‹ Journal et lettresChapitre 9 sur 46 · DE L'EDITEUR. IX · texte numérisé non relu

DE L'EDITEUR. IX

ainsi. Et Maurice aurait été le premier à trouver que cela était juste. En vain sa sœur essaye-t-elle de lutter contre rinspiration qui la sollicite et de s*effacer devant lui : il envie à ce poëte qui veut se taire, à ce poète malgré lui la fécondité de sa pensée, Toriginalité de son langage : «Ohl lui dit-il, si j'étais toi! » En effet, c'est elle qui avait le plus reçu de la nature. A peine a-t-elle connu les langueurs de Tépuisement qui arrachent à Maurice des plaintes si pénétrantes; dans ce qu'elle écrit, jamais d'effort. « Je ne sais, avoue-t-elle quelque part, pourquoi il est en moi d'écrire comme à la fontaine de couler. » facilité qui semble excessive lorsqu'on lit ses vers; dans cette langue, il lui a manqué, comme à son frère, et plus encore, de savoir se borner et revenir sur les négligences de l'improvisation. Mais ce libre jet donne à sa P^^, précise et nerveuse, un relief et une ingénuité dont on est saisi. Elle a l'énergie et la grâce, le don de d^ simplement toutes choses, et de s'élever des plus petites, par un mouvement naturel, aux plus hautes; ^lle est tour à tour et tout à la fois familière, enjouée, '^^ve, profonde et sublime. L'étude et l'art n'ont guère P^ par là; on le sent môme à quelques termes singul'ers, à quelques expressions étranges, qui seraient ailleurs autant de taches, qui sont ici comme un reste d'accent, le goût du terroir, le parfum de la solitude, iossi n'avons-nous point songé à les effacer.

AVRR TISSUMENT

Lo Journal de M"® de Guériii n'est malheureusement

pas complet. Trois cahiers ne nous sont point parvenus; ils ont été égarés sans doute avec toutes les lettres adressées par la sœur à son frère. Nous publions les douze autres cahiers tels qu'ils ont été remis en nosTnains pa! M. Auguste Raynaud au nom de M"® Marie de Guérin, qui nous permettra de lui témoigner ici notre éternelle reconnaissance pour la haute confiance dont elle nous a-j honoré. Nous en avons seulement réservé, pour nou^ conformer au juste désir de la famille, un petit nombre de passages d'ailleurs très-courts et d'un médiocre intérê ^ littéraire, où des personnes qui vivent encore étaie désignées trop directement, et qu'il sera facile de rétabli dans les éditions postérieures, dès qu'on le pourra sa blesser les convenances.

Le Journal est suivi de quelques lettres égalemerr» remplies du souvenir de Maurice. C'est pourquoi noi^les avons choisies parmi toutes celles qui nous ont ét^ communiquées. Il en existe un nombre considérable' Autour de M"® de Guérin, parents, amis, et quelquefois même des étrangers, tout le monde voulait avoir de ses lettres. On y trouvait une joie pour l'esprit, un trésor pour l'âme. Elle ne savait pas se défendre de telles demandes, et ce n'était pas trop de la facilité merveilleuse dont elle était douée pour suffire à l'activité d'une telle

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