M. Beuchot croit que cette lettre est du dimanche 16 mai
2. C'était le jeudi que Voltaire l'avait apprise, et voici le billet qu'il avait écrit aussitôt au marquis d'Argenson :
a Jeudi 13 (mai 1745), à \\ heures du soir.
« Ah! le bel emploi pour votre historien ! Il y a trois cents ans que les rois de France [les Français, lit-on dans les Mémoires publiés en 18:25 par M. René d'Argenson) n'ont rien fait de si glorieux. Je suis fou de joie. Bonsoir, Monseigneur. )»
d'homme sï gai de cette aventure qu'était le maître. Nous discutâmes justement ce point que vous tranchez en quatre lignes : quels de nos rois avaient gagné les dernières batailles royales ? Je vous assure que le courage ne faisait point de tort au jugement, ni le jugement à la mémoire. De là, on alla coucher sur la paille. Il n'y eut pas de nuit de bal plus gaie; jamais tant de bons mots. On dormit tout le temps qui ne fut pas coupé par des courriers, des grassins1 et des aides de camp. Le Roi chanta une chanson qui a beaucoup de couplets et qui est fort drôle. Pour le Dauphin, il était à la bataille comme à une chasse de lièvre, et disait presque : « Quoi! n'est-ce que cela? » Un boulet de canon donna dans la boue et crotta un homme près du Roi. Nos maîtres riaient de bon cœur du barbouillé. Un palefrenier de mon frère a été blessé à la tête d'une balle de mousquet. Ce domestique était derrière la compagnie.
« Le vrai, le sûr, le non flatteur, c'est que c'est le Roi qui a gagné lui-même la bataille par sa volonté, par sa fermeté. Vous aurez des relations et des détails ; vous saurez qu'il y a eu une heure terrible, où nous vîmes le second tome de Dettingue , nos Français, humiliés devant cette fermeté anglaise, leur feu roulant qui ressemblait à l'enfer, qUe j'avoue qui rend stupides les spectateurs les plus oisifs. Alors on désespéra de la république. Quelques-uns de nos généraux, qui ont plus de courage de cœur que d'esprit, donnèrent des conseils fort prudents. On envoya des ordres jusqu'à Lille ; on doubla la garde du Roi, on fit emballer ; et à cela le Roi se moqua de tout et se porta de la gauche au centre, demanda le corps de réserve et le brave Lowendhal ; mais on n'en eut pas besoin. Un faux corps de réserve donna. C'était la même cavalerie qui avait d'abord donné inutilement, la maison du Roi, les carabiniers, ce qui restait tranquille des gardes françaises, des Irlandais, excellents surtout quand ils marchent contre des Anglais et Hanovriens. Votre ami M. de Richelieu est un vrai Bayard. C'est lui qui a donné le conseil, et qui l'a exécuté, de marcher à l'ennemi comme des chasseurs ou comme des fourrageurs, pêle-mêle, la main baissée, le bras raccourci; maîtres, valets, officiers, cavaliers, infanterie, tout ensemble. Cette vivacité française dont on parle tant, rien ne lui