Juin 1720— Mort de l'abbé de Chaulieu, célèbre
304 AffiMOïKES DE MATHIEU MARAIS.
dans la maison de Vendôme, — Il a fait plusieurs poésies très-délicates el épicuriennes (1).
Lundi, l**" juillet. — M. Trudaine, prévôt .des marchands, s^est démis de sa place, qui a été donnée à H. de Chàteauneuf, conseiller d*État, ci-devant ambassadeur à la Porte et depuis en Hollande, et qui a été le président de la commission de Bretagne, où quatre gentilshommes ont perdu la tête. On ne sait point encore le motif de la démission de M. Trudaine, qui étoit un très-honnête homme. Sa démission n'a pas été tout à fait volontaire; il empêchoit, dit-on, les marchands de bois de prendre des billets de* banque (2). M. de Châteauneuf (3) est homme de beaucoup d'esprit, qui écrit et parle bien, capable de grandes affaires, mais très-âgé. 11 s'appelle Castagnieres et est du pays de Savoye. 11 a eu besoin de dispense, car il faut être Parisien pour être prévôt des marchands de Paris.
Le même jour, on a ôté la charge de lieutenant gé-
(1) Saiut-Simon le traite Tort mal : « C^élott, di(-il, un agréable débauclié de (< fort t)onne compagnie qui faisoit aisément de jolis vers , beaucoup du grand «( monde, et qui ne se piquoit pas de religion. Il montra malgré lui qu'il n*é* « toit guère plus attaclié à Thonneur. » Et il l'accuse d'avoir, par ses friponneries, précipité, de concert avec le grand prieur, la ruine du duc de Vendôme qui le cba«isade sa maison. (T. Xi, 301.)
(2) Saint-Simon et Barbier expliquent très-bien par son aversion pour le Système et ses propos imprudents, la disgrâce de ce magistrat d^une^àpre intégrité. (Barbier, I, 44. — Sainl-Simon, XI, 314 el suiv. )
(3) Pierre -Antoine de Castagnères de Châteauneuf, né à Chambéry.U fut (rois fois ambassadeur àTétranger : de 1689 à 1696 à Constantinopic; en Portugal de 1703 à 1705; enfui auprès des États généraux des Pays-Bas, de t7l3 à 1716, C*est chez lui que Voltaire fut page ou secrétaire , sur la recommandation de Tabbé de Châteauneuf, grand ami de la vieille Ninon, et c'est de chez lui quMl sortit congédié, à la suite de ses amoureuses équipées, cl sur les hauts cris de Mme du ^uycr, qui voulait gtrder pour le mariage, une tille trop faite |>our Tamour. Voir, sur cet ambassadeur, Saint-Simon, IX, X, XI.
néral de police au fils de M. d'Argenson (1), et elle a été donnée à M. Baudry (2), conseiller au conseil des finances. Il étoit à la Bastille, dans les fonctions de sa charge, lorsque M. de La Vrillière alla lui porter Tordre de sa destitution.
Paris. — Les quatre frères Paris ont ordre de se retirer dans leurs maisons et terffes en campagne (3) ; ce sont ces ^habiles financiers qui conduisaient les Fermes générales, avant qu'on les eût données à la Compagnie des Indes, et qui auroient bonne volonté d'y rentrer et de couler la Compagnie à fond. Cela vérifie Tanecdote d'État dont il est parlé sur le 20 juin. Us ont autrefois beaucoup gagné dans les vivres; ils vouloient gagner encore, mais ils se sont mélés'de trop hautes matières. Leur chute en entraînera d'autres. Nous verrons. Nous les avons vus depuis revenir et puis encore chassés. Ces Paris ne descenclent pas du beauParis^ ils viennent du Dauphiné, où leur père tient encore une hôtellerie dans un village, près tienne, à renseigne de La Montagne y dont un d'eux porte le nom : Paris de la Montagne.
M. de Harlay de Celi, révoqué de son intendance de IMetz, est nommé plénipotentiaire à la paix d'Espagne. Il sort par une belle porte, mais c'est toujours sortir. On y ^i mis une condition, que le jour qu'il faudra partir pour le Congrès, il remerciera. C'est une plaisante dignité et ^Dn peut appeler cela une vilaine ambassade.
DoDDN. — L'intendance de Bordeaux, de laquelle M, de iamoignon de Courson est révoqué, est donnée à M. le
(1) MaroPierre de Voyer dé Paulmy, comte d'Argenson, né en 1696. Il fut ^ommé, quelque temps après, intendant de Tours. Il remplaça i\ son tour, de :M712 à 1723» M. Baudry comme lieutenant de police, devint en 1742 ministre ^ela guerre, fut disgracié en 1757 et mourut en 1764.
(2) Gabriel Tachereau de Baudry, maître des requêtes, lieutenant de police, "1720-1722. V. Peucliet, Mémoires tirés des archives de la police.
■ (3) Voir sur ces frères Paris, Saint-Simon, t. XI, 2»7 et siiiv. et Barbier (1,4, ^19).
président Dodun qui n'est plus conseiller au Conâeil dés finances. Ce président de la k^ des enquêtes a quitté le Palais pour les finances et la Cour. Il y a beaucoup gagné et perdu en même temps l'estime des honnêtes gens. Il sera fait maître des requêtes pour avoir cette intendance (1).
La Chine. Jésuites. — Gaz. de Hollande du 2S juin 1720, Supplém. — On a appris delà Chine que les jésuites, qui* ont toujours quelque bonne affaire, ayant su que le pape vouloit envoyer un légat à la place du cardinal de Tournon qu'ils y. ont fait mourir (2], se sont emparés despa-
(1) Voir sur ce Dodun , qui fut depuis contrôleur général des finances, sur sa capacité , sa probité relative, sa morgue de parvenu, ses ridicules et ceux de sa femme, Saint-Simon (XII, 380. Barbier, t. I, 245, 379, 380, 429 ; II, 14). Enfin, les Mémoires de Maurepas, t: 11, p. 51.
(2) K On eut en ce même temps à Rome et ici l'étrange nouvelle de la mort « du cardinal de Tournon , légat à laiere à la Chine et aux Indes. Ellb fit un « prodigieux bruit par toute VJËurope. Sa mission, son succès, sa sainte mais « exécrable catastrophe sont tellement connus et imprimés partout que je « m'abstiendrai d'entrer dans cette énorme affaire qui, aussi bien, est tout (t à fait étrangère aux matières de ces Mémoires, si ce n'est l'admirable. ca- « dence de ce martyr avec la naissance de Taffaire de la bulle Unigenitus, ». (Saint-Simon, t. VI, p. 167.) Charles Thomas Maillard de Tournon naquit à Turin le 21 novembre 1688. Après qu'il eut achevé ses études à Rome au Collège de la Propagande, le pape Clément XI le revêtit .de la dignité de patriarche et le nomma, le 5 septembre 1701, son vicaire apostolique aux Indes et à la Chine. Suivant les uns, le patriarche était chargé seulement de prendre connaissance des rites dont les jésuites avaient cru pouvoir permefttre la pratique aux nouveaux convertis , mais d'autres assurent qu'il avait reçu le pouvoir dMnterdire aux nouveaux chrétiens tous les usages qu'il jugerait contraires à la pureté de la foi catholique. Le 6 novembre 1703, il débarqua à Pondichéry, et proscrivit, par un décret public, le 11 juillet 1704, les rites des chrétiens malabares. 11 arriva en Chine au commencement de 1705. Le mandat de ce commissaire réformateur, épurateur, chargé de serrer les liens relâchés entre le saint-siége et les Missions, n'était ni sans difficulté ni sans danger. Il semble avoir déplu également à l'Empereur de Chine et aux Jésuites. U data de Nankin, le 28 janvier 1707, le fameux mandement par lequel il interdisait aux nouveaux chrétiens la pratique des anciennes cérémonies et enjoignait aux missionnaires de cesser de les tolérer, sous les peines canoniques. Cet acte d'énergique autorité fut le signal de sa perte. Arrêté et conduit à Macao, par ordre de TEmpereur, il mourut en prison, par suite de mauvais traite^
X)iers de ce cardinal qui étoient en dépôt dans sa maison^ parce qu'ils savoient bien que ces papiers les chargeoient^ qu'ils ont aussi pris son corps et ses meubles, les écrits de la légation^ etle tout enlevé, dans une belle nuit, avec deux anciens missionnaires qui étoient dans cette maison, qu'ils ont fait embarquer à l'heure même et les ont fait partir pour la c6te de Coromandel. Ce sont les jésuites de Macao qui ont fait cette belle équipée, dont le Pape est très-fàcbé et demande satisfaction, mais les papiers et les informations faites contre les jésuites ne reviendront pas, et voilà tout le fruit de cette belle légation perdu. Les jésuites de tous les pays se ressemblent. Les deux missionnaires avoient été lun auditeur, l'autre chancelier du cardinal Tournon. Le premier nommé Sabino Hariani , l'autre André Candela. C'est une violation du droit des gens, des dépôts publics , des sépulcres des morts. Il entre toutes sortes de crimes dans ce crime. Mais il n'en falloit pas moins pour se tirer du pas où les jésuites se trou- "voient.
Chancelier. — Le chancellera dit, sur ce que le Régent lui vouloit faille passer quelque édit contre son gré, qu'il 'àvoit apporté de Fresne dans son porte-manteau qu'une
'^ments, le 8 juin 1710, à l'âge de 42 ans. Le Saint-Siège avait eu le temps de ^^ratifier sa conduite et de lui accorder le chapeau, en témoignage éclatant de approbation. Son corps fut rapporté à Rome et enterré dans PÉglise du )llége de la Propagande (27 septembre 1723. ) Cette curieuse et dramatique affaire a inspiré une foule d'écrits en divers
; on peut citer entre autres :
« Esetme e diffesa del décréta da M. de Tournon sopra le cose dell em- ^rio délia China, Rome 1728, in-4o.
Mémoires du Père Thomas , vice-provincial des Jésuites en Chine Ç Recueils des lettres édifiantes du P. Querbœuf, XXVI, 296, 354 ).
Il a paru^ en 1762, des Mémoires du cardinal de Tournon, donnés par les ^âoins du cardinal Passionei, Rome, 8 vol. in-8^.
Anecdotes siir Vétat de la religion en Chine, Paris 1733, 7 vol. iu-l2. Il existe aussi une vie par Pabbé Farinelli.
Voltaire, sans égard pour le caractère et les malheurs du prélat, et avec son S mpertinente étourderie, le traite sans façon d'aventurier.
308 MÉMOIRES DE MATHlliU MARAIS.
certaine quantité de chemises, qu'il étoit à sa dernière, et qu'il étoit tout prêt de s'en retourner. Cependant le public, qui est malin, a écrit sur la porte : Et homo faclus est (1)..
Lieutenant de police. — Le lieutenant de police des- , titué a dit très-sageraént, pour un jeune homme : c( Je ne sais pourquoi ils m'avaient donné cette charge, je ne sais pourquoi ils me Tout ôtée. »
Mercredi, 3 juillet. — On a^enregistré au Parlement un édit de création de 12 payeurs des rentes et 12 contrôleurs à 3,750 de gages au denier 40 pour les payeurs et 3,750 pour les taxations. Et aux contrôleurs 1,250 de gages et 750 pour droit d'exercice. Ce petit nombre de payeurs payera lentement les rentes. Le comte de Charollois est nommé pour la première fois dans cet édit. Il est entré au Conseil depuis peu.
Bayle. — Le Chancelier a commis quatre examinateurs pour examiner les quatre volumes du nouveau Dictionnaire de Bayle, que l'on veut faire débiter en France. En 1697, la première édition fut examinée par l'abbé Renaudot, par l'ordre du Chancelier Boucherat et elle fut défendue (2) , Jurieu fit imprimer le jugement de l'abbé Renaudot avec d'autres chez Achel, in-4^, 1097, à Roterdam, brochure 47 p. Bayle y répondit par des Réflexions sur un imprimé. [Lettres de Baylcy 602 et 623, où il y en a plusieurs qui me sont écrites). Jurieu répliqua. Le Consistoire des Églises wallonnes le *fit examiner, sur quoi Bayle écrivit une lettre du 7 juillet 1698, et il fut permis en Hollande, sur la promesse de corriger certains en-
(1) Saint-Simon, t. XI, p. 369, cite ce mot du public, qui est malin, et ne < île pas le mot du Chancelier. D'Aguesseau ne manqua précisément pas de courage, pendant la Régence. Il manqua d'à propos. Il eut la vertu maladroiU». Voir aussi Barbier (1, 15, 62,81, 189, 194).
Voir sur d'Aguesseau les deux ouvrages de M. F. Monnier (D^A^ttesseau et son temps ; Paris, Didier) et de M. O. de \à\\ée{d\iguesseau et le Régent).
(2) Voir Des Maizeaux, Vie de Bayle.
JUILLKT 1720. 309
droits (1), En 1702, il y eut une S'' édition augmentée de près de moitié. Le seul article de David fut refondu et quelque peu d'endroits corrigés ; mais Bayle ajoutai la fin quatre grBinds Éclaircissements sur les athées^ les pyrrhonienSf les manichéens et les obscénités, qui sont quatre efforts d'un esprit grand et merveilleux, et qu'il fit sur les représentations que je lui avois faites par plusieurs de mes lettres. Mais ces quatre apologies ne guérissent pas le mal qui est fait parla lecture précédente. Après sa mort, il s'est trouvé de quoi faire un volume de Suppléments, que l'on a placés dans Tordre de l'alphabet ; ce qui ffiit les quatre volumes dont il s'agit. L'édition est dédiée au Régent; on la voudroit faire entrer et débiter en France (2). Il n'y a pas apparence qu'une critique si hardie, où la religion et la raison combattent perpétuelle-
(1) Le Consistoire reprochait à Tauleur : !<> de s'être permis des pensées et des expressions obscènes; 2o d'avoir fait de l'article David une espèce de diatribe contre ce Roi ; 3o non-seulement d'avoir rapporté tous les arguments des manichéens, mais de leur en avoir prêté de nouveaux , et de n'avoir réfuté ni les uns ni les autres ; 4o d^avoir eu le même tort» relativement à la doctrine du pyrrhonisme, dans l'article consacré au chef de cette secte; 5° d'avoir donné des louanges outrées aux athées et aux épicuriens. Outre ces cinq chefs principal! X, on le blâmait encore d'avoir pris la défense de quelques papes attaqués par les théologiens de la réforme. — 11 promit de faire disparaître de son Dictionnaire ce qui avait blessé le Consistoire. Mais, encouragé par Tempressement du public à persister dans la voie quMl s'était tracée, il ne réalisa point cette promesse, et son livre resta, à* très- peu de chose près, dans le même état.
(2) Marais parle de la 3e édition du DicUonnaire de Bayle corrigée et augmentée (par Prosper Marchand), Rotterdam ^ Michel Bohm, 4 v. in- fol. Cette édition contient un portrait du Régent, avec 19 vers au-dessous, de H. P. de Limiers, à la louange du prince et du Système. L'éloge toml)a assez mal à propos, au moment de la décadence et de la chute de Law , pour ressembler à une épi^ramme. Il fallut rogner les planches , et modifier sans doute aussi, pour la mieux conformer aux circonstances, VÉpitre dédicatoire. Celte Épitre dédicatoire, rédigée par La Motte, est fort ridicule : elle s'exprime ainsi • « Les plus grands hommes regardent les louanges comme la récompense de « la vertu, mais il semble que pour vous elles n'en soient que l'inconvénient. » Tout le reste est de cette force. Voir sur celle plaisante affaire de l'édition de 1720 et de sa dédicace, M. de La Borde {Palais- Mazaiin, p. 396. )
On trouve au tome \\ deux articles David y c'est-à-dire l'ancien et le noti-
meuly et où le pyrrhonisme le plus fort est établi, puisse être mise entre les mains de tout le monde. Voyez ce que j'ai écrit au commencement de la 2*". édition.
— Livres, brochures et curiosités feuilletés et visités par un cardinal (1) dans le cabiàet d*un chanoine^ le jeudi 26 avril 1720 (2).
l'' Un traité de la paix impraticable (3)^ Édition de Paris, contrefaite à Strasbourg,
2° Un Corps de doctrine (4) qui na que la peau et les os, déchiqueté et recousu à plusieurs endroits.
3° La manière de frapper 17 coups tous inégaux sur 101 points donnés, en sorte quils portent également et au désir de quiconque les voudra frapper. Qualifications respectives.
^^ Une déclaration de guerre faite en forme d'une publi" cation de paix.
5° Un nouveau calcul pour compter dans son parti ceux qui n y sont pas.
6"* Un alphabet servant à écrire toutes sortes de décisions à double sens.
T Une écritoife de table ^ garnie de papier fin, d'encre double, et surtout d'un canif à rature.
8° Fart déplacer les calottes, de façon que la tête tourne à tout vent.
veau, le texte primitif et le carton.. Bayie était incapable de contrition parfaite, et avec cette bonhomie qui cache tant de malice, il met côte àeôte, sous les yeux du lecteur, le péché et la pénitence.
(1) Le cardinal de Noailles.
(2) C'était là une des formes favorites de la malagnité du temps. On supposait un catalogue de livres au titre ironique, une liste d'étrennes facétieuses, des logements où l'on profitait habilement du nom des rues pour en faire une épigramme etc:
(3) Allusion à la paix avec l'Espagne et au Congrès.
(4) Allusion au Corps de doctrine, qui avait servi de protocole d'accommodement entre les évéques constilutionnaires et appelants, sur l'initiative du cardinal de Noailles, et aux nombreux accrocs que subissait cette paix fragile et prématurée»
9* Une des calottes, au-dessous de laquelle est une girouetie sur laquelle elle a déjà produit cet effet.
iO° Un essai de date dont Vusage donna autrefois de la réputation. ( Cela a rapport au procès des archevêques de Rouen et de Lyon sur la primatie qui a été jugé en faveur de celui de Rouen, sur les écrits de Tabbé Couet, qui employa de fausi^s dates dans ce procès. )
il'' Une pierre à dégraisser les taches que les prélats se font eux-mêmes y m sorte quelles paraissent toujours sans qu\ux les voient.
"' 12* Plusieurs douzaines de signatures d'évêques en pile lune sur Vautre, au travers desquelles on ne laisse pas de voir à clmr celte dunpn^ticulier (Y sbhé Couet, La Retractation du cas de conscience), biffée il y a 15 ou 16 ans, édition dèMum:
13"* LAlcoran tout prêt à faire accepter, s il plaisait au PùpéVÈdition de Rome, par ies soins des jésuites.
W Parallèle de la conduite du P. Quesnel et du siège de TroyeSi Dissertation, oii on examine pour quoi cette ville ù résisté dix ans aux efforts de toute la Grèce, et na succombé quaux artifices d Ulysse. Ensemble dans le même recueil, Vanatomie du cheval de Troye.
15° L'art d'ouvrir son cœur sans y laisser rien voir. (Ârch. de Rouen) Édition de Rouen, revue et augmentée par Vauteur.
16* Vart d'aimer tout et de n^ aimer rien, par le même.
iT Lart de persuader pour un fnoment, nouv. édit.
18*" Le schisme imaginaire^ proscrit et détruit par un schisme réel. 1" Èdil à Soissons. 2* au Louvre.
19^ Observations sur lecamr, ses mouvements et ses usages (M"* Chausseraye (1))> avec une manière de le mettre à toute sauce, A Madrid, au bois de Boulogne.
(i) Femme habile et spirituelle, mêlée aux intrigues galantes et dévots du fénips. ( V. S. Simon et Duclod. }'
20*^ Les plaintes arriéres de la vérité contre ceux qui ont fait fortune sous son nom, à Clermont. (Massillon.)
2V Le guide des courriers ecclésiastiques, par les villes épiscopales de France.
22° Explications relatives à une bulle qui ne peut avoir de rapport à ces mêmes explications,
23° Un projet de lettres patentes tout différent de la manière dont elles doivent être expédiées quoi qu'on fasse compter sur ce papier les parties intéressées,
24^ Plusieurs lettres dune personne (Lettres du P. Délateur, Madame de Chanailly ) ci-devant disciple de S. Augustin^ envoijéespar une dame à différents évéques.
25° Les entreliens du même et de la même sur les matières du temps. Plusieurs tomes,
26° Les passepartouts des cabinets des grands^ pour les ouvrir de nuit ou de bon matin,
27° Le grison qui va mieux de nuit que de jour y fragment des Mémoires du C, de Retz.
Il y avoit encore dans le cabinet un grand homme (le pape qui a le ventre ouvert) dont les entrailles sont ouvertes et étendues comme le manteau de Sainte-Ursule, et qui ne laisse pas de vivre.
S'ensuivent les tableaiujo,
1° Un Moïse qui demande au Seigneur d'être plutôt luimême effacé du livre de vie que de voir périr le peuple.
2° Un Saint Paul qui veut être anathème pour ses frères.
3^ Un Jonas qui se déclare auteur de la tempête et se fait jeter dans la mer.
4** Un prêtre de la loi nouvelle, qui semble imiter les dispositions de Moïse, de Jonas et de Saint-Paul.
Parmi les grotesques.
V Ily avoit un singe fort adroit qui tiroit les marrons brûlants avec la patte du chat.
2° Le cardinal examina longtemps et essaya certains
verres qui font voir les hommes comme des fourmis et qui font paroîlre Vesprit bleu.
3° // sortit fort content en admirant un Alexandre profondement endormi (Fabbé Couet) au milieu des mouvements et des inquiétudes de son armée prête à livrer bataille. c( Cest mron portrait y lui dit Vabbé, le peintre m'a voulu peindre de cette façon comme m'étant la plus naturelle. »
3 juillet. — Ce jour-là, le Régent a écrit une lettre à la Gourdes monnoyes, pour faire exécuter à la rigueur les ordonnances contre ceux qui survendent les espèces d'or et d'argent, ce qu'on appelle Billonnage.Des particuliers faisoient ce négoce à la place de Vendôme , vendant les louis qu'on appelle Noailles(l) jusqu'à 120 fr. et les autres 100 fr. et disoient à Toreille : ((Voulez vous du jaune, du grandjaune, du petit jaune, du blanc. » Sur cette lettre, il y a eu arrêt, qui a commis un conseiller et deux substituts, pour aller à la place avec soixante archers, et se saisir de ces billonneurs, et qui a ordonné Texécution des ordres qui portent peine de galères en certains cas et de carcan.
Les billets perdent 35 et 40 pour cent sur la place. La Banque n'est ouverte que pour couper les gros billets. On s'y étouffe. J'en ai fait couper un de 1,000 fr. ; on a été depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir pour y parvenir. Des personnes^ ont été étouffées chez les commissaires qui payent les billets de 10 fr.
Capel, joaillier, a été assassiné, le premier de ce mois, à dix heures du soi^r, sur le quai des Morfondus, par trois hommes qui l'ont volé et laissé mort sur la place.
Constitution, Accommodement. Corps de doctrine. — lia paru une brochure in-4* de 33 pages, sans nom d'imprimeur, intitulée : Explications sur labulle Unigenitus. C'est un examen de deux articles du Corps de doctrine du cardi-
(1) Louis fabriqués sous le ministère du duc de Noailles.
nal^Tun sur la différence des deux alliances^ Tautre sur la volonté de Dieu, la grâce et le libre arbitre. Cet écrit vient d'une main très-habile 9 et d'un excellent théologien, qui démêle merveilleusement les matières, et montre Tambigoité artificieuse et subtile du Corps de doctrine. On donne avis à la fin que le< Corps de doctrine s^mprime au Louvre et se tire à 10 ou 12,000 par les soins de l'abbé de Targni (qui est Thomme du cardinal de Rohan ), et qu'il s'imprime encore chez Timprimeur de l'archevêque. Ainsi nous voyons la censure devant l'ouvrage.
Corps de doctrine, —Les docteurs de Sorbonne ont été dans le mois dernier chez le cardinal pour le détourner de ce Corps de doctrine ; il leur dit : a II faut que chœun se mêle de son métier , » et ajouta : ce que chacun fasse son devoir. » LecurédeS.-S^verin dit : «t Nousy sommes bien résù* lus, monseigneur, défaire notre devpir. » L'abbé d'Asfeld (1) parla et ne gagna rien. Il représenta au cardinal Thonneur que lui avoient fait les instructions pastorales; il répondit : « le Corps dé doctrine ne me fera point déshonneur. » Le curé de Ste-Marguerite { que l'on prétend stuteur de l'écrit ou notes ci-dessus) le pria de lire ces notes : ce Quoi ! dit-il, ces notes séditieuses et pitoyables. » On se retira très-mécontent.
Il court un mémoire qui a pour titre : Mémoires sur la paix de VÈglisCy qui a été communiqué de la part du Cardinal : On y trouve les termes de son acceptation (2).
(1) Célèbre directeur de conscience da temps et janséniste persécuté. (V. Saint-Simon. )
(2) Termes de l'acceptation du (7. de iV; — « Nous acceptons, etc., le tout « suivant les explications, qui ont été approuvées par très-grand nombre de « prélats du royaume, et que nous vous donnons comme renfermant le véri- « table sens de la Constitution. Explications que nous avons jugé nécessaire « de joindre à la Bulle, uniquement pour empêcherque par des interprétations K également fausses et contraires au véritable sens de la Bulle et aux dites « explications, la foi ne soit attaquée, la morale corrompue et la liberté des H écoles blessée. » Ce mémoire porte qu'il n*est point question de se désister de l'appel, de le révoquer, ni d'y déroger et qu'on s'en servira toujours, si la Cour
JUILLET i7ao. 316
20 juin. — Fonds étrangers. — J'aiomis^ dansle mois de jaiiiy une ordonnance du roi très-importante^ qui ordonne à tous ceux qui ont des fonds dans les compagnies de com merce, dans les pays étrangers^ de les retirer dans deux mois, et les sommes en dépôts^ à peine d^amende du double^ moitié au denier. Elle défend aussi de prendre intérêt ni de placer aucuns fonds dans les compagnies et ailleurs en pays étranger^ sans expresse permission du Roi. La question est de savoir comment on pourra faire exécuter cette ordonnance et comment on pourra retirer ces fonds des compagnies. Si les étrangers faisoient une pareille ordonnance pour ceux qui ont leurs fonds dans la Compagnie des Indes en France^ on seroit bien embarrassé de les retirer.
4 juillet. Diamants. — -Ârrèt qui renouvelle les défenses à toutes personnes, de quelque état et sexe q u'elles soient, de porter des diafnants, perles et pierres précieuses , qui révoque toutes les permissions et brevets particuliers accordés pour en porter, qui défend même d'en garder chez soi^ sous quelque prétexte que ce soit, sauf à ceux qui en ont aies faire vendre hors du royaume dans un mois, à peine de confiscation et de 10,000 fr. d'amende ; quart au roi, les trois quarts au dénonciateur. Ordonne aux orfèvres et joailliers de donner dans 3 jours un état des pierreries et diamants qu'ils auront, leur permet de les faire sortir du royaume sans passeport ni permission, dans le mois, sou» les mêmes peines. Et enjoint de faire rentrer dans le royaume le prix des diamants vendus, sous les peines de l'ordonnance du 20 juin. Les bagues et pierreries épiscopales et des églises sont exceptées. Les diamants qui se trouveront sous les scellés après le mois,
de Rome ne veut pas approuver Pacct. (II n'y a pas d'apparence qu'elle Tappronve, car la nouvelle est venue, qu*à Rome on a condamné la lettre circulaire du cardinal aux curés de son diocèse, où il leur annonce ces accommodements et le Corps de doctrine. ( Note de Matais.)
confisqués. Il y avoit une déclaration du 4 février qui défendoit d'en porter, mais non d'en garder. On court après l'argent que l'on a laissé emporter aux étrangers ; mais ils le garderont bien, et si cet arrêt s'exécute, ils auront encore les diamants.
BiLLONNAGE. — On a publié et affiché partout l'arrêt de la cour des monnoyes du 3 juillet qui défend la survente des espèces d'or et d'argent, à peine de carcan pour la première fois, et des galères pour la récidive. Il date une déclaration du 8 février 1716, permet d'informer et de faire toutes perquisitions. Le réquisitoire du Procureur général porte qu'il a été vendu des louis d'or de 20 au marc beaucoup au-dessus de 100 fr. et que ceux qui les achetoientsi cher ne les remettoient pas dans le public, ce qui augmente la rareté des espèces. Le Parlement s'est plaint de ce règlement, et a prétendu que la punition de ce crime, où il entre du péculat et de l'usure, lui appartenoit. Les gens du roi sont venus au Régent, qui leur a dit que si Parlement prétendoit avoir ce droit , il n'avoit qu'à rendre aussi un arrêt, et que deux valoient mieux qu'un.
Law rebat. -^ Law veut recommencer son Système ; il dit qu'on Ta brouillé. C'est comme un joueur qui dit que les cartes sont fausses et qu'il a mal donné. Il veut retattre.
Le Roi. — Le Roi a dit au maréchal de Villeroy : a Mon oncle me fait aller au Cours, àSaint-Cloud, à Vincennes. D'où vient qu'il ne me mène pas à Versailles, à Trianonî j'aime tan tTrianon. » Le maréchal luiadit: a Mon maître, dites-moi la vérité, cela vient-il de vous, quelqu'un vous le fait dire ? >) Le Roi Fa assuré plusieurs fois que cela venoit de lui-même ; sur quoi le maréchal lui ayant fait entendre qu'on remuoit beaucoup de terre à Versailles, qu'on travailloit aux canaux et aux eaux et que cela po'urroit nuire à sa santé, le Roi lui a seulement répondu ces deux mots : Bagatelle, bagatelle.
JUILLET 17aO. 317
BiLLON. Chancelier. — On a parlé du billon que Ton veut répandre dans Paris au lieu de bonne monnoye. Le Chancelier s'y est opposé et a rapporté des faits historiques, pour justifier que le billon avoit été la perte de beaucoup d'États et qu'en France on l'a toujours empêché. Le soir, les amis du Régent, à un souper, raillèrent le Chancelier, et dirent qu'il avoit rapporté cette traditionlà de Fresnes.
k juillet. — Élection de M. de Châteauneuf, prévôt des marchands, et de deux nouveaux échevins, Dejiise et Chauvin.
6 juillet. — Banque. — Le Parlement a envoyé des députés au Régent, pour se plaindre de ce que la Banque est fermée et qu'on ne voit point d'argent dans le public. Il les arenvoyés, et a dit qu'il ne pouvoit pas mieuxfaire. Ils sont revenus Taprès-dlnée : le Régent ne leur vouloit point parler; mais ils ont insisté, et ont dit qu'ils ne s'en retourneroient ^as. Sur quoi le régent les ayant fait entrer, il leur a promis qu'il feroit donner de l'argent. Ils ont demandé quand. Il a répondu : ce Âh! quand^ quand quand, je n'en sais rien ; c'est quand je le pourrai. »
Mardi, 9 juillet. — On a ouvert la Banque pour donner de l'argent. Il s'est présenté une foule infinie de gens; mais on n'a donné que dix francs à chacun sur les billets de 10 fr., et on n'en a pas voulu pay^r deux à la même personne. Les commissaires ne donnent plus rien. Âinsi^ voilà la Banque royale ouverte, à une pistole par tête et à pique-nique.
Mercredi , 10 juillet. — Homme tdé. — La Banque ayant été ouverte pour payer les billets de 10 fr., on a refermé la porte, quand il y a eu un certain nombre de gens assemblés dans la cour. Ceux de dehors, impatients, ont voulu forcer la porte, et ont jeté quantité de pierres par dessus le mur à ceux de dedans, qui, de leur côté, ont rejeté les pierres au dehors, et se sont ainsi blessés les uns les autres, quoique tous du même
partie et par une fureur populaire qui n'a jamais aucune raison. Ce combat s'est terminé par voulbir enfoncer la porte de la Banque^ où il y a un petit guichet par lequel les mutins regardoient, et comme la garde du dedans a vu qu'il y avoittout à craindre^ elle a tiré on coup de fusil par le guichet^ qui, d'une balle, a jeté par ferre, un cocher, et de l'autre balle a cassé l'épaule d'un homme. Le peuple assemblé a pris le corps du cocher qu'ils ont cru mort et ils ont dit : « Portonsrle au Palais-RoyaU » et en effet ils le portoient, suivis de quatre mille âmes, quand cet homme a donné signe de vie et a demandé un confesseur. Aussitôt, on l'a mis contre une borne ; on lui a été chercher un confesseur, et le peuple, à qui il ne faut pas plus pour s'apaiser que pour s'émouvoir, l'a laissé là et s'est dissipé de lui-même. Cette émotion si heureusement cessée, et qui pouvoit aller loin si le peuple -étoît entré au Palais-Royal, doit être mise au nombre des bonnes fortunes du Régent et des bonheurs de son étoile. Le cardinal de Retz, dans ses JtfémoiVes, dit que : «Qui assemble le peuple, Témeut. m II n'y arien de plus vrai. Voilà un beau prétexte pour ne, plus payer, et on commence à sentir l'effet des billets mis dans les mains d'une populace. Au reste le signe de vie du cocher est un grand bien pour les Parisiens. Cette résurrection nous a peut-être tous sauvés, et on peut* bien l'appeler des Pâquês kistoriques ou les Pâques parisiennes.
Le Roy. — Le Roi a créé un régiment de tous les jeunes seigneurs qui sont auprès de lui. Il est distribué' en quatre compagnies, quimontenteidescendent lagïHtle tous les soirs, après l'étude de S. M., sur la terrasse des Tuileries. Le Roi lui a donné le nom de Royal-Terrasse^. Chaque compagnie a son capitaine, un lieutenant, un' enseigne, ijin sergent, un caporal. Elles- font régulièrement l'exercice et observent une disci^ine très^xactei
MoDÈNE. — On a appris de Modène que la duchesse, fille du Régent, y est arrivée le 21 juin au soir, qu'elle y
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a été reçue magnifiquement^ que le duc de Hodène père^ le prince héréditaire et son firère ont été la recevoir jusque sur les confins de Reggio, et que le même soir la bénédiction nuptiale fut faite par l'évèque de la ville. Le lendemain^ grand'messe^ Te deuniy grand repas et bal le soir. Il y a trois princesses, belles-sœurs de la duchesse; cela servira à la désennuyer. La cour de France et celle de Modène se ressemblent peu.
Mercure. Système. — Le terme de Système est devenu comme crime d'État, et on se gai*de de le prononcer. Voyez dans le Mercure de juin, p. 110. Il y a un abrégé d'une comédie du P. Du tlerceau, jésuite, qui a été jouée au^ collège, intitulée : Le Philosophe, dont le caractère est d'un homme qpi s'aime.
Redevable à lui seul et borné dans lui-même
il n'a qu'un seul devoir qu'il remplit bien : Il s'aime.
Puis le poëte ajoute :
Malheureux (je le dis dans l'ardeur qui m'emporte) Les rois dont les sujets penseraient de la sorte! Malheureux les pays qui dans les fâcheux temps IN'auroient pour défenseurs que de tels habitants ! Qui d'entre eux oseroit, prodigue de sa vie. L'immoler pour son prince ou bien pour sa patrie ?
Au contraire ils voudroient dans leur affreux
Que lorsqu'ils finiront, tout finisse avec eux.
, Les points se remplissent par Systèmey qui est devenu 'Une obscénité. Je ne sais si c'est le jésuite ou Fauteur du Jhfercure qui n'a pas voulu prononcer le mot et Timpriiloer, mais l'un ou l'autre ont fait une grande sottise de '(^nser qu'il n'est plus permis d'écrire le mot de Système ^t de s'imaginer qu'on ne peut pas dire Système affreux ^ans penser à celui de Law. C'est avoir bien mau- A^aise opinion des hommes , et on n'a pas songé que de laisser cette place vide, c'est justement la faire remar-
^juer et faire chercher le mot de l'énigme. Le plus court
étoit de ne point mettre ces huit vers, que rien n'obligeoit de rapporter dans le Mercure, dont l'auteur se fait criminel d'État en ne le voulant pas être.
On a affiché : Vingt mille livres à gagner. Il a été perdu un gros chien noir, avec un collier rouge, dans le faubourg S. Antoine, Ceux qui Vauront trouvé nont qu'à s'adresser à Madame Vahhessedu Trainel, qui leur donnera les 20,000 francs, (M. d'Argenson a le cordon rouge comme chancelier de l'ordre de Saint-Louis) (1).
i2 juillet. — Actions. — Les actions sont à 4.510. J'en ai acheté 4 pour 18,040. J'ai très-mal fait. Le lendemain 13 elles ont été à 4,200 et 4,400.
Constitution. Blois. — L'évêque de Blois (1) a écrit une lettre à M. le Robien, grand vicaire de Vannes, où il lui apprend l'acceptation de la Constitution. Il dit en parlant du Corps de doctrine : cdl est tombé un écrit du ciel entre les mains de M. le Régent et de l'abbé Dubois. « Toute la théologie de la Constitution y est traitée à fond, le dogme de TÉglise mis hors d'atteinte ; les sentiments approuvés dans les écoles en sûreté pareillement ; le point de la condamnation fixé et déterminé sur quelques excès véritablement condamnables ; Nulle imputation de ces excès au livre et à l'auteur ; attribution constante et perpétuelle d'un bon sens et d'une bonne entente dans le Pape qui condamne et dans l'Église qui acquiesce. Écrit in-12, 77 pages. On a fait une réponse très-vive à cette lettre, où l'on fait l'analyse de tous ses termes, et où l'on s'attache principalement à montrer que s'il n'y a nulle imputation de ces excès au livre et à l'auteur, le P. Quesnel est déclaré innocent et qu'il ne falloit point de bulle. On insiste beaucoup sur ce que ce Corps de doctrine est tombé du ciel; mais cela ne veut dire autre chose sinon que l'on ne sait d'où il est venu, et il y a quelques charmes
(1) Journal de Barbier, 1, 43.
(2) Cauniartin , beau-frère de d*Argenson , le garde des sceaux disgracié.
dans la réponse. On ne balance à pas dire que l'abbé Couet est Tautenr du Corps de doctrine.
On a vu un autre écrit suite de l'explication de la bulle VnigeniliASy in-i-"* 13 pages. Cesi la suite de la réponse au Corps dedoctrine sur l'article de l'excommunication. On y reconnolt toujours une main forte et excellente. Les évèquesy sont repris de dire qu'ils sont l* Église enseignante j ce qui exclueroit le second ordre, dont les droits sont ici très-bien soutenus, et on y montre le,faux et le danger de cette proposition vague du Corps de doctrine. Dans le doute y la présomption est toujours pour le supérieur, d'où . il arriveroit que tous ceux qui doutent seroient dans le parti de Rome dès qu'elle auroit donné une bulle.
ÂSNiÈRES. — Le Régent passant le soir le bac d'Asnières, pour aller voir madame de Parabère (1) qui y a une maison, s'amusoit à faire pencher le bateau des deux côtés. Le batelier, qui ne le connoissoitpas, dit : «Voilà un i>. .. de bateau qui va comme la régence, sens dessus, dessous. »
Samedi, 13 juillet, — Francs salés. — La déclaration dix Roi pour le rétablissement des francs salés a été eni^^gistrée au Parlement. Ils avoient été révoqués par l'é- Ai* du mois d'août 1717 dont l'exécution ayant paru peu ï>L"tile, ils ont été rétablis, d'abord en faveur des cours sujtpérieures par édit d'avril 1709 , que le Parlement n'a psts voulu régistrer, puis par un arrêt du conseil du 27 a-"v^Til 1720, portant rétablissement général. Le Parlement a-^v-oit longtemps fait la difficulté de passer le rétablissement partiel ; quand il a vu qu'il étoit général pour le public, il a registre la déclaration. Ce m^me jour, il y a eu une grande assemblée avec. les députés du Parlement en Thôtel du Chancelier, qui a proposé l'enregistrement de tous les arrêts rendus sur le fait de la Ranque et de la
(0 "Voir sur madame de Parabère notre livre des Maîtresses du Régent ^P«ri«» Dentii, 1861, V édition ).
compagnie des Indes, billets et actions, etc. Ces députés sont le P. d'Aligre, le P. Portail, Tabbé Pucelle, l'abbé Hainguy^ le P. de Blamont^ M. de la Guillaumie^ M. de la Malmaison. Le Parlement a refusé cette proposition^ à cause de Taliénation des mon noies de celle de la ferme générale, et* a demandé compte de l'argent. Le chancelier a dit que le Régent se plaignoitdece qu'ils s'opposoient toujours à. tout ce qu'il vouloit faire. Us ont dit qu'ils ne pou voient faire mieux et que l'État étoit chargé de dettes immenses et de papier qu'il falloit acquitter. Pour cela le Chancelier a proposé trois débouchements : 1** les rentes de la ville qui se remplissoient; 2** l'établissement d'un compte ouvert en Banque dans Paris et dans toutes les villes où il y a monnoye, dont le fonds seroit de six cent millions en billets qui ne circuleroient plus ; 3® il a dit que l'on avoit pensé de taxer les Mississipiens^ qui ont beaucoup gagné aux actions^ mais que l'exemple de la Chambre de justice, qui avoitpeu rapporté, avoit engagea tourner la chose autrement, et que ces* riches offraient entre eux d'être cautions du papier jusqu'à 600 millions. A quoi le Parlement a dit que les rentes se remplissoient peu, que le compte courant avoit beau(}oup d'inconvé* nients et que c'étoit un expédient pour prendre les billets après avoir pris l'argent sans jamais rendre -ni l'un ni l'autre; et qu'à l'égard du cautionnement, il n'y en avoit point de meilleur que l'argent : Plus caulionis in re quam in persona ; qu'il falloit savoir ce qu'il étoit devenu; que si ces cautions vouloient déjà mettre dans le public 200 millions en argent, on pouvoit s'accommoder, et que la première ca,ution devoit être Law, à qui on connoissoit des fonds en terres pour plus de 600,000 fr. de rentes. Cette réponse n'ayant point plu au Chancelier, les députés du Parlement ont dit qu'il falloit donc ôter à Law absolument la direction d'aucune affaire, et qu'il n'y avoit d'autre remède dans l'état présent que de le chasser. Sur quoi le Chancelier a répliqué qu'ils n'étoient point as-
semblés pour les personnes, mais pour les choses^ et a excité les députés à faciliter les affaires. Les députés ont dit qu'ils avoient sacrifié leur bien^ leur patrimoine et la fortune de leur famille; qu'il ne leur restoit plus que leur honneur, qu'ils ne sacrifieroient point. Le Chancelier a dit plusieurs fois : « 11 faut se prêter, prêtez-vous, M. Pucelle. c<Surcemotdeprêter,M.Pucelleadit: «Je vaux bien M. Law; prétez-nous-le pour cinq ou six jours. » Cette conférence a fini ainsi. Les députés ont promis de la rapporter au Parlement avec ses lettres patentes portant l'établissement du compte ouvert et du virement de parties pour y être examinées.
Dimanche j ii juillet. — On négocie les actions sur la place le dimanche comme les autres jours, sans respect aucun pour la sçlennité de ce jour. Elles sont à <i.,600 et 4.,700, et le billet ne perd plus que 18 ou 20.
Lundi, 15 juillet. — Compte ouvert en banque. — Les /députés du Parlement ont rapporté en chacune des cbamhres la conférence du samedi 13. On a examiné toutes les ..propositions, qui n'ont point été trouvées bonnes, non plus que l'établissement du compte ouvert dont tous les ^«rtiole^ ont paru périlleux. Ce compte ouvert doit être :faiten billets qui seront brûlés et qu'on ne reverra jamais. Il n'y a aucune sûreté pour le fonds qui n'est qu'un crédit 3sans argent, au lieu qu'en Hollande et en Angleterre, il ■y a toujours un fonds prêt pour payer, et des souscriptions de gens riches qui en sont cautions et qui l'assurent . 11 est ordonné que l'on ne pourra saisir les fonds en ban- «que, ce qui peut donner lieu à beaucoup de banqueroutes et de fraudes de la part des Négociants infidèles. Les lettres de change ne doivent être payées qu'en écritures, à péioe de nullité du payement et de 500 francs d'amende pour le créancier ou le débiteur. C'est un nouveau papier dans le public, tout propre à ruiner le commerce. Les écritures seront stipulées en livres tournois sans être sujettes à la diminution d'espèces. A quoi il ne faut point
se fier après ce qu'on a vu sur les billets. Enfin on a parlé de la caution des 600 millions, qu'on a trouvée mauvaise, puisque ces cautions n'ont que du papier : et Jes chambres en particulier ont persisté à ne point vouloir enregistrer cet établissement et ces lettres patentes, et à demander Law pour Une des cautions, ou qu'il soit chassé. A demain l'assemblée des chambres.
Pendant que cela se passoit, on a publié l'arrêt du conseil (l'arrêt est du 13 juillet), qui contient l'établissement de ce compte ouvert, en dix-huit articles, où l'on ne voit point de sûreté pour le fonds et pour le payement des 600 millions qui entrent dans cette nouvelle banque, et tout Paris a été étonné de ce dessein, qui semble engloutir le papier et le renfermer dans un même abîme avec l'argent. Cet arrêt est rendu sur la représentation des principaux négociants, qui ne sont point nommés. Il attribue la connoissance des différends qu'il produira, d'abord au conseil, et par appel, au conseil où il doit y avoir quatre directeurs de cette caisse et un contrôleur g'ënéral que le Roi nommera et qui feront leur serment entre les mains du prévôt des marchands. Il paroit que l'on veut suivre l'exemple des pays étrangers, où ces comptes, transports et virements sont d'une grande commodité. Mais il y a des sûretés que l'on n'a point en France, où le Roi est maître d'abolir et desupprimer quand il veut tous ces établissements.
La Mesangère. — Ancien maître d'hôtel du Roi, homme de condition et d'esprit, dont Noce, favori du Régent, avoit épousé la nièce; ayant trouvé un pauvre qui lui demandoit l'aumône et qui lui dit : cjesuis un pauvre gentilhomme ruiné par un moulin à poudre qui a été brûlé,» illui répondit: «Hélas! monsieur, je suis un pauvre gentilhomme qui ai été ruiné par un moulin à papier. » Cela a été rapporté au Régent, qui n'en a fait que rite.
M'** DE Charollois. — On m'a dit aujourd'hui que mademoiselle deCharollois (Louise- An ne de Bourbon-Condé\
princesse du sang^ a épousé le duc de Richelieu, qu'elle aime depuis longtemps ; que le mariage s'est fait ces jours passés dans la chapelle de Vincennes ; que la princesse a attendu qu'elle ait 25 ans^ étant née le 23 juin 1695 et se trouvant majeure au 23 juin 1720 : qu'elle a fait des sommations respectueuses à madame la Duchesse sa mère , qui avoit toujours résisté à ce mariage aussi bien que la famille royale, et qu'elle est plus contente d'avoir épousé un duc et pair fort galant, qui a 50,000 écus de rente, qu'elle aime, et qui la fait rester dans la cour de France, que d'être souveraine ailleurs. ,
Le duc de Richelieu est né le 5 avril 1696. Il est iils d'Armand-Jean de Vignerod, duc de Richelieu, qui étoit fils de René Vignerod et de Françoise Duplessis, sœur du cardinal de Richelieu. Ce duc est petit-neveu du cardinal de Richelieu, qui a proprement régné dans son ministère et porté la France à un- si haut point d'élévation , qu'il peut bien y avoir des exceptions pour sa famille. Voyez sur les mariages des princes du sang, la Bibliothèque du P. le Long, p. 132-133. Je trouve plusieurs filles de Bourbon qui ont épousé des gentilshommes :
Catherine de Bourbon, mariée à Gilbert de Chabannes, seigneur de Curson ;
Charlotte de Bourbon, à Volfand de Corselle, seigneur de Vire, maréchal de France ;
Gabrielle de Bourbon, à Louis , seigneur de la Trémouille ;
Jeanne de Bourbon, à Hugues de Chàtillon ;
Jeanne de Bourbon, à Jean de la Tour, comte d!Auvergne;
Jeannede Bourbon, àLouis de Joyeuse, comte de Grand- Pré;
Isabelle de Bourbon, à François d'Esc^rs de la Vauguyon ;
Louise de Bourbon, à André de Chauvigny, seigneur de Châteauroux ;
Marguerite de Bourbon à Jean 11, sire de Sully, en premières noces; et en deuxièmes à Hutin de Verneuille ;
Marguerite de Bourbon à Armand Amanjeu, sire d'Albret;
Marie de Bourbon-la-Marche, à Jacques, seigneur Des-
croix ;
Marie de Bourbon, dame de Dangu, à Gannain de Verrières ;
Suzanne de Bourbon de la Roche-Guyon, à Claude, sire de Rieux ;
Béatrix de Bourbon, à Eudes, seigneur de Grancey en Bourgogne.
Le duc de Richelieu est né le 5 avril 1696, et est déjà veuf de Catherine deNoailles, qu'il avait épousée le 12 février 1711. 11 a été à la Bastille trois fois: Tune du vivant du Roi, parce qu'il aimoit Madame la duchesse de Bour^ gogne. Il Ta été une deuxième fois pour duel avec M. de Gacé. Et la troisième depuis la Régence, étant entré, à ce que Ton prétend, dans la conjuration d'Espagne (1), et devenu par son goût pour le sang royal, amoureux de M"*" de Valois, mariée à présent au duc de Modène. A peine a-t-il vingt-(iuatreans.
Voyez la Généalogie des Vignerod dans du Fourny, t. 11, p. 1001 et 1002, aux Généraux des galères et des Duplessis Richelieu, p. 980. La noblesse des Vignerod est équivoque. Dans les premières propositions de ce mariage, faites il y a deux ou trois ans, Monsieur le Duc dit à M"*^ de Charollois sa sœur : Encore si vous épousiez un gentilhomme (ce mariage s'est trouvé faux).
Le comte de Charollois a envoyé cette nuit à Modèue un gentilhomme pour négocier son mariage avec une des princesses de Modène.
Mardi , i)juHlet, — L'assemblée générale des chambres
Il H n'y a plus de duule sur ce fait. Lemontey, f. 1, p. 'W..
JUILLET I7Î0. 8ÎT
ne s'est point tenue. Les députés ont été mandés chez ^ le Chancelier. On avoit su à la Cour que la résolution étoit ferme dans le Parlement, et que même on eût pu décréter Law puisqu'on ne le veut pas livrer. C'est pourquoi on a arrêté cette assemblée. La réponse du Parlement à toutes les propositions a été qu'on leur livrât Law. 11 y a eu un grand conseil de Régence Taprès-dinée, et nous verrons ce qui en arrivera. On se défie de M. de Majouinville, conseiller en la quatrième des enquêtes, qui rapporte ce qui se passe dans le Parlement.
Mercredi 17, — Émotion populaire contre Law (1). — Le peuple s'est assemblé dès le grand matin à la Banque^ parce que c'est jour du marché et qu'on ne donne plus d'argent aux commissionnaires. La foule a été si grande qpf'il y a eu plusieurs personnes d'étouffées, que l'on a portées sur la porte du Palais- Royal, quia étéfermée sur-lechamp (16 personnes étouffées). M. le gouverneur de Paris (le duc de Tresmes) y est arrivé. Ensuite Law avec son impudence angloise y est venu. Tout le monde est en larmes dans les rues, l'un réclame sa femme, l'autre son mari. On ne veut point ni billets parce qu'ils sont décrédités, ni argent parce qu'il diminue tous les jours. Il ne s'est jamais vu une pareille misère, et on est surpris comment Paris subsiste.
Le duc de Tresmes n'a pu dire autre chose au peuple sinon : « Hé , messieurs, messieurs! qu'est-ce que cela? messieurs, messieurs! » Voilà toute sa harangue.
Quand Law a passé dans le petit marché des Quinze- Vingts, il a eu grand'peur. Une femme s'est jetée à la portière de son carrosse et s'est fait traîner. Elle lui a demandé son mari, qui venoit d'être tué. Il lui a demandé si elle vouloit de l'argent, elle lui a dit : Non, je veux mon mari. Le cocher a en même temps fouetté ses che-
(I) Voir sur cette émeute, Barbier, 1. 1, 48, 49, 50. — Lettres de Madame, II, 333, 254.
vaux de toute sa force. Le peuple ne s'est aperçu que c'étoit lui que quand il a été passé, et il est ainsi abordé au Palais-Royal plus pâJe que la moiçt. Le peuple a jeté des pierres à son carrosse et à cassé les glaces et enfoncé le cuir de derrière quand il a repassé, mais il n'étoit plus dedans. On est allé à sa maison en grande foule lui porter des corps étouffés : les Suisses, qui le gardent depuis longtemps, sont sortis et se sont opposés à la violence. On a disposé des gardes dans son quartier avec le pistolet à la main. Tout est dans une émotion extraordinaire, et voilà l'état où. est Paris à midi. Le cocher de Law est fort blessé. Ses laquais se sont enfuis ; leur maître est resté dans le Palais-Royal et craint d'en sortir. Ses autres valets et commis sont insolemment aux fenêtres de sa maison qui regardent ce qui se passe , mais ils n*y sont pas restés longtemps, car le peuple, malgré les gardes, a cassé les vitres des appartements qui sont sur la rue, et les gardes eux-mêmes ont favorisé le peuple à qui ils disent qu'ils seroient tout les premiers à tuer ce b -là.
M. Leblanc, secrétaire d'État delà guerre, a fait emporter les corps que l'on avoit portés au Palais-Royal, et a jeté quelque argent au peuple pour Tapaiser. On dit que cette émotion a pénétré dans tous les faubourgs, et quec'étoit une partie faite dès trois heures du matin. J'apprends que le carrosse de Law n'est sorti du Palais-Royal que parce que le peuple, que l'on a laissé entrerdansles cours, avoit résolu de le brûler, et on a mieux aimé le laisser sortir que de risquer les événements. Une femme étoit auprès qu'un garde a voulu faire ranger, elle a dit : a On approche bien du carrosse du Roi. »
Pendant que cela se passoit dans Paris, les chambres étoient assemblées au Parlement où l'on a présenté un édit que l'on n'avoit point encore vu, par lequel le Roi accepte les offres de la Compagnie des Indes de payer pour 600 millions de billets de banque pendant 6 mois, moyennant quoi la Compagnie sera perpétuelle au lieu d'être èi,
temps, et on lui accorde encore d^autres commerces exclusifs. Cet édit, examiné, a été rejeté par trois raisons. La première, que l'on ne sait point la quantité de billets qui ont été faits et le soulagement que cela apporteroi tau public. Sur quoi les députés ont dit que dans les conférences, le Chancelier et M. Deffors avoient déclaré qu'il y en avoitpour deux milliards 200 millions, mais qu'ils navoient point voulu garantir qu'il n'y en eût que pour cette quantité. La deuxième, que les directeurs n'obligent ni leurs personnes ni leurs biens au payement de ces 600 millions, ce qui rend ces offres nulles. On parle bien de la compagnie qui est un corps, mais on ne veut point obliger les membres. La troisième raison est que ce sera une occasion de faire toutes sortes d'usures et d'injustices pour faire diminuer les billets et les retirera -bon marché ; en sorte que ces 600 millions ne coûteront peut-être pas 100 millions. Sur lesquels motifs il a été délibéré que S. M. seroit très-humblement suppliée de ^•étirer son édit. Pendant cette assemblée, le premier Président est sorti pour une nécessité. En rentrant, il a dit : Messieurs, je viens d'apprendre une nouvelle, c'est que Xe carrosse de Law a été mis en pièces (1). M. Fraguyer s'est levé et a dit : Et lui? — Oh ! il n'étoit pas dedans, a répondu le premier Président. — Tant pis ! a-t-on dit.
On a affiché Taprès-dlnée à la Banque qu'attendu le tumulte arrivé, on ne payeroit point et on ne couperoit point de billets jusqu'à nouvel ordre. Il y a toujours du peuple à la porte de Law, mais les gardes empêchent d'approcher. On a su qu'il est au Palais-Royal chez madame de Nancré, où il mange, et couche chez Coche, valet
(1) n De Mesrae, qui avait vu dans la cour l'aventure du cocher de Law , rentra en débitant ces vers d^in ton tragique digne du Crispin de Sceaux.
« Messieurs, Messieurs, grande nouvelle !
H he carrosse de Law est réduit en cannelle. »
(Lemontey, U I, p. 338.)
de chambre du Régent et concierge du Palais-Royal (1).
Le soir, on a publié une ordonnance du Roi en ces termes : «S. M. étantinformée du désordre qui est arrivé à la Banque à l'occasion du payement des billets, et voulant prendre les mesures convenables pour y remédier, a jugé à propos de suspendre, à la Banque seulementet jusqu'à nouvel ordre, le payement des billets. Fait très-expresses défenses à toutes personnes, de quelque état, qualité et condition qu'elles soient, de s'attrouper ni s'assembler, sous quelque prétexte que ce soit, à peine de désobéissance et d'être punis comme perturbateurs du repos public, suivant la rigueur des o'rdonnances. Enjoint S. M. au siredeBaudry, lieutenant général de police, de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance, qui sera affichée, et de faire arrêter en vertu d'icelle tous ceux qui seront trouvés en contraventions. Fait à Paris, le 17 juillet 1720; signé Louis et plus bas Phelipeaux.
6 juillet. — Gazette de Hollande. — Constitution.— Dans l'assemblée des curés du doyenné de Chàteaufort qui vient d'être faite à Versailles, on a voulu parler du Corps de doctrine. Le doyen a dit que M. le Cardinal souhaitait qu'on n'en parlât point. Les curés ont attendu la venue de l'archidiacre et grand vicaire, qui, après la messe, a fait un discours moral sur le devoir des pasteurs sans parler d'autre chose. Le plus ancien curé en rang de parler a dit qu'il y avoit une affaire plus importante dont on ne parloit point. Le grand vicaire qui a vu oùoq en vouloit venir, l'a voulu faire taire. Il a continué, a fait ses remontrances et ses protestations, et tous les curés se sont levés en disant : a Nous protestons contre le Corps de doctrine et contre tout ce qui se fera dans l'accommodement. L'Église est saisie par les appels, et il ne peut point y avoir d'autre juge, a Le grand vicaire a rompu laconfé-
(1) Barbier, 1. 1, p. 50.
rence et a emporté les mémoires qui regardoient les paroisses. On Ta chargé de renouveler la protestation et d'en faire mention dans sa visite, à la charge qu'iln'en fera rien . Quelqu'un a dit que le Cardinal leur auroit obligation un jour de leur fermeté, et de lui avoir évité le piège où on veut le faire tomber, et ils ont tous dit qu'ils persisloient dans leurs appels. Depuis, ils ont écrit une lettre au Cardinal pour lui notifier ce qui s'est fait dans rassemblée. On lui envoyoit leurs remontrances. Cette lettre est dans la Gazette du 19 juillet.
On a chanté sur le Pont-Neuf et dansles rues une chanson à la louange de M.*d'Aguesseau, Chancelier.
Dans tout le royaume Chacun dit tout haut Nous avons un brave homme Dans M. Daguesseau.
HississiPF. — On a publié une petite feuillecontenant une relation du Mississipi, où on en parle comme du Paradis terrestre. Il semble qu'on veuille faire sortir tous les François de leur pays pour aller là. On ne s'y prend pas mal pour faire de la France un pays sauvage et en dégoûter les François. Quel dessein de dépeupler un royaume florissant et de vouloir faire fleurir un désert ! voilà les fruits du nouveau Système.
Constitution. — Le prieur de Saint-Germain en Laye étant venu rendre compte au cardinal de Noailles de la calendertenue à Versailles, il parut content de lui et lui donna commission de convertir le curé de Saint- Leu, son ami, qui devenait (dit le Cardinal) un homme vif. Le curé de Saint-Leu en ayant eu avis, répondit qu'il en étoit surpris, parce que S.. E. lui avoit donné ordre, il y a deux ans, de convertir le prieur de Saint-Germain en Laye qui faisoit difficulté d'appeler de la Constitution.
IlresteencorequelquesdifficultéssurlesJLc((res-pa^mre5, sur raccommodement. On dit que monsieur le P. général ayant été interrogé si effectivement l'appel subsistoii si
bien^ que si un homme qui seroit refusé par son évéque, pour avoir appelé, se pourvoiroit au Parlement, le prélat y perdroit son procès, Tappel étant conservé pour le droit, mais déclaré inutile pour le fait.
Les ennemis du Parlement ont fait courir le bruit qu'il avoit eu part à l'émotion populaire, quoique ce soit un pur hasard. On a dit que les ^ens qui ont transporté les corps étoient gens de bonne mine, apostés, et qui se sont trouvés exprès sur le lieu. Cela se disoit tout haut dans le Louvre, chez M. le Duc.
18 et 19. — Arrangements proposés au P. — Ces deux jours, les payements de la Banque ont cessé, et le peuple a été fort en peine où trouver de l'argent pour vivre. Cependant le miracle perpétuel de la subsistance de Paris a conservé tout le monde.
Samedi, 20 juillet. — Dimanche 21 . — Translation