‹ Journal et lettresChapitre 43 sur 46 · AU VAL DE L^ABGUENON · texte numérisé non relu

AU VAL DE L^ABGUENON

19 juillet, jour de sa mort [1840].

Dieu soit béni, monsieur I Vous n'êtes donc pas perdu pour nous de mort ou d'oubli, car votre silence m'avait fait craindre et croire l'un et l'autre. Sans cela, pensez-vous que je ne vous aurais pas écrit notre malheur? que j'eusse laissé. à un journal de vous apprendre la perle d'un ami ? Hélas ! non, monsieur, et j'ai plus d'une fois pensé à vous dans mes larmes, car je

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savais que vous Taviez aimé, ce pauvre Maurice ; mais n'ayant plus de vos lettres ni de réponse en aucune occasion, j'ai dû penser que vous n'étiez plus de ce monde. Étant à Paris, je vis Maurice vous annoncer son mariage, et ni môme alors ni jamais rien de vous. A qui, au Val, aurais-je annoncé sa mort? Votre petite Gile est trop jeune pour lui adresser autre chose que des baisers, pour lui demander : oii est votre père ?

Donc, monsieur, vous êtes là toujours veuf, et seul, et triste. Dieu sait comme je vous ai souhaité des consolations, de ces consolations du ciel si douces et puissantes , car il n'y a que cela de bon, de soutenant à hauteur d'âme. Ohl je le sens, je le vois, je le sais de moi-même, sous l'accablante douleur, sous cette mort de Maurice, frère bien-aimé, si intime à mon cœur. Sa perte est irréparable ; il s'est fait en moi comme un vide que Dieu seul peut remplir. Autrefois vous me parliez de prière, et je priais pour vous. Oh I priez pour moi maintenant, priez pour 3Iaurice comme je priais pour Marie, et comme je prie encore, cur je n'ai rien oublié.

Ma plus grande consolation, je la trouve dans sa mort pieuse, dans ces sentiments primitifs de foi exprimés en prières et dans la réception des derniers sacrements, dans cet ardent et dernier baiser au cruciûx. Je révèle cela, monsieur, à votre amitié, à cet intérêt chrétien qui suit l'âme dans l'autre vie. Espérons, espérons qu'elle est bien heureuse pour notre Maurice. C'était une si belle âme! Oh! Dieu lui aura ouvert son paradis, Dieu qui n'est qu'amour aura eu en amour cette âme de Maurice. Si vous lui élevez un monument, monsieur, ce dont je suis fort touchée, marquez-le bien de signes de foi, de cette foi pure et catholique dans laquelle il est mort : ce qui manque à la Notice de M""" Sand et m'a fait bien du chagrin. Il est vrai qu'elle n'a pas connu mon frère et ne l'a tracé que sur des traits épars; mais vous tous, ses amis, qui l'avez connu, faites mieux, et écartez, s'il vous plaît, de cette 6gure chrétienne, tout nuage philosophique et irréligieux. Sera-ce, monsieur, dans l'irnivcr-

«i/f' Catholiq ne, donion m'aditquo vous étiez un des rédacteurs, quo piiraltra cet hommage funéraire? Nous serions bien touchés i do lo voir, et vous offrons en famille l'expression d'une gratitude profonde.

Je vous remercie également des deux publications que vous avez la bonté de m'envoyer et que je n'ai pas reçues.

M"" de Guérin sera, jVn suis sûre, bien touchée de cet hommage. Envoyez-lui, monsieur, la Thébatde des Grèves, toute remplie de Maurice qu'elle pleure toujours. Vous avez raison de penser que la femme qu'il avait choisie doit être une femme distinguée. C'est, en effet, une ravissante créature en beauté, en qualités et vertu ; Eve charmante, venue d'Orient pour un paradis de quelques jours. La mori les a séparés après huit moi."5. Il ne reste pas d'enfant. Cette jeune femme est Indienne; élevée à Calcutta et venue à Paris il y a trois ans. Elle y est encore, dans la même maison où je l'ai vue heureuse; car, je vous l'ai dil, j'étais à ce mariage. J'ai demeuré huit mois à Paris, et nous sommes rosenus ici, au mois de juillet dernier, avec Maurice mourant. Sa pauvre veuve nous a quittés bientôt après, mais elle nous écrit. Je ne doute pas, monsieur, que voti-e livre et votre visite ne lui soient très-agréables. Vous trouverez cette chère sœur, rue du Cherche-Midi, 36.

Et maintenant que j'embrasse votre chère petite Marie, cette enfant que Maurice a baisée et caressée au berceau et sur les g(Mioux de sa mère. Hélas! hélas I que de deuil survenul Le fond (le la vie est tout en noir et bien triste, mais Dieu le veut ainsi, afin que nous regardions vers le ciel.

Adieu, monsieur; recevez de nouveau l'assurance de sentiments qui ont dû se taire, mais qui n'ont pas changé.

AU MÊME

Nevers, 4 décembre [1840].

cbevet du lit d'une douce malade, d'une autre chère I je réponds, monsieur, à votre si bonne et touchante ) m'est arrivée au moment du départ, parmi les soins es d'une séparation ; mais je ne me suis pas séparée B rien de ce qui m'est venu au Cayla. Où qu'il aille, nporte ce qu'il aime et il vit de ses provisions. Je me ) souvenirs, de lectures, de ce restant du passé où

tant de part. Ce que vous ajoutez encore ne me ; moins, et je ne saurai jamais assez vous témoigner ments à chaque nouvel écrit pour Maurice. J'aime eux votre article de V Université Catholique , que i a paru jusqu'ici, parce que cet article répond à ma ins doute , et à ce qui est dû chrétiennement à cette loire. L'art l'avait fait bien beau, notre Maurice, mais

ciel lui manquait. M"'* Sand ne pouvait pas aller quelle que soit la hauteur de son intelligence, puisque 3 la foi lui manquent. A vous, poêle et ami chrétien, vée cette œuvre, et vous l'aurez parfaitement rem-

parlez si bien des choses saintes I s le cœur \os belles poésies^ ces élévations célestes,

sur les lombes, qui font pleurer, qui font espérer. > chanterez pour Maurice, et nous vous bénirons, l'aimons comme on aime les anges, moi sa sœur, et nie, cette Marie dont je vous ai parlé, qui, comme nais un peu plus lard, Ta accueilli, consolé en des fortune : femme aimable pour tout le monde, et qui ïi un bonheur qui me revient à présent, mais, hélas! irmes, amie martyre dont la vie n'est qu'une longue

douleur. Je suis venue pour la voir, la distraire, l'aimer de près. Que c'est iristemont doux , ce que je fais auprès d'elle, ma chère et aimable malade I En lui parlant de la Bretagne Je lui ai parlé du Val qu'elle connaissait un peu; de vos poésies qu'elle ne connaissait pas , et elle en a élé charmée. C'est, monsieur, un charmant éloge, croyez-moi. Jamais plus d'esprit ne pouvait louer le vôtre ; jamais voix de femme ne parlerait mieux d'un poëte... Mais de tous vos chants, ce qu'elle a écouté avec le plus de plaisir, c'est la Voix du vent, morceau d'une grande beauté, et qui se place au niveau des hautes hymnes de Lamartine, si les poëtes souffrent entre eux des comparaisons; mais nous pouvons comparer les gloires. M"» de M... m'a chargée de vous transmettre ses admirations comme artiste et ses remerctments comme amie, ce qu'elle a senti de vos poésies et de vos écrits sur Maurice.

Je n'ai rien su encore de vos envois à M"»« Sand. Cela demeure pour moi sous le mystère ; mais je sais quelqu'un qui a le projet de publier tout ce qui reste de Maurice. Vous me dites, monsieur, que vous possédez la plus douce expression de ce talent si remarquable, et cela me fait bien plaisir. Nous aurons de bien belles choses. Si ces choses se peuvent voir, voudriezvous me les conûer? C'est beaucoup demander peut-être; je sens le secret de votre intimité, mais mes yeux seuls verraient là dedims, et du frère à la sœur il n'y avait pas loin, vous savez. Néanmoins je ne veux pas Timpossible et m'en rapporte à vous.

Probablement ma belle -sœur est de retour à Paris et elle aura trouvé vos envois. Elle ne m'en a rien dit. Avec beaucoup de distinction de nature, il se pourrait que, par nature étrangère, elle ne goûtât pas vos œuvres comme nous les goûtons.

Adieu, monsieur. Quoique nous espérions aller à Paris cet hiver, j'attends ici ce que je vous demande, et du moins une de vos lettres. J'embrasse notre petite Marie, et suis tonjours et partout votre dévouée.

AU MÉMB.

Nevers, 13 janvier [1841], hôtel Sainte-Marie.

Merci d'abord de votre lettre, monsieur, lettre qui me serait bien bonne, si ce n'était vos nouvelles. Vous avez été malade. Hélas 1 j'ai tant vu souffrir, je vois tant cela encore, que j'aurais appris à compatir, si la compassion n'était pas naturelle. Ce sentiment s'apporte en naissant, comme d'autres que Dieu nous donne, et, quand on les exerce, il semble alors qu'ils viennent. Je vous plains donc autant qu'on puisse plaindre un pauvre solitaire malade, et si les vœux faisaient la santé, vous auriez déjà recouvré la vôtre. Celle de mon aimable amie nous a bien inquiétés depuis trois semaines, et quoiqu'il y ait un mieux, ce mieux est si loin du bien, que nous en sommes encore aux craintes. Je vous dis cela, monsieur, pour répondre à l'intérêt aimable que vous a inspiré M"'* la baronne de M..., intérêt accuejlli aussi aimablement, mais qui ne peut s'exprimer autrement que par mon organe. Cette correspondance dont vous témoignez le désir, et qu'on ne sait pas refuser à une si douce prière, cette correspondance, holas! est impossible à la faible main qui, depuis plus de trois mois, ne s'est pas soulevée d'un lit de douleur. « Dites à M. de La Morvonnais, m'a dit ma gracieuse malade, que j'accueille avec plaisir tout ce qu'il veut bien m'adresscr; mais que, quant à lui écrire, je ne puis avoir de correspondance qu'avec le ciel dans l'état oii je suis.» Ce sont, monsieur, ses propres paroles, trop tristement vraies.

Néanmoins et malgré tout, elle se trouve en force d'aller à Paris. Ce changement d'air, nous espérons, lui fera du bieo- Avec mes soins auprès de cette chère amie, je m'occuperai de ceux de notre chère publication dont je vous tiendrai au cou-

rant. J'accepte toute la part que vous voudrez y prendre; tribut do cœur, dont jo ne verrai jamais assez, comme le vôtre, offerts h ce bion-nimé Maurice. Je suis fâchée de ce que vous me dites à cotte occasion de M""***. Si j'ai bien lu, elle procède contre vous. Malheureux esprit dévoyé 1 IlélasI qu'on plaint cette femme, sortie si belle des mains do Dieu 1 Quelle douloureuse admiration elle inspire I Elle s'est jetée de plus, maintenant, dans une politique abominable. Ainsi t'abtme appelle un autre abtme. Et voilà co que c'est que de quitter la fui. Oh! tenons-nous là, pauvres humains, tenons à l'ancre immuable. Monsieur, je suis désolée de tant d'âmes perdues. Il me semble voir un océan couvert de vaisseaux démâtés, dévoilés, faisant eau de toute part. Ainsi m'apparatt le monde. 11 y a de quoi dire * heureux ceux qui l'ont quitté, qui sont, dans un beau jour, abordés au ciel ! Si vous figurez dans vos tristesses une belle campagne avec une douce amitié, et que cela vous console, on a toujours cela avec son bon ange, le céleste ami ; consolation un peu spirituelle, si vous voulez, mais n'est-ce pas la meilleure? Hélas! les autres sont si souvent imparfaites.

En6n, M. Quemper est de retour d'Amérique. Il ne sait pas combien je l'ai appelé pour lui demander ce cher précieux cahier vert. J'espère que nous le verrons, et le cahier et M. Quemper, à Paris. Vous pourriez aussi lui donner les manuscrits dont vous m'annoncez l'envoi, ou, si ce n'est parti, ayez la bonté d'adresser le tout à M. Jules Barbey d'Aurevilly, rue de Porl-Mahon, 9, hôtel de Neustrie. C'est l'ami chargé de la publication. Je crains que notre court séjour à Nevers ne nous laisse pas le temps de recevoir vos papiers. C'est pour cela que je m'empresse d'écrire dans un moment pressé, et que je vous dis adieu sans plus, pour ne pas manquer la poste.

Je tâcherai de me procurer^ à Paris, i' Université Catholique qui m'intéressera quand même.

Vous dire ce que jo fais à Paris? liclas I rien que rester dans la cliambre de ma pauvre malade, triste et douce vie qui laisse tant à ponser ot à souffrir. Je ne sais quand je regagnerai mon Cayla si paisible, ce cloître au désert où l'âme est mieux, je crois, que cloîtrée dans le monde, à cause du bruit. Mais tout lieu où Dieu nous mène est bon; de tout lieu on va au ciel. Celte pensée est ma douce, ma consolante compagne sur cette pauvre terre; je voudrais la donner à tous les affligés. Comme je pcnso, c'est la vôtre dans votre Thébaïde. Vous y continuez aussi vos poétiques études , ces enchanteresses de l'âme, et la petite Marie est là qui vous sourit toujours. Vous avez bien souffert; mais Dieu encore vous a laissé quelque bonheur, assez pour le bénir, comme nous faisons tous.

Oui, dans la coupe amère où nous buvons la vie, II se mêle toujours quelque goutte de miel,

comme a chanté notre Lamartine.

M™« *** n'a pas l'air d'avoir reçu vos papiers, ou bien elle les garde. Ayez la bonté de me dire ce qui en est, afin que je recueille ces chères reliques partout où elles seront. Caressez pour moi l'enfant blanche et rose, et recevez, monsieur, la nouvelle assurance de mes sentiments.

AU MÊME

[Paris] , 10 mars 1841.

Les plus douces paroles ne vous rendraient pas, monsieur, la douceur que j'ai trouvée dans les vôtres lorsque vous parlez des choses de 1 âme, et dernièrement de Maurice. En recevant voîre lettre, j'ai couru au bureau de Y Université, Qi je possède et j'ai dans le cœur cette précieuse Notice, si belle d'expression,

de sentiment et de vérité. Grâce à vous, notre Maurice est là dans sa vie de poésie et de foi, et sous l'auréole céleste qui lui convient et qui lui manquait jusqu'ici. Quelque haut qu'on eût porté son talent, il ne Tétait pas jusqu'au ciel, sa belle place. Louange à vous qui , comme un ange ami , l'avez élevé sur vos ailes aux yeux de ceux qui ne croyaient pas qu'il pût monter plus haut ! Et puis que j'aime ces beautés ignorées que vous révélez de son âme, ces divines rêveries en Bretagne, au bord dos mers, dans les grands bois, dans ce Val bien-aimé, trésors que je vous dois! Que Dieu vous bénisse, mon bon poëtel Je lui remets le soin de ma reconnaissance, que ni mon âme ni rien ne peut vous témoigner assez. Que peut exprimer ma faible parole de femme? Rien ou bien peu, je le sens, quoique vous la flattiez de beaucoup de puissance. Il faut pour cela l'entendre à travers la bonté, à travers Maurice, son frère. Oui, ce cher objet m'enveloppe de son charme aux yeux de ses amis, et j'en suis heureuse et flère, comme aussi il y a vers eux, de mon côté, retour de sympathie afleclueuse et éternelle.

Et néanmoins ceci répond- il à votre dévouement, monsieur, et à vos lettres aimables? Si je n'ai dit plus tôt combien j'en étais touchée, c'est qua je n'ai pas pu écrire; je le fais au premier loisir. Je dis loisir, parce que c'est un moment tranquille et qu'on se repose alors dans ce qui plaît, comme un fatigué sur la mousse à l'écart. Promeneursoli taire, vous connaissez cela. Moi, dans quelques pas, je suis brisée à Paris, ce monde fatigant pour l'âme, et où néanmoins je me plais tristement comme dans la vie et la mort. Ce Paris me renferme tant de choses aimées, tant de joies et (ant de douleurs! Paradis en deuil.

M. Quemper est venu me voir avec un empressement bien aimable, dont je sens le prix vivement. Ce bon jeune homme justifie en se montrant l'éloge que vous en faites, et le titre d'ami pour ceux qui le donnent à la distinction de l'esprit et aux quclités du cœur. M""* de M..., cette éminente appréciatrice, a porté sur M. Quemper le plus gracieux jugement, et c'est uo

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des hommes dont elle aimerait d^orner son salon. Mais, hélasl son Milon, c'est un lit de douleur, au pied duquel M. Quemper s'est assis une fois. Une autre fois, je Tai reçu moi seule, dans un salon sans feu et sans charmes, et néanmoins il yen avait pour moi à causer du passé, de Maurice, de la Bretagne, des amis do ces contrées, et de la mer, et de votre petite Marie, et que sais-je? Les courants de l'âme sont longs.

Vous avez cité de charmantes choses dans la Notice, je ne sais quoi d'un parfum céleste. Riche espérance pour le recueil annoncé, ce cher trésor que roule la diligencel M. d'Aurevilly va s'occuper inc«^ssammcnt de notre œuvre, de ce monument à la Fnincc et à nous, et auquel on vous devra d'avoir si richement contribué, et travaillé d'esprit et de cœur. Je voudrais bien être ici à l'époque de cette publication ; mais il n'y a pas d'apparence, quoique notre déoart soit encore incertain. J'aurai soin de recommander vos dix exemplaires. Et ne soyez pas en peine pour le coui-s de notre poète : son lit est creusé dans les pentes où coulent les fleuves d'or, et il n'a qu'à jaillir. Vraiment ce livre est attendu avec dévotion. Il y a encore bien des choses à recueillir, que je découvre par-ci par-là. Il se dispersait avec un détachement injuste, mon pauvre Maurice, n'estimait rien de lui, et il s'en est allé sans jouir d'aucun des dons dont il était si riche. C'est nous qui jouirons. Il y a dans ce bonheur une profonde tristesse qui ne se peut consoler.

J'en étais là, vous écrivant, lorsque l'envoi par la diligence est venu. Bien -aimées reliques de mon bien-aimé Maurice! Oh ! merci, mille fois merci, mon bon monsieur! Je n'ai presque rien vu ni lu ; mais tout est au cœur, et je veux de suite me témoigner au vôtre qui fait tant pour moi, presque trop, si j'osais me plaindre de voir mon nom à côté de celui de Maurice dans l'auréole que vous lui posez si religieusement sur le front dans y Université Catholique,

Adieu, monsieur, et reconnaissance infinie.

AU MÊME

(Au Cayla], 14 octobre [1841 J.

Les poètes ne meurent pas , ni les amis, je vous assure, monsieur. La mort et le silence ne changent rien à l'âme que les apparences. Maurice est toujours Maurice, et je vous suis toujours sa sœur. Si j'ai tardé à vous répondre sur tout ce que m'ont dit vos deux lettres à M"" ***, c'est pour des raisons trop bonnes, mais qui prendraient inutilement une place sur ce papier. Je le veux tout entier pour vous, non pour moi, pour vous et pour Lui, pour Lui qui vous a aimé sur la terre, pour vous qui le suivez de votre amitié dans le ciel. Affection sainte que j'ai bénie tant de fois, en des jours mauvais pour lui et que vous lui rendiez doux, ces jours d'hospitalité charmante sous votre toit, dans cette chambre qui vous a laissé de Maurice un si touchant souvenir. Hélas! faut-il que tout ce qui tient à lui ne soit plus autre chose : un souvenir! Qu'est-ce de nous et des plus nobles et chères créatures? Quelle douleur sur ce néant, si l'âme n'en sort<iit pas I Mais elle en sort, mais elle voit les cieux ouverts, mais on pleure, mais on espère. Que la foi est douce au malheur!

Ce sentiment qui me soutient, vous avez le bonheur de le connaître, monsieur, et vous l'exprimez d'une façon exquise dans vos reflets de Bretagne ; le Petit Pâtour est suave de cette pieté pure et simple qu'on pourrait appeler le naturel de la foi. Gela mis en poésie est bien beau. Si je ne cite que cette pièce, c'est que tant d'autres m'ont également charmée, et que ce ne serait que citer des ressemblances. Je vous ai bien applaudi dans mon cœur, poète qui consacrez votre voix à Dieu et qui répondez à la mission qu'il a donnée aux poëtes, mission de religieuse harmonie. Ainsi ils font du bien aux hommes et

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^emplis^ent à ta façon des anges le devoir d'amour, de charité qu'on doit à ses frères. Encore une fois, c'est bien beau, et j'aime à vous voir ainsi ami de Maurice. Et que j'aime aussi de le voir chante par vous! C'est véritablement un chant que vous lui faites dans vos lettres à G. Sand : un hymne à sa mémoire, qui aura eu du retentissement, j'espère, et toujours dans mon âme, car j'ignore ce qui se fait au dehors. Je n'ai pu savoir ce que devenai.^nl ces papiers si religieusement conservés par vous et envoyés pour offrande à sa tombe. Oh ! que cela m'a touchée, monsieur, et que vous vous êtes acquis ma pieuse reconnaissance en produisant ces écrits pieux de mon frère I Tôt ou tard ils seront vus et couvriront les erreurs d'une première Notice. Réhabilitation que nous devons tous, parents et amis, à cette mémoire chrétienne. Heureux qui peut y contribuer, et je vous devrai ce bonheur.

Je m'occupe de mon côté au recueil de ce que je sais par ici dispersé et qui doit servir à la publication complète. Hélas I je n'ai rien de plus triste et de plus doux que de recueillir ces restes. Cette œuvre achevée, il ne me restera plus guère rien d'altachant à faire sur la terre. Tous mes soins sont tournés vers le ciel, cet autre monde où Dieu nous attend et toutes nos espérances. C'est bien consolant, bien soutenant dans cette pauvre vie, de croire à l'autre, d'y passer déjà par le cœur, de se dire : voilà le prix de mes souffrances, des épreuves de quelques jours. Ce sont aussi vos pensées dans votre Thébaïde, pieux solitaire; je l'ai vu avec consolation, et que vous portiez selon Dieu vos douleurs, votre grand veuvage. Autrefois, vos frères les ermites étaient ainsi dans l'affliction, hommes forts par la foi.

Adieu, monsieur. Embrassez pour moi votre chère petite Marie que j'aime sans la voir et sans la connaître, mais on aime ainsi les anges. Je vous prie de recevoir encore l'expression de mon âme pour vos touchants envois. Yos livres et les deux journaux seront conservés religieusement dans une hr

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mille qui vous devait déjà beaucoup, et qu'un lien sacré vous attache : la sainte mémoire de Maurice. En lui et pour toujours, votre dévouée.

AU MÉMB.

[Au Cayla], S jniUet 1842.

C'est en attendant la lettre que vous m'aviez fait espérer de M. Quemper que j'ai tardé à vous répondre, bon et parfait ami de Maurice. Cette lettre n'arrive pas, et je ne remets pas davantage à vous remercier de votre empressement dévoué à l'occasion de ces chors manuscrits. J'y complais, sur ce dévouement, et c'est pourquoi j'ai pris la liberté de le réclamer au besoin. Je l'ai fait avec la confiance d'un sentiment partagé, comme frère et sœur, vous et moi, dans l'héritage de Maurice, et pour les soins de le recueillir; mais le recueillerons-nous? Je crains beaucoup que non, et que tout soit à jamais perdu. Quels regrets et quel double deuil de Maurice pour moi, qui me faisais je ne sais quel bonheur de le revoir dans son intelligence, dans les œuvres de sa pensée produites au jour! Nous allions en jouir; les copies étaient faites, je les ai vues; on n'attendait pour publier qu'une notice demandée par M. ***, des anecdotes, des souvenirs d'enfance, des détails sur notre famille, ce que j'ai envoyé en janvier *, sans avoir encore reçu de réponse. Rien ne peut expliquer ce silence, sinon la mort de M. ***, qui était malade à celle époque. Je parle ainsi, parce que je sais positivement qu'il allait publier. Encore avant mondépartj'avaiseuun entretien avec lui à ce sujet, et il m'avait répondu de manière

1. Cette notice est imprimée daxM le Yolume des Œuvres de Maurice de Ouérin, pages 419-1'3Ô.

à ne me laisser aucun doute sur ses intentions. Ceci était bien après sa rencontre avec M. Quemper, et, quoique je n'aie pas plus poùlé que ce dernier certaines façons de penser de M. ***, i'ai eu confiance en ses paroles, je n'ai pas pu douter d'un ami lie Maurice. Je vous l'ai dit, je crois plutôt à sa mort. C'est ce que je voudrais découvrir, afin de réclamer nos papiers. Mon père est décidé d'écrire h sa famille. Tout sera entrepris avant de piTdre et de laisser à Toubli ce qui nous reste de plus précieux de notre Maurice, de la chère et belle âme, suivant votre expression, mon doux poëte. Ohl comme \ous la chantez cette âme, en vous, dans le souvenir et la contemplation I Que j'aime votre admiration et de vous voir songer aux jours oii Maurice écrivait à votre foyer sur le cahier bleu! Jours et cahier perdus, c'est trop à regretter. Je ne puis me résoudre à tant do sacrifices qu'en pensant que, de ce monde où tout meurt ^ où tout passe, je m'en irai au ciel joindre Maurice et tout ce que j'ai perdu; car où l'éternité réside, on retrouve jusqu'au passé. Heureuse espérance!

En attendant, voici une de mes douces joies que je veux vous dire, une agréable et triste surprise : un album que j'ai ouvert par hasard dans un manoir, et oii j'ai trouvé la mort de Maurice. Combien j'ai été touchée de la trouver là, sur ces pages secrètes, dans un journal de jeune fille, dans un recueil tenu dans un fond de cœur, hommage inconnu et bien délicat à la mémoire de Maurice! J'y ai lu ces mots : il était leur vie, parlant de sa famille. Tous ceux qui nous ont connus le diront. Il est de ces existences, de ces natures de cœur qui fournissent tant à d'autres qu'il semble que ces autres en vivent Ainsi nous était Maurice. De lui me coulait amitié, sympathie, conseil, douceur de vivre par son commerce si doux, aide intellectuelle, enfin Talimcnlation do mon âme. Ce grand ami perdu, il ne me faut rien moins que Dieu pour le remplacer. Ou plutôt Dieu était là, mais il s'avance dans la place vide. Voilà ma vie brisée, mais appuyée, et puis les douceurs de la famille, les

consolations domestiques, une église pour prier, c'est assez de quoi bénir Dieu et passer sereinement les jours qui restent.

Vous me demandiez des nouvelles de ma santé , mon bon solitaire; ce qui a fait que je vous ai parlé de Tâme, du baume, au lieu du vase, qui ne vaut pas la peine qu'on en parle. Néanmoins, puisque vous y prenez intérêt, je vous dirai que ma petile santé va bien. Plus de toux, grâce au bon air des champs et au lait dont je m'abreuve. Puissiez-vous m'envoyer pareil bon bulletin de votre personne beaucoup trop souvent malade I La grippe, j'espère, aura déguerpi, et ne vous empêchera pas d'écrire un peu plus longuement que la dernière fois.

Mandez-moi de vos nouvelles littéraires et autres, et surtout ne douiez jamais de l'inlérôt que j'y prends. 11 est trop de rap- * ports entre vous et nous, entre le Val et le Cayla, pour ne pas vivre beaucoup les uns dans les autres. Ainsi vos publications seront vivement accueillies. J'attends donc incessamment le Mal du Pays. Adieu, poète; que la poésie et Dieu vousconsoient ! Ce sont de puissants secours. Dieu surtout qui élève ràmo à lui et lui communique de sa vie. La poésie la répand en neuves magnifiques. Coulez, coulez donc, poésie sainte, sur celte terre aride !

Je prends à mon cou les bras blancs de Marie et je baise bien tendrement ses joues roses. Clière enfant, dites-lui que loin, bien loin du Val, on aime bien la petile Marie; qu'on lui souhaite toutes les joies de l'enfance, et qu'elle en donne toujours à son père.

Si vous écrivez à M. Quemper, ou s'il est près de vous, veuillez me rappeler à son souvenir et le remercier des démarches (|u'il a dû faire, sans doute, et quel qu'en soit le résultat.

Aiiit'U encore sur tant d'écriture, mais voyez-y encore plus d'aiïeclucux sentiments.

LBTTRBS.

AU MÉMB.

[Au Cayla], 20 octobre 1842.

Un voyageur qui s'en va devers vos contrées vous portera ces souvenirs du Cayla, mon bon solitaire, ces amitiés et nouvelles do ma Thébaïde à la vôtre. Ainsi correspondaient autrefois par de rares occasions les cénobites aux déserts. Mais je n'imiterai pas celui qui gardait sans les ouvrir les lettres de ses amis : admirable privation trop au-dessus de mes forces. Prendre et lire, c'est tout un lorsque me vient une écriture aimée. Ainsi, monsieur, de la vôtre qui seulement me coûte un pou à déchiffrer, malhabile que je suis aux choses un peu difficiles, et trop pressée de voir ce qui me fait plaisir. Que ces difficultés de lecture ne vous empochent cependant pas de m'écrire, lorsque vos nombreuses occupations pourront vous le permettre. Dérobez aux muses quelques moments pour l'amitié, qui vous en tiendra grand compte. Et non-seulement moi, mais toute ma famille vous remercie de vos bons souvenirs, et me charge expressément de vous le témoigner. Je m'en acquitte d'abord en répondant à votre dernière lettre, parce que c'est toujours par le cœur que je commence. Mon bon père est tout pénétré de vos sentiments pour notre bien-aimé Maurice, et de votre culte à sa mémoire et à son talent. Ce talent fut bien beau, bien élevé. En recueillir et publier les œuvres est une œuvre sainte , un hommage au cher et grand poëte et à Dieu , père de l'intelligence. Bénis soient donc tous ceux qui s'associent à ce dessein ; béni soyez-vous, ô vous plus qu'un autre, ami dévoué de Maurice! Grâce à ce dévouement, aux soins que vous voulez bien vous donner, j'espère encore cette publication, ardent désir de mon cœur. Que nous reprenions ou non les copies, les autographes nous restent, non pas tous, il est vrai, ce qui est bien fâcheux, vu que nous n'aurons

qu'une édition incomplète ; mais n'importe, plutôt des fragments que rien de ce beau trésor. Je compte d'ailleurs beaucoup sur des démarches que j'ai prié un de mes parents de £aiire auprès de M. ***, qui n'est pas mort comme -je le croyais d'après son silence. Incompréhensible conduite I Je ne la juge pas, mais j'en souffre. J'avais compté sur les plus nobles promesses, je m'attendais à cette publication comme au lever du soleil. Et tout demeure sans effet, sans que je sache pourquoi. Ceci n'est plus supportable; aussi je veux en Gnir et nous tirer d'incertithde. Ce serait fait déjà si nous savions l'adresse de M. **"**; ni M. Quemper ni personne ne me l'a donnée. Mais mon cousin se charge de la découvrir, et dès l'instant il ira s'informer des obstacles ou réclamer nos manuscrits. Dans le cas de retrait, vous les aurez chez lui à Paris, et je les livrerai à vos soins et à l'intérêt des amis du talent. Vous m'engagez à traiter avec un éditeur, mais comment faire et à qui m'adresser ? Je n'ai à cet égard aucune notion et ne me suis informée de rien à Paris qui puisse aboutir à cette publication, me reposant en tout sur M. ***.

Maintenant que faudra-t-il faire pour mes pauvres chères reliques? Quoi qu'il en soit, je les sauverai de l'oubli, nous les sauverons, comptant sur votre association pieuse. J'aurai une chose de grand prix à vous donner pour enrichir les œuvres de Maurice : un portrait de lui, un dessin de sa belle tète, dû au crayon d'un artiste ami qui l'avait fait pour lui, artiste, en secret, et qui me l'a révélé et donné quand il m'a sue à Paris. Quel trésor I Maurice est là, assez ressemblant, dans une pose calme et pensante; le front souffrant, les yeux fermés, l'air d'un Iakistc. Ce dessin vous plaira, je suis sûre. Quant à moi, j'en suis heureuse. L'ombre môme de ce qu'on a aimé est si douce! Et toul cela néanmoins n'est pas lui : image, pensées de lui qui nous restent! La réalité est ailleurs. Voilà qui élève l'àme par delà ce pauvre et triste monde, d'une si profonde imperfection de bonheur, où ce qui le ferait meurt ou manque.

Il y a en cela des vues divinos que nous devons adorer, en contemplant pour consolation les félicités que la foi nous présente, en les saluant de loin.

Je suis charmée de rentrée dans le monde de la Famille des Ames, et surtout de la voir arriver au Cayla. Je lui promeU bon et doux accuoil comme à tout ce qui me viendra de Bretagne, ce noble pays que j'aimo. Vos dons littéraires seront pour moi ces fruits merveilleux d'une île lointaine, qu^un prince envoyait dans une boite d'or à ses amis, et qui s'y conservaient toujours. Je léguerai vos livres à mes neveux, s il m'en vieat. Ceci me mono à mes joies de famille, auxquelles vous voulez bien aussi prendre part. Que vous dire, si ce n'est que nous vivons ici dans Tunion et l'amour des anges, dans la douce paix des Vallombrouses? Il ne nous manque qu'un petit enfant, une jeune vie dans la nôtre, comme vous l'avez dans Marie. Cette chère petite fille doit être le plus doux charme de votre solitude. Mais je conçois qu'un peu plus grande elle vous fasse encore plus de bonheur. Alors elle pourra vous comprendre, s'unir à votre âme, à vos sentiments, être votre compagne intellectuelle. Un jour Marie sera ainsi pour son père, et de ce jour votre isolement sera moins grand. Alors vous direz moins amèrement qu'aujourd'hui : malheur aux cœurs ainumts! Le vôtre a bien souffert et souffre beaucoup , je vois, de l'état de choses qui l'entoure. Mais que faire à cet état, que le supporter en chrétien et en espérance en ce meilleur monde où chacun sera à sa place? Que Dieu toujours et de tout vous console ! Je le prie souvent pour vous, mon doux poëte. Adieu. Que votre santé se soutienne meilleure. J'embrasse biea tendrement Marie.

Otilloc, 97 jaaiin 1849.

Me voilï bien en retard, mon bon foliOire, mais pas en onbli. C'est impossible erjtro nous, vous savez et je vous le redis encore. Des occupalions, une absence du Cayla, et puis l'attente sur ces chers mïinuMrits, toutes ces raisons viennent ■n'excuser près de vous. Ccrics , leâ amis sont cliose assez rare pour ne les pas négliger; ce sont les conaolaleura de la vie. Rien n'est plus dui.i\ que les relations sj mpathiqnes et sincères, et, soua ce ra[»porl, lous devez juger combien les vôtres me plaisent. Je re;;re(te souvent, et ma famille avec moi, qu'il y ait si loin du Languedoc en Bretagne. Nos déserla devraientsetouchrrcomnieâùiouchpntnoaames. Mais ost41 rien comme on voudrait ici-bns 1 Les dislancos séparent, les destinées désunissent; vérilalile liru d'exil de toute pari, et ïiillf'a de larme.-. Ce qui serait di'çoiablement Iriele, si le ciel ne couvrait la terre. Oli I les bi^aux mystères qui sont voilés ta et qui nous attendent pour noire bonheurl Quand jo lève los yeux en liaut, je ne sais quHIe joi- m'en vient ; mais c'est bien joie et vie surnaturelle, qui me Tait oublier l'autre ou du moins la supporter sans peine. (Ju est-ce que souffrir un peu de temps en vue d'une élcrnolle félicité ; qu'esi-ce qu'une goutte amère pour un océan de délices? Et ceci, ce n'est pas comme les trompeurs espoirs des hommes. C'est une promesse diiine. Oh! le bon ami que Dieu! Les bons amis lui ressemblent et découlent un peu de lui, comme en découlent tous les biens.

Vous avez été bien obligeant do m'envoyer l'adresse du G-.. J'en ai profité de suite pour écrire à M. *■■ sans plus de succès que par le passé. Il est vrai qu'il y a du malheur, et que celui que j'avais cliargé de faire des démarches est encore k les faire et à remettre mon biltcL Je ne sais si aux bureaux du G.... on

no pout rencontrer M. •**, ou s'il n'y a pas son adresse; le faitesl qu'on ne Tapas découvert, ce qui me contrarie sensiblement. Si je no craignais de déranger M. Quemperje le prierais de vouloir bien passer lui-même au G....; mais vous lui avez vous-même parlé plusieurs fois de cette recherche sans aucun succès, ce qui m'arrête. Voilà pourquoi je ne vous ai pas répondu plus tôt ni demandé si vous avez été longtemps garde -malade. J'espère être bientôt garde-berceau^ ce qui est bien plus agréable. Ma douce belle-sœur m'annonce ce bonheur. Hélas ! je me Tétais promis beaucoup plus tôt d'un autre mariage qui promettait tant aussi pour mon cœur, et qui ne lui a laissé que des larmes. Depuis ce temps, le monde, la vie sont changés pour moi, et quoi que ce soit qui me vienne d'heureux me porte cette empreinte triste. Ma famille est toujours un foyer d'aiïections, mais son vif aliment lui manque pour moi. Vous me comprenez, vous qui avez perdu, vous qui êtes en deuil. Je ne parle cependant de cela qu'à Dieu et à vous qui avez connu intimement Maurice. Mon doux poëte, chantez-moi cette mort avec votre voix pieuse. Où en sont vos publications? Je leur adresse bien des vœux de succès, et en même temps d'arrivée au Cayla. Si vous m'envoyez quelque chose de Paris, vous pourriez le faire remettre chez M. Raynaud, rue de TArcade, 87, qui a souvent des occasions pour nos contrées.

Adieu. Mes tendresses toujours à la petite Marie, Tange de votre solitude. Recevez pour vous Texpression ancienne et toujours nouvelle de mon amitié.

[p. S.] J'ai quitté depuis quelques semaines ma chère solitude ; mais je puis vous assurer des sentiments affectueux de ses habitants pour vous.

LETTRES. 4tn

A M. PAUL QUEMPER

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