LA MARQUISE DE POMPADOUR
Mais , peu de temps après , une nouvelle liaison éteignit cette affliction. Aux noces de Monsieur le Dauphin parut une jeune beauté de Paris à qui le roi jeta le mouchoir, comme fait le sultan parmi ses odalisques, aussitôt heureux qu'amoureux. Les voluptés furent le seul attrait de cet amour; le cœur ni le caractère n'étaient pas connus et ne le sont peut-être pas encore. On était résolu par principe aux amours volages et à décimer les jolies femmes de Paris, pourvu qu'il n'en coûtât point de risques à la santé; l'on prétendait échapper à l'empire de l'amour, mais cette pratique est impossible aux cœurs sensibles.
Le roi rencontra dans la dame d'Étiolés (peu après marquise de Pompadour) une maîtresse bien dressée pour le gouverner : en séduisant son âme par l'appas de la douceur, elle a tiré le plus grand parti et la plus excessive autorité que puissent procurer la confidence, la consolation, la profondeur du secret et tout le ma-
nége naturel qui rendent les courtisanes de profession plus maîtresses de leurs amants, et sans le secours de l'esprit, que ne le sont les femmes de capacité et de mérite.
Sa mère, célèbre p.... du Palais-Royal, l'avait élevée et destinée à quelque poste considérable de ce genre-là; elle lui avait fait épouser un fermier-général ; mais son ambition n'en était pas satisfaite ; elle a vu le triomphe de sa fille et est morte peu après de la v
Mme de Pompadour est donc de la plus basse extraction. Elle est blonde et blanche, sans traits, mais douée de grâces et de talents; elle est d'une haute taille et assez mal faite. Tous les ballets de la cour roulent aujourd'hui sur le même sujet que la pastorale d'issé ; on y représente une bergère aimée d'Apollon et qui l'aime sans savoir sa divinité ; elle emporte le prix du chant et de la danse, elle joue la comédie, imite et contrefait tout ce qu'elle veut, les passions et même la vertu quand il faut : l'éducation a perfectionné la nature pour exceller dans le rôle qu'elle devait jouer; c'est le gracieux instrument de tristes desseins. Elle s'est prodigieusement enrichie, elle est l'objet de la haine publique. Le roi croit la gouverner; elle le conduit, elle lui fait voir du mérite dans ceux qui n'en ont ni la réputation, ni les apparences. C'est une amitié adroite et impérieuse, plutôt qu'une véritable passion, qui produit tant d'effets dans notre gouvernement; encore une passion violente aurait-elle l'espérance d'un changement, les reproches de la conscience et l'efficacité du cri public.