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me fait penser de la sorte, ne le crois pas, je te le dirais; c'est le mal du pays qui prend toute âme qui se met à penser au ciel. L'heure sonne, c'est la dernière que j'entendrai en t'écrivant; je la voudrais sans fm comme tout ce qui fait plaisir. Que d'heures sont sorties de cette vieille pendule, ce cher meuble qui a vu passer tant de nous sans s'en aller jamais, comme une sorte d'éternité ! Je l'aime, parce qu'elle a sonné toutes les heures de ma vie, les plus belles quand je ne l'écoutais pas. Je me rappelle quand j'avais mon berceau à ses pieds, et que je m'amusais à voir courir cette aiguille. Le temps amuse alors, j'avais quatre ans. On lit de jolies choses à la chambre; ma lampe s'éteint, je te quitte. Ainsi fmit mon année, auprès d'une lampe mourante.
Le 3 (janvier 1835). — Une lettre de la Bretagne m'est venue ce malin, comme une belle étrenne. J'ai passé toute la journée à penser à M'"® de La Morvonnais et à déchiffrer l'écriture de son mari, qui n'est pas du tout facile; maintenant je la lis et comprends parfaitement sa pensée, mais je ne puis y répondre. La femme poète, telle qu il me croit, est un être idéal, tout à fait à part de la vie que je mène, vie d'occupations, vie de ménage, qui absorbe tous mes moments. Le moyen de faire autrement? je ne le s<ais pas; et d'ailleurs, c'est là mon devoir, je ne veux pas en sortir. Plût à Dieu que mes pensées, que mon âme, n'eussent jamais pris leur vol au delà de la
petite sphère où je me vois forcée de vivre M On a beau nie dire, je ne puis m' élever au-dessus de mon aiguille ou de ma quenouille sans aller trop loin ; je le sens, je le crois; je resterai donc où je me trouve : quoi qu'elle en pense, mon âme n'habitera les lieux hauts qu'au ciel.
Le 5. — Mon cher ami, je suis demeurée deux jours sans te rien dire. Cela m' arrivera souvent, tantôt pour une chose, tantôt pour l'autre; mais si la parole se tait, la pensée va toujours, roue tournante, et bien vite aujourd'hui. Je me demande d'où tout ce mouvement peut venir ; il m'étonne, m'attriste même parfois, car j'aime tant le repos, non pas l'inaction, mais le calme où reste une âme heureuse 1 Saint Stylite, le saint d'aujourd'hui, est admirable sur sa colonne. Je le trouve heureux de s'être fait ainsi une haute demeure, et de ne toucher pas la terre, même des pieds. Ces vies de saints sont merveilleuses, charmantes à lire, pleines d'instructions pour l'âme croyante. — J'entends chanter une jeune poule» il faut que j'aille chercher son nid.
Le 6. — Belle journée, soleil, Boubil une de tes lettres. N'as- tu pas oublié ce Boubi, ces vœux d'enfants du jour des Rois? Je ne sais trop ce qu'ils signifient, et pourquoi ce jour-là est consacré aux souhaits