‹ Journal et lettresChapitre 4 sur 46 · IV AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

IV AVERTISSEMENT

Nous nous trompons fort, ou peu de livres publiés de notre temps auront exercé sur les âmes une influence plus douce et plus pure. En parlant ainsi nous pensons aux plus délicates, à celles qui souffrent, à celles qui songent, à celles qui s'agitent et se consument dans une lutte pénible et stérile entre leurs rêves et les vulgaires réalités d*une existence commune.

Les femmes surtout qu'une imagination trop mobile désenchante facilement de leur destinée trouveront dans le livre de M"® de Guérin plus qu'une froide leçon : elles y trouveront une consolation et un exemple.

On verra, pour ainsi dire, d'heure en heure, combien cette existence était obscure, modeste, isolée et, pourrait-on croire, en désaccord par sa monotone simplicité avec l'activité d'une intelligence prompte et ardente. M"« de Guérin n'en a pas souffert ; à peine surprendraiton, dans la longue suite de ses épanchements intimes, un mot amer. Chaque fois qu'elle a entrevu le monde, elle l'a observé d'un œil curieux, elle s'est prêtée à lui sans trop d'efforts, mais elle rentrait avec joie dans sa retraite, heureuse de reprendre ses doux entretiens de tous les instants avec sa propre pensée et avec les voix mystérieuses de la nature. La mort, qui lui était apparue de bonne heure, était presque toujours présente à ses yeux ; elle ne craignait point de telles images. Ce n'est pas sans quelque joie qu'elle voyait s'entr'ouvrir la

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