JUL
Françoise Duplessis.
François de Yignerod.
Armand- Jean Yignerod, Marguerite D'Aeigné.
François- Armand^ duc de Richelieu.
Rentes sur la ville. — La préférence accordée aux anciens rentiers pour remplir les rentes de la ville a donné de Finquiétude aux porteurs de billets qui ne proviennent point des rentes. La Compagnie des Indes a offert de rétrocéder au Roi 18 millions de rentes qu'il lui avoit constituées du reste des 48 millions^ dont il y en a déjà un million pour les actions rentières^ k millions pour les viagères, 25 millions dans le dernier édit, rétrocédés par un arrêt du li juin [suprà), et ces 18 raillions qui font 48 millions. Et moyennant cette rétrocession, que le Roi accepte, il est permis à tous les porteurs de billets d'employer leurs fonds en rentes sur la ville dès à présent en portant le billet au trésor royal, sur lequel sera mis ces mots : Pour employer en acquisition de rentes au denier kO, et sur-le-champ il sera délivré un récépissé pour être convertis en rentes. — Arrêt du 20 juin.
Billets de banque. — Les billets perdent sur la place vingt pour cent el même vingt-cinq. On est heureux d'avoir 80 fr. pour le billet de 100 fr. Ce commerce se fait publiquement dans la place de Vendôme , et il est sans doute autorisé. Le peuple croit que c'est la Banque même qui fait ce profit sur l'argent qu'on lui a porté forcément.
Camp de Condé. — On a vu un écrit sur les tentes de la place de Vendôme, qui a pour titre : Camp de Condé à la place Vendôme (1).
' (t) Ce placard est conservé dans les manuscrits historiques delà Bibliothèque d(* l'Arsenal, n° 220. Il est beaucoup plus complet que celui que donne Marais. V. Lomonley, t. I, p. 339.
M. le Duc, généralissime.
Le maréchal d'Estrées, général.
Le duc de Guiche , commandant le corps de réserva . et les troupes auxiliaires.
Lieutenants généraux : Le duc de Chaulnes et Mézières.
Le marquis de Pods, maréchal des logis.
Caumont, major général (frère du duc de la Force).
Chattes et yWaines^ aides de camp.
Le duc D'Antin, intendant.
Le duc de la Force, trésorier,
Lassay^grand prévôt.
Le P. de Léoh, greffier.
Fimarcon et Dampierre, archers,
La Faye^ bourreau (secrétaire des commandements de M. le Duc).
Fargès, les vivres.
Guillaume Law (frère de Law) et André, commis des vivres.
Leblanc (grand agioteur ), /oMrrigr.
Goetlogon ( Tabbé de Goetlogon, homme de condition de Bretagne), aumônier.
L'abbé Tansin (convertisseur de Law) , à la tête des récoUets.
Law, médecin empiriqvs.
D'Àrgenson , chirurgien major.
Le duc de Louvigny et le comte de Guiche, /rafer*.
f^ivandière^ Locmaria; Blanchisseuses, Verrue, Ghaumont; Filles de joie., Sessac et Gié (1).
Maraudeurs et pipeurs^ les directeurs de la Banque.
Tireurs (fesiajfe y les officiers des gardes.
Hôpital de f armée, la ville de Paris.
Chambre des Comptes. — La Chambre des comptes, pour abréger toutes remontrances, représentations et autres telles formalités mal reçues à la Cour, a mis sur Fédit des rentes Tenregisirement qui suit :
<( La chambre a ordonné et ordonne lesdites lettres-patentes être enregistrées pour être exécutées- selon leur
(1) Le texte de FArsenal dit : Vivandières et blanchisseuses : Madame de Verrue, à la suite du régiment de Lassay ; madame de Prie, du régiment de Condé; madame de Locmaria, du régiment de Lambert; madame de Parabère, du régiment d* Orléans ; madame de Sabran, du régiment de Livrp, Madame Chaamont, à la suite du camp volant. — Filles de joie : Mesdames de Monastérol, de Gié , de Nesle, de Polignac, de Saint-Pierre.
forme et teneur, à la charge par les fermiers des fermes unies^ et leurs cautions de remettre annuellement les 25 millions de rentes créés par le présent édit ez mains des payeurs qui seront nommés parle Roi, lesquels en complé- • teront en la chambre en la manière accoutumée , et sans que la Compagnie désignée sous le nom des Indes puisse prétendre aucune préférence ni. concurrence pour raison des rentes par elle prétendues, lesquelles ne pourront être payées ni retenues par elle en tout ou en partie , qu'après qu'elle aura justifié des avances par . elle faites au
• Roi et qu'elle aura rendu compte à la Chambre de ses maniements. Faiten lesbureaux assemblés le 13 juin 1720. » Cet enregistrement n'a point été imprimé ; mais on l'a distribué en manuscrit, et il y a. bien de l'apparence que cette modification courageuse a donné lieu à la rétrocession des 18 millions de rentes faite au Roi par la Compagnie par l'arrêt du 20 juin; car n'ayant plus de rentes, elle n'a plus ni concurrence ni préférence à prétendre.
Anecdote d'État. — On m'a dit aujourd'hui, comme une anecdote d'État, que dans ces derniers mouvements il y a eu des conseils secrets tenus pour mener le Roi au Parlement , au retour d'une promenade de Vincennes, le faire déclarer majeur, le faire ensuite suivre par le Parlement en robes rouges jusqu'au Louvre, et lui donner un conseil royal qui auroit destitué et arrêté le Régent , et qu'on se seroit saisi de Law pour le faire pendre, car on ne parloit pas moins que de cela. Le Régent, ayant eu quelques avis de cette conjuration,, tenue contre lui, demanda au duc de Guiche s'il lui répondoit du régiment
* des Gardes. Il dit qu'il en répondoit en campagne , mais non dans Paris. Il y a exemple dans l'histoire d'un Roi mineur que l'on a âgé avant sa majorité. Il y a eu quelque dessein de prendre le Roi pour le mener au Palais- Royal; mais on a fait entendre que la garde et lé guet seroientpour le Roi, et que cette entreprise seroit inutile et pourroit causer degrands^ maux. Madam:é| mère du
Régent, lui ayant dit que toute la France se plaignoit de lui , il a demandé le remède : elle lui dit en montrant M. d'Argenson : «Voilà un bon conseil. » — Eh bien! que me conseille-t-il? — De faire pendre Law, dit le garde des sceaux. Le Régent, étonné, vouloit se retrancher aie faire • arrêter, mais, dans cette résolution , il a été jugé plus à propos de ne rien faire, et c'est dans cette circonstance que le Chancelier a été rappelé , la brigue de Law ayant été plus forte que dette conjuration mal formée. M. Fagon a dit tout haut dans le Conseil qu'il falloit brûler toutes les actions. Et cela lui a attiré la destitution de ses emplois. C'est chez Paris l'alné que Ton prétend que tous 'ces desseins se sont traités (1). Ce Parts est un homme habile dans les finances, et on lui promettoit la place de contrôleur général. On m'a assuré que MM. de Canillac,de Broglie, Noce et autres amis du Régent sont entrés dans ce projet.
Vendredi, 21 juin, — Retrait-Mercoeur. M. le prince de Conty a gagné le procès du Retrait du duché de Mercœur qu'il a fait sur M. de Lassé (2). On ne voit de toutes parts que des retraits gagnés ou perdus. Celui-ci étoit fondé sur ce que le centième denier, qui avoitété payé, n'avoit pas été insinué sur le contrat et écrit pour en marquer la publicité, et que le temps du retrait ne court que du jour de Tinsinuation. L'arrêt a été donné en la Grand' Chambre à l'audience, sur les conclusions de M. de Lamoignon .
Duel. — Il y a eu un duel dans la rue de Seine entre Gardel, cadet aux gardes du corps, et Sagette, mousquetaire, gentilhomme poitevin. Sagette a été tué. Quinze jours auparavant, ils avoient eu un démêlé dans un jeu
^1) Voir sur ce PAris et ses frères, les plus grands financiers du temps après Law, Barbier, t. 1, 44, 219; Saint-Simon, XI, 267 ; Lemontey, II, 100, et la Vie privée de Louis XV par Moufle d*Angerville;
(2) Saint-Simon, xr, 170.
de panme. Les maréchaux de France en avoient pris connoîssance , Gardel mis au For-FÉvôque et un garde donné à Sagette ; cependant ils se sont battus. On dit que Gardel étoit garni et qu'il a tué l'autre pendant qu'il raccommodoit son épée qui étoit faussée. Ce Gardel est fils d'un ancien trésorier des fortifications, gascon, et qui s'est fait bien des affaires pour des maltresses , et avec M. Pelletier de Souzy qui étoit ministre des fortifications sous Louis XIV et qui ne lui a jamais pardonné.
Samedi, 22 juin. — De Prie. — M. le Duc aime une " des plus jolies dames delà Cour, femme de M. le marquis de Prie, qui a été ambassadeur en Savoie. Elle est fille de Berthelot de Pléneuf (1), célèbre trésorier de la guerre et des vivres sous le Roi défunt, et qui a été ruiné par la chambre de justice. Elle a beaucoup d'agrément dans le visage > dans Vesprit et dans toutes ses manières, parle italien à merveille et le chante de même. M. le marquis de Prie est parrain du Roi. Le Roi est aussi paripain du fils du marquis de Prie , et Ta tenu sur les fonts le 13 de ce mois avec la duchesse de Ventadour. Quand le duc de Bretagne fut mort, on crut que l'autre enfant, attaqué du même mal, alloit aussi mourir; on le fit promptement baptiser, et on prit pour son parrain, M. de Prie , parent de la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, et pour marraine , la duchesse de la Ferté , sa sœur. Cet enfant est le Roi d'aujourd'hui, que Dieu conserve. Madame de Sabran, femme de qualité , fort ga-
(1) Agnès Bertlieiot de Pleneuf, femme «le N... marquis de Prie, lieutenant général de la province du Languedoc. Elle mourut en 1727, laissant deux filles, dont l'une épousa le fds du duc de Tallard. Voir sur cette femme, une des femmes typiques de la Régence, Barbier (I, 261, 307, 411, 433); Saint-Simon (X, 276; XII, 430, 431, 433); les Mélanges de Boisjourdain ( II, 16 ) ; la Correspondance de Madame ( I, 423 ; II, 36, 229 ) ; les Mémoires de Maureftas, de d^Argenson, du président Hénaull; les Sozei^enircS du comte de Caylus, les Femmes de la Régence^ par P. de Musset, Lemontey; \q^ Mémoires de Riche' lieu, Duclos; les Lettres deM"^ Aïsse, etc.
lante^ trouvant M. le Duc au Palais-Royal^ le prince lui dit : a Eh bien! comment te trouves-tu de D'Isanghien depuis qu'il est remarié? ^j — Comme vous vous trouvez de la Prie depuis qu'elle a pris le comte de Livry. » H. de Prie, qui est bon homme ^ dit qu'il ne se mêle point de donner des chevaux à sa femme lorsqu'elle va à la chasse à Chantilly, parce que M. le Duc la monte. Il veut dire qu'il la fournit de chevaux. 11 dit à tous moments : Je suis ravi de ça, et on lui a donné le nom de M. Ravi de ça.
Formulaire récréatif, etc., 1628. — ^ On m'a montr^ un petit livre imprimé à Lyon chez Pierre Rigaud , en 1628, en petit in-12, qui a pour titre : Formulaire récréa^ tif (1) de tous contrats y donations, testaments j codicilles et autres actes qui sont faits et passés pardevant notaires et témoins, fait par Bredin le cocu, notaire rural et con^ trôleur des basses marches au royaume d'Utopie, Il vient de la bibliothèque de M. de la Monoye. C'est un notaire de Lyon , bien pantagruéliste, qui a fait ce formulaire dont les actes sont très-bien dressés et plaisants mais un peu grossiers. Il y a un contrat d'échange de Guillot le Hembru et de Jean le Simple qui changent de femmes, parce que l'ime est plus propre et commode à l'autre que à son propre et légitime mari, pour la diversité de leurs engins, La Fontaine a pris de là le conte des Troqueurs, 11 y a pris aussi la fable de la Goutte et F Araignée, qui ratifient le traita de leurs changements de demeure et
(1) Formulaire fort récréatif de tous contrats , donations, testaments^ codicilles et autres actes qui sont /aie ts par-devant notaires et tesmoings. Faict par Bredin le cocu, notaire royal et contreroolleur des Basses Marches au royaume d'Utopie; par lui depuis naguères reveu et accom' pagné, pour Védification de tous bons compagnons, d'uudialogue par luy tiré des Œuvres du philosophe grec Symonides, de Vorigine et naturel fceminini generis; Lyon, P, Rigaud, 1594, in 16-de 308 pug. et une feuille (le table. Brunet ne cite pas cette édition. M. Antoine Pericaud, ancien biblio* tliécaire de Lyon, a donné sur cet ouvrage une notice curieuse dans la Bibliographie de la France, 1821 , p. 442; il s*est vendu 60 et 66 fr . aux veales Solar et Ooste.
dous les bons traits de la fable s'y trouvent (p. 138). On y trouve encore le conte du Bast peint sur rasne (1); sur quoi il y a un compromis et une sentence arbitrale entre le peintre et sa femme qui sont tout à fait plaisants, et le Testament d^un homme qui dit vouloir vivre dans la reUgion catholique, apostolique et romaine tant qu'il plaira au Roi très-chrétien d'y vivre. Ce petit livre est fort rare. Il ne faut pas oublier la Transaction entre la mort et l'amour, la jeunesse et la vieillesse, où Lamotte a pris une de ses fables qu'il dit nouvelle (p. 128). 11 y a à la fin un colloque de l'origine et naturel des femmes entre Jean Coquillard , Pierre le Sage et François Beautichon , tous trois notaires ruraux au royaume d'Utopie. PoGGiANA. — Ou La vie, le caractère ^ les sentiments et les bons mots de Pogge^ Florentin, avec son histoire de la république de Florence, 2 tom. in-lâ, à Amsterdam, chez Pierre Humbert, 1720. L'auteur de ce livre est le sieur TEnfant, très-connu par Y Histoire du Concile de 'Constance y et qui travaille à celle du concile de Bàle. C'est en travaillant à ces histoires que le dessein de ce livre lui est venu. Il est bon et nouveau. La première partie contient la vie de Pogge. La deuxième est un extrait . de ses ouvrages, où on trouve la fameuse lettre qu'il écrivit sur là mort de Jérôme de Prague, dont il fut témoin, et dont il prend courageiisement le parti contre le concile de Constance (t. I, 241). La troisième est un abrégé de V Histoire de Florence, donnée depuis peu dans le latin de Pogge par M. Recanati, noble Vénitien (Venise, 1715. — 11 y a une Vie de Pogge à la tête, où le Vénitien critique l'Histoire du concile de Constance, et TEnfant y répond dans la vie qu'il donne ici), n'ayant été vue jusqu'ici qu'en italien d'une traduction du fils de Pogge. La quatrième partie est un recueil de bons mots tirés des Face- •
(1) Voir Beroalde de Virville.
lies de Pogge. M. l'Enfant n^ a pas pris les plus libres, mais il n^a pas ôté l'envie de les aller chercher dans l'original, où on trouve la source de tous les contes qu'on a vus depuis lui. Il y a à la fin une lettre latine de Pogge sur la découverte de Quintilien, celle de Francisco Barbaro à Pogg€ sur le môme sujet, une de Tincio, et Toraison funèbre de Chrysolos par André Julien, noble Vénitien. Tout ce recueil est de bon goût, bien écrit dans notre langue, très-impartial pour un protestant, et vaut mieux que tous les Ana qui nous ont été donnés depuis trente ans. Dès le temps de Pogge, son ami Barbaro lui disoit qu'on appelleroit un jour Poggiana les semences de littérature qu'il apportoit d'Allemagne, comme on appelloit Appiana a les pommes d'Appius. Ainsi les Ana sont très-anciens. Pogge eut un fils ( Jacques) qui traduisit son ouvrage en italien et qui périt dans la conjuration desPazzi, avec l'archevêque de Pise, François Salviati, dontPolitien fait le caractère qui est bon à mettre ici (tom. I, 37 aux notes) : « Franciscus Salviatus homo repente fortunatus quippe qui Pisanum haud multo antea archiepiscopatum esset adeptus. Is Franciscus homo fuit (id quod DU atque homines sciunt) omnis divini atque humanijuris ignaru^ et contemptor, omnibus flagitiis et facinoribus coopertus, Ikxuria perditus et Lenociniis infamis aleœ et ipse studiosus, maximus prœterea ad'^lator^ multœ letitatis ac vanitatis. Idem audax ac promptus, catlidus et impudens, quibus artibus [ adeo nihil fortunam puduit ) et archiepiscopatum est adeptus y et cœlum jam ipsum volts capiebat, » On a encore aujourd'hui des archevêchés par ces mêmes voies, et la race des Salviati n'est pas perdue, témoin Cambrai, On fit cette épigramme après que Salviati fut pendu :
Salviatus mitrœ sceleratus honore superbU. Et qitemquam cœlo credimus esse Deum
Scilicet hoc scelera, hoc arlis meruere nefandx ! Jt laqueo en pendet, Estis jo superL
LoMBEZ^ ËVÉCHÉ. — Le 12 juin, Tévèché de Lonibez a été donué à Tabbé de Maupeou, agent du clergé. Cet évêcbé étoit à M. Fagon, frère du conseiller d'État, à qui on a donné celui de Vannes. Il avoit eu démêlés avec son chapitre, jusque-là que le parlement de Toulouse Vavoit décrété.
M. DE Harlay-Celi. — En ce mois, M. de Harlay-Celi , intendant à Metz, se brouille avec les troupes, prend querelle avec le fils de M. de Saillans, ancien brigadier. Le père prend le parti du fils; ils se disent de grosses paroles. Chacun écrit en Cour. Saillans, dans sa lettre, marque qu'il s'en est peu fallu qu'il n'ait donné vingt coups de bâton à l'intendant. Le Régent • fait arrêter Saillans le père pour avoir mal écrit. L'intendant triomjfhe au milieu des officiers à un dîner, et dit qu'il est au poil et à la plume , et qu'on ne l'offensera pas impunément. Un officier, capitaine de carabiniers, lui dit que ce triomphe n'éloit pas décent, que d'ailleure on savoit que Saillans n'avoit été arrêté que pour avoir perdu le respect dans sa lettre. L'officier le suit dans son cabinet après dîner et lui dit que comme il s'étoit vanté d'*être à deux mains, il reviendroit sur les cinq heures pour lui parler et lui apporter de quoi se battre. L'intendant dit qu'il étoit l'homme du Roi. L'autre lui dit: « Oui jusqu'à cinq heures. » A cinq heures, l'officier rev-ient avec une épée sous son juste-au-corps; l'intendant -■^«fuse. Le reste s'étant passé entre eux deux, on ne sait pas ^^ù les choses ont été portées, mais on soupçonne quelques Cioups donnés à l'intendant; cependant, le soir, il parolt X^lus fier et plus insultant à son souper. Il raille les offi- <^iers devant les dames. Toute la garnison se soulève et espère. en Cour. Il est rappelé de son intendance. C'est un Ixomme d'esprit, mais piquant et satirique comme tpus Xes Harlays, et peu propre avec les gens de guerre (1). Il
(1) '( C'étoit un fou plein d'esprit, plaisant, dangereux et peut-être la plus
est fils de M. de Harlay de Bonneuil, plénipotentiaire à Ryswick, et sur lequel on avoit fait la chanson :
Harlay, Gailleres et Créci Ne sont-ils pas toivs bien habiles ?
Harlay, Gailleres et Créci N'ont-ils pas toujours réussi ?
Ils ont rendu plus de cent villes N'ont-ils pas gardé Paris ?
11 y a dans Scaligerana. Omnes Harlcei sunt bizarres.
Briquemaux. — Descazeaux^ vieil armateur de Saint- Malo^ riche des retours de la mer du Sud et des courses sur les ennemis^ veuf et ayant perdu un fils qu'il aimoit, riche de plusieurs millions de bien, épouse mademoiselle de Briquemaux, arrière-petite-fille du maréchal de Navaille^ nièce de la duchesse d'Elbeuf et cousine de la feue duchesse de Mantoue. Les présents ont été magnifiques et la corbeille de plus de 500^000 fr.; voilà les mariages du temps.
Banque. — La Banque demeure constamment fermée. On ne pense pas qu'il y en ait une; cependant tout Paris languit et est aux expédients pour avoir une pistole. Quand l'arrêt du 21 mai fut rendu, qui réduisoit les actions et les billets à moitié, la révolte fut prête, et il fut révoqué par un arrêt du 27. Aujourd'hui on ne paye point; le tnal est bien plus grand, et personne ne dit mot. On porte ses billets pour avoir des rentes au denier 40 sur la ville, ou sur le clergé ou sur la Bretagne^ car toutes ces portes ont été rouvertes pour y consom-
« indécente créature qu'on pût rencontrer, de plus ivrogne, crapuleux et d'une <i débauche débordée ; il avoit été intendant de Metz , puis d'Alsace ; la capacité « ne lui manquoit pas; mais il ne preiioil pas la peine de rien faire; ses se- « crétaires faisoient tout; il lui étoit arrivé panout mille scandales publics» et « il étoit si accoutumé et si heureux à s'en tirer et à monter toujours de place n en place jusqu'à l'intendance de Paris, qu'il disoit : Encore une sottise, et « je serai secrétaire d'État. » (Saint-Simon, XI, 380.)
mer les billets, et le pauvre bourgeois, réduit à n'avoir aucun argent pour vivre, met son espérance dans ces petites rentes, dontle paiement est fort incertain.
20 juin. — Arrêt qui ordonne qu'il sera fait pour cent millions de billets à 100 fr., et de iO fr., pour couper ceux de 1,000 et 10,000 fr. C'est toute la ressource du défaut d'argent.
22 juin. — Clergé. — Rentes. — Deux arrêts rendus sur la reguête «les agents généraux du clergé qui ordonnent, Vun : que les officiers des décimes qui n'ont pas été remboursés auront le choix ou de recevoir le remboursement ou de le placer à deux pour cent sur le clergé; Tautre, que tous les remboursements qui se feront aux communautés ecclésiastiques, gens de main morte et hôpitaux pourront être employés en mêmes rentes sur le clergé à 2 pour cent, nonobstant Tarrêt du 16 avril 1720, qui défend à toutes communautés de faire de nouvelles constitutions de rentes et aux notaires d'en passer.
Bestiaux. — Arrêt du même jour qui continue et proroge jusqu'au dernier septembre la remise des deux tiers des droits sur les bestiaux, qui entreront dans Paris et dans les autres villes du royaume.
Jeudi, 27 juin, — Cailly. — Le procès du commissaire Oailly, qui étoit décrété et arrêté, par arrêt du Parlement, ^ès le 9 juillet 1717, et qui étoit accusé de plusieurs conclussions et oppressions faites sous les ordres de M. d'Ar- ^^enson à ce qu'il disoit, a été jugé. Plus amplement in- ^^rmé et cependant mis hors des prisons. Arrêt le plus ^ïoux qui pouvoit être rendu en cette matière et qu'il a ^:^btenu par les circonstances du temps et de la destitu- "%5on de M. d'Argenson, sur lequel le Parlement n'a pas "Voulu tomber pour ne le pas accabler dans sa disgrâce , csar on eût dit que c'étoit arracher là barbe au lion xnort.