‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 18 sur 37 · SUPPLÉMENT A LA GAZETTE PAR LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT A LA GAZETTE PAR LES JÉSUITES

. ;1* On a suivi en tout le projet du cardinal de la Tré- XQQuille^ qui^ un peu avant sa mort, avoit dressé un. mandement pour son diocèse , quoique la bulle y fût déjà reçue, afin que le cardinal de Noailles se réglât comme lui pour la recevoir. , . .

2^ Le pardinal reçoit puren^ent et simplentent à l'exemple des quara.nte prélats.. Il ne fait aucune mention de la rétractation de soq appel. On a cru devoir lui passer cet article qu'il demandoit avec instance pour mettre son boQQeur à couvert. ,

. 3° Pour éviter Içs suites f&cheuses que la non-rétractation pouvoit causer dans les siècles futurs, S. A. R. fera unéditoû Usera marqué qu'à la requête des évèques de France, le Roi déclare que Tappel au futur concile de la buUe {fmjjfamtus.est nul et abusif,, et que la Constitution fait règle de foi dans le royaume. Cet édit sera enregistré dans tous l^s Parlepients et envoyé dans toutes les universités pour y être reçu.

4® Le cardinal de Rohan s'éloit engagé que tous les évêques de son parti signeroient la paix. Le cardinal de Noailles avoit fait de même pour ceux du sien.

Cependant le premier n'a pu réduire MM. de Chartres; Nîmes, Saint-Flour et Dol à moins qu'il y ait une rétractation formelle. Le deuxième n'a pu répondre des quatre évé^ues premiers appelans.

5^ Le duc Régent a signé cette paix, et les cardinaux se sont embrassés mutuellement,

La Sorbonne a déjà reçu ordre de biffer de ses registres tout ce qui y étoit inséré contre la Constitution depuis la mort de Louis XIV, de même que d'admettre auv assemblées ceux qu'elle en avoit exclus pour ce sujet.

Gazette du 19 avril 1720. — Paris, 12 avril. — Ces jours passés, M. Tofficial tint le synode des curés de cette ville suivant la coutume; il leur a dit que tant que S. E. n'avoit point vu la vérité à couvert dans les propositions d'accommodement qu'on lui avoit jusqu'ici présentées, elle s' étoit exposée aux extrémités les plus fâcheuses et que maintenant qu'elle les avait mise, elle songeoit à procurer la paix de l'Église. Pendant ce discours on garda un profond silence, et on remarqua qu'aucun des curés ne monta à l'audience de S, E. pour la saluer Qomme il s'est pratiqué en de pareilles rencontres.

Le 11, on leur envoya chercher quelques docteurs pour leur parler au sujet du renouvellement de leur appel. Ils répondirent avec fermeté et sagesse. On a lu à MM. de Montpellier et Boulogne le Corps de doctrine. Ils n'en sont pas contents. Les chanoines de Chàlons-sur-Marne ont écrit une lettre à leur prélat qui est en cette ville , au sujet de l'accommodement. Cette lettre est signée de tout le chapitre. Ils y rappellent une lettre que M. de Chàlons leur écrivit au sujet de leur appel et qui est inscrite dans leurs registres.

Ce prélat leur marquait dans cette lettre :•« qu'il n'en est pas de même dfes corps comme des particuliers, fussent-ils

AVRIL iTSJO. 245

^ véques; que tout ce que font ces derniers disparoit auvent avec eux, au lieu que ce que font les corps a une pèce d'immortalité. Qu'ainsi après qu'il sera entré dans S3, voie de toute chair, ils subsisteront encore pour souteir le parti qu'ils ont pris avec tant de sagesse. » Les chaoines témoignent à leur prélat qu'ils sont dans ces disositipns qu'il leur marque.

Marseille. — On mande de Provence que la lettre u cardinal de Noailles à ses curés a surpris l'évèque e Marseille et plusieurs autres qui croyoient que le cardinal de Noailles recevoit la Constitution purement et simplement avec le Corps de doctrine, ce que sa lettre cîontrèdit.

Lilky i k avril. — Les disciples et partisans de Noailles, depuis l'accommodement du cardinal de Noailles, font plus de désordres et témoignent plus de fureur que jamais contreceuxqui ne veulent pas recevoir la Constitution. On en est venu jusqu'à briser les portes, jeter les meubles par lesfenêlres et piller la maison d'une dévote nommée Hélène de Courcelles, parce qu'une fille étoit morte dans sa maison sans avoir déclaré qu'elle recevoit la Constitution comme règle de foi. On en a porté des plaintes à M. le prince de- Tingry : il y a envoyé la maréchaussée pour informer et se saisir des plus mutins. On en a amené une vingtaine dont quelques-uns ont été interrogés hier, et sur leur déposition, la maréchaussée y a retourné aujourd'hui pour se saisir d'autres si on les trouve. U y a un ordre au magistrat du lieu de faire remettre la maison de la dévote de Courcelles dans l'état où elle étoit et de la dédommager de tout ce qu'elle a perdu. On y doit publier de la part du prince de Tingry une défense de parler de la Constitution, à peine de punition corporelle. On croît que c'est l'unique moyen pour maintenir la tranquillité. ^ .

LETTRE

DE MMif'^ DE MONTPELLIER ET DE BOULOGNE A M. LE C. DE 190AHXE9.

12 mars 4720.

Nous avons longtemps entendu parler d'un projet d^accommodement avec lesévéques qui ont reçu la bulle Unigenttus^ et ceux qtii en . ont appelé au futur concile général, à la tête desquels est V. E. Mais nous ne croyions pas devoir ajouter aucune. foi à ce bruit, parée que nous jugions qu'il convenoit peu aux précédentes demandes de V. E, et parce que M. de Châlons dit, il n*y a pas longtemps, à un de nous que BOUS ne devions pas être alarmés.

Mais présentement , nous ne pouvons plus douter de ce que le ptrblic nous apprend. Comme nous savons quMl n*6st pas encore signé, nous avons cru devoir représentera Y. Ç. le ipal. qu'il nousparott que l'Église souffre du triomphe que vous accordez à ceux contre qui vous 9vez jusqu'ici soutenu la vérité avec tant de force et de courage.

Vous n'avez pas oublié, Monseigneur, combien les fidèles furent alarmés de la Constitution aussitôt qu'elle parut, et combien vous \t fûtes vous-même.

C'est ce qui vous obligea, avec plusieurs autres évéques, à vous op« poser à son acceptation dans l'assemblée de 1713 et 1714. Cest ce qui qui vous a fait appeler au concile général, et c'est pour empêcher les suites fâcheuses que vous avez donné vos instructions au peuple que la divine Providence vous a confié, afin de justifier votre conduite et de faire voir les justes raisons que vous aviez de ne pas recevoir un décret qui vous paraissoit # dangereux et que vous jugiez si contraire au dogme, à la moraleife l'Évangile, étala discipline dé l'Église. Cependant, malgré toutes ces raisons qui nous rassuroient contre tout ce que nous entendions dire , nous apprenous que V. £. est prête de recevoireetté Constitution, à la faveur d'un Corps de doctrine qui va parottre' et qui sera peut-être plus tôt piublié que cette lettre ne vous sera rendue.

Nous apprenons que vous avez jugé cette grande et importante affaire sans notre avis et consentement, et sans nous en avoir rien comr munîqué, quoique nous soyons du nombre des juges naturels |à qui il appartient d'en connoltre.

On se plaint avec justice de ce que le Pape avoit entrepris ide juger le p. Quesnel sans l'entendre ; ne seroit-ce pas un aussi grand grief d'alléguer pour la défense dece prêtre contre le jugement que vous allez rendre contre sa mémoire , que de l'avoir jugé avec quelques juges choisis, qui ont paru Wf> plus disposés à confirmer sa condamnation et

il'eii aVoir exclu ceux qu'on craignoit qui ne lui fussent plus favorables.

.Vous voulez donner un Corps de doctrine comme contenant la seule tstoçirime de toute TÉglise de France, sans que plusieurs évoques dé cette même Église en ayenteu aucune connoissance, et faire recevoir eoname règle de foi une bulle dont une partie de cette même Église Avec plusieurs évéques et V. E. même ont porté leurs plaintes à ^ I^JKgUse universeUe.

Nous né croyons pas, Monseigneur, que pendant que TÉglise est saisie de cette affaire^ vous ayez pu la juger avec quelques évéques 4D]i^*W^ aucune autorité sur leurs confrères, qui leur sont égaux en ttQUtji Ol sur qui, 4aQS la circonstance de- Tappel au concile général, le oopQÎle national n'en auroit point.

■ PèMt'<>n faire une plus grande plaie à nos libertés que de douter que l'happe! au concile ne soit une règle canonique dans des matières im- .p4|rt9iB^Pi£t n'est-ce pas décider, que ce n'en est point une que de pfs^i^ak le jugement de l'Église univei^lle> en recevant, comme vous faîtes avant sa décision , cette bulle que vous et nous, par nos actes d^uppfA^t tpus les Parlements du royaiime par Içurs arrêts, ont reoonnue n'être point lei de l'Église ? ,

;y. >'^€ftrp^de doctrine ne peut avoir d'autorité qu'autant qu'il sera 3HV^M de tom les évéques. Et comment peut^il l'être de tous s'il n'a pas été.fijQ^smuniqué à /ou«, et si ceux qui l'ont vu n'ont pas eu le f^iapg 4ff l'examiner avant que de le recevoir? Il étoit impossible d'en jmJ^ vainement sur une simple lecture;, pendant Laquelle l'esprit peut ^^fOTft^l^urné par les distractions que la fatigue d'une longue attention tfT^use ordinairement.

jGeux qui, comme Yious, ne l'ont point vu, auront de la peine à croire

^u'étap^ au goût des molinistes, il soit exact , qu'il ne renferme quel-

il^çia^eireure , ou qu'il ne cache quelque vérité que les théologiens

4^u4 cnt été chargés de le dresser ayent déguisée ou ayeïit craint

^^^^M^oser ouvertement» de peur de blesser la délicatesse de ceux dont

^v^^ afvoôr l'approbation.

néanmoins, contre toute apparencci il est aussi bon et aussi exact peut le désirer, pourquoi l'avoir caché si longtemps comme un de ténèbres, qu'on appréhendoit d'exposer à un trop grand J^^'-Hr',de peur d'en faire apercevoir les défauts?

^fi'liiis Ji'étions pasr moins intéressés dans cette affaire que tout le du eorps épiscopal, et nous aurions un juste sujet de nous plain- ^.mépris qu'on a fait de nous en ne nous en donnant aucune ice. Mais nous protestons devant Dieu, avec toute la sincé- «I la bopne foi convenable, à notre caractères que nous somtnes tÔQcbés4e l'injure que l'on fait à nos personnes que de «elle

qui est faite à l'Ëglise dont on a méprisé les usages et les règles «n cette occasiou.

Suivant ces saintes règles, nous devions étre*appelés pour juger avec les autres évéques. Et ainsi tout ce qui s*est fait sans notre partîdpadon et sans avoir été communiqué doit être censé nul de plein droit.

Nous ne voyons pas que TÉglise en ait jamais usé de cette sorte. Vous-même, Monseigneur, pendant la vie du feu Roi, ne croyiez pas devoii' non-seulement traiter , mais même écouter aucun accommodement que de concert avec nous. Vous Pavez déclaré de vive voix et par écrit.

Permettez-nous de vous demander ce qui est arrivé depuis ce temps-là qui vous ait fait croire que ces mêmes évêqnes, qui jusqu'ici vous ont toujours été unis parfaitement par les liens de la charité , par l'attachement le plus intime, par leur opposition à la mauvaise doctrine de la Bulle, parles mauvais traitements qulls ont soufferts avec vous, que ces évéques, dis-je, se soient rendus indignes *de votre confiance et d'entrer en connoissance d'une affaire dont ils dévoient être juges et à laquelle ils ont tant d'intérêts.

Il est vrai qu'à présent que toutes choses sont conclues on nous offre de nous faire voir ce Corps de doctrine.

Vous voulez bien , Monseigneur, que nous vous disions que nous regardons cette démarche comme peu sérieuse et peu convenable à la dignité épiscopale et à la dignité de la matière dont il s'agit.

Ce qui nous afflige infiniment, avec tout ce qu'il y a de plus gens de bien et de plus éclairés dans votre diocèse et dans tout le royaume, et qui ont le plus mérité votre estime, c'est de savoir que ce Corps de doctrine n'est que recevoir la Bulle.

Vous l'avez reconnue mauvaise par votre appel et par votre instruction pastorale. Est-elle devenue meilleure par la suite du tem^MS? Peutelle le devenir par le Corps de doctrine. Plus il sera exact, et moins la Constitution y aura de rapport. La relation que vous établissez de l'un à l'autre sera plutôt une censure qu'une justification de la Bulle, et paroîtra toujours contraire à la bonne foi et à la simplicité du langage ordinaire de l'Église. Nous ne voyons aucun exemple jusqu'à présent qu'elle se soit servie de pareils détours, d'équivoques et d'explications pour autoriser les choses qu'elle a cru mauvaises en leur donnant des sens forcés.

Peut-on espérer que ces explications mettent en fuite les vérités que vous établirez dans le Corps de doctrine et sont proscrites par la Bulle! Dans la suite des temps la Constitution paroîtra reçue par tous les évéques et les explications ou le Corps de doctrine ne sont point reçues que par un certain nombre d'év^ues français. On sera assuré dans la suite de l'acceptation de la Constitution et l'on dispu-

lera sur les explications reçues par uu petit uombre d'évéques, et elles paroltront si opposées au vrai sens de la Bulle qu'elles laisse- Y*cnt toute la liberté de soutenir par son autorité les erreurs que ces mêmes explications condamnent.

Peut-on espérer que ces explications arrêteront les mauvais effets de la Bulle^ et que ce soit un moyen pour empêcher que la Constitut:îon ne prévale dans TÉglise que de la recevoir de quelque manière qu^elle soit reçue?

Un des motifs de votre appel, Monseigneur, est le refus inflexible de S. S. de fixer le sens de la Bulle et de lui donner des explications de concert avec plusieurs évêques acceptants, et déclarer que ces explications en contenoient le véritable sens.

Le Pape s'explique-t-il davantage aujourd'hui? Paroit-il plus touché <]b*il ne vous le paroissoit alors du trouble et de la confusion qu'il avoit ^^11 que sa Constitution apportoit dans TÉglise? Votre accommodement :d'est-il fondé que sur l'espérance qu'il parlera après qu'il en aura consioissance ? Peut-être le fera-t-il pour approuver votre soumission ? Mais i 1 est difficile d'espérer qu'il le fasse pour approuver votre Corps de ^ioctrine. Il faudroit pour cela que la cour de Rome changeât beau- <ooup de ses usages, et encore quel remède seroit-ce pour un si grand i^mal ?

Par vos appels, Monseigneur, vous déférez au Concile général vos -^riefe contre cette Bulle^ et les raisons que vous avez de ne la point ^^ecevoir. Vous vous mettez vous-même et ceux qui adhèrent à ces ^ippels sous la protection de Dieu et de son Église.

N'est-ce point renoncer à cette protection que de recevoir une Bulle ^lont vous avez appelé? Il est vrai que nous avons ouï dire que V. E. ne prétendoit pas s'en désister par ces accommodements ; mais elle ne doit ^l»as se tromper sur cela. Les fauteurs de la Constitution, qui savent pro- £terde tout ce qui leur est favorable, publient déjà par avance qu'il est inu- ^le d'exiger de vous un acte de désistement en forme, parce que votre ^cte d'appel tombe de lui-même par l'acceptation que vous faites de la Constitution. C'est ainsi que quelques-uns s'en sont expliqués avec un de nous. Nous n'ignorons pas qu'ils se trompent et que vous ne pouvez en aucune façon retirer de dessous la protection de Dieu et de J'Église les personnes qui en ont appelé, ni empêcher la force des griefs contre la Bulle, et des solides raisons qui vous ont éloigné d'en appeler, qui subsisteront éternellement. Il n'en est pas de cet appel comme de ceux des particuliers dans leurs propres affaires. On peut se désister de l'appel d'une sentence injuste, abandonner le bien sur lequel on- croit avoir un droit certain et le céder à celui à qui de justice il n'appartient pas. Celui qui cède pour le bien de la paix ne fait tort' à personne, parce qu'il est le maître de son droit et que ce

iàO MÉMOIRES DE MiiTHlËU MARAIS.

qui! cède ne périt point et subsiste aussi bien entre ie& mains de celui à qui il le cède qu'il feroit entre les siennes.

Mais il n'en est pas de même de la vérité en faveur de qui nous avons appelé. C'est un bien qui nous est confié, et que nous -n'avons pas droit de ^céder. Eu abandonnais^ sa défense et Tappel iiiteirjeté pour ses intéressés au Concile , nous consentirions à la faire périr si elle pouvoit être détruite, mais elle ne peut pas l'être; elle subsiste éternellement, et votre appel subsistera aussi jusqu'à ce que l'Église universelle en ait jugé.

Il semble cependant que vous êtes obligé de reconnaître que nonseulement vous vous en désistez, mais encore que vous le regardez comme frivole et téméraire.

* N'est-ce pas le regarder comme tel que d'entreprendre de juger vous-même ce que vous avez déféré au} jugement de l'Église uni-, verselle ? Si l'appel est canonique (comme vous l'avez soutenu avec tous les défenseurs de nos saintes libertés), comment pouvez-vous prévenir le jugement de cette affaire dbnt le souverain tribunal de l'Église est saisi ? Et si vous le prévenez, comment pouvez-vous soù* tenir que votre appel subsiste .'

Dans ces contradictions, Monseigneur, que de maux ne devons-nous pas envisager pour l'Église ? et à- quelle persécution ne doivent paà s'attendre ceux qui la servent avec le plus de fidélité?

Nous savons les raisons de prudence qu'on allègue pour terminer cette affaire, qui pourroit, disoit-on, causer un jour de plus grands maux à l'Église, si elle demeuroit plus longtemps indécise; mais quel^plus ' grand mal peut-il jamais lui arriver que de voir un mauvais décret adopté, et la bonne foi abandonnée par un si grand noml^e de ses ministres ?

Nous vous conjurons, Monseigneur, par cet amour que vous avez fait parottre pour la vérité^ de peser aux poids du sanctuaire toutes ces raisons, et celles que votre prudence et votre bon cœur sauront encore suppléer beaucoup mieux que nous ne saurions le représenter, et d'avoir égard aux gémissements de la plus grande et de la plus saine partie de votre troupeau. Pour nous, nous demanderons à Dieu d*accorder à son Église la véritable paix que lui seul peut donner qui soit jointe à la justice et fondée sur la pierre solide de la vérité qui est Jésus-Christ. Nous sommes avec respect. Monseigneur, vos trèshumbles etc...

Paris, 15 avril. — Sur le bruit qui s'est répandu qu^uii

grand nombre de docteurs, curés, etc., ont signé un re-*

nouvellement de leur appel, et une protestation contre

Vacceptation, un ministre de la cour a mandé qûelqiiiab

docteurs de Sorbonne pour les détourner de ce dessein : il leur a parlé avec beaucoup de douceur et d*honnêteté, excepté sur les endroits où il croyoit qu'on résistoit aux ordres du Roi. Cependant les docteurs ont persisté dans leur répugnance à recevoir^ de quelque manière que ce 9oiiy la Constitution^ insinuant même qu'ils s'exposeroient plutôt à la dernière extrémité ; que ce n'étoit point par un esprit de cabale qu'ils a voient renouvelé Tappel, mais uniquement par principe de conscience. Plusieurs bénédictins qui ^ pour avoir renouvelé l'appel, avoient ordre de leur général d'aller dans des maisons éloignées^ en ont été exemptés par l'intercession de M""' Tabbesse de Ghelles et du cardinal de Noailles.

±S avril. — Les administrateurs de Tbôpital général de

^ Paris, à qui le P. Quesnel a^ fait un legs par s6n testament,

firent célébrer hier pour lui un service solennel dans

l'église de la Piété. Quelques évoques et plusieurs per-

ssonnes de distinction y ont assisté. L'évèque de Mirepoix,

£iyaDtapprisl'acceptation^ a déclaré qu'il persistoit dans ses

isentiments et qu'il ne feroit rien sur le Corps de doctrine

cjue de concert avec les premiers évoques appelants. Les

^vèqnes de Pamiers et de Lectoure paroissent être dans

les mêmes sentiments, et ils se flattent d'avoir de leur

(parti les évêques de Chàlons et de Couserans. Il paroit

mao nouvel écrit de 16 p. in-^"" intitulé : Réflexions suc-

^neteê sur racceptation au sujet de la Constitution.

LETTRE

CIRGCLAIRE DES ÉVÊQUES DE MONTPELLIER ET DE BOULOGNE AUX ÉVÉQUES APPELÂNS BN ENVOYANT LA LETTRE PRÉCÉDENTE.

30 Mars 1720. — MM. Vous êtes sans doute informés de la situation P^^sente des affaires de TÉglise. Le projet d'acceptation même (Je la ^^^^Kutitution fait depuis longtemps un si grand bruit dans le monde qu'il ^^'^slpas possible qu'il ne soit pas venu jusqu'à vous. Quoique ces bruits s ^^Jgntientent de joiir en jour, nous étions (femcurés tranquilles ne

pouvant uuus persuader quUl se pût faire aucune proposition sérieuse sans que nous fussions appelés et consultés.

Mais eiiQn, Monseigneur, nous apprîmes avec étouuement quiB. la chose se devoit conclure dans une assemblée qui étoit indiquée pour le 13 de ce mois au Palais- Royal. Elle s'y conclut en effet par Tapprobation qu'environ 30 évéques donnèrent à un Corps de doctrine pro* posé par M. le cardinal de Noailles, qu'ils signèrent en présence de M. le Régent, et par une acceptation de S. E. qui fut présentée par M. de Rayonne.

Quelques évéques refusèrent de rien signer par différents principes, les uns par un attachement inflexible à une acceptation pure et simple, et les autres par une juste défiance d'un Corps de doctrine qu*ils n'avoient pas eu la liberté d'examiner. Cinq d'entre les nouveaux évéques, qui n'ont ni accepté ni appelé, souscrivirent aux Corps de doctrine sans vouloir prendre part à l'acceptation de la ConstitutioD.

Nous ne pouvons. Monseigneur, vous rien dire de précis de ce Corps de doctrine. Il est demeuré jusqu'à présent très-secret. Il n*a été connu des évéques mêmes qui l'ont signé que par une simple lecture que Ton a faite chez M. le C. de Rohan, où ils ont été priés de se rendire quatre à quatre. Et quelques prélats des plus déclarés pour la Constitution se vantèrent d'y avoir fait des changements considérables en faveur de leurs sentiments.

Pour Tacceptation de M. le C. de Noailles, on a répandu dans le public des copies^ui peut-être ne sont pas exactes; mais si elle est véritablement telle qu'on le prétend , elle est des plus fâcheuses et ne répond nullement à ce qu'on attendoit de lui.

Dans la juste surprise. Monseigneur, que nous cause cette nouvelle, le parti que nous prîmes fut d'écrire la veille de l'assemblée une lettre commune à M. le C. de Noailles, pour nous plaindre du mépris qu*on avoit fait de nous et, en nos personnes, dé Messeigneurs nos confrères, jusqu'au point de ne nous avoir rien communiqué de cette négociation et pour lui représenter les suites funestes d'un accommodement prétendu qui u'étoit capable que d'allumer le feu de la division au lieu de l'éteindre.

Nous avons l'honneur, Monseigneur, de vous envoyer une copie de cette letlre, à laquelle, M. le C. de Noailles n'a point encore répondu. Nous sommes persuadés que si vous aviez été présent ici , vous vous seriez joint à nous, et nous espérons qu'ayant les mêmes sentiments que nous, vous ne désapprouverez pas ce que nous avons fait et que vous voudrez bien l'appuyer en vous unissant à nous. C'est déjà une grande consolation poumons de voir que notre conduite est ici approuvée par tout ce qu'il y a de plus distingué en toutes sortes d'états. Nous n'avons pourtant pas rendu cette lettre publique et nous nous sommes contentés de îa communiquer à ceux qui étoient plus capables d'en bien

•^e pour

au If

juger. Au oontrair«^, nous ne saurions vous exprinier le soulèvemen qu*a e\dté\a fausse <}én)arche de M. le Cardinal. Quel est le triomphi de ses ennemis et raffliction générale des gens de bien ! La plus saint partie de son clergé a fait sur-le-champ un acte conçu en termes mesures , mais précis^ où ils déclarent qu'ils veulent persister dans leui appel et en rappelant ce que M. le Cardinal a dit lui-même de ses effets protestant de nullité contre toute acceptation delà Constitution avei quelques explications que ce puisse être.

Nous savons qu'on a dépécM des courriers dans les provinces poui solliciter les évéques à signer le Corps de doctrine et à entrer dans ui accommodement. Nous ne pouvons douter, Monseigneur^ qu'ayant autant de zèle que vous en avez pour l'Église, et pour l'honneur de notn CMuninan caractère, vous ne v6us trouviez encore plus offensé que nous il^un accommodement si irrégulier par la manière dont il a été négocié, et si pernicieux par ses suites. L'applaudissement général qu on donne à la résistance que nous avons commencé d'y apporter nous donne lieu de croire que si nous demeurons tous uiiis^ la bonne cause ne souffrira point de la perte que nous paroissons faire de M. le cardinal de Noai^les. Nous sommes avec beaucoup de respect. Monseigneur, votre très-humbles et très-obéissants serviteurs.

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