TOURNAT
avenir s'attache au tien, ils sont frères. J*ai fait de beaux rêves à ce sujet, je te les dirai peut-être. Pour le moment, adieu ; il faut que j'écrive à Mimi.
Le 18. — Je suis furieuse contre la chatte grise. Cette méchante bête vient de m'enlever un petit pigeon que je réchauffais au coin du feu. Il commençait à revivre, le pauvre animal; je voulais le priver, il m'aurait aimée, et voilà tout cela croqué par un chat! Que de mécomptes dans la vie! Cet événement et tous ceux du jour se sont passés à la cuisine; c'est là que je fais demeure toute la matinée et une partie du soir depuis que je suis sans Mimi. Il faut surveiller la cuisinière, papa quelquefois descend et je lui lis près du fourneau ou au coin du feu quelques morceaux des Antiquités de l'Église anglosaxonne. Ce gros livre étonnait Pierril. Que de moûts aqui dédins^ ! Cet enfant est tout à fait drôle. Un soir il me demanda si l'âme était immortelle; puis après, ce que c'était qu'un philosophe. Nous étions aux grandes questions, comme tu vois. Sur ma réponse que c'était quelqu'un de sage et de savant : « Donc, mademoiselle, vous êtes philosophe. » Ce fut dit avec un air de naïveté et de franchise qui aurait pu flatter Socrate, mais qui me fit tant rire que mon sérieux de catéchiste s'en alla pour la soirée. Cet enfant nous a quittés un de ces jours, à son