‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 13 sur 37 · JOURNAL DE LOUIS QUINZE · texte numérisé non relu

JOURNAL DE LOUIS QUINZE

(PREMIER JOUR DE SON RÈGNE j.

Du i^ septembre 1715. — Le Roi Louis XIV est mort à Versailles, le dimanche l*' septembre 1715, à huit heures ^tun quart du matin, âgé de soixante-dix-sept ans moins

<^inq jours et dans la soixante-treizième année de son

ïègne. Il étoit né le 5 septembre 1638 et avoit commencé

à régner le l^ mars 164>3.

Louis XV, son arrière-petil-fils, lui a succédé : il est né

/le 15 février 1710 ; il a commencé à régner à cinq ans,

six mois, quinze j ours .

Le jourde la mort, M. le duc d'Orléans, premier prince

du sang, fils du frère du défunt Roi, a été saluer le nouveau Roi avec les princes du sang; il s'est mis à genoux, et a dit : Je suis le premier et le plus soumis de tous vos sujets.

Ensuite, il a présenté la noblesse du royaume, avec laquelle étoient mêlés les ducs et pairs. Les ducs avoient voulu une distinction; mais la noblesse ayant remontré ses droits par un Mémoire donné par le marquis de Conflans, et fait entendre que les ducs ne faisoient point de corps avec le Parlement, dans lequel ils faisoient par lie du tiers état, ils ont été tous' ensemble porter leur serment de fidélité.

Le même jour, M. le duc d'Orléans a fait avertir M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, de la mort du Roi. Il y avoit plus d'un an et demi qu'il étoit disgracié à cause de la constitution donnée par le pape (la lettre de cachet qui lui défend de paroltre à la cour est du 7 février 1714) sur le livre du P. Quesnel qu'il n'a pas voulu accepter. Il n'avoit pas vu le Roi depuis, ni même

pendant sa maladie (1). Il est venu à Versailles sur le midi. M. le duc d'Orléans Ta très-bien reçu : il a jeté de Teau bénite au roi défunt, et a saine lé ttoi< vivant. Le père Le Tellier, jésuite , confesseur du Roi opposé au cardinal, étoitdans la chambre du mort qui prioit Dieu.

Il y a une lettre de cachet du 1" septembre 1715, donnée par le nouveau Roi au Parlement| à la chambre des comptes et autres cours pour continuer leurs séances ^ek la fonction de leurs charges nonobstant la mutation.

^septembre 1715. — Ce jour, M. le duc d'Orléans Qst venu au Parlement au sujet de la Régence qui lui apparu tient par droit de sa naissance, et pouç faire ouvrir le Vd^ tament du Roi, qui avoit été déposé au Parlçmentyje 29 août 1714', suivant l'édit registre ce même jour 29 blçAU lia amené avec lui dans son carrosse M. le ducde Châtres son fils, M. le duc de Bourbon, M. le comte de Gharolaip, M. le prince de Conty, M. le duc du MainQ, M. le prince de Dombes son fils, et M. le comte de Toulouse- : ils ont

(1) La rivalité du cardinal de Noailles et du P. Le Tellier, confesseor.da Roi, fut, plus encore que le livre du P. Quesnel, la cause de ces longues dissensions qui affligèrent et affaiblirent l'Église. Dans celte lutte illégale contre un homme astucieux, qui avait Toreille du Roi et régnait sur -sa «onsdiQMe» Farrhevêque devait avoir le dessous. Une première fois, Por^-Royal p^jà pour lui. n faillit payer lui-même d*une déposition une contradiction que Torgiial . du confesseur regardait comme insolente. Dans les derniers jours de sa fie s (le 26) le cardinal ayant fait demander au Roi la permission de le voir ;« Je ^ « prends Dieu à témoin, dit-il, que je n'ai jamais haï M. rarchevéqoe de^ « Paris. J'ai toujours été fâclié de ce que j'ai fait contre lui, mais on m*a dit9 « que je devais le faire. En entendant ces paroles, son médecin Fagon etPhon— j <i note Maréchal, son cliirurgien, dirent à demi-voix, comme s'fls floyarlaûnV'j « entre eux : Ne laissera-t-on pas au moins le Roi voir son archevêque. aTapP'^ « de mourir? » Louis XIY les entendit, et s'écria qu'il le recevrait bieâ vo^'^

a 1 entiers et qu'il serait f&ctié de mourir brouillé avec lui. U ordonna « à Yoysin de le faire venir; mais il aperçut Le Tellier et les cartlinaas « gardaient le silence, et il ajouta comme restriction : Si ces Messieurs, « fois n'y voient pas d'obstacles. « Ces Messieurs y virent des obstacles et Roi mourut sans revoir Thonnéte homme qu'il aimait (E. Moret, t. III, p. 44 — Duclos, Mémoires f éd. Michaud, p» 480 )«

tous pris s;éance comme ils avoient accoutumé du vivant du Roi , et les ducs et pairs ecclésiastiques et laïques suivant l'ordre de leurs pairies.

M. le duc delà Rochefoucauld a été reçu le même jour duc et pair au Parlement ayant iout^ la cérémonie.

I>'abordy M. le duc d'Orléans (1) a demandé la Régence qui lui appartenoit par le droit de sa naissance; il a dit que le Roi la lur avoit accordée dai\s les derniers jours de sa maladie^ et qu'U lui avoit dit qu'elle lui appartenoit d'autant plus , qu'il étoit Théritier de la coui-onne si le jeune roi venoit à mourir. ( Voyez le discours de Hi le duc d'Orléans qui est ci-joint). H. de. Fleury, avocat général, a parlé et a demandé l'ouverture du testament. Elle a été ordonnée^ on l'a ouvert^ on l'a lu^.et il s'est trouvé avec le testament, qui est du 2 août 1714, deux codicilles sous une enveloppe séparée, l'un du .13 avril 171 ô^l'autre du 23 aoùtyaussi 1715, fait pendant la maladie du Roi. C'est jM> le duc d'Orléans qui a porté les codicilles h

' ;Le testament établit un cpnseil de Régence sansrégent. V.Je duc. d'Orléans, chef, de ce con§eil, est assujetti à la pJ^raMté des voix. La garde du Roi est donnée à M.}e duc du Maine avec le commandement.de la maispq,4u Roi et d'autresdispositions désavantageuses à M. le dnp d'Orléans et à son droit 1 naturel de, régent. {Voyez l>xtrait dii«;testament). Le maréchal de, Villeroy est nooinaé gouverpeur. Le codicille 4u 13 avril 1715 contient encore d?auti;es dispositions en faveur du maréchal de Villeroy qui dpvoit ooo^mander la maispp du Rpi jusqu'à l'ouvertnpe du testament, il ordonne que. le Roi ira à Vincennes {^^oe que Fair y est bon, et nomme M. de Sommery et Peolfreville pour sous-gouverneurs. Le codicille du

(1) Cette relation contenant quelques détails nouveaux et étant d*un tour l^lnsifbrc, tïlus/vif, jihis personnel que la première, 'non» Fhisérons, quoique faisant, en quelque sorte, double emploi.

têfO MÉMOmES DE MATHIEU MARAIS.

23 août 1715 ne contient autre chose que le nomdePabbé Fleury, ancien évêque de Fréjus, pour précepteur du Roi, et du P. le Tellier pour confesseur.

M. le duc d'Orléans a paru très-mécontent^ et on assure qu'il a dit : il m'a trompé. Puis ^ animé d'une juste colère^ il a demandé la régence, qui lui a été accordée tout d'une voix.

M. Tabbé Robert^ conseiller de la gratid chambre, a dit en opinant^ que le conseil de la Régence établi sans régent, étoitune aristocratie inconnue en France, où ildevoit y avoir un seul chef qui représentât le monarque. M. le duc d'Orléans a proposé de faire un conseil de Ré* gence dont il nommeroit les sujets au Parlement, et de faire plusieurs autres conseils, subordonnés au conseil de Régence dontil nommeroit aussi les membres, et que tous auroient voix délibérative de son consentement.

Il avoit donné un Mémoire sur ses prétentions, avant d'entrer, à quelques-uns du Parlement, et dans ce mémoire, il s'élève fort contre le commandement de la maison du Roi , qui lui étoit ôté , et dit que si on savoit qui avoit donné ce conseil , il mériteroit d'être puni | parce que c'est leVer l'étendard de la guerre civile. Il semble qu'il ait eu connoissance de ce qui étoit dans le testament. { Voyez le Mémoire. )

Il a été question de la garde et tutelle accordée à M. le duc du Maine avec ce commandement. M. le duc d'Orléans a accordé la garde, pourvu qu'il n'eût que le commandement sur le guet de la garde pendant l'exercice actuel : M. le duc du Maine a voulu avoir tout ou rien. Cela a fait une grande contestation qui a été remise à Far près-dlnée. On a aussi remis la remontrance de M. le Duc comme grand-maltre delà maison du Roi, à cause des fonctions de sa charge, et ce qui regardoit la qualité de surintendant de l'éducation du Roi donnée aussi par le testament à H. le duc du Haine , qui est une qualité distincte de la garde.

SEPTEMBRE t71iS. 181

Ainsi, le matin , on n'a réglé que la régence qui a été donnée à M. le duc d'Orléans.

M. le premier président lui a dit qu'on ne lui délivroit pas son arrêt , parce que ce n'étoit pas l'usage, et qu'il falloit qu'il fût prononcé solennellement par le Roi dans son lit de justice , par la bouche de M, le chancelier .

Du 3 septembre de relevée. — Les princes étant revenus et les chambres assemblées, il a été réglé qu'il y auroit un conseil de Régence dont M. le duc d'Orléans seroit le maître de nommer les membres avec voix délibéraiive, qu'il a consenti et proposé , et qu'il y auroit plusieurs autres conseils qu'il a promis aussi de proposer au Parlement, et que dans le conseil de conscience un de MM. du Parlement, nommé par le Régent, y auroit entrée. On a résolu que le Régent auroit la disposition libre des charges , des bénéfices de toutes les grâces. Le confesseur du Roi sera choisi par le Régent et le Parle* ment, lorsque le Roi aura l'âge.

Arrêté que M. le duc du Maine aura la Surinlendance de l'éducaiion du Roi.

Sur la Garde, M. le duc d'Orléans a persisté à avoir le Commandement de la maison du Roi, et que M. le duc du Maine n'auroit que le guet; M. le duc du Maine a dit que cela ne suffisoit pas pour la garde, qu'il n'en vouloit point à cette condition, qu'il demandoit acte de son. «désistement, et d'en être déchargé. MM. les gens du Roi Ont demandé à [se retirer pour délibérer ensemble, ce ^tt^ils ont fait, ensuite ils sont revenus et ont dit que jc^tte matière militaire n'étoit point de leur connoissance et passoit leurs lumières. M. le Nain, doyen du Parlebinent, a dit en opinant qu'il étoit d'avis des conclusions, et comme' M. le premier président lui a dit qu'il n'y en aivoit point, il a dit qu'il le savoit bien. Pendant ce tenaps, M. le duc du Maine persistant toujours à son désistement, M. le duc d'Orléans a dit : a MM. Il ne faut point faire de violeuce à Monsieur. » Et aussitôt, par une espèce

d'acclaïnation universelle, il a été arrêté que 'M. le duc du Maine auroit acte de soaâésiBtëm^nt; et en consé^ *quenbe déchargé de la gacde. :. - i . ^ . . ; /. . l'. .'On a entendu une Voix qui ^ dit que roà.n'avoit pii^ pria tous les avis. 11 a fallu les reprendre^ et M. l'abbé Bouret, conseiller de la première des Enquêtes^ après avoir dit que c'étoit de lui qu'an ii'avoit pas^ pris l'avis, a^dit : « Nous voyons bien à<pii on; 6te la garde du Roi^ mais nous ne voyons pas àqiii on la donne. La personne du Roi est assez précieuse pourl-assurer. » Sur cela, M. le duc d'Orléans a dit : Je m^en charge. Et M« le premier président a dit à M. Bouret : « Ne trouvez-vous pas que la p^^sonne du Roi est bien entre les mains de M. le Régent : dès qu'il a le commandeinent de la maison du Roiî il a la garde; et cela marqué roire (d'autres disent noWé) ignorance dans lesfai^ militaires. » Gela n'a pas été plus avant : on a été partagé sur cette opinion ^ qui a paru très-sensée à ceux qui savent l'ordre judiciaire, et, dès le premier jour, on dit au Palais-Royal que. M. le duc d'Orléans en avoit été très-content, parce que, ne 'prononçant point précisément sur la garde ^ cela laissait une queue à Tarrèt et matière à contestation ,. aulieu que cela lui avoit donné occasion de se charger de la garde.

MH. les ducs ont renouvelé uçe ancienne querelle contre le Parlement, sar ce que M. le premier président ne leur ôte pas son bonnet en demandant leur avis : M. L'arohe^ vèque duc de Reims a lu une protestation y .et :M: le duc de Saint-Simon en a demandé, acte. H; leptéside^t de Novion lui a dit : ce Vous nous reconnaissez donc pour vos juges » et il a dit que non. Cela s'est échauffé : M. le maréchal duc de Yillars a dit que le Roi lui avoit dit plus de vingt fois , qu'il vouloit juger cette contestation et la finir. H. le premier président lui a répondu ; a Et à moi , Monsieur, il m'a dit plusieurs fois le 'contraire et qu'il ne s'en vouloit point mêler. » Les ducs, ont dit qu'ils s'en rapportoi^nt à M. leRégent;il s'est offert d'ètreiiè

médiateur. M. le président de Novion a dit qu'il prenoit la liberté de lui remontrer que le Roi seul pouvoit être juge de ce différend : on a enfin convenu que cela se r%leroit une autre fois.

La séance a fini par Texamen des droits de M. le Duc Gomme grand-maltre. Et il a été arrêté qu'il en feroit les fonctions indépendamment de M. le duc du Maine.

11 faut remarquer que le matin le Palais avoit été entouré'du régiment des Gardes Françoise& et Suisses au iiOBllA:e de plus de 3,000 hommes , qui avoient chacun ^his^de dis^ coups à tirer (1). M. le duc de Guiche, colonel du régiment des gardes, étoit dans la lanterne en liabii d'ordonnance avec son bâton de commandement. Iier>P'apIement ne savoit psls qu'il y avoit des troupes qui ïentouroiént : Taprès-dlnée il n'y en eut point. - Le matin, chacun des Princes s'en retourna en parti-

~ (1) Xe Régent avait pris ses précautions, et Saint*Simon avoae que celle-là ^tait bonne, k Tout se prépare, dit Lemontey, ou plutôt, tout était prêt ** pour la séance du lendemain. Les Gardes Françaises et les Gardes Suisses *^ ^niirônlnent le palais. Villeroy, de Guiche, Contades, Reynolds et Saint- Hi- ^ laire dirigent e» faveur du duc d'Orléans toutes les mesures que Louis XIV ** a prescrites contiie lui. D^Aguesseau et Fleury ont composé les harangues. *^ ll.'anit>as6aâeur d'Angleterre étale dans une tribune Papparence d'un crédit *^ qu'il B^a pas. La grande salle et les vestibules sont inondés d'une foule ** d'officiers déguisés, de militaires réformés, et de ces*aventuriers dont les grandes "villes sont le rendez-vons« La plupart portent des armes cachées sousfeurs habits. » (Voy. aussi Duclos, p. 497. Saint-Simon, XIII, 117.) Mémoires delà Régence, qui sont d'un observateur superficiel, ne disent de cesf niesares BBilitaires^ qiri furent du reste prises assez discrètement POQr que l'appareil légitime de la cérémonie déguisât la précaution sous Thou- ^^Qr. Le Parlement non plus ne vit rien ou feignit de ne rien voir. D'Aligre ^^Oétàte avec plaisir^que durant la séance de l'après-midi (la cause était ga- S*tée}il iie.parot point de troupes, ni dans l'intérieur, ni dans les cours du l^lais, hors les gardes de M. le duc d'Orléans. Mais le susceptible magistrat lit remarqué le matin « que les dehors du palais par les quais , des deux «s^tésV depuis le Pont-Neuf jusqu'au pont Saint-Michel et au Pont-au- CShang^, «e trouvèrent le n^^tin environnés de soldats aux gardes fran- ' 9*1069 et (don gardes suisses), à double rang, les officiers à leur tète avec ^ bâtisse col, cequi fUt désapprouvé de bien des gens. J'appris néanxniiiM^ aiaui6*t-ily que oè n^était point par rapport au Parlement. »

culier, et M. le duc d'Orléans jeta de Targent en assez grande quantité au peuple, qui s'étouffoit à le voir passer ; et qui crioit vive le Roi, croyant que le Roi y étoii C^étoit M. de Canillac qui étoit dans son carrosse avec loi qui le jetoit.

Ce même jour, M. le duc d'Orléans donna ordre de faire sortir de Vincennes M. l'abbé Servien, qui y éioit prisonnier depuis 20 mois par ordre du Roi. Il avoit dit à M. le duc de Sully, neveu de Tabbé, lorsqu'il lui vint faire des compliments sur sa régence : ce Je n'ai pas oublié Tabbé», et, en effet, il sortit le soir du lundi à8 heupes(l).

H. le cardinal deNoailles a donné un mandement ce même jour pour faire prier Dieu pour l'àme du Roi dans toutes les églises de son diocèse. Il est court, beau, élevé et touchant. 11 commence par ces mots : Dieu le seul et immortel, qui a condamné tous les hommes à la mort, vient de faire subir au Roi cette loi juste et terrible.... et ensuite il dit que le Roi a passé ses dernières heures à instruire son petit-fils des plus sages maximes de régner et, en attendant qu'il ait atteint l'âge de les mettre en pratique, assume le gouvernement du royaume à un prince à qui Dieu le donne par sa naissance et à qui les hommes l'avoient déjà donné par leurs vœux. VoiU nne preuve publique que M. le duc d'Orléans avoit été nommé Régent par le Roi sur la fin de ses jours.

Mardi, 3 septembre 1715. —Il y a eu un service solennel à Notre-Dame pour Tàme du Roi, et le mandement des M. le Cardinal, qui étoit de la veille, n'a été publié quec ce jour.

Le clergé a fait une harangue au Roi à Versailles suo son avènement à la couronne et sur la mort du Roi. G'esB

(1) Cet abbé Servien, fils du surintendant, était un homme d'esprit, perdi de mœurs, un roué en petit collet, très-frondeur par-dessus le iparcbé. Yo) dans Saint-Simon, t. X, p. 224, et XF, 28, Talgarade trèis>audaciease qai lefi mettre à Vincennes. « Il mourut, comme il avait vécu, d'une misérable cbez un danseur de TOpéra où il fut surpris. » Voy. aussi DudoSy p. dl3.

SEPTEMBRE I7i». |85

M. l'archevêque de Narbonne, la Berchère, président de rassemblée générale du clergé, qui a prononcé cette harangue. Elle a été imprimée "et publiée. Il dit du roi mort : « il fut le plus redoutable ennemi de Thérésie ; vous achèverez delà détruire; » il parle au jeune Roi de son esprit vif et de son cœur droit qui est le premier présent qu'il a reçu du ciel. Il remarque que tous les prélats de France tiennent dû feu Roi leur dignité et plusieurs du second ordre.

I-.e même jour, M. l'évêque d'Angers (1), accompagné des autres députés du clergé, a fait une harangue à M. le duc d'Orléans sur sa qualité de régent du royaume. Elle a aussi été imprimée. Il dit : « Le clergé espère surfout que rÉglise alarmée trouvera dans V. A. R. un juste et zélé défenseur, et que, par votre religion. Terreur, étouffée ou vaincue, renoncera pour jamais au funeste triomphe qu'elle se prépare depuis soixante ans. » Remarquez que le nom de Régent n'est point dans toute la harangue , on ne l'a mis que dans le titre. Il finit par dire : « La France, ravie de vous sentir le dépositaire de sa force et de sa puissance, s'attend déjà avec justice à voir réunir sous votre sage administration tout l'éclat de sa première gloire, et tous les charmes de son ancien repos. » — On ne sait de quel temps il veut parler ; car le dernier règne a eu Téclat de la plus grande gloire, et on est dans une paix générale.

La harangue au Roi a trois pages. — Celle du Régent n'a que trente lignes.

Les entrailles du feu roi ont été portées à Notre-Dame sur les onze heures du soir : on les attendoit à Saint-Denis le même jour. L'aumônier qui les portoit voulut haranguer; mais M. le cardinal de Noailles lui dit que cela ne se faisoit point à la mère église , et que c'étoit à lui

(1) Michel Poncet de la Rivière.

ni de solennel le vendredi^ qui passoit pour un jour malheureux. On a eu cette complaisance pour les dames et pour cette superstition. Ainsi la séance fut remise au lendemain ^ 7 septembre.

Samedi y 1 septembre 1715. — Tout étoit préparé pour recevoir le Roi au Parlement, le 7 septembre^ le lit de justice dressé, les princes du sang placés, hors M. le Régent, les ducs et pairs dû royaume, et tout le Parlement assemblé en robes rouges dès le grand matin, les gard^ posés sur les chemins, et dans la ville depuis la porte de la Conférence, tout le long du Louvre et le Pont^Neuf jusqu'au Palais; M. le duc de Tresmes, le gouverneur de la ville, le prévôt des marchands (H. Bignon), les échevins et autres officiers de la ville dans la demi-lune du cours avec les clefs de la ville; mais sur les dix heures, on apprit que le Roi étoit indisposé , qu'il avoit eu la nuit une fonte d'eau à laquelle il étoit sujet et un dévoiement, et qu'il ne viendroit point tenir son lit de justice , ce qui rendit tous ces préparatifs inutiles, et un peuple innombrable assemblé pour le voir passer, fort étonné. M. le Régent vint descendre au Palais-Royal, fit dire au Parlement l'indisposition du Roi , et demanda H. le procureur général et quelques députés du Parlement. M. le Premier président fut député avec M. le procureur général qui vinrent au Palais-Royal, où H. le Régent leur donna la déclaration du k septembre pour la prorogation des séances du Parlement, qu'ils portèrent au Parlement et à toute rassemblée qui les atlendoit. La déclaration fut registrée sur-le-champ, et l'assemblée congédiée, à qui M. premier président dit que le roi avoit une maladie qui ne se pouvoit nommer en si bonne compagnie. Il ne vouloit pas dire un dévoiement.

M. le duc d'Orléans dîna à Paris, ou il reçut beaucoup de monde, et retourna à Versailles. On dit que ce jour, quatre jésuites se présentèrent à lui entre lesquels étoit le P. le Tellier, confesseur du Roi. Il les reçut dans son

antichambre; ils atteodoient d'être introduits dans la chambre ; celui qui parla le premier lui dit plusieurs fois Monseigneur, et puis : le P. de Trévoux ne se porte pas bien (c^est le confesseur du Régeut). Il répondit : Je le savais bien. — Ensuite ^ Monseigneur^ voilà le recteur delà maison Professe. M. le régent lui fit Tinclination , et ne disant plus rien , il leur dit : Mes Pères^ j'ai bien des affaires; je me recommande à vos prières^ et les quitta ainsi. On en a fait un dialogue , où les Pères retournés parlent de leur réception dont ils sont mécontents, elle P. le Tellier dit : Avez- vous entendu ses dernières paroles : Je me recommande à vos prières. — Prières de jésuites. — Ce n'est pas la grâce efficace. — C'est la première pasquinade qui a été faite. — Ce ne sera pas la dernière (t).

On en a fait une autre sur ce que pendant la maladie du Roi on a publié une déclaration , qui a réduit les billets de la caisse des emprunts à lamoitié, et ordonné une constitution au denier 25 pour l'autre moitié. On feint le roi enterré dans la caisse des emprunts.

Icy Louis quatorze emplit Ce que si t^en il désemplit :

AUTRE éPlTAPHE DU ROT.

Ce roy dont les exploits ont été si vantez AujourdMiuy sans flatteurs exposé dans Versailles Fut Tauteur innocent de nos calamitez Il chérissoit son peuple , il estimoit Noailles Qu'il a tous deux persécutez.

(1) Le père Le Tellier fut disgracié, sans que personne osât désapprouver ni déplorer un ch&Uroeiit qui parut bien inférieur à ses fautes, même dans sa compagnie, où il était détesté, et que son ambition avait pluldt compromise que fortifiée. Le père Le Tellier fut, avec quelques-uns de ses affidés, renvoyé de la cour. 11 alla d'abord à Amiens, puis à la Flèclie, où il mourut^ au bout de six mois, de cette .terrible maladie, le désespoir de n'être plus rien, qui tue si vite les anciens ministres et les anciens confesseurs ( voy. Saint-Simon, t. XVII, 148. Yoy. aussi la Vie de Philippe (V Orléans, par un jésuite, qui se montre peu indulgent pour un confrère, T. I, p. 163.).

Plus grand par sa vertu que par son diadème n eust été parfait s'il eust veu par luy-mesme. De font Paris sa mort est le seul entretien Gémissons des malkeurs ou la France est réduite Il est mort en monarque, en héros, en clirétlen Quoique dans les bras d*un Jésuite.

Dimanche, 8 septembre 1715; 7^ M. le Régent, fâché du contre-temps arrivé le samedi^ qui avoit fait manquer la publication de sa Régence^ qu'il avoit fait indirectement publier par l'enregistrement de la déclaration de proro* gation du Parlement où il est nommé et reconnu Régent^ fit assembler les médecijis de Paris et de la Cour^ au nombre de neuf^ pour donner leur avis sur la préférence qu'il y avoit à donner à l'air de Vincennes ou à celui de Versailles pour transférer le Roi ou le laisser. Le samedi, on Tavoit mené en sortant du Parlement à Vineeqaes suivant les dernières intentions du Roi; mais son indisposition fit murmprer les dames et les médecins de Ist cour, ce qui obligea M. le Régônt de faire cette assemblée. Les médecins de la cour étoient M. Poirier, devenu premier médecin du Ro.i, parce. qu'il s^est trouvé- en place médecin du Dauphin, Boudin, médecin ordinaire et Dodart, médecin de madame la princesse de Conty. Les médecins de Paris étoient M. Terray, médecin de Madame, Dumoulin, médecin du Roi, Falconet fils, Helvétius fils. Burette, de l'Académie des médailles, etGelly. C'étoient les mêmes qui avoient été appelés quatre fois dans la maladie du Roi. M. le Régent les envoya chercher à Paris, et ils arrivèrent sur les quatre heures et demie à "Versailles . Us trouvèrent M. le Régent dans la galerie qui leur dit' qu'ils dévoient opiner sur Tair de Vincennes ou de Versailles. Que le feu roi avoit désiré Vincennes et que les affaires le demandoient, mais que ces motifs ne dévoient j^as les déterminer et qu'on demandoit leur avis eu honneur et en conscience. On ne les laissa point parter aux médecins de la cour. Ils entrèrent dans le cabinet de M™* la duchesse de Ventadour, gouvernante du Roi , où

SEPTEMBRE 4718. I»l

étoient Hé le Régent^ M. le duc du Haines M. le maréchal de YiUeroy, gouverneur du Roi^ nommé par le testament et madame de Ventadour. Les médecins de Paris opinèrent les premiers et furent tous six pour Tair de Vincennes. — Ils dirent que c'étoit un air médiocre , dans un terrain uni^ où il n'y avoit ni montagnes, m vallées > que la rivière étoit assez loin , qu'elkrétoit couverte par le bois de Vincennes, que le feu roi y avôit été élevé et y avoit acquis uneforte constitution qui J'avôit fait vivre soixantedix-sept ans^ au lieu qu'à Versailles Tair étoit épais ^ marécageuxy plein de brouillards «ntre des montagnes, parmi des eaux forcées et croupissantes y et que nos princes y étoient morts. — Les trois médecins de la Cour furent pour l'air de Versailles comme air natal, et dirent que l'automne étoit dangereuse pour transporter le Roi^ et qu'il y avoit des; petites véroles, mais on répliqua que tous les Parisiens ne sortoient de Paris qu'en automne et transpôrtoient leurs enfants sans danger. Madame de Ventadour insistoit beaucoup pour Versailles ;- M. le duc d'Orléans, le duc du Maine et de Vilteroy étoient pour "Vincennes. La pluralité des voix de six contre trois l'emporta et il fut résolu d'amener le lendemain le Roi à ^/'incennes (1).

Lundi^d septembre 1715. — Le roi partit sur les deux

(1) Saint-Simon et Duclos nous révèlent les mobiles secrets de cette diver- ^té d'opinion entre les médecins de Paris et ceux de la cour. Il est piquant «t triste à la (ois d'apprendre que dans de débat «ur une santé id précieuse, €\m faillit dégénérer en conflit , chacun Tota sous Pempire de considérations ^oistes et personnelles. » Le Régent , qui était importuné du séjour de Ver- « sailles, parce qu'il aimait à demeurer à Paris, où il avait tous ses plaisirs « sous sa main, et trouvant de Popposition dans les médecins de la cour, «( tous logés commodément à Versailles, au transport de la personne du Roi « à Versailles sous prétexte d'un petit rhume , fit venir tous ceux de Paris « qui avaient été mandés à voir le feu Roi. Ceux-là, qui n'avaient rien à ga- ^ gner au séjour de Versailles ^ se moquèrent des médecins de la cour, et « sur leur avis, il fut résolu qu'on mènerait le lendemain, lundi 9 septembre, le » Roi à Vincennes où tout était prêt à le recevoir » ( Saint-Simon, XIII^ p. 133^ — Duclos, p. 498.).

heures de Versailles dans son carrosse où étoient M. le Régent avec M""^ de Ventadour^ dans le fonds^ qui avoient le Roi entre eux deux. Sur le devant^ M. le duc du Maine et M. de Villeroi. Quelques carrosses de suite. La garde ordinaire. Il passa le Cours et ensuite par dessus tous les boulevards de Paris jusqu'à la porte Saint-Antoine et de là^ par le faubourg Saint-Antoine à Vincennes^ où il arriva, sur les six heures. Le Roi étoit habillé de violet ^ et fut dans tout le chemin des J30ulevards sur les genoux de jj^me ^Q Ventadour pour être mieux vu du peuple qui étoit infini et qui crioit : Vive le Roi ! Le jeune Roi crioit lui-même : Vive le Roi. comme on dit qu'a fait le roi son père en pareille occasion : il parut beau, bien fait, portant son chapeau de bon air^ mais un peu pâle. 11 ne se peut rien ajouter aux tendresses et aux acclamations des Parisiens.

Le soir il y eut un autre spectacle du Roi mort, et on put comparer la joie et la tristesse. On amena le corps du Roi en grande cérémonie de Versailles à Saint-Denis. Il n'entra point dans Paris ^ mais il passa par Montmartre et par les derrières. Il partit à minuit de Versailles et arriva à Saint-Denis sur les quatre heures. L'illumination étoit magnifique de la plus grande partie de la maison du Roi, et outre cela tous les carrosses de Paris bordoient les chemins avec d'autres flambeaux. Le peuple regardoit cela comme une fête, et, plein de la joie d'avoir vu le Roi vivant, n'avoit pas toute la douleur que devoit causer la mort d'un si grand Roi (1).

L'évêquede Castres (Quiqueran de Beaujeu) est nommé pour faire l'oraison funèbre à Saint-Denis, et Tévêque d'Alez (Maboul) à Notre-Dame.

(1) « Le même jour, le corps de Louis XIV fut porté à Saint-Denis. L'af- « fluence fut prodigieuse dans la plaine. On y vendait tontes sortes de nnets « et de rafraîchissements. On voyait de toutes parts le peuple danser, chanter, « boire, se livrer à une joie scandaleuse ; et plusieurs eurent l'indignité de vo- •« mir des injures, en voyant passer le char qui 'renfermait le corps. » (Du* clos, p. 498.)

Lé corps du Roi a été exposé dix jours à Versailles dans un lit à ciel magnifique ; on a remarqué que ce lit à ciel est celui que M"*^ de Hontespan avoit fait faire pour lui et que le portrait de cette dameest dans le ciel du lil; à quoi on n*a pris garde que depuis qu'il a été tendu, de sorte que le Roi a été dix jours sous ce ciel et sous ce portrait. L'usage est d'employer dans ces occasions leâ plus beaux lits et les plus belles tapisseries. On a fait des estampes de cette représentation (1).

M. le Régent est revenu de Vincennes à Paris, où il a reçu les bommages de toute la France. 11 a fait sortir tous ceux qui avoient des logements au Palais-Royal. Il a donné le Luxembourg à M"** la duchesse de Berry, veuve du duc de Berry , sa fille, et en a fait aussi sortir ceux qui y étoient logés, hors M. et M"" de Beauveau, M"™* de Kélus, M"* de Langeais et M"* de Laigle. M. Robert, conseiller au grand Conseil, n'a pas voulu sortir, parce qu'il a son logement par don, et qu'il y a fait beaucoup de dépenses , qu'il a dit au moins qu^il remporteroit. Mais on lui a envoyé des saisies pour le faire sortir, et lui faire laisser ses embellissements.

M. le Régent a donné à H. le grand ^cuyer le pavillon des Tuileries qu'a voit H. Bontemps gouverneur. M. Bontemps- s'est plaint: H. le Régent lui a donné l'autre pavillon qui est plus petit , et lui a dit qu'il ne Tabandonneroit jamais parce qu'il savoitle bien qu'il avoit dit de lui au Roi. C'est qu'un jour, le Roi ayant parlé à M. le duc d'Orléans, dit à Bontemps à qui il vouloit bien parler familièrement, qu'il avoit trouvé beaucoup d'esprit au duc d'Orléans; sur quoi^ Bontempsdit : ((Vraiment oui, il en a, et plus qu'homme de votre royaume, et de la valeur, et toutes sortes de mérites; mais comment voulezvous le savoir, il est votre neveu et vous ne lui parlez

(I) On peut voir la reprocluclion d'une de ces estampes, p. 307 du tome 11 de y Histoire de France de MM. Henri Bordier et Edouard Cliarlon.

jamais y ce n'est {>as le moyen de le connoltre. » Cela est revenu à M. le duc d^O^léans, qui en a senti la recppnai^r sance dans Bontemps. ^ ; ;

On a recueilli plusieurs mots et actions du jeune Roi (1 ).: On lui a appris le discours qu'il doit dire au Parle^ient où il n'y a que trois paroles ce : MM. ^ je viens vous assurer d^ mes affections^ mon chancelier vous ira le reste. » Il croit qu'on veut le traiter en enfant, .çta dit qu'il diroit bien tout, qu'on n'a voit qu'à lui apprendre , et qu'il. lie vpu^ loit pas que son cbancelier dise le reste. , •

(1) Les bons mots et les espiègleries de Louis XV enfant forment toute une légende qne la naïve admiration et le crédule engouement des Parisiens, passionnément épris lie ce frêle et dernier rejeton, miraculeusement sauvé, de iii souche royale , ont popularisée. Chaque matin le dernier caprice on là dernière escapade du petit Roi faisaient la nouvelle de la cour et de la ville. Cet amour vraiment remarquable du peuple de Paris pour son souverain en lisière, troiH vait une incessante excilation dans les craintes trop légitimes qtiMbspirafl son état maladif. On s'explique, du reste, cet attachement proverbial quand en se le figure tel quHI apparaissait alors aux yeux ravis des bourgeois et des commères, avec sa figure angélique et souffrante, illuminée d'un pâle sourire. Le cœur des femmes se serrait à la pensée de le perdre, et une émotion nivolotataire attendrissait les vivat, a Vous avez vu à Ver^sailles le petit Roi^ Le joli K triomphe de la grâce enfantine dans l'hermine et la pourpre ; ces yeux lumineux « et noirs etsourieors, « ces longs cils qui frisent, ce joli teint',* cette ch'ar,- » mante petite bouche, ces petites joues rouges » tout cela dbnt'hôtisr paHè « madame la duchesse d'Orléans en ses lettres, et la finesse, la délicatesse^ f^Nh n monie d'un visage de femme en cette petite mine ronde, la m'ignonnesse et ie « charme d^m Joas, la face bourbonienne eu sa fleur et se lumière derniè^! 'i Une vie spirituelle court sous cette chair rose et rayonnante ;- une maKee'sM^ n veille sur cette petite lèvre charnue et de race, deux petites foai|Qttef>i's|>r « prêtent à rire au milieu de ces joues mêmes ; vous n'imagineriez |xas autre- « ment l'espièglerie couronnée dont le portrait dit bien le bon plais'ir d'an « royal enfant terrible ». Ainsi ie peignent très-resseml>lant, quoique' an peo trop pimpant, et rosé et trop épanoui* les ingénieux et délicats portraiMsIes i|a dix-huitième siècle, MM. de Goncourt. C'est à eux qu'on doit la publication du très-curieux, quoique un peu puéril. Journal du Dangean de Louis aV enfant, le marquis» de Calvière ( Portraits intimes du dix-huitième éMé'. T. Il, p. liô). M. Miel possède un manuscrit plus complet de ce jouroaLqii'i^ publiera sans doute. Les détails qu'on trouve dans Madame et surtout dans Marais, sont, avec ce journal, tout ce que possède de matériaux l'histoire intime de Louis XV, qu'on peut ainsi étudier ,nop sans profit, dans l'insouciant abandon de Tenfance.

SEPTEMBRE i7i^. 195

Il ne veut pas que M. le Duc le serve comuie grand maître : il a mis les mains derrière son dos pour ne point prendre la serviette; il n'a pas voulu s^asseoir devant loi parce quUl ne dlnoit pas avec lui ^ et il a fallu que H. le Duc soit sorti. Le lendemain, H. le Duc étant entré pendant qu'il étoit à table^ le Roi' Ta aperçu le premier, a jeté son chapeau au milieu: de la salle et n'a pas voulu rester couvert devant M, le Duc<

M. Bontemps étant venu heurter à la porte de son cabinet viiré et étant entré, le Aoi en badinant lui a craché au visage, et a dit : Retirez-vou$, Je suis avec mon chancelier : il étoit avec un petit houssard, èis d'un pauvre habitant de Versailles , qui a été élevé avec lui, et qui le réjouit par son esprit.

Il a demandé à M. de La Vrillière qui il étoit : il a dit qu'il étoit son secrétaire d'État et qu'il auroit Thonneur de travailler avec lui. Le roi l'a. fait entrer dans son cabinet, et lui a donné, pour travailler, des noisettes à éplucher : on remarque en tout un esprit yif, attentif et plaisant.

Le jour des harangues. du clergé , il vit un chapeau de quelqu'un qui tomboit, il 4it : <( Âh ! le voilà tombé! » et puis , il ne put pas hieÀ dire sa réponse au clergé. Sur quoi, M. le Régent dit: «Je mlétpnne qu'il g'aitpas bien dit, car il y a voit là de bons souffleurs. »

On l'a vu pleurer comme un homme raisonnable sur la mort du Roi et cacher ses larmes à toutç sa cour. Il dit

à un officier qui l'appeloit Monseigneur, au lieu de l'appeller Sire : «Nous ne sommes pas encore accoutumés. » Mardi y 10 septembre 1715. On a publié aujourd'hui et crié dans Paris la déclaration du Roi du 1" septembre registrée le 7 pour la continuation du Parlement. — Les harangues du clergé. — Un arrêt du conseil du 14 août 1715, sur les droits du contrôle et des petits sceaux qui sont réunis au domaine et uû autre arrêt du conseil- du 17 août 1715qui nomme le sieur MoreauDe Sechelles pour

viser les billets deTexlraordinaire des guerres, les billets de subsistance elles aucien nés assignations^ eiqiii commet des commissaires du conseil pour en faire les vérifications et donner leur avis sur la distinction nécessaire pour le remboursement entier à ceux qui ne les ont pas négociés. Ces deux arrêts sont antérieurs à la mort du Roi.

M. le Régent est venu au Palais-Royal, où il a parlé à tous ceux qui se sont présentés, avec une bonté et tine grâce extraordinaire. Il a dit aux maréchaux de France qu'au lit de justice ils seroient placés dans un banc devant le clergé : ces MM. lui ont dit quHls espéroient en récompense avoir part à la première promotion des bénéfices, et il a dit à H. d'Huxelles : «Vous avez été tonsuré^ je vous donnerai une abbiaiye. »

On a dit que M. Desmarets, contrôleur général des finances, qui n^ètoit pas bien avec M. le Régent, s'étoit réconcilié avec lui depuis quelques jours, et qu'il n'avoit rien à craindre pour sa place.

Oiî n'en a pas dit de même de M. le Chancelier. On craint qu'il ne soit dépouillé de sa charge de secrétaire d'État de la guerre et des sceaux. H. le Régent est mécontent de lui, il ne lui a pas voulu dire, depuis la mor du Roi, ce que contenoit le testament qu'il de voit voir le lendemain au Parlement (1).

(1) Le duc d'Orléans avait été obligé de promettre à Vilteroy pour Voysin son maintien en fonctions, en éctiange de la révélation du testament de Louis XIV. Mais cette promesse lui pesait, car il haïssait Voysio, homoie rude et impérieux , tout bouffi de sa double importance , et qui, à force d'orgueil, touchait au ridicule. Ses conseillers intimes, Saint-Simon surtout, le détestaient oucore plus, regardaient son impunité comme un scandale, flétrissaient sa bassesse, dont on avait profité, et ruinaient chaque jour davantage son crédit si ébranlé. Les bruits de cour et de ville que répète Marais sur la disgrâce prochaine de ce ministre si compromis et si attaqué étaient fondés. Mais oir ignorait la cause de cette disgrâce et on Taltribuait bien à tort à son refus do services, tandis qu'il faut Tattribuer bien plus sûrement à ces services m6nie-<^ dont rindignité dégoûta de lui en montrant à la fois sa faiblesse et sa vénalité. C'est en effet, selon tous les auteurs, à Voysin, bien plutôt qu'à Noailles ou à Mme (te Maintenon, que le duc d^Orléans dut de connaître d'avance ce terrain

SEPTEMBRK i7ia. 197

M. le duc du Maine est à Vincennes avec le Roi cl logé dans le double de son appartement^ comme surintendant de Féducatlon.,

Mercrediy 11 septembre 1715. — M. Fagon, qui par la mort du Roi, a perdu sa place de premier médecin, a de* mandé de se retirer au Jardin Royal, quoiqu'il appartienne au premier médecin en exercice. M. Poirier, à présent premier médecin, y a consenti, et M. le Régent lui a accordé cette retraite. On se plaint beaucoup de la manière dont il a traité le Roi , à qui on a trouvé le corps en dedans et tons les viscères d'une intégrité admirable et d'une construction à pouvoir vivre cent ans. Mais il a eu une fièvre pendant deux mois qui a été négligée et qui a causé la gangrène. Il seroit mort sans aucun secours, si M. Maréchal, son premier chirurgien, n'en avoit demandé (1).

insidieux où le plaçait te testament. Saint-Simon est formel (T. Xll, 370, 381. Lemontey, I, 28. E. Moret, IIl, p. 431.) ■ .

(1) Saint-Simon et Madame sont d'accord pour rendre Fagon res|>onsable de la mort du Roi, dont il ne vit point Pétat et qu'il persista à soigner contrairement à son régime et à son tempérament. « Tant d'eau et de fruits, dit it Saint-Simon, sans être corrigés par rien de spiritueux, tournèrent son sang « en gangrène à force d'en diminuer les esprits, et de l'appauvrir par ces « sueurs forcées des nuits et furent cause de sa mort, comme on le reconnut « h l'ouverture de son corps. Les parties s'en trouvèrent toutes si t)elles et si « saines , qu'il y eut lieu de juger qu'il aurait passé le siècle de sa vie. Sou es- « tomac surtout étonna et ses t)oyaux par leur volume et leur étendue au « double de.l'ordinaire, d^oùlui vint d'être si grand mangeur et si égal. On ne « songea aux remèdes que quand il n'en fut plus temps, parce que Fagon f ne voulut jamais le croire malade, etc. » ( Saint-Simon, .t. Xlfl, 313,313 314.) Madame accuse plaisamment encore l'ignorance intéressée du médecin, ( T. Il, p. 170.) Les curieux spéciaux trouveront dans la Revue médicale de 1829, T. III, p. 361 à 390, le Procès-verbal d'ouverture du corps des rois de France, Celui de l'ouverture du corps de Louis XIV, rédigé sous forme de rapport à ses confrères par le doyen et un ancien de la Faculté de Taris, investis par l'usage du privilège de l'autopsie, se trouve à la page 373- 375, et confirme par le témoignage de la science les allégations de Saint-Simon sur la vigueur de la constitution du Roi, et l'état d'intégrité des reiivs , eu foie, de la rate, de l'estomac, de la vessie, du cœur, des poumons rt i\u cerveau. Il constate seulement l'état gangreneux des cuisses et drs in< tef^tins

On a résolu^ dans le conseil tenu à Paris/ de faire venir le Roi jeudi au Parlement tenir son lit de justice^ qui est le 12 septembre. U doit partir à une heure de Vincennes et sera sur les deujc heures ôh deux heures ei demie au Palais.

H. le Régent a donné à H: le duc d'Albret la chai^ de grand chambellan ^ sur la démission de M. le duc de Bouillon son père, avec 800^000 francs de brevet de retenue. Cela remet en grâce cette maison^ ^ue le cardinal de Bouillon avoit brouillée avec la cour (1).

Le Roi a signé le contrat de mariage du comte de Torigny. fils de M . de Matignon^ avec M^^ de Monaco, fille An prince dé Monaco qui se brassoit depuis longtemps (2). C'est le premier contrat de mariage qui lui a été pré-» sente. Il signe très-bien son nom. : /

La marquise de la Vieuville (3), dame d'atours de M*"* de Berry, étant morte, on a donné sa place à M""' de Pons, l'une de ses dames du Palais, et celle de dame du Palais à M?° de Beauveau.

On a vil aujourd'hui de la monnoie frappée au coin du jeune Roi. Son portrait est au revers avec la légende Lud XV. D. G., Franc, et Nav. Rex. Et de l'autre^ côté l'écu est frappé commel'ancienne monnoie 1715 (4).

Le Biaréchal d'Estrées a reçu ordre du Régent d'écrire à l'archevêque de Tours (5), qu'il pouvoit sortir de son diocèse quand il voudroit. C'est un des huit prélats qui se sont opposés publiquement avçc le cardinal de NoaiUes à la. réception de la constitution. L'acte d'opposition est du 12 janvier 1714; Il est dans la préface historique des Epcaples. Il avoit été envoyé avec les autres dans leurs

(1) Saint-Simon, t. XIV, 194.

(2)f6R,t. XII.p. 49.

(3) Mère de Mmede Parabère. Voyez Saint-Simon, t. XIII, p. 136.

(4) On trouve la gravure d'une pièce Louis XV, à la p. 359 de VHisioire France de MM. Bordier et Cliarton» t. II.

(5) Matliiou Tsoré d'Horvault.Voir son ëlogo dans Saint-Simon, t. XÏV, p

^iioeèses par lettre de cachet avec ordre de n'en point

sortir. Lé^marquis-de PInmartin, son neveu, a été présenté

4IU Régent et a obtenu d'abord cette grâce. L'évèque de

OiftlOns, frère du cardinal dé Noailles, qui étoit un des

huit, est déjà revenu à la cour : le cardinal est tous les

- jours au Palais-Royal. On dit que quand il arriva à Ver-

"Sailles après la mort du Roi, le cardinal de Bissy alla à

lui'fètlui dît qu'il avoit beaucoup de joie de le revoir

- -^fïï cfô^ payls-là : à quoi M. le cardinal de Noailles répon-

* ^Ut :f «* Ce n'est pas lé temps de la joie, » et passa.

J^Âdi, 12 septembre i^ 15. — Le Roi est parti à une

-«Ji6Qrèî3tprès-midi de Vincennes pour venir à Paris tenir

son lit de justice. 11 a passé par le faubourg Saint-An-

^^îtië^âa* rte Saint-Antoine , la Grève, le quai Pelletier,

— -legcfiat Notre-Dame et est entré au Palais par la porte

^tfi ërt ifevant la rué de la Vieiéle-Draperie. Il étoit ac-

<<5oi!ipaghé dés chevau-légérs,' des gendarmes , des deux

^'^îtoipa^ies de mousquetaires, des Cent-Suisses et des

^arde&de la police à pied, les Cènt-Suisses entourant son

-^^aiTOSlse. Il n'y avoit que deux autres carrosses avec lui.

^^ ChH^ps de là 'Ville suivoit de loin les archers et les

S*ôi!dô^du gouverneur deTaris; ils avoientété au-devant

Itiijiorter les clefsde la ville. Il est arrivé à trois heures

Ur^Piàlais. Il est moèté à la Sainte-Chapelle, où M. le comte

;^^'^*<ïh!*p(daïS, M. te prittcé deConty et M. le prince de

»es' Pattébdoieiit depuis longtemps. Ils ont pris la

Jeuë cfe son manteau, et M. le prince Charles de Lor-

lè; ^^tMécuyei^ de France, l'a pris entre ses bras. On

lb«i!ivoyé au-devant de lui à la Sairfle-Chapelle quatre

X^i^^idents'à mortier et six conseillers. 11 y avoit déjà

^OttgtemJiB qûé lé Parlement étoit assemblé, les princes

i^i sang et ducs et pairs laïques à droite sur les hauts

^égô8 , les ducs ecclésiastiques à gauche , aussi sur les

b.a.Yits sièges, avec les gouverneurs et lieutenants gêné-

taxix dé.provinces à leur suite. Dans les bas sièges étoient

*• le dianceliei^ le premier, ensuite M. le premier prési-

dent et les présidents à mortier, et dans plusieurs banos tous les conseillers en robes rougps. Quand le Roi est entré dans la grand'chambre , il a été pris par le duc de Triesmes, premier gentilhomme de la chambre^ qui l'a posé sur son lit de justice; à côté et un peu plus bas étoit madame la duchesse de Ventadour^ sa gouvernante^ et de l'autre côté étoit M. le maréchal de Villeroy, gouverneur. On a apporté un fauteuil au pied du lit de justice où H. le chancelier s'est mis, ce fauteuil couvert d'une même étoffe que le lit. M. de Tresmes a ôté le chapeau du Roi trois fois et le lui a remis, qui est la salutation qu'il fait au Parlement. Le Roi a fort bien dit son petit discours, et a paru d'un air ferme et assuré.

Ensuite M. le chancelier s'est levé, s'est mis à genoux devant le Roi pour lui demander la permission de parler, puis s'est mis à couvert , et tournant le dos au Roi dans son fauteuil, il a prononcé un discours sur la porte que la France venoit de faire du Roi qui avoit été l'admiration de tout l'univers pendant sa vie, et qui avoit encore paru plus grand dans sa maladie et dans sa mort. 11 a fini par un éloge de M. le duc d'Orléans à qui la Régence avoit été déférée. Ensuite, M, le premier président s'est mis à genoux, puis s'est levé et a parlé debout et découvert, et a demandé si MM. les gens du Roi n'avoient rien à dire. M. de Fleury s'est mis à genoux et s'est levé, et a fait un discours qui a paru fort long, où il a fait le portrait d'un grand Roi. Il a parlé de feu M. le duc de Bourgogne dont il a fait un grand éloge, et a dit que le Roi avoit devant lui de grands exemples de sagesse et de gloire. Il a enfin conclu à la Régence telle qu'elle avoit été arrêtée. M. Dongois, greffier, a lu rarrèté tout haut. Après cette lecture, M. le chancelier s'est levé, a monté aux hauts sièges, et a pris la voix de M. le duc d'Orléans, des princes du sang, et des ducs et pairs laïques, et ensuite a repcussé de l'autre côté et a pris les \o\^ des ducs et pairs ecclésiastiques; il est descendu aux

SEPTKMBRK I7ii$; 201

bas sièges, où il a pris les voix de M. le premier président , des présidents à mortier et des conseillers qui. se sont trouvés dans le parquet et a fait une inclination à tous les autres. Puis il s'est assis et couvert, car il a voit pris toutes les opinions découvert, et il a prononcé Tarrét de la Régence qu'il a lu dans un papier que M. le premier président lui avoit donné en arrivant.

Pendant toute cette séance, qui a duré une bonne

heure, le jeune Roi n'a point paru embarrassé, il a

toujours été tranquille et ferme dans sa place, seulement

il avoit grand chaud et s'cssuyoit de temps en temps

avec un mouchoir que madame de Ventadour lui donnoit

et qu'il lui rendoit, paroissant avoir attention à tout ce-

qui se disoit et se faisoit dans l'assemblée. Le Roi est

sorti par le^rand banc, où étoient les pairs laïques et par

la lanterne au bout, et on lui est allé changer de linge,

^t faire manger un morceau dans le cabinet de M. le

j)remier président. Pendant ce temps-là, la compagnie

-^^t demeurée en place. Le Roi est revenu, a passé der-

-•?ière les barreaux et s'en est allé à Vincennes environ

ssur les quatre heures et demie , et la compagnie s'est le-

^^ée. Le Roi étoit accompagné comme en venant. On a tiré

le canon de la Rastille en allant et en revenant. Un of-

icier des gardes du corps à cheval jetoit de temps en

temps de l'argent au peuple. Toutes les rues sur son che-

lin étoient bordées de gardes françoises et suisses en

très-bon ordre. La plupart des boutiques étoient fermées

^ans Paris dès le matin. Le Roi étoit habillé de violet,

«tvec un rabat, et un chapeau tout rond. On a délivré

-î>lusieurs petits oiseaux suivant la coutume dans la cour

^u palais (1).

(t) Charles VI, dans les lettres par lesquelles il confirma aux marchands ^'oiseaux ou oiseliers de Paris le privilège de se tenir les jours de fêle sur le ^Ont au Change , leur imposa la condition de bailler et délivrer quatre cents ^^•s^aux lors du sacre des rois de France, et quand les Rois et les Reines fai-

L'appartement delà Reine dans les Tuileries a été destiné à M. lé duc et à madame la duchesse du Maine.

1 3 , 1 4-^ i 5 * — Le Roi a reçu toutes les Compagnies^ qui lui ont fait des harangues sur son avènement à la couronne. L'Âcadémief rançoise, qui a tant loué le Roi pendant sa vie. Ta très-mal loué après sa mort. Le discours de l'abbé Dangeaua été trouvé très-mauvais. Celui du recteur de l'Université a paru bon. Voici celui de M. de Saint-Port, avocat général au grand conseil, qui a compris qu^il ne falloit pas parler longtemps à un enfant, r ce Nous nous présenitoiis au trône de Votre Majesté (( pour renouveler le serment de notre fidélité. Nous esii pérons revoir en vous la sagesse de M. le Dauphin votre a père , la mansuétude de votre aïeul et la gloire du fèu a Roi, votre bisaïeul, à qui vous succédez. Les exeniples « du Prince Régent raniment déjà leurs cendres, sa sa- « gesse formera votre cœur et la main de Dieu fera le <( reste. »

Le vendredi. 13, M. le duc d'Orléans a envoyé au Parlement la forme des Conseils, qu'il a proposés le 2 septembre. On les a envoyés dans toutes les chambres pour les examiner et en dirç leur avis.

16 septembre 1715. — r Le Régent a envoyé au Parlement deux édits, l'un pour révoquer les articles des or^ donnances de 1667 et 1673 qui ôtent au Parlement le

saieflt leur première entrée dans Paris. A l'entrée de Louis XI à Paris, en 14&i', les oiseleurs lâchèrent plus de deux centdouzaines d'oiseaux. Barbier» (il, 52,) nous apprend qu'on en fit autant lors de rentrée à Paris de Marie Leczinska. Au dix -huitième siècle, Tusage s'était généralisé au point qu'il recevait son application chaque fois que passait le Roi. On yoit dans Barbier, (lit, 297. Y, 102,) plusieurs exemples de cette naïve et populaire cérémonie^ On voyait là sans doute un symbole de joie et de délivrance. « C'est, dit Barbier, un droit « et une obligation des jurés oiseliers, symbole de la liberté que les Rois et » les Reines doivent donner aux prisonniers. » Cette dernière partie de la cérémonie s'accomplissait-elle, et le symbole de liberté se réalisait-il pour quelques prisonniers? Barbier l'ignore et semble en doutes. La Reine, dit-il, « a passé une seconde fois sous le Petit-Chàtelet ; je ne sais point si on a délivré des prisonniers, »

SEPTEMBRE t7 15. ' 203

droit des remontrances (1) , Fautre pour rétablissement des i5onseiIs par lesquels le royaume doit être gouverné. Les chambres ont été assemblées y et les deux édits ont été enregistrés^ mais ils n'ont pas été publiés, et les membres des Conseils n^ont point encore été nommés. On les attend avec grande impatience.

Dès le 15; H. le chancelier a remis au Régent la charge de secrétaire d'État de la guerre, qui lui étoit restée avec la place de chancelier, et il a remontré qu'il avoit un brevet de retenue de 400,000 fr,; mais on lui a fait entendre l'invalidité de ce brevet, et que les charges de se* orétaires d'État, de la manière dont on régloit les coaseilsy ne seroiént plus* d'un si grand prix ni d'une si grande dignité (2)<

Les trois autres secrétaires d^État ont^'aussi été remeroies', et on verra ce qu'ils seront dans les conseils (^).

Les maîtres des requêtes sont rétablis dans leur institution , il y en aura deux dans l'antichambre du Roi, de

(1) Le Parlement s'empara da droit de remonti^nces dès le quinzième siècle, ^n même temps que du droit d'enregistrement. L'ordonnance de Moulins ^i^66)p tout en confirmant au Parlement, le droit de remontrances, déclara qu'elles ne pourraient surseoir à Texécution des édits. L'ordonnance de 1667 ^art. 3), confirma cette disposition. Par sa déclaration du 24 février 1673, ISjOiiis XiV régla la forme dans laquelle de?aient être enregistrés les édits et -Mettres patentes émanés de l'autorité royale. Le parlement ne conservait le ^roit dé ^remontrances'qiie pour les actes qui concernaient les particuliers. Jusqu'à la fin du règne de Louis XIY; le droit de remontrance fut suspendu. I^Aaisr la déclaration du 16 septembre 1715 le rendit è ces corps, e^ les lettres

patentes du 26 août 1718 en réglèrent l'usage.

(2) Cette démission du Chancelier de la charge de secrétaire d'État de la guerre avait été convenue entre le maréchal de Yilleroy, son intermédiaire ««Bprès du Régent, et celui ci. Il devait être remboursé du prix en entier. SSelon Saint-Simon, il aurait eu les 400,000 livres demandées (Saint-Simon,

|)étite édition Hachette, que nous citerons dorénavant, t. YIII, 73, 213.)

(3) De ces secrétaires d'État, le seul qui n'eût -aucune compensation et ^ni en était peut-être le plus digne, fut Desmarets, dont l'humeur âpre faisait -«ublier les services. Pontcharlrain, La Yrillière et Torcy furent du conseil de Régence, les deux premiers sans voix, le dernier avec voix délibérât! ve. Le chancelier Yoysin en fut aussi (Saint-Simon, t. Yni, 225 à 230.)

204 MÉMOlftES DE MATHIEU MARAIS.

ceux du quartier^ qui recevront deux fois la semaine tous les placets. Us en feront les extraits et les renvoyeront à ceux des conseils où l'affaire se devra traiter.

17 septembre 1715. — Deux jésuites se sont présentés pour entrer chezle Régent. Le garde les a arrêtés et a demandé s'ils avoient un billet du capitaine des gardes. Ils ont dit que non. Ils ont été renvoyés. On en use ainsi à l'égard de tous les religieux. On les craint depuis Jacques Clément, jacobin qui assassina Henri III.

On a fait une chanson sur la mort du Roi^ contenant plusieurs couplets (1). M. d'Argenson , lieutenant de police, est venu trou ver le Régent et lui a dit qu'il étoit scandalisé des discours qui se tenoient dans le public contre la mémoire du feu Roi. « Mais encore que dit-on? dit M. le duc d'Orléans. » M, d'Argenson ne vouloit point parler. Il a été pressé de dire le mal pour apporter le remède. Enfin il a dit qu'on traitoit le feu Roi de banqueroutier, de voleur, d'homme qui avoit emporté le bien de tous ses sujets, et qu'il falloit empêcher ces sortes de discours en donnant ordre d'arrêter ceux qui les tiennent. «Vous n'y entendez rien, a dit M. le Régent, il faut payer les dettes du défunt et tous ces gens-là se tairont. . . » Cette réponse a arrêté les proscriptions, qui étoient au goût du dernier règne.

M. Crozat (2) a acheté la charge de grand trésorier de l'ordre du Saint-Esprit moyennant 420,000 fr.; elle étoit vacante par la mort de M. Chauvelin, avocat général : on l'a fait passer d'abord sur la tête de M. Terrât (3) chan-

(1) Voir le Recueil Maurepas, où il y en a bien d^autres.

(2) Crozat, un des plus grands financiers du temps, avec Samuel Bernard, et le plus riche homme de Paris selon Saint-Simon, grâce à la banque, aux armements, à l'intendance du duc de Vendôme, au poste de receveur du clergé, si lucratif, avait généreusement prêté trois millions, sans lesquels le nouveau goiivernemenl n'eût pu marcher. (V. Saint-Simon, VIII, 214 et Lemonley, 1, 45.)

(3) Voir sur Terrât, chancelier et surintendant des afTaires et finances du duc d^Orléans, Saint-Simon, t. XT, 93.

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celiep de M. le Régent, à qui le cordon bleu restera y et ensuite-elle retourne à H. Crozat, qui sera honoré du cordon b]eu. Il prôte aussi un million à TÉtat. Il est beaupère de M. le comte d'Évreux, à qui il a donné sa fille ^ qui vient d'être établi dans sa charge de colonel général de la cavalerie, et on a cru qu'ayant par le commerce étranger fait entrer dans le royaume tant d'argent , on devoit lui donner l'agrément de cette charge.

Par le rétablissement de M. le comte d'Évreux, tous les i nspecteurs de cavalerie sont supprimés. On supprime tous les commandants et les doubles emplois dans les provinces et dans les villes.

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