieuse fille ; mais, en dépit de cette petite pointe de raillerie, l'émotion qui la gagne devient contagieuse; ce portrait d'Ampère, esquissé de main de maître, éveille notre tendresse. On est tenté de trouver Julie bien sévère, trop difficile à conquérir, tandis qu'on sent battre le cœur de sa sœur sous ces paroles expressives: « Arrange-toi comme tu voudras, mais laisse-moi l'aimer « un peu, avant que tu l'aimes. Il est si bon ! » Que de choses en ces mots ! Ah ! si André avait éprouvé pour Élise l'amour que Julie lui inspire, le martyre imposé à sa constance aurait peut-être fini plus vite* Mais patience! ...)

Jeudi, 1 2 janvier. — Élise était encore seule, mais ayant parlé de la chanson de-M lle Bœuf, j'en profitai pour lui donner la mienne (/« Cheveux d'or)> ce qui fait que nous causâmes longtemps de Julie.

(Nous voilà renseignés sur la nuance des cheveux de M lle Carron.)

Mardi, 17 janvier. — Je rapportai les Nuits de Young. Pas encore de Julie.

D'Êlise à Julie.

« Ce jeudi, 16 janvier 1797.

» Tout ce que tu me dis ne vaut pas pour moi ces quatre mots : Je me porte bien ; mais pourquoi te tourmenter si fort sur ma solitude, et empoisonner, par ces idées, le plaisir que tu dois avoir près de maman et de toute la famille. Tu vas t'imaginer que je ne pense qu'aux morts. Il est vrai, cette cloche funèbre se fait entendre souvent, mais je cherche à me distraire en pensant à vous et à votre retour prochain.

<TM Ue Bœuf est venue et nous avons un peu ri en buvant du vin blanc. En rentrant chez elle, elle a trouvé son cousin Settemant mort, et voilà comme on passe du rire aux pleurs.

« Mais, ma chère Julie, ne te fatigue pas tant de moi, je me porte bien, je ne suis point triste; ainsi reste avec maman, et que je ne te voie pas arriver sans elle. Tu as eu beau mettre pressé sur ta lettre de dimanche, je ne l'ai reçue qu'aujourd'hui ; mais pour cela, plus encore que pour autre chose, mieux vaut tard que jamais. Tous les détails que tu tne donnes m'ont fait bien plaisir. Ne

me dis-tu pas que M. Hurard était chez M 11 * Tournaise ? Je ne comprends pas trop bien cela, mais ce que je comprends , c'est que vous vous trouviez fort jolie , Mademoiselle Julie ; il y en a bien d'autres qui pensent de même. Enfin, nous aurons beaucoup à causer quand nous serons ensemble.

« Jenny m'a écrit; la voilà donc reléguée à Collonges; j'en suis fâchée, et elle encore davantage. J'avais bien prévu qu'après s'être absentée quelque temps, sa maman ne lui permettrait pas de venir ici. Cette bonne Tonine a donc été consoler les affligés pendant que tous les siens s'amusaient; embrasse-la aussi, et toute la famille.

« Adieu, mon amie, engage notre mère à prendre ce

qu'elle voudra de mon argent, tu sais si je désire qu'il

lui puisse servir. Tu m'écriras bien demain un petit

bout de lettre ; qu'elles sont drôles ! que je les aime !

Embrasse Carron et Guarite pour leur sœur, qui ne leur

écrit pas souvent, mais qui ne les en aime pas moins,

ils le savent bien. . *

« Élise. »

Vendredi, 20 janvier. — Élise toute seule, la présence d'un domestique nous empêcha de parier de sa sœur.

Mardi, 24 janvier. — Point de Julie.

D'Elise à Julie.

« Ce 24 janvier 1797

« Bonjour, ma chère Julie, .je viens de recevoir ta lettre et le petit mot que m'écrit Emilie. Je craignais, je ne sais pourquoi, qu'elle n'eût aussi pris le parti de ne plus répondre. Tu as bien fait d'avoir lu sa lettre avant de la perdre et de retenir toutes les tendresses qu'elle renferme. Les enfants sont là, font un vrai sabbat, et je n'ose les renvoyer. Voilà donc le loyer payé, mais comment ? Ce qui concerne ma montre n'est pas pressé ; si celle de M. Bojolin est vendue, tant pis, j'en trouverai bien d'autres. A propos de M. Bojolin, Jenny m'écrit que lui et ses bonbons sont fort bons. Ne me fais pas le sacrifice des tiens, car tu les aimes tout autant que moi; mange -les par complaisance, fais toi cette douce violence. Je goûte un peu les miens, mais par dépit, comme disait Jenny.

<( J'en donnai l'autre jour un petit paquet à M Ampère pour sa sœur; elle m'en a fait faire de grands remerciements.

« M. Lacostat, qui a rencontré l'autre jour M lle Joséphine, disait qu'elle était bien, et qu'elle ferait une jolie fille si elle devenait moins timide. A cela M tt * Bœuf ré-

yé JOURNAL ET CORRESPONDANCE

pondit : « Elle me semble comme une souche. — Une « souche très-bien faite, avec une peau superbe. — Dites « donc qu'elle est jaune. — Point du tout, c'est qu'elle <c était sans doute malade quand vous l'avez vue. » Enfin ils contestèrent longtemps à ce sujet, mais j'en crois plutôt l'un que l'autre, car il faut que l'évidence et la vérité soient bien de son côté, pour qu'il donne le moindre démenti à celle qui n'ouvre jamais la bouche sans être approuvée par lui.

« Comment trouves-tu les cheveux d'or, les yeux d'azur? Je t'avouerai que c'est la bouche à demi close qui m'étonne le plus, car il me semble, au contraire, qu'elle est très-épanouie ; mais un poète de l'antiquité parle en ces mêmes termes, et ce qu'il dit s'étant trouvé être la pensée d'Ampère, celui-ci a cru pouvoir suivre son modèle.

<( Je ne t'ai pas embrassée, ma bonne amie, adieu,

adieu !

<( Elise Carron. »

Vendredi, 27 janvier. — Enfin elle était arrivée de Lyon ; sa mère ne vint pas tout de suite. Faisant semblant de regarder des vignettes, je me mis à ses genoux ; sa mère rentra et me fit asseoir près d'elle.

Samedi, 28 janvier. — Je ne trouvai que les deux

filles ; sa mère m'appela un moment dans son cabinet, et là me dit de ne plus venir si souvent, et mille autres choses désespérantes.

(Toutes ces choses désespérantes étaient bien un peu provoquées par son attitude de la veille aux pieds de Julie ; M me Carron ne dit pas non, mais ne peut encore dire ou/.)

Vendredi, \o février. — Je n'y retournai que ce jourlà. Julie se leva de table pour me donner une chaise, la mère fut ensuite tirer du vin, mais je n'osai parler que de choses indifférentes ; on me prêta le Nègre.

Mercredi, 1 5 février. — Elle était à Lyon ; je promis à la mère de venir clouer sa toile le lundi.

Lundi, 20. — Je clouai la toile de la tapisserie.

Lundi, 27 février. — Elle n'était pas revenue; sa mère me parla avec beaucoup d'amitié, me fit lire une lettre de M Ue Jenny, et me prêta VOrpheline anglaise.

(Jenny de Campredon, sœur d'Aguarite, n'a certainement pas la verve incomparable d'Élise, mais elle ne manque ni de gaieté ni de vivacité. C'est une des amies

intimes de M Ue Carron, circonstance qui nous engage à transcrire ici une de ses lettres.)

DeJenny de Campredon à Élise.

« Collonges, 1797.

« Point d'accusation, je t'en supplie, ma charmante Élise ; si je ne t'ai pas écrit mardi, c'est que réellement cela me fut impossible. J'en appelle à ton cœur, c'est lui seul que je veux pour juge, il me sera favorable.

« Plains un peu la pauvre Jenny, qui comptait t'embrasser demain et qui est obligée d'y renoncer. On est venu cette après-dînée me démantibuler tous mes projets de plaisir ; ainsi va le monde, rien n'est stable l Tout cela me fait faire des réflexions qui ne sont guère de mon goût, mais qui commencent à être de mon âge ; car lorsqu'on ne sait point franchir le pas d'été, on n'est bonne qu'à planter des choux. Pour cela, il faut tout de bon de la philosophie, si l'on conserve encore quelques prétentions.

« Je vais te conter une grande nouvelle ; n'ai-je pas eu la fantaisie de me faire peindre. M me Ampère a eu la complaisance de me procurer un artiste, et c'est chez elle que ce chef-d'œuvre s'est opéré. Je suis coiffée sim-

plement en cheveux, avec une robe blanche ; je tiens

une rose à la main, et sur mes genoux est posée une corbeille de fleurs. J'ai offert ce petit tableau à maman, le jour de sa fête ; cette bonne mère en paraît satisfaite , moi, j'en serais plus contente si le peintre ne m'avait pas donné la tournure d'une femme qui vient de mettre son troisième poupon en nourrice.

« Je suis furieuse contre Ladvaise ! Comment! ne pas se rappeler que je lui ai demandé des cotignacs, et avoir eu la hardiesse de se présenter à mes yeux après un tel oubli. Qu'il vienne, ce galant, il sentira qu'on ne m'outrage pas impunément !

Il connaîtra que la douceur Pouvait seule gagner mon cœur, Et qu'on attendrit la plus dure Avec un peu de confiture.

Sérieusement, je crois, comme tu le dis, que si jamais je l'épousais, il pourrait très-fort oublier sa femme aussi bien que les cotignacs ; ce serait peut-être encore là ce qu'il y aurait de plus heureux pour elle. Prudemment, il vaut mieux ne pas s'exposer à un tel mariage.

« Je suis charmée que nos amies aient mis la rhétorique en défaut et que mon frère se porte mieux. Te promènes-tu ? Que fais-tu ? Écris-moi toute ta vie. J'aime beaucoup les détails, ne me les épargne pas. La campagne est toujours sans agrément ; on voit bien, par ci,

par là, pousser quelque chose dans notre jardin, mais pas quatre violettes ; cela me fâche, j'aurais eu du plaisir à t'envoyer un bouquet.

« Tu veux un patron de bonnet pour Julie; je ne sais si tu as raison de t'adresser à moi, car je ne suis guère au courant des modes. Les dames de Paris portent des châles de drap. Ta filleule est un vrai lutin, quoique très-sensible. La petite Emilie prend des forces ; voilà les nouvelles d'Aguarite.

« Adieu, mon aimable Élise, songe que je ne te verrai pas ces jours-ci. Il më faut absolument une lettre pour me dédommager de toutes les espérances détruites ce matin, en un instant ; sois persuadée que je t'aime, et de toutes manières. Je suis fâchée si tu es triste ; si tu es gaie, je deviens gaie ; reste donc contente, nous y gagnerons toutes deux. Envoie moi le couplet de M. Vallet, si tu peux.

« Mes tendres respects à"M me Carron.

<( Jenny de Campreoon. »

Mercredi, 15 mars. — J'arrivai avant leur dîner, pendant lequel je lus (de Architetîure). M. Augier vint, je jouai aux boules avec lui, donnai une leçon d'arithmétique, et rapportai le premier volume de Pamela.

D'ANDRÉ-MARIE AMPÈRE 8l

Vendredi, 24 mars. — M lle Bœuf vint tandis que je lisais la tragédie de Louis XVI ; nous fûmes dans le verger. Élise s'assit sur le banc, Julie sur une chaise que je lui portai, et moi à ses pieds ; elle choisit ma bourse à son goût.

Lundi, 10 avril. — Je lus la Marchande de mode et la Rosière, et pendant qu'on mettait des vitres et que M me Carron était dehors, je rappelai à Julie que c'était l'anniversaire d'un des plus beaux jours de ma vie.

(Dans la bouche d'André ce ne sont pas là de vaines paroles, car depuis une année l'amour qu'il ressent illumine toutes ses pensées, domine toutes ses actions.)

Samedi, 1 5 avril. — M me Carron souffrait d'un coup d'air, je lus l'Intrigante et me fis maladroitement répéter qu'il fallait s'en aller; Julie ayant dit que M me Sarcey venait, je restai un moment encore plus maladroitement.

(Tout en comprenant ses fautes, il ne saura jamais les éviter.)

Samedi, 22 avril. — Je donnai une leçon d'italien de vive voix, une de division sur le papier; nous fûmes le soir dans les jardins.

Si JOURNAL ET CORRESPONDANCE

Dimanche, 2? avril. — Maman et ma sœur virent Julie et Élise pour la première fois dans le cabinet de M me Bœuf, où nous entendîmes la messe,

(A cette époque, les églises n'étaient pas encore ren dues au culte. Un prêtre non assermenté officiait dans une chambre particulière.)

(M me J.-J. Ampère, sa sœur et Joséphine ne connaissaient jusqu'ici Julie que par les récits d'André ; la tante et la cousine de Saint-Germain étaient au contraire, comme nous l'avons dit , déjà en relation de voisinage avec la famille Carron.)

Mercredi 26 avril. — Je fus rendre Larochefoucauid ; je ne trouvai que M me Carron et lui demandai la permission d'amener maman. Je ne reçus qu'une réponse vague, mais assez satisfaisante. Julie, Elise, ma tante et ma cousine vinrent goûter; je servis le vin blanc, je bus dans un verre rincé par Elle.

(Pressé d'aborder la grande question, André voudrait bien que sa mère pût obtenir un entretien secret de M me Carron. ,

Dimanche, 30 avril. — J'accompagnai Julie, Élise, M.. M lle Bœuf, M. Augier à Saint- Germain ; nous fûmes nous promener chez M Mayeuvre

Élise m'avait dit en cbemin de ne pas tant regarder sa sœur quand il y avait du monde.

(Encore une maladresse, Élise l'en avertit. Malgré cette mercuriale il semble que les affaires de notre jeune homme font un pas. Si on lui défend de trop regarder Julie, c'est devant le monde.)

Jeudi, 4 mai. — Je portai les Anecdotes de Philippe- Auguste; je trouvai M n ° Boiron, M* 6 Périsse et ses enfants, avec lesquels nous allâmes faire un goûter champêtre en Chaussin. Je clouai auparavant le thermomètre.

Vendredi, 1 2 mai. — Je fus rendre Bernis et Bernard. Julie me dit d'aller chez ma tante ; j'obéis et revins prendre la Princesse de Clives. Nous goûtâmes de brioches.

Samedi, 1 3 mai. — Je fus avec maman et ma soeur chez ma tante, qui nous mena chez M me Carron. Je me promenai avec Julie, Élise et Joséphine ; nous rentrâmes pour savoir l'histoire du petit oiseau , puis j'attachai le trébuchet à l'arbre de son nfd. Dans le jardin, Élise, Joséphine et Julie s'assirent sur le banc, moi à côté d'elle sur l'herbe; on goûta ; nous fûmes bien mouillés en nous en allant.

Jeudi, 18 mai. — Je ne trouvai que M m# Périsse, ses*

enfants et Élise, qui me proposa d'apporter mon étui de mathématiques à son neveu.

Lundi, 22 mai. — Je donnai une leçon à M. Périsse, qui réussit fort bien.

Mercredi, 24 mai. — Élise me donna des fleurs d'acacia, de seringa et de jasmin jaune pour Joséphine.

Samedi, 27 mai. — En entrant je vis M me Carron à table avec deux de ses filles. J'eus bien peur que Julie ne paraisse pas ; elle vint enfin, fit mille grâces à Joséphine. Je donnai une leçon à M. Périsse. Julie s'assit auprès de moi et me parla.

Vendredi, 9 juin. — On m'empêcha de donner une leçon à cause de ma toux; je m'en fus d'assez bonne heure, •emportant Gresset et le troisième volume de V Histoire de France. Julie me montra le solitaire que j'avais deviné la veille; je fus m 'asseoir près de Julie, où je restai jusqu'à la fin.

A l'occasion des airs et des chansons, je laissai C'est *n vain que la nature sur la table. Je mangeai une cerise •qu'elle avait laissé tomber, je baisai une rose qu'elle avait sentie ; à la promenade , je lui donnai deux fois la main pour franchir un hausse-pied, sa mère me fit sur le banc une place entre elle et Julie; en revenant je lui dis qu'il

y avaif longtemps que je n'avais passé de jour si heureux, mais que le spectacle de la nature n'était pas celui qui m'avait le plus charmé ; elle me parla toujours avec beaucoup de grâce et de bonté.

Dimanche, i&juin. — Je la vis à la messe à Curis*. Joséphine lui parla jusqu'au moment où nous la quittâmes devant le cordonnier ; dans le château, Julie n'avait causé qu'avec Élise.

t Mardi. zç juin. - J'ai été avec maman et ma sœur dîner chez ma tante à Samt-Germain. Nous y fûmes ensuite, nous jouâmes au domino et au solitaire.

Mercredi, 2 1 juin. — Nous y allâmes de bon matin, je ne la quittai que vers dix heures. Joséphine fut charmante et Julie lui montra beaucoup d'amitié.

Samedi, 24 juin. — Nous fûmes voir l'éclipsé à Saint- Germain. J'allai avec Julie, Élise, M. et M me Périsse et Joséphine me promener dans le jardin anglais de M. Mayeuvre. Je m'assis auprès d'elle. Pendant ce temps-là M"" 5 Carron s'expliquait avec maman. Le temps ne se découvrit qu'à six heures dix minutes, après le milieu de l'éclipsé ; mais j'en observai exactement la fin à

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