‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 14 sur 37 · JOURNAL DES AFFAIRES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

JOURNAL DES AFFAIRES PUBLIQUES

DEPUIS LE 17 JUIN 4717 jusqu'au 10 SEPTEMBRE 1717.

iti in 1717. — Histoire de ce qui s'est passé dans F affaire des princes depuis le 17 juin 1717 jusqu'au ^ et S juillet y jours de Védit de publication (1).

Le il juin 1717, il a été signifié à M. le procureur général et à M. Dongois, greffier, un acte signé de 39 gentilshommes, par lequel ils protestent de nullité de tource qui s'est fait dans l'affaire des Princes au conseil de Régence et de tout ce qui sera fait sans l'assemblée des états généraux, attendu qu'il s'agit de la succession à la couronne et que le droit d'y nommer appartient à la noblesse. Cet acte a été signifié par un huissier nommé Léguisses.

Le 18 juin, le Parlement s^^est assemblé; il y a eu plusieurs voix pour décréter Thuissier de prise de corps et faire biffer la protestation. Mais l'arrêt a seulement ordonné que les deux signatures seroient supprimées, l'huissier interdit pour six mois, et défenses à toutes personnes de faire des assemblées sans permission du Roi . L'arrêt a été imprimé et publié le 22 juin 1717. Le Parlement ne s'est pas cru offensé par la noblesse , qui lui a fait savoir ses prétentions. L'huissier a seulement été interdit, parce qu'il ne pouvoit pas, comme huissier du Chàtelet, exploiter dans le Palais. L'original de là signification est resté es mains de ceux qui l'ont fait faire.

(1) Voir dans Saint-Simon Thistoire passionnée de cette fortune des bâtards, œuvre laborieuse de la sénile idolâtrie de Louis XIV et de leur déchéance. Il n'est guère permis de toucher après lui, même pour le rrsumer, à ce grand débat delà Régence.

Le 19 juin, — M. le Régenta fait arrêter six des principaux nobled qui avoient signé cet acte, parce qu'il est en quoique s(»*te contraire à un arrêt de la Régence du ik mars 1717> qui fait défense à la noblesse de signer aucune règle à peine de désobéissance^ et parce que, la noblesse ne peut faire corps ni signer des actes en commun sans la permission expresse du Roi. Les six arrêtés sont ceux qui sont nommés notamment dans l'exploit de signification ; les autres ne son); point nommés. Ces six sont MM. de Cbàtillon^ de Vieuxpont, de Rieux, de PoliguaCy deBeaufremont et Clermont (Gallerande) cendre de M. d'O. On en amenétrois à Yincennes^ troisà lafiastille. Il yen a un septième, qui est M. de Mailly. II. n'& point été arrêté , parce qu'il est beau-frèré de M. de La Vrillière , secrétaire d'État.^ ,

Le même jour, samedi 19, Mw le duc du Maine et M. le comte de Toulouse ont été au Parlement porter une pro- ^ testation de nullité contre tout ce qui sera fait dans l'affaire des Princes* par les commissaires nommés par la Régence et au dit conseil de Régence, jusqu'à ce que le Roi soit majeur, ou quelesJÈtats soient assemblés. Les commissaires sont MM. . des Coutures , rapporteur, Amelot, Nointel, I^bourdonnaye, d'Argenson, Pelletier de Souzy (1). Us ont demandé acte de cette protestation par une requête, mais le Parlement n'a pu y faire droit, parce que, ce même jour, le czar de Moscovie, qui est en France depuis un mois, est venu au Parlement et a assisté dans une lanterne à Taudience, qui a été tenue en robes" rouges et en grande cérémonie pour lui.

Le lundi 21, les chambres étant assemblées sur la protestation du 19 des légitimés, M. le.I)uc et M. le prince deConty sont entrés et ont lu, par la bouche de M. le prince de Conty, un mémoire pour empêcher que la

(1) Les Mémoires de la Régence disent : de Saint-Contest , rapporteur (1.1,341).

protestation des princes légitimés ne soit reçue, ayant soutenu qu'elle étoit attentatoire à l'autorité royale. Ils sont sortis. On a pris les voix, et on a été d'avis de faire venir les gens du Roi; on amis : soit montré sur la requête des princes légitimés. On Ta portée sur-le-champ au parquet avec le mémoire des princes du sang. Les gens du Roi sont entrés, et M. de Lamoignon portant la parole a été d'avis que l'affaire fût communiquée au Roi, à qui on rendroit compte de tout ce qui s'étoit passé.

Il y a eu plusieurs avis : M. le Nain a été d'avis non de recevoir, mais d'enregistrer, la protestation dans les registres du Parlement, et il a aussi pris l'avis des gens du Roy, parce qu'il lui est libre d'en prendre deux. D'autres ont été d'avis de rendre la requête, parce qu'il n'y a rien de pendant au Parlement et que l'affaire fest au trône du Roi ; d'autres de mettre hors de cour quant à présent; d'autres de mettre tout à fait hors de cour. L'enregistrement des protestations a paru dangereuse, parce que le Parlement ne peut pas conserver dans ses registres une protestation contre un jugement que peutêlre il rendra. Enfin, de 204- voix, il y en a eu 134. pour ordonner qu'il sera fait une simple députa tion au Roi pour lui rendre compte de tout ce qui s'est passé dans cette affaire au sujet desdites protestations. C'est l'arrêt. On doit aller au Louvre et non au Palais-Roval. L'assemblée a duré quatre heures.

Le même jour, MM. les gens du Roi ont été au Palais^ Royal pour prendre le jour que la députation peut êtr,e faite, et M. le Régent les a remis à huitaine, à cause de plusieurs fêtes où le Parlement ne doit point entrer. La huitaine est au mercredi 30 juin. On dit que le parti est pris de juger l'affaire incessamment.

Pendant toute la semaine l'affaire a été examinée par les commissaires chez M. le Pelletier de Souzy.

Les princes légitimés ont donné un grand mémoire

intitulé : Cinguième proposition pour prononcer qu'il n'y a aucun tribunal existant qui puisse juger celle affaire^ farce qy^Hl s^agit de juger Pautorilé du Roi, et que le Roi seul majeur peut se juger. Us ont aussi donné un abrégé de ce mémoire sous le titre de Lettre d'un avocat de province à un avocat du Parlement de Paris. Us ont aussi fait imprimer le mémoire qui avoit été lu au Parlement le 21 juin par M. le prince de Conty, qui contient six articles^ avec une réponse à côté aussi en six articles.

Les princes du sang ont distribué un mémoire intitulé : Réflexions sur la nécessité de juger, qui étoit fait il y a quelque temps^ avec lequel se trouvent les lettres de don de la succession de M. de Yermandois à M"*^ h princesse de Conty, quoiqu'ils eussent des lettres de succession réciproques^ ce qui prouve que les bâtards ne succèdent pointy même ceux d'une personne libre.

On a continué d'examiner l'affaire^ MH. les commissaires chez H. le chancelier^ et ensuite au conseil de Régence.

Le mercredi 30 juin, le Parlement s'est assemblé et a nomméles députés^ qui se sont trouvés au nombre de vingtcinq : six de la grand'chambre^ les premiers présidents des enquêtes^ deux commissaires de chaque chambre. Ils ont été au Roi. M. le premier président à la tète lui a remis les Protestations j la Requête des légitimés et le Mémoire des Princes du sang. Le Roi a répondu de sa bouche avec dignité qu'il étoit très-content de la sagesse de son Parlement et de la manière dont il avoit agi dans cette affaire^ et qu'il en avoit beaucoup de reconnoissance. M. le chancelier a dit la même chose, et que le Roi rendroitsa réponse au premier jour sur les protestations. M. le Régent a aussi parlée et a fort loué la conduite du Parlement.

Le samedi 3 juillet, le Roi, a Dmndè le Parlerneht pour le lundi 5, afin d'avoir sa réponse. Le lundi 5, assemblée des chambres.

Le 5 A midi, les mêmes députés ont été au Roi, qui à dit que l'aflfûre éloit décidée et qu'il ehverrôit le lendemain un édit. M. le chancelier a parlé.

Le 6, redit a été envoyé avec la lettre de cachet au Parlement, comme H est d'usage. Lès chambres se sont assemblées ; on a résolu que ceux qui n^auroient pas l'âge n'auroient pas de voix: cela a retranché plus de 30 voix. 11 y en avoit encore 187. Donc 113 ont opiné à enregistrer Pédit purement et simplement, et 74 à nommer des commissaires pour l'examiner, même quelquesuns à envoyer Tédit dans les chambres de l'enquête et d'autres encore à nommer dés commissaires des enquêtes. La pluralité des voix l'a emporté, et Tédit a été enregistré purement et simplement.

M. le premier président a Iule discoursqueM. le chancelier lui avoit tenu la veille, dont il avoit une copie. Il est fort beau. M. de Vienne alu l'édit. M. le Nain, doyen, avoit commencé par opiner aux commissaires; mais M. le premier président lui ayant dit qu'on ne l'entendoit pas et qu'on le prioit de parler plus haut,, il a sur-le-champ changé d'avis et a opiné pour l'enregistrement. M. Broyer de la grand'chambre a le premier ouvert l'avis des commissaires. M. le président de Blamont a fait un grand discours pour l'exameri de Fédit qui a paru un discours préparé et a conclu à renvoyer l'édit aux chambrés. ; "

Par l'édit j le Roi révoque et annulle l'édif de- ÏVïî et' la déclaration de 1715, conserve les honneurs et la séance au Parlement à M. le duc du Maine et à M. le comte de Toulouse sans tirer à conséquence, et sans qu'ils puissent prendre la qualité de princes du sang^

S. M. se réservant à pourvoir au prince de Dombes et au comte d'Eu, ainsi quMI avisera : déclare les protestations nulles et comme non avenues.

L*édit a été enregistré après que M. de Lamoignou, avocat général, a parlé, qui a dit que ces matières ne se délibérant qu'en la Cour, qui est la seule cour souveraine où les affaires d'État se traitent (il a cité un Roi qui Ta dit) , il siéroit qu'il fût envoyé un duplicata de Tédit et de Tarrèt aux autres Parlements pour y être lus, publiés et enregistrés, et Tarrêt ainsi ordonné, et que Fédit seroit publié Taudience tenante.

Le jeudi 8 Tédit est publié à Taudience de la grand^ chambre.

Le réquisitoire pour le duplicata avoit été fait de la même manière lors de Tenregistrement del'éditde 1714 par M. de Fleury , alors avocat général et à présent procureur général, et cetéditde 1714 avoit été enregistré de celte manière sur le duplicata par les autres parlements.

M. le duc du Maine avoit encore publié un mémoire le 4 juillet, intitulé : Deuùcièmè proposition pour prouver que la loi commune n exclut point les légitimés des succès-sions) pure question de droit inutile à Taffaire et môme insoutenable dans Tétat présent de la jurisprudence. Il a encore donné deux autres petits mémoires sur la matière des protestations.

Ainsi a fini cette grande affaire; il n'y a point eu de lit de justice. M. lé châncélifer nVst paîs môme venu au' Parlement. Les fcommissàîres dii cdds'eilôrlt rapporté l'affaire an conseil de Régence i que M. le Ré^étatâ composé Comme il a voulu et'ôomine il lui est jiérm'is : l'édita été résolu et il a été envoyé à l'ordinaire.

Les mouvements des protestations de la noblesse et des princes légitimés ont précipité le jugement de Cette g'rande contestation.

Jeudiy S juillet 1717. — L'édit pour les princes du sang a été publié à l'audience. M. de Liàmdignôn , avocat géné-

kl^k^i

212 MÉMOIRES DK MATHIRU MARAIS.

rai, a bien parlé. Il y a eu dispute pour la préséance entre les conseillers d'honneur et les présidents des enquêtes. Les présidents Tout emporté, et MM. les présidents à mortier, en robes rouges, ont été obligés de se mettre dans les bas sièges.

L'édit a été imprimé de l'imprimerie royale. On ne Ta pas crié, maison Ta vendu publiquement.

Le comte d'Eu. — Le même jour, M. le comte d*Eu ayant présenté la serviette au Roi comme il faisoit à l'ordinaire, H. deHortemart, premier gentilhomme de la chambre de service ,4Cen est plaint et a dit à l'officier qui avoit présenté la serviette au comte d'Eu qu'il l'interdisoit; il a dit la même chose au valet de chambré pour la chemise qui se donne par les princes du sang, quand ils sont présents, et en leur absence par le premier gentilhomme de la chambre : en sorte que, le soir, M. le comte d'Eu, ne s'est point présenté. C'est une première difficulté que l'édit a fait parce que les enfants sont privés des honneurs (l).

La Martinique » — On a appris la révolte arrivée à la Martinique et à la Guadeloupe : les habitants se sont mutinés et ont pris les armes pour ne pas payer les droits de dispense, capitation et autres droits nouveaux. Ils ont pris le gouverneur (M. de la Varenne), capitaine de vaisseaux, et M. de Ricouart, intendant, qu'ils ont embarqués dans un vaisseau et les ont envoyés en France , où ils sont arrivés à la Rochelle, et les habitantsont en même temps envoyé un mémoire pour expliquer leurs prétentions.

Ce mémoire est très-bien écrit; il s'agit d'avoir la liberté de faire des sucreries, de vendre leurs biens et autres choses qu'on a voulu leur interdire (2).

(1) Le duc d'Orléans, toujoare clément, et à qui Saint-Simon reproclie èpreuient de ne pas user de sa victoire, ordonna qu'ils fussent traités eu |>rinres du sang à l'ordinaire et comme avant l'arrêt; ce qui fut exécuté. (Saint-Simon, IX, 178.)

(2) Voir les détails de cette affaire dans les Mémoires de la Utgence, édil. de 1729, 1. 1, p. 361, 862, et dans Saint-Simon, IV, k^heX suiv.,elIX, 26ti.

Vendredi 9. — Cailly. — Ce jour la grand'chambre a décrété de prise de corps le commissaire Cailly exempt, el le Couvreur et le Roux, inspecteurs de police. Sur-lechamp ils ont été arrêtés et menés à la Conciergerie. Ils y étoient à huit heures du matin, et on a apposé scellé dans leurs maisons. C'est la suite d'une affaire de la chambre de justice qui a été renvoyée à la grand'chambre. Cette affaire[peutètre de conséquence, parce que ces gens n'ont agi que par l'ordre de M, d'Argenson (1).

La marquise de Gesvres, femme du marquis de Gesvres, est morte. C'est elle qui avoit intenté ce célèbre procès d'impuissance dont on a recueilli deux volumes très-curieux (2) . .

Samedi 10 . — Le comte d'Eu. — L'affaire de M. le comte d^Eu a été réglée : il s'est présenté de nouveau pour servirle Roi. Le souper du roi a été retardé. M. le maréchal de Villeroy, gouverneur, a été trouver M. le Régent, qui a dit que M. le comte d'Eu et les princes légitimés avoient des brevets particuliers pour avoir les honneurs de la chambre, qui leur auroient été accordés par le feu Roi, et que ces brevets n'étoient point révoqués : et qu'ainsi M. de iMortemart n'avoit pas raison de contester. M. de Villeroy est revenu, qui a dit : le Roy ordonne quil sera sefvi à son ordinaire; et M. le comte d'Eu a donné la serviette. On a été surpris que M. de Mortemârt

(1) La chambre de justice, instrument des rancunes parlementaires en cette circonstance, avait profité de quelques faits révélésrde canaillerie subalterne pour essayer dMncriminer, ou tout au moins d^éclabousser d'Argenson , qu'on eût aimé à rendre responsable des exactions de quelques-uns de ses agents. Son sang-froid et sa fermeté déconcertèrent cet orage, qui creva ridiculement.

(2) Saint-Simon, t. VII, p. 153, donne de curieux détails sur co procès, les dissensions domestiques qui le firent éclater, le ridicule qui Penvironna et l'accommodement et désistement qui y mit (in trop tard pour Pbonncur des parties. Les deux volumes auxquels Marais fait allusion, sont intitulés : Recueil générât des pièces contenues au procès de M, le marquis de Getvrcs et de W« Mascranny sa femme (par Begon), (infterdam, i7r«, 2 V. in- 12.

ait fait cette difficulté, étant proche parent de M*"® de Hontespan.Mais c'est un homme ferme, qui a préféré les honneurs de sa charge à une alliance dont il ne seroit peut-être pas honoré.

On a ajouté dans les édits le terme des Princes du sang après les qualités de H. le Duc et de M. le prince ée Conty qui sont traités de cousins, «t on a laissé à M. le duc du Maine et à M. le comte de Toulouse la simple qualité d'oncles : c'est juger tous les jours le procès. Cela ne s'est pas trouvé dans les édits qui ont paru en public , quoiqu'il soit vrai que le conseil Teùt arrêté. C'est un fait anecdote. Il n'a paru que dans la déclaration du 31 juillet^ registrée le 26 août, pour les gages du Parlement pour la première fois.

Vendredi, 16 juillet. — MM. de Chàtillon, deRieux, de Polignac, de Beaufremont, de Vieuxpont, de Clermont, les six gentilhommes qui avoient été emprisonnés à la Bastille et à Vincennes ont été élargis : ils ont été présentés à M. le Régent par H. le duc de Chartres, qui avoit demandé la grâce de ]eur élargissement : il s'est dit peu de choses de part et d'autre, et ils étoientsi étonnés, qu'a* près cette audience, ils ont oublié de reconduire M, le duc de Chartres à son appartement (1).

CuATiLLON. — Le même jour, M. le Régent a ôté à M. de ehàiillon (2) le logement qu'il avoit au Palais-Royal et une pension qu'il lui donnoit de 6,000 fr. (3) On a demandé inutilement qu'elle fût rétablie. C'étoit lui qui étoit le chef de cette-petite conjuration de la noblesse : il en faisoit faire les assemblées au Palais-Royal même, et n'a point considéré l'attachement particulier qu'il devoit

(1) V. Saint-Simon, t. IX, p. 178.

(2) Voir sur ce Ciiâtillon, qui devait tout aux bienfaits de la maison d*Or* léans, acliarnés sur sa médiocrité, Saiut-Simon, IX, 179 et la Correspondance de Madame, 1. 1, 245. Il fallait que son ingratilode fût bien grande pour que tout le monde la senlil , et s'en indignât.

(3) Saint-Simon dit 12.000 livres.

avoir pour M. le duc d'Orléans , son bienfaiteur. On dit même qu'il avoit fait, entendre aux autres que cela se faisoitdu consentement de son S. A. R.

if"** de Gaci. — On a parlé d'une insulte faite à M°*^ de Gacédansun souperchezM"^de Nesle. Les jeunes seigneurs qui étoient à table avec elle la firent boire du vin et toutes sortes de liqueurs, dont elle s'enivra. Ensuite elle dansa preisque nue^ puis ils la livrèrent dans une antichambre à des valets qui en firent à leur plaisir. On l'entendoit dire : Ah ! la bonne journée ! H. de Gacé a donné deux gardes à sa femme qui ne la quittent point : c'est la fille du maréchal ^e Çhàteau-Regnault qui l'appelpit : Vigoureuse. Entre les seigneurs étoit le jeune princede Soubise, amant de M"'' de Nesle, depuis la quitterie de M. le Duc : il a disparu pendant quelques jours, et le, bruit a couru de quelques coups qui lui ont été donnés y les uns disent par ordre de M; de Gacé^ les autres par ordre de M. le Duc lui-môme, qui a été mécontent de ce qu'il lui avoit pris sa maîtresse (1).

Lundi 19. — De Harlay. — M. de Harlay, conseiller d'État^ est mort. Il étoit le fils de feu H. le premier président (2). Sa fille est mariée à M. le prince de Tin-

(i) On trouTe de curieux délails sur cette Madame de Gacé^ une de ces épouses coufiables qui, comme Madame de Polignac ou Mme de Retz, étonnèrent la Régence elle-même et faillirent la faire rougir, — daus la Correspondance de la marquise de La Cour^ manuscrit de la bibliollièque Mazarine que M. PI). Cliasles va publier avec notte roh€ours,.et dans les Alélangei de M, de fioisjourdahi. Ce dernier recueil donne la supplique quVlle adiessa au Roi en 1726 pour lui demander la tin de cette vie d*affiouts et d*<ivfntnres par laquelle elle expiait tro|i cruellement ses fautes. Il va san^ tlire quVIle ue inéuage |>as son mari. J.im:tis remue ne se djft'.u lit sans attaq ler.

(2) « Harlay, dit Saint Simon, (édit. Chjniel, t.XV, p. 2\f\ mourut ronime « il avait véi-ii. îl avait une tionue et nomlir«>use bibliotlièque. avec (luaiitila « de manuscrits sur «lifi'jreiites matière'^. Il 1<'S d«mna à Cliauvrlm, d -puis m garde des sceaux, qui eu sul fairH un éclielou à sa foiiiuK* u. CVst dWrgeD^on(éd. Raihery, t. I, p. 77) qui nous apprend quel parti en sut tirer riNiliile et ambitieux légataire. « Feu M. d^ Harlay lui avait i:;gu j ^es nuui- M Jbraix et précieux manuscrits sur le droit public. Le CUdUYeliu eu Ut des

gry (1). Il a donné par donation entre vifs tous ses manuscrits qui sont très-curieux à M. Cbauvelin, avocat général. C'est le recueil de plusieurs des premiers présidents et un trésor de matières publiques qui ne se trouve que là. Il y a plus de 2,000 volumes.

La place de conseiller d'État a été donnée à M. le Guerchois, beau-frère de M. le chancelier. *

Dongois, — M. Dongois, greffier en chef du Parlement^ est mort âgé de quatre-vingt trois ans (2). Il a été enterré

(c tables en les mettant en ordre, cela s^arrangeait sur de petites cartes de la r plus jolie façon du monde. Il y employait tous ses amis; Pabbé de Lau-

K brière y travailla beaucoup et en a eu Tévèobé de Soissons H résulta de

R toutes ces caries écrites au dos un gros li?re de table universelle du droit « public. On publiait que le président Cbauvelin ne travaillait qu^au droit (( public. 11 n'était pas à sa chaise percée qu*on ne dît d'abord qu'il travaillait

K à ce droit On lit accroire au vieux cardinal (de Fleury) que M. ChauTe-

« lin avait tout appris dans ses cartes. ... Le cardinal conçut une forte réso- » lution de mettre un tel homme en place et de signaler sou ministère en tlou- " nant au Roi un bras droit si nerveux . » D*Argenson revient souvent làdessus, notamment à la date .d'avril 1737 (t. I, p. 274.). Plus tard, il est vrai, il a cherché à adoucir ce portrait, tout plein d'une humeur caustique. Il y aurait eu quelque ingratitude à ne pas le faire, le garde des sceaux ayant été son bienfaiteur, et lui ayant libéralement ouvert l*accës de ces trésors de la tradition parlenoéntaire. D'Argenson sut en profiter à son tour, pouv son ina- Iruction, sinon pour sa fortune. Quoi qu'il en soit, il demeure avéré, le mérite personnel ^e Thomme misa part, et hors de question, que Chauvelin, qui sous la Régence, avait en vain essayé de parvenir aux affaires par Paffectation, alors à la mode, de la galanterie et de la frivolité, dut plus tard à l'aflectation contraire son élévation rapide, suivie d'une chute plus rapide encore. M. de Harlay n'était pa%|e seul possédé de cette manie de collectionneur] érudit. Le dépôt des manuscrits de la Bibliothèque impériale doit encore à cette heureusf |)assion, traditionnelle dans la haute magistrature depuis le seiiième siècle, le riche et précieux fonds de Mesmes, qui composait six cents volumes, lors de son acquisition, en février 1731 (Le Prince, Essai histot\ sur la Biblioth. du Bùi^ édit. Louis Paris, 1856, p. 173.)

(1) Il n'eut qu'une tille unique » qui épousa le dernier (ils de M. de Luxent - «< bourg, dont le premier président était l'âme damnée , et ce fils est devenu « maréchal de France. » ( Saint-Simon^ t. XV, p. 29.)

(2) Ce Dongois était le fils d'une sœur de Roileau Despréaux. « 11 moomt, » dit Saint-Simon (t. XY, p. 29.), à quatre-vingt-trois ans, et fut universelle- « ment regretté. C'était un très-honnéte homme, très-droit, extrêmement insu truitet capable, qui faisait très-supériet^rement sa charge; fort obligeant, « très-considéré du Parlement, qui avait recours en ses lumières en beaucoup

JUILLKT 1717 217

dans la basse Sainte-Chapelle. Dans le billet d'enterrement , il y a prolonotaire et greffier en chef. Tout le Parlement y a été en corps, -M. le premier président à la tète et tous les présidents à mortier. Il laisse deux millions de biens à sa fille unique , mariée au président Gilbert, de la 2*^ des enquêtes , qui a un fils conseiller au conseil des finances, et un autre reçu en la charge de greffier en chef et autres enfants

Saillant'Céli. — M. de Saillant, commandant à Metz, qui avoit eu un démêlé avec M. de Harlay-Céli, intendant à Metz, a été réconcilié avec lui. Ils se sont embrassés. Ils ont été longtemps à la cour pour cette affaire , mais on ne compte pas beaucoup sur ce raccommodement.

Lettre du Régent. Celte lettre a . été imprimée, avec une petite histoire au bas qui masque le changement. — Il a paru une lettre du 13 juillet 1717 (1) de M. le Régent aux évêques du Royaume , .par laquelle il leur marque qu'il a travaillé à l'affaire de la constitution pour la terminer par la voie de la douceur : qu'il espère que le pape entrera dans ses vues; qu'il va envoyer M. le duc de 1» Feuillade pour ambassadeur auprès de Sa Sainteté ; qu'il pi'ie les évêques d'empêcher qu'il ne se passe rien dans leurs diocèses qui puisse retarder l'effet de ses bonnes intentions, et que de sa part il donnera ordre dans les Parlements pour que Thonneur et la dignité de Tépiscopat soient conservés et maintenus^ que le second ordre se tienne dans la subordination et qu'en cas que quelqu'un interjette des appels au futur concile, on n'aura qu'à Ten avertir et qu'il employera l'autorité souveraine pour les réprimer et les punir. Cette lettre a été circu-

'( d'occasioDS, et qui a?aUau dehors et parmi les seigneurs et à la cour beau- « coup d'amis. » On peut encore voir sur lui : La Correspondance de Botieau Despréaux avec Brossette publiée par M. A. Laverdet, et les Mémoires des grands jours d'Auvergne, par Flécliier. \\) Les Mémoires de la Rcgcncc disent du 18 juillet.

laire, et envoyée par les évêques aux curés : on l'a réformée sur les. appels et on y a ajouté le mot sans nécessité j en sorte qu'on n'a pas voulu 6ier celte voie aux ecclésiastiques qui seroient troublés. Dans la lettre au cardinal de Bissy, évêque de Heaux^ le mot réformé ne se trouve pas (1).

Université. — L'Université a fait imprimer un mémoire qu'elle a présenté à M. le Régent pour répondre à un mémoire que 28 prélats avoient présenté contre elle le 28 mars 1717. 11 est signé de Montempuy, recteur, et parolt avoir été donné à S. A. R. le 7 juin 1717. Il est écrit très-fortement, contient plusieurs des faits historiques , et des propositions dogmatiques sur le pouvoir du Pape et des évoques et du second ordre très-bien exposées. C'est un excellent ouvrage , où on a recueilli tout ce qui est à la gloire de l'Université et ce qu'elle a fait pour l'épiscopat, et contre les Jésuites et les ordres religieux. Il y a à la fin un arrêt du conseil du 8 juillet 1631 qui maintient l'Université dans ses privilèges, facultés, exemptions et immunités, et qui casse des lettres patentes du 14 décembre 1626 qui lui avoient défendu et à ses suppôts d'agiter, disputer ni résoudre aucune proposition ni question concernant la sainte Écriture , la foi catholique, apostolique et romaine, la doctrine de l'Église et la théologie et qui les puisse toucher principalement ni par conséquence et de composer, traiter et disputer, terminer ni résoudre aucune chose touchant l'affirmative ou négative des propositions concernant le pouvoir et autorité souveraine de la couronne et rois de France, ni des autres rois et souverains^ sans l'expresse permission de S. M. Â peines, etc.

(I) Cft fait donna lien à une sorle de polémique et à une lettre rectKUative du cardinal de Bi^sy, àla(|nt'lle leRôgent répomiif par une nouvelle circulaire du 17 août, qui maintenuit le moi sans nécessiié,dijoii\é, disait-il, parson ordre et aprèi^ mûre d*libôralion , ce qui permettait la voie de Tappel dans les eaa qui le rendraient nécessaires. ( V. Mémoires de la Régence, ï, 390.)

Ces lettres sont dans le 2^ tome de la Bibliothèque canoiitfuedeBouchet, p. 552^ édit. de 1689. Elles avoient été données à l'occasion d'un décret du 26 novembre 1626, fait contre une thèse de Frère Jean T.estifort, dominicain, qui avoit égalé les Décrétales à l'Ecriture sainte.

Vers le 15 juillet 1717, on a publié un mémoire in-12 de 195 pages, sans nom d'imprimeur qui a pour titre : Dissertation sur l'appel interjeté de la constitution Unigenitm au concile général^ etc. On dit que M. le maréchal d'Huxelles a fait faire cet ouvrage par M. Tabbé Leroy. C'est une réponse au mémoire des quatre évèques appellants y où on prétend faire voir que leur appel n'est point dans le cas de tous les exemples qu'ils rapportent, et que la constitution est acceptée par tout le corps des pasteurs. Cela est écrit poliment et avec ordre, mais on y peut facilement répondre, et même dans lès mémoires des curés et chapitres de Rheims, cette matière a été entièrement ^ épuisée. Cette dissertation promet une 2*" partie qui sera sous le titre d^ Examen de l'appel; on y examinera l'appel eiï lui-méme> ses motifs et ses caractères, et on insinuera ^ôs moyens les plus coi^venables pour arrêter le progrès trouble et rendre le calme à TÉtat et à l'Église. Dans p. 174, l'auteur dit que l'on ne peut pas regarder dans is rois comme une usurpation, l'usage où le concordat a établis constamment de présenter aux bénéfices : Persuadés que nous sommes en France que tous les droits la nation et les suffrages de tous les ordres sont déplus au Roi et renfermés dans sa volonté... » L'édit des 'inces ne parle point ainsi et distingue fort bien les oits de la nation d'avec la volonté du Roi (^1).

1) Voici les termes trè^-remarqiiahles, en effet, de l'édit du 2 juillet 1717. oiis espérons que Di^u, qui conserve la nation de France depuis tant de ièi'Ies, et qui lui a donné dans tous les temps des marques si éclalanles de a protection, ne lui sera pas moins favorable à ra?enir, et que la faisant duer autant que la monarchie, il détournera par sa bonté le malheur qui avoit té l'objet de la prévoyance du feu Roi.. Mais si la nation françoise éprouvoit

Samedi 24. — Évêque d'Orléans, — Arrêt à la Tournelle criminelle, qui déclare abusifs le décret de prise de corps et toute la procédure criminelle faite par Tévêque d'Orléans contre un curé d'Orléans qui n'avoit pas voulu accepter la Constitution^ et qui condamne Févêque en 500 fr. de dommages et intérêts envers le curé, et aux dépens. Le même arrêt ordonne qu'une lettre anonyme contre Tévêque et un libelle intitulé : Relation de ta désolation de la ville d^ Orléans , seront déposés au greffe et supprimés, et qu'il sera informé de leur publication. M. Joly de Fleury, procureur général, a parlé dans cette affaire à cause de la récusation des deux avocats généraux. Chevalier, avocat, aparté pour l'évêque d'Orléans, lui qui avoit parlé pour les curés et chapitre de Rheims en plusieurs occasions pareilles contre l'archevêque de Rheims. Cela n^a point été approuvé du barreau, qui n'a pas cru que la liberté de la profession dût être portée au point de prendre différents partis dans une cause de religion et d'État, et où même le sieur Chevalier avoit prononcé contre l'archevêque de Rheims.

Arrêt de Metz. — Le 28 juin 1717, il avoit été rendu uil pareil arrêt au Parlement de Metz, au profit de M. Drouillet, prêtre, curé et doyen de Mouzon, contre M. Tarchevêque de Rheims , qui déclare un décret et procédure criminelle abusifs, «t condamne l'archevêque en 500 francs de dommages et intérêts et aux dépens. Cet arrêt a été imprimé à Metz avec le plaidoyer de M. le Fébure, substitut du procureur général, qui est plein d'esprit et de bons principes, et où il distingue la publication,. comme simple notification, d'avec la publication, re-

« jamais ce luallieur, ce seroit à la nation même quMl appartieudroit de le ré- « parer par la sagesse de son ciioix elc. .. ( Voir Mémoires de la Régence ^ I» 171".) CV&t Marais (|ui nous révèle la main qui a écrit ce magnifique manifeste et notre étonnemenl cesse, nnûs non nolrt' j««lmi»'aJiun. C*est l'ouvrage de d'Agnes^5ean.

JUILLKT 1717. 221

gardée comme acceptation. Ce curé avoit accepté et depuis s'étoit rétracté par une lettre écrite à l'archevêque.

Témoignages des curés de Paris, — On a fait imprimer un gros recueil in-4." de toutes les lettres écrites par les curés de la ville et du diocèse de Paris à M. le cardinal deNoailles au sujet de la constituti on , intitulé : Le témoignage de MM. les curés^ etc. et membres du clergé séculier et régulier. Il y a plusieurs lettres de pasteurs particuliers. Tous déclarent qu'ils ne peuvent accepter la constitution^ et qu'elle ne peut être regardée ni comme dogme de foi ni comme règlement de discipline.

26 Juillet. — Négociants et armateurs. — Ce jour, il a été rendu un arrêt célèbre au conseil de Régence en faveur des armateurs et de tous les négociants du royaume, par lequel ils ont été reçus opposans à deux arrêts du Conseil des 19 et 20 août 1715, rendus sur la fin de la vie du Roi, qui imposoient des droits d'induit très-considérables sur tous les vaisseaux qui avoient été à la mer du Sud , et qui permettoient aux armateurs de faire contribuer tous ceux qui avoient intérêt à ces vaisseaux. Tous les négociants et intéressés ont été déchargés de ces droits. J'avois fait les règlements et mémoires dans cette affaire, qui intéressoit la plus grande partie des familles du royaume.

Sainl'Edme. — 27 Juillet. — Arrêt de la Tournelle qui a déchargé Marie Duchemiu, femme du sieur de Saint- Edme, d'une accusation de supposition d'enfant : l'affaire étoit difficile : il y a eu 8 voix pour l'admonester et 7 pour hors de cour. Les 7 l'ont emporté et ont passé in mi- Uorem. m. Chassepot deBeaumont, rapporteur, étoit d^avis de confirmer la sentence duChàtelet, qui prononçoit un bannissement de trois ans, 5,000 francs de dommages et intérêts et 50 francs d'amende. L'arrêt ordonne qu'il sera transcrit sur les registres de Saint-Sulpice à côté de l'extrait mortuaire d'un enfant qu'on avoit dit

î?22 MÉMOIRES DE MATHIEU MARAIS.

mort et qui étoit vivant. M. Begon, avocat, a écrit pour la Saint-Edme. Les causes d'appel sont imprimées.

Albéroni. — La nouvelle est venue que Fabbé Albéroni , qui est en Espagne , a été fait cardinal. C'est un homme d'intrigues, qui étoit autrefois dans la confidence de M. le duc de Vendôme, qui a fait le mariage de la reine d'Espagne d'à présent (la princesse de Parme), et celte reine a si bien fait qu'elle a eu un chapeau de cardinal pour lui. 11 a été aussi fait grand d'Espagne en même temps. Cette élévation est un grand exemple des jeux de la fortune.

tlolé, — On a plaidé aux requêtes du Palais une affaire fort singulière. Une femme se présente qui se dit être Thérèse Mole et être fille de M. Mole, conseiller de la grand' Chambre, et de sa femme avant d'être mariés : qu'ils ont caché cette faute : que depuis , elle a été élevée chez un chirurgien et ailleurs, avec si peu de soin, qu'elle a" eu deux enfants d'un nommé Danjou qu'elle a épousé, mais qu'elle a enfin appris le secret de sa naissance et qu'elle . a une lettre de M"* Mole où elle lui dit qu'elle pourroit bien êlre fille de M. Mole, capitaine aux gardes. Elle a fait plaider que M. le président Mole avoit fait mettre son fils à Saint-Lazare quand il sut l'amitié qu'il avoit poui* M"* de Luynes, qui a depuis été sa femme, et qu'il vouloit épouser malgré sa famille. M. Mole, qui n'est pas bien avec sa femme, convient qu'il a eu cette fille d'elle avant son mariage, et il dit qu'en conscience il est obligé de la reconrioitre. M"* Mole «dil que c'est une calomnie et . une injure. ïl y a d'eux une autre fille, connue déiH^' le monde sous le nom de M"** Mole, que M. le marquis de LenoncoUrt a recherchée en mariage, mais M. Mole 'à* dit qu'il ne la pouvôit marier comme fille unique et a empêché que le mariage ne se soit fait. Tout ce procédé est incompréhensible. Peut-on ainsi déshonorer sa femme, sa' famille, son nom? Et si cette fille est de lui, pourquoi l'avoir abandonnée, au point d'être devenue fille publique

et la femme d^un malheureux? M. Mole, garde des sceaux^ cet homme si vertueux, auroit-il jamais cru que ses petitsenfanls auroient un pareil procès?

31 Juillet. — Tallard. — M. le maréchal de Tallard a été nommé conseiller du conseil de Régence. 11 y a pris séance aujourd'hui à trois heures après-midi : on revient peu à peu au testament du Roi^ qui Tavoit nommé.

2 Août: — Le comte de la Marche-Coniy . — Ce jour M. le comte de la Marche-Conty, fils de M. le prince de Conty, est mort. C'était son fils unique. 11 étoit né le 28 mars 17i5 M"*^ la princesse de Conty est grosse et on attend qu^elle donne un prince pour remplacer celui-là, qui est le dernier prince de la maison royale.

6 Août. — Prince de Conty. — On a pris le deuil de M. le comte de la Marche, fils de M. le prince de Conty. Le Roi Ta pris lui-même et toute la cour, quoiqu'il n'eût pas encore trois ans et que ce ne soit l'usage de le prendre que pour les princes qui ont sept ans. Mais cet usage ^ introduit par le feu Roi , a été changé en cette occasion.

W^ LA DUCHESSE MÈRE (1). — Ou a fait uue chanson

Cl) Madame la duchesse de Bourbon, fort aimable, fort maligne, fort spiri- ^''^lle, fille de Louis XIY et de Mine de Montespan , eut pour amant, après ^^^Bsienrs autres, notamment le prince de Gonti, le séduisant Armand, com- Suon de débauche et d'opposition du duc d'Orléans, non le marquis, mais le de Lassay, non Torigiual, l'aventureux , le romanesque auleur du Rede différentes choses, mais )e (ils qu'il avait eu de Marianne Pajot, IMié* •^^^ne bourgeoise qui refusa d'être duchesse de Lorraine. Voir^ur Lassay la '4ice de M. P. Paris, 1848 et les Causeries du Lundi, et sur M>ne la duk^ssse les Souvenirs de Madame de Caylus, son amie intime, la Correspon ^<»Jîcc delà Princesse Palatine et Saint-Simon.

contre M'"*^ la Duchesse mère, qui a loué le pavillon de la Samaritaine pour se baigner.

CarilioDDez, nouvelle hôtesse :

Et vous, cédez à la princesse

Toutes les p de Paris.

Si jamais la Samaritaine Se contenta de cinq maris, Celle-ci les prend par centaine.

En beau bonnet de toile peinte Lassay près de sa belle Aminthe Passe de fort heureux moments.

Sur le Pont neuf cette princesse A, dit-on, pris un logement Très-convenable à Son Altesse.

BouRVALAis (1). : — L'arrêt de Bourvalais du 17 juillet 1717 a paru imprimé. II abandonne tous ses biens au Roi, de quelque nature qu'ils soient et puissent être , et en quelque lieux et endroits qu'ils soient situés^ et le Roi, de ces mêmes biens , lui en laisse pour 450,000 francs expliqués dans Tarrêt, entre autres la terre de la Frôlonnière, au pays du Maine, de 131,000 francs. On lui laisse aussi tous les meubles étant à Paris et dans les maisons de campagne, à l'exception de ceux qui '^ont à la terre de Champs et autres terres en Brie, au moyen de quoi le Roi le décharge de tous comptes rendus et à rendre et se charge de payer ses dettes, fait défenses à ses créanciers d'attenter à sa personne et biens et à ceux de sa femme, sauf aux créanciers, pour leur payement, à se pourvoir par devers Sa Majesté. L'arrêt ne leur laisse aucun fonds en terre ou maison que la terre de la Frêlonnière, ainsi les terres de Champs et autres y jointes en Brie, qui étoient de 40,000 francs de rente, la maison de Paris, place de

(1) Célèbre financier ou traitant, rudement épluchi; par la chambre de justice et Tun lies boucs expiatoires <ie la détresse des finances. Voir sur lui le^ Hécréations historiques de Dreux du Radier et le pamphlet intitulé Plnlon mattôtier.

AOUT i7i7. 225

Vendôme (1), et toutes les autres terres ou maisons sont demeurées au Roi. Et voilà à quoi ont abouti et l'accustition faite contre Bourvalais à la chambre de Justice, où il a été retenu prisonnier pendant plus d'un an avec une grande rigueur, et la taxe de k millions faite sur son bien. On a jugé que la fortune de ce partisan méritoit d'être retranchée comme un mauvais exemple dans l'État, et que c^étoit assez pour lui et sa femme que &'50,000 francs avec des meubles exemptés de toutes dettes, mais on n'a jamais pu lui faire son procès.

6 août. — Trésorier des bâtiments, Parlement. — Ce jour-là, les chambres assemblées, on a lu un édit portant création d'un trésorier général des bâtiments avec 20,000 fr. de gages et 200,000 fr. de taxations, et dont la finance doit être de 4.00,000 fr. La plupart de MxVf . des ^ enquêtes, et, entre autres, M. le président Gilbert, qui en a ouvert l'avis le premier, ont demandé qu'il soit nommé des commissaires pour examiner cet édit, parce que les gages, les taxations en excèdent la finance , que cette finance devroit être employée à payer les charges supprimées, qu'on voyoit beaucoup de suppressions et point de remboursement, que le public étoit intéressé en cela parce que les officiers que l'on supprimoit dévoient beaucoup et que les créanciers perdoient, ne sachant où se faire payer. Ha pa§sé, de 54 voix contre 21, que i'édit seroit examiné par des commissaires ; mais les commissaires n'ont point été nommés, et la cour s'est levée sans les nommer. M. le premier président étoit malade et n'y éimi pas. M. de Novion non plus. M. de Menars, ou plutôt M. de Lamoiguon , ont soutenu l'édit, mais le plus fort Ta emporté, et cette démarche des enquêtes est la suite de leurs résolutions, qu'ils avoient fait savoir àM. le premier président quelques jours auparavant. M. le

(1) Aiijouni'lini le Ministère lie la Justu'«. .

ducd'Antin, qui vouloit faire passer cet édit^ comme àurin- , tendant des bâtiments^ a rencontré des gens qui se sont souvenus de ce qui avoit été fait pour lui le 7 septembre 1716^ à loccasion de sa charge de surintendant^ dans deux différentes assemblées de Parlement, où Ton changea dans la dernière ce que la première ayoit réglé.

Le fils de M. de Harlay de Céli, âgé de dix huit ans, est mort de la petite vérole. Par cette mort, la famille de Harlay se trouve éteinte et réduite à M. de Céli*

9 août, — Le duc de Chartres. -*- M. le clac de Chartres a pris séance au Parlement comme prince di^ sang, lia eu quinze ans commencés le k du présent mois d'août 1717. On prétend que c'est une grâce, parcetju'il devroit avoir quinze ans accomplis : cependant le Roi est majeur à treize ans et un jour, et par l'arrêt de régence^ les princes du sang peuvent entrer au conseil de régence à vingt trois ans et un jour, et ainsi dans ces grandes matières on garde la règle annus inceptus pro completo habelur. Voyez le procès-verbal du Parlement du 2 septembre 1715, page 14 in-folio.

13 août. — Contrat de mariage signé entre M. Bernard de Rieux (1) et M^'^de Saint-Chamant.

PftiNCK deConty. — Madame la princesse de Conty est accouchée d'un prince à neuf heures et demie du matin. On l'appelle le comte de la Marche comme son frère, qui est mort le 2 août de ce mois.

15 août. — Procession. — La procession de Notre- Dame (1), où le Parlement assiste, s'est faite à lordii^aire. Hais comme il est d^ usage, quand le Roi est à Paris, qu-il

(1) Fils ^u célèbre financier Samuel Bernard.

2} La procession de YAssomption, instituée en France par la déclaration de Louis XIII (10 février t638), lorsqu'il fit hommage de sa couronne à la sainte Vierge. Celle déclaration fut confirinée par une autre de Louis XIV en 16&0, et une truidième de Louis XV en 1738.

y vienne en personne, M. le Régent a eu une lettre de cachet du Roi pour le représenter, et il y a assisté avec les timbales et les gardes du corps, et a eu tous les honneurs du Roi. Cette lettre est adressée au Parlement et au chapitre de Notre-Dame. L'année passée, il n'y vint pas; le premier président prétendoit représenter le Roi en son absence et pendant la minorité ; mais la lettre de cachet a levé toute la difficulté cette année. Elle porte que S. M. a eu grande envie de se trouver à la fameuse procession annuelle du 15 d'août pour montrer l'exemple à son peuple et pour satisfaire à ses devoirs envers la Sainte-Vierge, mais que comme on lui avoit représenté que Texcessive chaleur pouvoit altérer sa santé , elle s^étoit rendue aux pressantes sollicitations et avoit prié M. le duc d'Orléans d'assister à cette procession à sa place pourimplorer le secours du ciel sur son royaume, ordonnant qu'on .reçût S.A. R. comme elle-même.

16 août. — Religion P. R. — Arrêt du conseil de régence, qui a jugé que M. de laForest, venu d'Angleterre, et qui s'y étoit retiré pour fait de religion, quoiqu'avec permission du Roi, ne pouvoit rentrer dans ses biens et troubler les héritiers et possesseurs. Il avoit obtenu un brevet de M. le Régent pour y rentrer, auquel brevet les héritiers et possesseurs ont été reçus opposants." Cet arrêt est très-remarque, parce qu'il est important pour tous les religionnaires et ceux qui jouissent de leurs biens en France. Il y avoit difficulté sur ce qu'il y avoit eu permission du Roi, aux termes des articles 7 et 8 de l'édit de 1689, et de l'arrêt du 2 août 170i. P. 425 et 534 du Recueil de la R. p. R.; mais il y avoit eu depuis des permissions de revenir, à la charge de se faire catholiques auxquelles M. de la Forest n'auroit pas satisfait, et l'édit de 1689 ne donne les biens des absents avec permission après leur mort qu'à leurs héritiers étant en France t

!?28 MKMOIRES DR MATHtEII MARAIS.

20 août.— Changements DE qualités dans les édits. — On a enregistré en ce JQur plusieurs édits et déclarations et entre autres une déclaration du 31 juillet pour le payement exact des gages du Parlement, Chambre des Comptes, Grand Conseil et Cour des Aydes, sur les greniers à sel : et dans cette déclaration, à cause de l'édit des princes registre le 6 juillet , on a commencé émettre les qualités des princes en cette sorte : « de Tavis de notre très-aimé oncle le duc d'Orléans, petit-fils de France^ Régent ; de notre très-cher et très-aimé cousin le duc de Bourbon, de notre très- cher et très-aimé cousin le prince de Coui^ ^ princes de notre sang ; de notre très-cher et très-aimé oux^le le duc du Maine; de. notre très-cher et très-aimé oncle le comte de Toulouse, princes légitimés et autres pairs de France , grands et notables personnages de notre royaume. »

Grand Conseil, Noblesse. — Un édit qui donne la nor blesse au Grand Conseil et l'exemption des droits seigneuriaux en vendant et en achetant dans le domaine du Roi. Il est du mois d'août : les qualités des princes y sont aussi nouvelles.

Congés, Graveurs.. — Et un édit qui ordonne peine des galères perpétuelles contre les- graveurs et imprimeurs qui graveront des formules et cartouches pareils à c^x que le Roi a fait graver pour les congés militaires. C'est un nouveau genre de crime que les soldats commeltoient pour falsifier des congés. Dans cet édit, quoiqu'il soit du mois d'août, les qualités des princes sont comme anciennement. 11 faut que ce soit une erreur.

Vassaux du Roi. — Hommages. — Le Roi, par un arrêt du 26 juillet 1716, a sursis les foi et hommages de ses vassaux à lui dus à cause de l'avénement à la couronne jusqu'au 1" janvier 1717. Depuis S. M. a donné des ordres dans les bureaux des finances pour surseoir encore jusqu'à ce que S. M, eût fait

dresser un règlement au Conseil pour concilier les différentes coutumes, peu conformes les unes aux autres sur cette matière. Le bureau de Tours n'a pas déféré à cet ordre, et a ordonné la saisie féodale. Par arrêt du conseil du 21 août, l'ordonnance a été cassée, défenses d'en donner de semblables à peine d'interdiction; et la surséance continuée jusqu'au l*"" janvier 1718. Le dessein de concilier les coutumes sur les matières féodales a été tenté et jusqu'à présent n'a point réussi. C'éloit le projet de M. le premier président de Lamoignon dans ses arrélés.

17 août. — Cardinal de Bissy. — - M. le cardinal de Bissy ayant écrit aux évèques de France de son chef sur l'addition des mots sans nécessité dans' la lettre de M. le Régent, comme faite sans son ordre et contre son intention, M. le Régent a écrit une lettre contraire le 17 août à tous les évèques, par laquelle il marque que ces mots ont été ajoutés, avec mûre délibération et non contre son intention; qu'il est persuadé qu'ils n'ajouteront point de foi à ce que d'autres ont écrit ou pourroient écrire; qu'ils ne publieront point de mandements, et il leur dit : SHl vous survient quelque difficulté dans la suite de cette affaire, ne vous adressez, s'il vous plaît, qu'à moi pour savoir mes intentions. C'est pour détruire ce qu'avoit mandé le cardinal de Bissy aux évèques de s'adresser à lui. Voilà un démenti donné par M. le Régent au ca,rdinal. Les lettres de part et d'autre ont été imprimées et sont curieuses pour l'histoire de la constitution.

Heuze — CoNTi. — 11 y a eu une grande brouillerie à l'hôtel de Conti. M. et M'"® de Meuze, l'un premier écuyer, l'autre dame d'honneur de M'"® la princesse de Conti, ont été chassés. M""" de Meuze a dit beaucoup de "choses injurieuses de M. le prince de Conti, et, entre autres, qu'elle se battroit avec lui l'épée à la main si elle étoit homme et; qu'elle le feroit fuir : et il lui a répondu que ce n'étoit pas là les armes qu'il lui falloil mais un bon Mireba-

lais (1). Enfin le mari et sa femme ont quitté cette coûr^ qui est fort orageuse.

27 août. — Bataille de Belgrade. — On a reçu la nouvelle d'une grande bataille, gagnée par M. le prince Eugène sur les Turcs. Il est sorti de ses retranchements le 16 août au grand malin ^ sur les trois heures^ à la faveur d^m brouillard ; il a surpris les Turcs dans leur camp. Tout a été renversé et mis en fuite , et les Allemands ont pris tous les bagages, toute Tarlillerie , le canon, les munitions, les tentes, etc. C'est une déroute générale, d'autant plus étonnante que le prince Eugène éloit trèspressé : il revient pour prendre Belgrade , après avoir gagné cette bataille. On a appris cette nouvelle par un courrier de l'électeur de Bavière, qu'il a envoyé à M"™* la Duchesse, pour lui donner des nouvelles de M. le comte de Charolais, son fils, qui est dans l'armée de Hongrie.

28 aoûL — Belgrade pris. — On a reçu la nouvelle de la prise de Belgrade, qui s'est rendue par capitulation, le lendemain de la bataille, avant que les tranchées aient été ouvertes. M. d'Estrade, lieutenant général des armées du roi, qui avoit accompagné le prince de Dombes en Hongrie, a eu la jambe emportée d'un boulet de canon et en est mort depuis. M. de Vilette est mort (2).

28 août. — Édit du dixième et autres. — Matières des remontrances DU Parlement. — Ce jour, le Parle ment s'est assemblé au sujet d'un fameux édit qui lui a été envoyé pour la suppression du dixième, contenant plusieurs articles, et entre autres l'abolition de tous les francs-

(1) Les Mémoires et les chansonniers du temps sont pleins de détails curieux sur les scandales domestiques de la maison de Conti et les démêlés Iragicomiques des deux époux mal assortis. (Voir h'Correspondance de Madame^ les Mémoires de Mawvpas, Saint Simon, t. VIII, 388.)

(2) Fils de Mme de Vilette, qui épousa depuis Bolingbrocke. Voir sur celte dame et la mort de son fils racontée par J. B. Rousseau, le livre si intéressant de M. Honoré Bonhomme : Madame de Maintenon et sa famille. Didier, 1863.

AOUT i7i7. 231

salés (1) et des autres exemptions^ le* renouvellement des boues et lanternes^ et un arrangement pour les billets d'État et ceux des receveurs généraux, rétablissement d'une compagnie au Hississipi, une loterie et rentes viagères au denier seize et d'autres suppressions^ diminutionsde pension, etc.' 11 y a eu cinquante voixpournpmmer des commissaires, mais il y en a eu 125 pour rejeter Tédit, faire des représentations et demander communication des états des revenus du roi, de sa dépense et deTefliploi qui en a été fait depuis la régence (2). C'est H,^ Je président Lambert qui a ouvert cet avis. Les députés ont été nommés, et M, le premier président à la tête ayant rendu compte à M. le Régent et fait des représentationsy M. le Régent les a très-mal reçus, et a dit que c'étoit une cabale et un attentat à Tautorilé du roi, qu'il étoit le dépositaire de cette autorité , qu'il ne la laisseroit point avilir tant qu'elle seroit entre ses mains, et que le Parlement avoit excédé son pouvoir en voulant connoltre des affaires de l'État.

30 aoûL — M, le Premier Président (le lundi 30 août

«au nmtin}; ayant de nouveau assemblé le Parlement et

r*eqdu compte de la réponse de M. le Régent, qu'il dit

st^oir entendue avec une grande douleur, et qu'il rappor-

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