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DU MARQUIS D'ARGENSOJN. 381

3° Que cette alliance était très-nécessaire au roi de Prusse : isolé comme il est, menacé par l'empire russe et par la reine de Hongrie tout à la lois ; le renom de cette alliance, les troupes qu'elle peut lui procurer en les payant augmentaient sa considération et sa puissance en Europe.

4° Que le parti prépondérant en Suède désirait cette alliance, comme très-essentielle à son soutien, et l'aurait faite gratis.

Cependant le roi de Prusse a joué l'indifférent sur cette affaire, et nous y avons montré notre empressement de lui être utile, croyant nous rattacher. Voilà précisément le contraire de l'habileté négociatrice. On avait d'abord parlé d'une triple alliance, ensuite le roi de Prusse n'a voulu qu'une garantie de notre part ; mais utiles garants, nous devions payer de gros subsides à la Suède; enfin, depuis ma retraite, le roi de Prusse a obtenu de ne paraître aucunement signer avec nous, il nous a fuis et reniés, comme suspects et ennemis; on a seulement souffert que nous payassions pour trois ans dix-huit cent mille livres de notre monnaie par chacun an à la Suède, assurant que cette couronne n'aurait jamais signé de traité avec Prusse sans cet encouragement.

Cependant ce même traité avait déjà été conclu dixhuit mois auparavant, et il n'avait été sursis qu'à cause de l'opposition des Moscovites. On jugea bien alors qu'il fallait attendre la diète et un comité supérieur aux intrigues moscovites et anglaises pour surmonter cet obstacle.

Ainsi, nous n'avons qu'un traité particulier avec la Suède, ce n'est même qu'un renouvellement par anti-

cipation, à quoi nous avons ajouté de gros subsides, et le roi de Prusse a un traité séparé avec Suède, où nous ne sommes ni contractants, ni accédants. Il pourrait nous faire la guerre, sans que notre traité de subsides avec Suède fût moins exigible dans tous ces points.

C'est le chevalier de Lanmary qui est venu à la cour porter ce traité (de juin 1747), ce qui m'a appris ce dénoûment de mes travaux dans les affaires du Nord. Je ne crois pas qu'il y ait jamais rien eu de négocié si misérablement pour notre couronne.

L'intrigue fait tout aujourd'hui, et les moins sinistres de ses effets sont quand il n'en coûte que de l'argent au roi. Nos finances cependant s'altèrent sensiblement; je les ménageais avec passion ; au traité avec Saxe dont je parlerai, on laissa aller le subside à une fois plus que je ne l'aurais porté si l'on m'avait laissé faire, et ceux qui y portèrent prétendirent s'acquérir par là l'amitié du maréchal de Saxe. En cette affaire-ci, le baron de Scheffer a intrigué merveilleusement dans la cour: il se déclara contre moi, il fournit des mémoires à M. le prince de Conti et à M. de Saint-Séverin, au maréchal de Noailles, à M. de Maurepas etc. contre moi, afin de pouvoir faire rapporter au roi que, jusquesaux étrangers, tout se plaignait de mon ministère.

Je ne lui ai jamais fait d'autre mal que de défendre nos finances, de lui démontrer avec franchise la vanité de ses promesses et de ses menaces, et, quand j'ai lu l'histoire du cardinal de Richelieu, j'ai trouvé que j'avais cela de commun avec ce grand homme, qui démêlait continuellement l'illusion et l'avidité suédoise dans la continuation de notre alliance, depuis la mort de Gustave Adolphe. Les ministres suédois eussent

donné gros pour faire tomber en disgrâce le cardinal, et pour avoir affaire à un ministre moins clairvoyant et moins zélé.

Le dénoûment de cette affaire m'a servi aussi à expliquer comment le baron de Scheffer 1 était toujours resté en si grande liaison d'amitié avec Chambrier, pendant que j'étais si bien avec celui-ci et avec le roi son maître. La cour de Berlin ne voulait certainement pas ma disgrâce, mais on y était bien aise que la Suède tirât beaucoup de nous, et que la Prusse continuât dans une indépendance absolue à notre égard ; c'est ce que je n'aurais jamais souffert : j'avais raison et j'en tenais les moyens; il n'y avait qu'à hâter la fin de la diète de Suède : jamais le roi de Prusse ne l'eût laissé finir, sans signer un traité avec nous comme partie principale contractante, et un subside de six cent mille livres eût été très-suffisant et très- accepté.

Article VI.

Suite des affaires de Bavière, depuis le traité de Fuessert jus que s en février 1747. — Moyens proposés pour rétablir les affaires de cet électorat.

L'État de Bavière tombe de jour en jour par l'incapacité de ses princes; avec cela, le luxe et la débauche ruinent leurs finances et ne les ont pas moins endettés que la guerre ; ils le sont pour plusieurs siècles, s'ils ne

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