A PARIS
Au Cayla, 22 septembre 1848.
Monsieur,
Ce bon M. Morvonnais m'écrit que vous êtes à Paris, que vous y voyez M. ***, et que je puis sans hésiter vous prier de lui réclamer les manuscrits de mon frère. Sur cela, monsieur, je n'hésite donc pas à vous donner cette commission qui s'adresse d'ailleurs d'elle-même à vous, à cause de l'amitié que vous aviez vouée à Maurice et du souvenir que vous gardez à sa mémoire. Recueillir ce qui nous reste de lui, les belles pensées de son âme, est un soin pieux que se doivent partager les vrais amis du poëte. Vous vous êtes à ce titre associé des premiers à ce soin, et je vous ai vu vous en occuper avec un bien louchant intérêt. C'est à ce même intérêt que je m'adresse et que je me conûe pour ressaisir le trésor que possède M. ***. Il n'y songe plus sans doute. Je ne m'explique pas cette conduite, je ne m'exprimerai pas non plus sur cet ami de mon frère. Tout ce que je dirai, c'est que je veux absolument reprendre les chers manuscrits. Ce vouloir transmis par vous serait suflisant, sans doute, mais je l'appuie encore de la lettre ci-jointe de mon père qui vous servira de lettre de créance au besoin.
Et maintenant, monsieur, mille excuses de la liberté que je prends, de la peine que je vais vous donner; mais vous m'avez semblé la bienveillance et la bonté mêmes dans les courts moments où j'ai eu l'avantage de vous rencontrer à Paris. Il m'est resté de ces rencontres un bien agréable souvenir, avec des sentiments d'estime et d'intérêt pour votre personne dont je suis cil rmée de pouvoir aujourd'hui vous adresser l'expression.
Veuillez l*agréer, monsieur, avec l'assurance de mon parfait dévouement.
[P. S.] Pour le plein succès do vos démarches il faudrait obtenir non-soulemcnt les manuscrits, mais encore les copies qui en ont été faites. Je les ai vues quelques jours avant de quitter Paris. M. *** ne voudra pas les refuser. Le Journal venu d'Amérique que vous m'aviez remis est là aussi. J'y tiens infiniment, enfin à tout ce qui me reste de ce bien-aimé frère.
Une fois les papiers chez vous, M. Morvonnais me dit que vous aviserez à la publication ; il compte beaucoup sur la coopération d'un M. Pilre ( si j'ai bien su lire ce nom ), qui demeure rue de Verneuil, 34.
J'ai aussi peut-être un concours à associer au vôtre. M. le comte de Beaufort, qui nous a fait les offres les plus obligeantes de publication , il y a deux ans de cela. Je le remerciai alors, n'ayant qu'un bien petit recueil. Depuis nous avons beaucoup découvert, grâce à vous et à M. Morvonnais. Ce M. de Beaufort écrivait dans la Revue de Paris ; il nous offrait la publication, sans frais aucun de notre part. Si vous le croyez utile, j'écrirai à ce M. de Beaufort. Il logeait rue Saint-Nicolas-d'Antin, 50.
Adieu encore, monsieur. Voyez comme je compte sur votre complaisance.