‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 11 sur 37 · DISCOURS DE M. LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. LE DUC D'ORLÉANS

AU PARLEMENT, LE 2 SEPTEMBRE 17i5.

Messieurs,

Après tous les malheurs qui ont accablé la France et la perte que nous venons de faire d'un grand Roi, notre unique espérance est en celui que Dieu nous a donné. C'est à lui, MM. que nous devons nos hommages et une fidèle obéissance. C'est moi , le premier de ses su« jets, qui dois donner l'exemple de cette fidélité inviolable pour sa personne et d'un attachement encore plus particulier que les autres aux intérêts de son État. Ces sentiments connus du feu Roi m'ont attiré sans doute un discours plein de bonté qu'il m'a tenu dans les derniers instants de sa vie et dont je crois devoir vous rendre compte. Après avoir reçu le viatique . il m'appela , et me dit : « Mon neveu , j'ai fait un testament où je vous ai conservé tous les droits que vous donne votre naissance, je vous recommande le Dauphin, servez-le aussi fidèlement que vous m'avez servi, et travaillez à lui conserver son royaume. S'il vient à manquer, vous serez le maître et la couronne vous appartient. A ces paroles il en ajouta d'autres qui me sont trop avantageuses pour les pouvoir rappeler. Il finit en me disant ; j'ai fait^ les dispositions que j'ai cru les plus sages, mais comme on ne sauroit tout prévoir, s'il y a quelque chose qui ne soit pas bien , on le changera. » Ce sont ses propres termes.

(1) Et même : Vive M, le Régent! d'après le Compte rendu du Mercure de France reproduit dans la collection Cimber et Danjou (t. XII, p. 456).

« Comme il repassait sur le Pont-Neuf, dit d'Aligre, j'entendis crier plusieurs « fois Vivat l M. le duc d'Orléans fit jeter de l'argent au peuple. » Selon le Mercure f il retourna au Palais-Royal. Il est plus probable, ainsi que le dit Marais, qu'il partit pour Versailles. Saint-Simon raffirme aussi.

(2) Ce discours se trouve dans le Mercure (extrait dans la collection Danjou, t. XII , p. 452) et dans les Mémoires de la Régence^ t. I, p. 7. On le peut lire aussi dans la Vie de Philippe d^Orléans (par de la Hodde); Londres, 1737, t. I, p. 126.

174 MÉMOIRES m MATHIEU MARAIS.

Je suis donc persuadé que, suivant les lois du royaume et suivant les exemples de ce qui s'est fait en pareille conjoncture, et la destination même du feu Roi , la régence m'appartient. Mais je ne serois pas satisfait, si à tant de titres qui se réunissent en ma faveur, vous ne joigniez vos suffrages et votre approbation dont je ne serai pas moins flatté que de la régence même.

Je vous demande donc , lorsque vous aurez lu le testament que le feu Roi a déposé entre vos mains et le codicille que je vous apporte, de ne point confondre mes différents titres et de délibérer également sur l'un et sur l'autre , c'est-à-dire sur le droit que ma naissance me donne, et sur celui que le testament y pourra ajouter. Je suis persuadé même que vous jugerez à propos de commencer de délibérer par le premier. Mais à quelque titre que j'aie droit d'aspirer à la Régence , j'ose vous assurer; MM. que je lamenterai par mon zèle pour le service du Roi et par mon amour pour le bien public, surtout étant aidé par vos conseils et par vos sages remontrances. .Te vous les demande par avance , en protestant dans cette auguste assemblée que je n'aurai d'autre dessein que de soulager les peuples, rétablir le bon ordre dans les finances , de retrancher les dépenses superflues , d'entretenir la paix au dedans et au dehors du royaume , de rétablir surtout l'union et la tranquillité dans l'Église, et de travailler enfin avec toute l'application qui me sera possible à tout ce qui peut rendre un État heureux.

Ce que je vous demande à présent, MM., c'est que les gens du roi donnent leurs conclusions sur la proposition que je viens de faire^ et que vous délibériez, aussitôt que le testament aura été lu, sur les titres que j'ai pour parvenir à la Régence, en commençant par le premier, c'est-à-dire celui que je tire de ma naissance et des lois du royaume.

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