‹ Journal et mâemoires du marquis d'ArgensonChapitre 45 sur 57 · Ministre plénipotentiaire de Suède en France · texte numérisé non relu

Ministre plénipotentiaire de Suède en France

se conduisent pas mieux. L'électeur qui règne aujourd'hui, Maximilien Joseph, ajoute à la malhabileté de son père et de son aïeul un manque de générosité et de foi, une avidité d'avoir de l'argent pour l'employer mal, de la pédanterie, des caresses feintes, un cœur faux et une âme molle et basse qui le rendront le plus petit des princes de la terre, aussi incapable de gouverner que d'être gouverné ; il se fie dans la multitude des conseillers fourbes et autrichiens, il se défie des bons et anciens serviteurs de sa maison, surtout des amis de son père; il méprise les conseils de sa mère, il joue son confesseur en l'admettant clans ses conseils. On le crut amoureux de sa cousine la princesse Clémence ; mais, dès qu'elle voulut lui donner des conseils de raison et de bonne foi, les conversations particulières lui furent interdites. 11 est dévot, il est continent jusqu'à présent, sa physionomie annonce la sottise, il est devenu méprisable à ses sujets; quelques secrets de tyrannie radoucie et exigeante alternativement sont encore maintenus en autorité ; il a tiré par négociation avec ses sujets des impôts extraordinaires que ses Etats lui avaient d'abord refusés.

Avec si peu de stabilité, il aurait voulu tirer de gros subsides de la France ; mais que voulait-il faire pour notre parti en Allemagne ? Rien de ferme, rien de raisonnable et sur quoi nous pussions fonder un système ; ne montrant d'habileté qu'en demandant aux deux partis à la fois, se servant des offres de l'un pour agacer l'autre, on a bientôt vu qu'il n'avait d'autre plan que de tirer quelque argent sans s'exposer à aucun danger; mais nous ne voulions pas plus que lui l'exposer aux mêmes périls dont il venait de sortir avec

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tant de honte ; nous voulions seulement qu'il ne se livrât point à la cour de Vienne, qu'il se soutint dans l'état de mériter l'amitié du roi (et le roi ne voulait que sou bien), rétablir les affaires, bien assurés que les souverains de l'empire ne sont esclaves de Vienne que dans leur misère, et soutiennent leurs droits avec ceux du corps germanique selon qu'ils sont forts et puissants.

Dans cette vue, quantité d'exhortations de toutes parts nous excitaient à la générosité à son égard ; mais il faut cependant voir quelques fruits à sa générosité, même en la commençant; tant de mauvaises finesses, tant de tergiversations, tant de confidences avec les Autrichiens et les ministres des puissances maritimes nous dissuadaient de donner; la France avait déjà prodigué en pure perte des sommes si énormes à la Bavière depuis le commencement de la guerre! elle nous reprochait encore ses malheurs pour n'en avoir pas donné assez.

Chavigny trouvait tout admirable, il vantait dans ses dépêches le bon naturel du jeune électeur, il était, disait-il , attaché au roi de cœur, quoique obsédé par les émissaires de nos ennemis; l'impératrice ia mère, princesse si vertueuse et si pieuse, le retenait dans des principes de dignité; le comte de Terring, quoique chassé du conseil, devait revenir à la tête des affaires, il ne fallait que de l'argent à tout cela, et MM. Paris ne demandaient pas mieux que de faire des remises. L'électeur palatin et son ministre Grevenbrok ' prêchaient pour la même quête; le prince de Grimber-

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