oit à la compagnie avec une douleur non moins grande
lusieurs de ces messieurs se sont récriés sur les termes
« cabale et d*aUenlat; mais d'autres les ont calmés, et
^dfin, après bien dés contestations où il s'est dit bien des
crlio^ hardies sur l'état présent des affaires , il a été ar-
Fâtéque Ton nommeroit des commissaires pour examiner
X'édit en partiéulier, sans préjudice à faire des remon-
(O Disfribntion de sel qui se faisait gratuitein(*nt à certaines personnes. C*éta/t un privilège et une exemption dMmpôts accordée surtout aux principaux ^g'sirals.
(2> Oa Toit jtisqa'où le Parlement poussait Pabus du droit de remoutrances. *^^ ^Uiis-gâiéraux n'eussent pas osé autant.
232 MÉMOIKtS DK MATHIEU MARAIS.
trances sur leur fapport, et qu'ils pourroient demander communication des pièces qu'ils jugeroient à propos.
Les commissaires ont été nommés^ et ont travaillé pendant toute la semaine: il leur a été donné quelques éclaircissements de la part de la Régence.
ï septembre. — Le samedi k septembre, le Parlement s'est assemblé, et les commissaires ayant fait leur rapport, on a délibéré sur les différents articles de Tédit. Le 1**", qui est la suppression du dixième, a passé, et on a aussi passé celui qui supprime le franc salé sans même que Ton y ait opiné, parce que Ton faisait reproche dans le public au Parlement que cette suppression du franc-salé les avoit animés contre l'édit. On a dit en raillant que le Parlement étoit nn dessalé; les pensions réduites et le cinquième diminué hors celles des militaires, et ainsi de quelciues autres articles qui vont à la décharge du public, qui ont été passés ; mais à l'égard des billets d'État, billets des receveurs généraux, compagnie du Hisslssipi, loterie et rentes viagères, sur lesquels il a été fait des règlements qui n'ont pas paru solides pour le payement desdits billets, à la pluralité des voix , il a été sursis à l'enregistrement si faire se doit. 11 a aussi été sursis à l'article du rétablissement des boues et lanternes , comme ayant été rachetés par tous les bourgeois de Paris. Sur l'article du dixième , il a été réglé qu'il ne pourra être retenu par aucun corps ou communauté séculière ou régulière sous quelque prétexte que ce soit. Et sur l'extinction du franc salé, que le roi sera prié d'avoir égard aux mendiants et hôpitaux. Ainsi le Parlement a partagé l'édit et en a passé quelques articles sans vouloir passer les autres, quoiqu'ils parussent tous être liés et avoir un objet général et indivisible : qui est qu'en supprimant le dixième,
SKPTKMBRE 1717. 133
il/aut que le roi diminue des dépenses et trouve d'autres
fonds pour acquitter ses dettes. On a prétendu^ que les
expédients pour les acquitter n'étoient point sûrs : mais
, d'un autre côté le dixième seroit en risque de subsister.
Au sujet des pensions, le premier président de Blamont,
qui s'est distingué dans toute cette affaire par ses discours
libres et populaires (1), a dit qu'il y avoit; une dame à la
Cour qui avoit plus de pension que tout le Parlement et
a nommé M"* la duchesse du Lude. Il a dit aussi avoir
appris qu'on avoit donné depuis peu 4,000 fr. de pension
aux Comédiens Italiens.
M. le Régent ayant appris ce qui s'est passé au Parle-
rment Ta mandé pour le dimanche 8 septembre. C'est
"^. deGiac qui a été chez M. le premier président, et il a
fiait avertir les 14 commissaires de se trouver à dix heures
t demie.au Palais Royal le 5. Ils ont été au Palais-Royal
il tous les 14 commissaires se sont trouvés. Ilsont été as-
5sis. L'affaire s'est expliquée. M. le Régent leur a dit de lui
**ournir des expédients s'ils en avoient d'autres, et faire
'^V'aloir la suppression du dixième. Mais M. le Nain ,
^oyen du Parlement, a dit que ce n'étoit pas une grâce
^ele supprimer, mais une justice, et l'a dit jusqu'à trois
X'ois Le parlement a promis de se rassembler le lende-
xnain pour travailler sur les articles tenus en surséance.
Il faut remarquer que dans l'assemblée du Palais-Royal,
M. le Régent était au bout du bureau, M. le Chancelier
à sa droite, et il fit mettre M. le premier président à sa
(1) Le président de Blamont était un faux tribun, bientôt secrètement vendu au R(^ent et pensionné après ^voir tant crié contre les pensions. Digne aco« lyteduprésidentde Mesmes. L'opposilion du Parlement, on ne l'a pas assez dit, ne fut souvent qu'une comédie d'indépendance. C^est pour cela qu^eile finit par le ridicule, comme toute opposition qui n'est pas désintéressée. Le Parlement ne fai^ait de remontrances que contre les abus dont il ne profitait pas. Il y a eu des exceptions honorables, presque sublimes, dans certains hommes et en certains cas. Mais le plus souvent ce corps, comme tous ceux qui dévient de leur institution, surtout pour devenir politiques^ quand ils ne le sont pus léjjitiuïemenl , manqua de prévoyance, d^mion et de dignité. .
gauche et les ik commissaires autour du bureau^ à l'autre bout duquel étoit une table où étoit M. le duc de Noailles avec beaucoup de registres et de comptes et de papiers* M. le Régent parla avec beaucoup de grâce et de politesse au Parlement (1) , dit qu'il leur donneroit tant d'éclaircissements qu'ils voudroient, qu'il avoit fait de son mieux, qu'il falloit savoir l'état des affaires dit roi à sa mort pour bien parler de cet édit, que le roi dépensoit dans les dernières années 96 millions de plus qu'il n'avoit de revenu; qu'il y avoit, outre les dettes ordinaires, 750 millions de dettes criardes, et que M. le duc de Noailles leur expliqueroient ce détail : ce que M. de Noailles fit avec tout l'esprit et toute la précision possible, justifiant par pièces tout ce qu'il disoit. On parla des di ffé;*enls articles de Tédit, surtout des boues et lanternes, billets de rÉtat, ceux des receveurs généraux : les boues et lanternes paraissoient lin petit objet au Parlement pour vouloir fâcher tout Faris; mais M. de Noailles répondit que ce n'étoit qu'en grapillant de côté et d'autres qu'il pouvoit se sauver : que pour les billets de l'État, on n'était point du tout en état de les payer; qu'il ne falloit pas croire que l'on en eût fait plus que les 250 millions et qu il falloit s'en rapporter à M. Bignon et âM. Trudaine, l'un ancien, l'autre nouveau prévôt des marchands, qui n'étoient point capables de prévariquer et qui ne risqueroient pas de porter leurs tèles sur un échafaud. M. le Régent dit en commençant â M. le premier président à demi bas : « Monsieur, j'ai à me plaindre de vous, vous avez rendu un peu trop exactement mes paroles à ces Messieurs; vous m'avez brouillé avec eux. Je n'ai point prétendu les offenser, et si vous croyez; que je doive faire encore quelque chose pour les en persuader, je le ferai.,. » M. le premier président dit qu'aussi les paroles avoient
(1) Il se sentait encore obligé de le ménager.
^é bien dure», et qu'il n'avoit pu s'empêcher de les rapporter. M. le Régent lui dit : « Il faut faire une compensation , car vous m'êtes aussi venu demander bien durexuent la communication des papiers de . l'État, et cela jm'avoit fâché. » Ce fut un combatd'honnêtetés et de civilités dont le Parlement fut très-satisfait. 11 se passa encore ^in autre fait : M^ le premier président avoit dit au com^ iuiencement que le Parlement avoit appris qu'un homme «constitué dans une grande dignité avoit dit publiquement cjue les difficultés sur Tédit ne venoient de ce qu'on avoit ^té au Parlement son franc-salé, et que c'étoit là une injure pour tout le corps. En sortant, M. le premier prétsideiit, s'adressact à H. le duc de Noailles, lui dit : « C'est ilevouSf Monsieur, dont j'ai entendu parler ; vous avez dit celaà votre audience. » H. le duc de Noailles dit : « On me fait tenir tant de mauvais discours qu'on peut bien encore m'avoir fait tenir celui-là. » On se sépara enfin, fort content les uns des autres, et il se trouve que le Parlement eut communication des affaires dé l'État, quoique l'on soutint qu'il n'a pas le pouvoir d'en connoltre.
Le lundi, 6 septembre. — Dès six heures du matin, les chambres se sont assemblées, et ont employé toute la matinée à examiner les articles sursis : tous les débouchements des billets de l'État, le Hississipi , la loterie, les rentes au denier seize, Taliénation des petits domaines ontété approuvés. Mais il a passé de 81 voix contre 73 à faire des remontrances au roi, sur ce quel'édit fait cesser les intérêts des billets d'État au 1" janvier 1718 et poiir demander que ces intérêts soient continués jusqu'à remploi dans les débouchements. On a remis à l'aprèsdlnée pour examiner les autres articles.
JUardiy 7 septembre. — Le 6 septembre de relevée, on s'est rassemblé jusqu'à 7 heui*es du soir, sur l'article des bo\ieset lanternes. Il a été arrêté que remontrances seront faites au roi pour empêcher qu'il n'en soit fait un
236 MÉMOIRKS DE MAJHIEU WARAÏS.
nouvel établissement à la charge des bourgeois de Paris, attendu le rachat. Et sur ce qui regarde les billets des receveurs généraux des finances, après de longues contestations, il a été aussi arrêté que remontrances seront faites au i'oi, qui veut se charger de ces billets^ de ne point ôter aux porteurs le débiteur qui a signé , et de laisser ces billets comme dettes contractées en particulier. Il y en a encore pour plus de 50 millions. Dans tout cela, M. le premier président s'est comporté avec toute la dignité, la noblesse, l'esprit, l'amour et rattachement pour la compagnie que l'on peut désirer. Et le Parlement, que d'abord Paris avoit voulu condamner, y a acquis une gloire inestimable par sa fermeté et son attachement au bien public et à la patrie. On a envoyé quérir MM. les gens du roi pour leur dire de prendre, dès le même jour, l'heure de M. le Régent, pour aller demain faire les remontrances au Roi au Louvre, attendu que le Parlement finit. Us y ont été.
Mercredi 7. — Le 7 septembre, les remontrances n'ont point été faites. Le jour a été remis par le Roi au jeudi 9 et on a envoyé une déclaration pour proroger le Parlement jusqu'au 14 septembre pour les affaires publiques seulement.
Jeudiy 9 septembre. — Le Parlement a été au Louvre par députation faire les remontrances : M. le premier président a fait un discours très-long et très- bien digéré et qui a été admiré de tout le monde. Il lui a été répondu que le Roi répondroit incessamment aux remontrances. Il est à remarquer qu'il les a lues.
Vendrediy 10 septembre,' — Le lendemain, 10 septembre, le Parlement s'est assemblé. Le premier président a lu ses remontrances, qui ont été tro'uvées si belles, qu'elles ont été mises dans les registres. Et MM. les gens du Roi sont entrés, qui ont apporté une déclaration du roi du 9 septembre 1717, par laquelle le Roi dit qu'ayant fait examiner en son conseil les très-humbles remontrances
SEPTRiVIBRE 17 i7. 237
qile le Parlement lui^a faites sur trois articles, il ordonne qu'il sera sursis à l'article 6 de l'édit pour les boues et lanternes, que l'intérêt des billets de l'État sera payé même par delà le l'-*" janvier 1718 sur le pied de quatre pour cent, jusqu'à ce qu'il soit autrement ordonné, et que les porteurs des billets des receveurs généraux, qui ne voudraient pas faire les conversions réglées par l'édit, seront payés des intérêts par les receveurs généraux qui les ont signés à raison de quatre pour cent à commencer au 1*' juillet 1717. Ainsi le Parlement a obtenu tout ce qu'il demandoit sur les trois articles , et même la communication des affaires de l'État dans la conférence du 5 septembre. Le Parlement a ensuite été congédié pour ses vacances, et M. le premier président a eu la joie de voir en ce même jour presque tout le Parlement lui faire compliment chez lui.
Le lundi 13 septembre au soir, on a publié Fédit et la déclaration imprimés, et tous les autres édits concernant l'établissement de la compagnie d'Occident, qui est le nom qu'on lui a donné, les rentes viagères, la loterie, et l'aliénation des petits domaines. Le grand édita été enregistré le 4 aux Clauses et conditions portées en l'arrêt de ce jour. Les autres édits ont été enregistrés le 6 parement et simplement, sinon qu'en celui de la compagnie d*Occidenl il est arrêté que les statuts de la compagnie seront confirmés par lettres et patentes registrées en la cour. Et la déclaration donnée sur les remontrances a été enregistrée le 10 septembre. Tels'sont l'origine, le progrès et la fin de celte grande affaire, où le public se trouve déchargé du dixième et soulagé d'une grande imposition.
10 Septembre 1717. — Mole. — M. Mole, conseiller de la grand'chambre, a perdu sa cause qu il soutenoit contre sa femme aux requêtes du Palais, pour cette fille qu'il avoit et que sa femme désavouoit. Il lui a été seulement donné acte de ce qu'il a déclaré que c'étoit sa fille, et à
VtS MÉMOIRES DE MATHIEU MARAIS.
regard de cette fille et de son mari y ils ont été déboutés de la demande que la fille faisoit pour être déclarée lé-^ gitime. Ainsi il reste ^ de tout ce procès, à H. Holé une bàlarde.
M. Rouillé de Meslay(I). •«— Le testament de M. Rouillé de Meslay, qui étoit contesté par son fils contre T Académie des sciences, a été confirmé parsentence des requêtes du Palais à la première du 10 septembre. Le legs à rAcadémie est de 5,000 francs de rentes sur la ville , à distri^ buer en deux prix pour ceux qui travailleront le mieux sur des sujets de physique qu'il propose : Ce qui contient et soutient les planètes, le fonds premier de leur formation, les principes de la lumière et du mouvement, les longi* tudeSy les latitudes, le niveau des eaux, etc. On prélendoit qu'il y avoit de la bizarrerie dans l'esprit du testateur qui fait des legs à des paysans et domestiques, à condition de ne manger ni chair ni poisson, et que les sujâts proposés pour les prix sont ou extravagants ou impossibles, ou inutiles ou épuisés. Le testament a été imprimé
(i> Rouillé de Meslay, mort en 1715 conseiller honoraire au parlement de Paris, fut le premier bienfaiteur de T Académie des sciences, et donna le premier Teveiiiple que devaient suivre Monligny, Lalaude et Moulyon. Il avait légué un capital de 125,000 livres, pour en employer le revenu à récompenser les savants qui s'occuperaient de la quadrature du cercle et d'autres découvertes sur les ntalliématiques. Son héritier attaqua cette disposition, comme renfermant une clause inexécutable, attendu que la quadrature du cercle était une chiutère. Cependant 1* Académie obtint en 1717 renvoie» possession du legs, ,qui loi fut coufirmé \mh' arrêt de 1^ Grand Chambre du 30 août 1718, rendu sur les conclusions de M. Lamoignon de Blancmesnil, avocat général. L*A* caflémie, une fois investie, s'associa aux allégations des héritiers déboutés, et inierprélant les intentions du testateur, qui étalent surtout de favoriser Tessor sciculifique, déclara à diverses reprises, et encore le 1 1 avril 1797, qu'elle écar terail dM concours tout Mémoire traitant de Id quadrature du cercle ou de tout autre paradoxe mathématique, tel que la trisection de l'angle. Ce qui n'a pas empêché et n'enq>êche point encore tous les jours des chercheurs opini&tres de 1 importuner de leurs découvertes à cet égard. — Rouillé de Meslay n^a pas même un Éloge dans le volumineux Recueil de TAcadémie. Sic vos non vobis. Son Testament ne se trouve point dans le Recueil de Peignot, où il en manque bien d'autres.
SEPTEIVÎBRE 1717. Î39
avec des remarques curieuses. La cause plaidée solennellementy la délivrance du legs a été faite à l'Académie. Le testateur n'a qu'un fils, qui a beaucoup de biens, et il n'a disposé que des épargnes de son superflu. La sentence a depuis été confirmée par arrêt du 30 août 1718.