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Vous devez savoir, chère amie, la perte que nous avons faite; mais je veux aussi vous en parler, j'ai à vous dire mon chagrin, mon affliction de sœur, d'amie intime de ce pauvre Maurice. CIut frère, le voilà mort, mort! Vous dire ce que ce mot fait sur moi, ce qu'il a d'incompréhensiblement douloureux I Non, je ne puis me faire à celte pensée de séparation éternelle, ne plus le trouver nulle part sur la terre! Ohl comme
nos afTortlons (lisparai.<sontI Dieu veut que nous les portions plus hîuil (juo terre et il prend au ciel ceux que nous aimons. Il est là, mon frère, au ciel, parmi les bienheureux, je l'espère, car il a fait la mort d'un prédestiné. Dieu soit béni, qui, dans .sa miséricorde, a voulu sauver l'àme cl laisser mourir le corps, celle apjuirence humaine que nous aimons tant, qui semble riiomme et ne fait que le cacher. L'œil chrétien voit ainsi ces choses et regarde vers l'autre vie lorsque celle-ci nous désole. Tour moi , c'est fini do tout ce qu'on appelle bonheur. Cette mort me lue, m'enlève ce qui m'attachait avec quelque charme en ce mondi». Mon avenir était dans le sien, ses enfants m'auniient ap[)olée leur mère, j'avais tout mis en lui, trop peut-être. Dieu veut (ju'on ne s'appuie pas tant sur la créature, roseau (jui casse sous la main. Ma pauvre âme se doutait bien de cela; mais n'importe, on s'atUiche plus fort à ce qui va nous échapper.
C'en est donc fait, le voilà au ciel et moi sur la terre. Ohl prom[)te disparition 1 n'élait-ce pas hier son jour de noce? llôlas! tout (le ce passé me semble un songe, comme dit notre pauvre Caroline : « Il me semble que mon mariage est un rêve.» Un rêve bien douloureux. Un mois après ont commencé les alarmes, les dépérissements et toutes ces souffrances qui nous lont conduit au tombeau. Pauvre Maurice! Je ne sais dire que ce nom. Il avait pour moi tant de bonheur, quelque chose (l'éU^ctriquo [our le cœur, et ce n'était pas pour moi seule. Toute la famille était sous cette influence, c'était notre charme à tous. Mon père disait que cet enfant faisait sa gloire. Tout le monde se louait de lui, ce n'était que larmes et louanges sur son cercueil. Ce fut avant hier la triste, lugubre, déchirante et dernière séparation au cimetière. Nous l'y avons tous accompagné, ce cher Maurice, avec lui tant que possible en ce monde. Oh! quelle descente que celle du cercueil dans la fosse! Je l'ai suivi des yeux, en priant Dieu pour la chère âme de mon frère. Je ne sais plus rien voir, plus rien aimer que ce mon-
ceau de terre où nous allons nous'agenouiller tous les jours avec sa pauvre veuve. Gomme elle nous est chère cette jeune femme, cette moitié de notre Maurice, l'âme étonnante de force et d'énergie! toujours près de lui, dévouée au mort comme au vivant. Pauvre jeune femme I Un ange en prière, en larmes pendant deux jours près de ce lit, tantôt tenant la main, tantôt baisant ces joues, cette bouche... Hélas, hélas 1 quelle triste jouissance! Mon pauvre Maurice, comme nous ne pouvions pas le quitter! 0 mon Dieu, là tout froid, les yeux ternes, ces yeux si brillants, si beaux! comme la mort nous met! tous nous en viendrons là. Ma pauvre amie, que ferions-nous de l'éternité sur la terre? Se bien préparer et partir quand Dieu voudra. Ce sont des coups qui atterrent, qui ne laissent debout que la foi. Priez Dieu de m'en donner beaucoup, jamais je n'en eus plus de besoin.
Si vous veniez me voir, Louise ! Pour moi, ne m'attendez pas; je ne supporterais pas d'être ailleurs qu'ici, dans ces chambres où il a passé, dans cette maison où tout le rappelle, où tout le pleure, et d'ailleurs nous ne sommes pas trop en famille. Il n'a plus que trois enfants, mon pauvre père. Comme il est alUigé de ne plus revoir son cher fils, son Benjamin! Son sacrifice est bien grand. Que Dieu l'accepte! Nous nous mettons au pied de la croix. Quand le prince fera des prières, il ne le f^uérira pas. C'est trop lard. Pourquoi n'y pas penser plus tôt? J'nurai toujours ce regret. Mais qui aurait cru la mort si prompte? J'espérais jusqu'en automne, sans savoir pourquoi, car je le trouvais bien mnl. Jamais, jamais je n'aurais cru le voir sitôt fiuir. Il s'est éteint tout doucement en cinq minutes (l'aLTonio. dès avoir reru le saint viatique. Jusque-là plein de connaissance; ce qui le prouve, c'est qu'après sa confession il rappela M. le curé pour lui parler en forme de rétractation de ses rapp<»rt> a\ec M. de Lamennais. Oh! quel malheur s'il était mort à cette éj)nqueî On trouve en tout à bénir Dieu; cette croix, cette mort porte un signe de salut évident. Voilà qui
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nous console du rôle de la foi, et no f.iut-il pas tout voir en chrétiens?
Adieu, chère amie. Je demande souvenirs et prières à vos trois sœurs en leur faisant part de notre malheur. On devait vous écrire avant-hier. Mais ceci c'est plus du cœur, c'est do moi à vous. Marie se joint mot à mot à ma lettre et cœur à cœur à vous. Elle est d'une maigreur, d'un changé qui m'af- (lige. C'est le temps des peines. Comment va M"» de Bayne?