DE L'EDITEUR. III
dérobait avec tant de soin à tous les regards : « Ceci n'est pas pour le public; c'est de IHntime, de Vâme, c'est pour
Il ne faudrait pas croire cependant que M"® de Guérin ait ignoré complètement, ni même qu'elle fût irrévocablement résolue à ensevelir dans une obscurité volontaire les dons de l'esprit que Dieu lui avait prodigués. Plus d'une fois, cédant aux exhortations pressantes de son frère, au vœu d'un père qui avait deviné son génie , et sans doute aussi à une vocation irrésistible , elle a songé à écrire pour être lue ; et , sous la condition expresse de taire son nom, elle eût consenti à livrer ses pensées, si, en retour de ce sacrifice, elle avait espéré faire un peu de bien à quelques âmes; si, par l'exemple de sa foi ou par l'expression de sa tendresse fraternelle, elle avait pu inspirer à d'autres son espoir en Dieu, son admiration pour Maurice : double amour qui se partageait et qui remplissait son âme.
Or, de tous les ouvrages qu'elle eût entrepris de desseiïi prémédité, aucun n'aurait mieux rempli l'un et l'autre de ces objets, que le Journal ou elle a noté, pendant huit ans, tous les élans spontanés de son esprit, tous les battements involontaires de son cœur.