VIII AVERTISSEMENT
que des amis fidèles sauvent de Foubli les écrits de son frère , ces écrits destinés à perpétuer le nom du poëte moi*t avant Tâge, et à rajeunir l'antique blason du Cayh. Elle espéra longtemps, lutta de loin contre les obstacles de toute sorte qui s'opposaient à l'accomplissement de son vœu ; puis, lorsque cette dernière illusion lui échappa, elle sentit que ses forces l'abandonnaient aussi; elle cessa d'écrire, elle allait cesser de vivre.
Peut-être a-t-elle quitté le monde avec le regret de n'avoir pas rempli sa tâche; tous ceux qui liront ce livre diront avec nous qu'elle l'avait remplie. Ses dernières lettres, son Journal interrompu suffisent pour honorer à jamais le frère qu'elle a tant aimé. Après l'éclatant témoignage de George Sand, de M. Sainte-Beuve*, il ne manquait plus à Maurice de Guérin que l'expression si touchante de la tendresse et des regrets d'une telle sœur pour attacher à son nom et à sa personne des sympathies plus profondes et plus durables encore que l'admiration excitée par quelques pages de ses écrits ; et s'il arrivait un jour que l'auteur du Centaure retombât dans l'oubli, nous oserions promettre au frère d'Eugénie l'immortalité.
Lui assurer cette gloire était son vœu. Jamais M"« de Guérin n'avait prétendu la partager. Il en sera pourtant
1. Dans la belle Notice imprimée en tète des deux éditions, et reproduite dans le tome XV des Causeries «du lundi.