VI AVERTISSEMENT
était Taînée des sœurs; c'est elle qui, près du lit de mort, dut promettre de veiller sur Maurice, le dernier né de la maison, aimable enfant de sept ans à peine, dont la santé frêle, la beauté maladive et la précoce intelligence justifiaient tout à la fois la complaisance et les alarmes dont il fut Tobjet depuis le berceau.
Il y eut ainsi quelque chose de maternel dans la tendresse de M"* de Guérin pour son frère. Avec quelle fidélité elle a tenu pendant vingt ans sa promesse! Parla pensée, elle suit Maurice partout, elle veille sur les progrès de son esprit, sur tous les dangers de l'absence pour sa santé, pour ses croyances; elle l'interroge, elle Tavertit doucement, elle le console et Tencourage. Lorsqu'il cesse d'être un écolier pour devenir un homme, ses espérances et ses inquiétudes redoublent; elle se rapproche de Maurice, s'attache à lui, le rattache à elle plus étroitement : comme si elle sentait que, faible et entouré de périls nouveaux, il a plus que jamais besoin de ne pas égarer sa confiance et ses affections. Alors les lettres qu'ils échangent ne lui suffisent plus. Lui arrivât-il de passer les nuits à écrire, elle n'en a pas dit assez; ce jour encore et tous les jours son cœur déborde ; tout ce qu'elle sent, tout ce qu'elle pense, tout ce qui se passe autour d'elle , elle le dit au cahier qui suivra les lettres dès qu'il sera rempli, et placera sous les yeux de l'exilé, pour le défendre contre la tristesse et l'oubli, ces deux