‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 34 sur 37 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Pour abaisser du Parlement

La fierté trop hautaine, De Pontoise, trop doux Régent, Fais- le sauter à Fresne.

C'est un lieu de correction , La faridondaine, lafaridondon, Là, d'Aguesseau s'est converti, Biribi , A la façon de Barbari ^ mon ami.

Avocats. — Les avocats persistent à n'aller ni à Pontoise , ni dans aucune juridiction du Palais, comme la Cour des ai Jes , les Requêtes de l'Hôtel , le Bureau des finances et autres. Il n'y a que les procureurs qui y vont et qui plaident.

Lundi, 2 septembre 1720. — Ce jour, le Parlement s'est assemblé à Pontoise sur l'affaire de la Constitution. La déclaration a été lue, les gens du Roi sont entrés et ont

conclu à renregistrement^ à quelques petites modifications près, qui avoient été concertées avec H. le Chancelier. (Jn conseiller s'est levé qui a présenté un paquet cacheté, dans lequel s'est trouvée une requête de l'Université. M. de la Porte, conseiller en la Grand-Chambre, a dit qu'il avoit entre les mains une requête de la part des quatre évêques appelaiits. M. le Premier Président en a été étonné et a dit que Fon auroit dû lui communiquer, avant l'assemblée, une requête de cette importance. A quoi M. dé la Porte a répliqué qu'il n'en étoit pas besoin, et que peut-être on ne sauroit ce qu'elle seroit devenue (1). Le Premier Président a paru très-fâché et a dit qu'elle devoit être rejetée sans la lire , mais H. de la Porte a tout doucement persisté à lire la requête. On a fait entrer les gens du Roi, qui ont conclu à ce que la requête ne seroit point lue, et se sont fondés sur un article de l'ordonnancé de Moulins. Ensuite on a pris les voix, et à la pluralité de 70 contré 48 , la requête a été lue, qui a été trouvée très-belle. Les conclusions tendent à être reçus appelants comme d'abus du Corps de doctrine et de Vcuicommo dément y et à être entendus sur leurs moyens. Il y a quatre consultations d'avocats jointes, à la requête, et entre autres, une de M. du Cornet. Sur cette difficulté , les requêtes ont été mises entre les mains des commissaires de la cour, nommés pour les affaires publiques, qui en doivent donner leur avis incessamment. La déclaration du Roi a paru très-mauvaise et encore plus forte, pour la Constitution, que les projets qui en avoient été donnés. L'ordonnance de Moulins ne parle que des oppositions aux lettres patentes et déclarations, mais non pas des appels comme d'abus. Le Parlement de Dotiay (enregistré à Douay le 17 août) et celui de Bretagne ont déjà enregistré la déclaration. On n'a pas at-

(1) Barbier, t. I,p. 57.

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SEPTEMBRE t7«0. 4 17

Suivant les temps.) La suite du Mémoire contient les objections et les réponses. La première objection est que le Parlement a registre en 171 4 les lettres patentes sur la Constitution^ et que celle^i n^est qu'une suite; on répond que par Fenregistrement de 171 i le droit des évèques est conservé , dont le plus grand est Fappel au concile , et en effet, le Parlement a reçu plusieurs appels et a maintenu les appelants. Alors on comptoit.sur Tunanimité^ mais, depuis, la division a paru, avec les appels. Le Parlement ne peut suivre que les règles. La deuxième objection est que Ton peut enregistrer sans préjudice des appels. Cela est impraticable. Il faudroitque Pespritdes accommodants eût passé dans le Parlement pour dire le oui et le non. C'est établir par arrêt le pyrrhonisme dans la religion, etc. La troisième objection : On imposera silence aux deux partis, et il y aura paix partout. Rép. On ne peut pas imposer silence aux gens que la religion oblige de parler. C'étoit une autorité légitime que celle qui défendoit aux apôtres, après leur prison, de prêcher Jésus-Christ. Mais parce que cette défense passoit son pouvoir, les apôtres répondirent qu'ils ne pouvoient s'empêcher de publier ce qu'ils avoienf vu et appris, et qu'il valpit mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Quatrième objection. On a déjà imposé silence par deux déclarations du Roi. On le peut faire encore. Rép. On n'en a pas mieux fait : la vérité en a souffert; cela est toujours arrivé dans l'Église. De plus, ce silence étoit provisionnel, celui-ci est définitif et pour toujours. On promettoit un accommodement et on ne voit qu'une rétractation du C. et une réunion parfaite à tous les sentiments molinistes des acceptants. La cinquième objection. Toute l'Église a reçu la bulle. Le nombre des appelants est si petit qu'on ne doit pas y avoir égard. Rép. La bulle n'est pas reçue canoniquement. Les acceptations sont nulles; le cardinal l'a prouvé dans son instruction pastorale. A l'égard du petit nombre , le Roi ni le Parle-

ment ne sont pas compétents pour juger si ce petit nombre a tort. M. d'Aguesseau, dans son Mémoire de 1715, a dit qu'il n'y a point de loi dans l'Église qui établisse que sans le secours d'un concile, les sentiments du plus grand nombre d'évêques séparés , soient, pour ainsi dire, une espèce de condamnation contre le petit nombre. Comme chaque évêque, séparé des autres, est sujet à l'erreur, il ne résulte point une vérité absolument certaine de plusieurs décisions qui peuvent être erronées à moins qu'il n'y ait une parfaite unanimité, etc. (Voilà encore le Chancelier combattu par ses propres lumières, qu'il obscurcit aujourd'hui.) De plus , les prélats ne sont pas seuls. Ce qu'il y a de plus éclairé dans le clergé a adhéré à leur appel. Le cardinal s'en est paré dans son Instruction , aujourd'hui il les abandonne, mais ils tournent au profit des appelants. Cela augmente le petit nombre. Sixième objection. Il faut donner la paix à l'Église , le schisme est à craindre. Rép. On n'aura point la paix ; les appelants qui n'ont rien dit vont parler. On ne leur répondra point par des raisons. Ce seroit la première fois qu'on l'auroit entrepris. On les poursuivra , ils se plaindront; voilà la guerre plus que jamais. Il n'y a rien de solide et de stable (disoitM. d'Aguesseau) que ce qui se fait dans les règles les plus exactes, et surtout en matière de religion , où l'on ne feit rieii si on ne persuade les esprits , et si on ne gagne les cœurs. Il n'y a que deux mots à dire et il n'y aura point de schisme. L'Église aura la paix et les règles seront gardées , et le Roi en aura tout l'honneur. Le moyen dont nous parlons (dit l'auteur du Mémoire) ne peut pas être exprimé ici. (Mais on voit bien par la suite qu'il veut parler de l'appel au concile par le Roi et le- royaume, delà convocation d'un concile par le Roi et de la dénomination de la personne du Pape ). Le Mémoire insinue à la fin que le Parlement ne peut prendre d'autre parti que , ou de refuser absolument d'enregistrer la Constitution, ou de

faire des remontrances sur son incompétence en cette matière; ou enfin d'admettre les parties intéressées à être entendues comme elles le demandent , de se faire donner un procès-verbal de ce qui s*est passé lors dé , raccommodement et de demander communication des pièces sur lesquelles il est fondé , savoir : Le Corps de doctrine f V Acceptation du cardinal, V Instruction pastorale des 40 , afin de voir s'il n'y a rien de contraire à nos libertés et aux droits des évèques*. Ce mémoire pose une grande maxime, que c'est l'Église elle-même qui termine toujours les différends de ses enfants ; qu'elle établit des règles pour y réussir, et comme le manquement de' succès ne vient jamais que du défaut d'obéissance à ces règles, si elle a invoqué le poiivoir et l'autorité dés princes chrétiens, ce n'est que pour obliger à Tobservation des formes canoniques, et jamais les princes bien instruits n'ont passé ces bornes. »

Critique du Corps de doctrine. — On a vu une troisième suite de la Critique du corps de doctrine sur les trois vertus théologales, la foi, Tespérance et la charité. C'est toujours là m^me main habile et savante qui produit ce merveilleux ouvrage, où la plus exacte théologie est traitée en termes clairs et sublimes. Il finit par dire que cet article des vertus théologales, où l'on dit souvent le pour et le contre, et où l'on veut ajuster la vérité à l'erreur, est plein d'obscurités, d'équivoques, de propositions louches et captieuses. Il y a si peu de suite et de liaison entre les principes, qu'on reconnolt sans peine que c'est l'ouvrage de différentes personnes, dont les vues étoient opposées , et que chacune y a fourré , comme elle a pu, quelques portions de ses préventions et de ses erreurs qui servent de germe pour faire revivre d'autres erreurs qu'on n'a pas pu faire passer plus expressément. Il est certain , dit-on à la fin , que ce Corps de doctrine , s'il est autorisé, fera plus de mal que la Bulle même, parce qu'il est quelquefois plus exprès pour l'erreur. Dans T^l-

vertissement, il parolt que l'auteur a vu un exemplaire de ce Corps de doctrine imprimé au Louvre, où on a fait quelques petites corrections, depuis les critiques. On dit en face au cardinal que^ ou S. E. se déshonore si elle avoue qu'un livre qu'elle a approuvé et dont elle a tant recommandé la lecture contienne des erreurs si grossières; ou elle manque de bonne foî^ elle autorise une dissimulation pernicieuse, elle donne lieu de se jouer de toutes les censures, et elle rend toutes les résolutions de l'Église incertaines eii y donnant pour objet des erreurs imaginaires.

Arrêt qui ordonne qu'il sera fabriqué pour 50 millions de billets de 50 et de 1 0 fr. avec ces mots timbrés ; Division ordonnée par V arrêt du*! septembre 1760, et qu'ils ne serviront uniquement qu'à couper les billets de 10,000 fr. et 1,000 fr., et à payer le dixième des emplois, suivant l'arrêt du 15 août.

Arrêt du 30 août qui commet les S'"'* de Beaussanet Bertin, maîtres des requêtes, pour dresser procès-verbal des billets portés en compte en banque, qui seront coupés et brûlés.

Déclarations. — Greniers a sel. — Le même jour, 2 septembre ; il a été enregistré une déclaration du Roi à la Cour des Aides, qui crée des présidents des greniers à sel dans les sièges où les officiers les ont achetés, avec les privilèges et exemptions portés par l'édit de novembre 1689. I^ finance sera payée deux sous pour livre et on remboursera les sièges qui ont acheté.

6 septembre. — Mandement. — Calamités. — •• Le cardinal de Noailles a donné un mandement pour faire des prières au sujet des calamités publiques. « Il y en a de physiques et de morales. Les physiques sont les grêles, les orages , les incendies, et surtout la peste qui est à Marseille , qu'on nomme d'un nom plus doux, maladie contagieuse. Les morales sont exprimées très-vivement et sans aucun ménagement pour le Système. L'autorité de

l'Église est méprisée, ses lois ne sont plus respectées , le jour du Seigneur est publiquement profané par des travaux mercenaires et des trafics illicites, par des plaisirs criminels et des débauches honteuses. On se livre à une avarice et une avidité insatiable que Dieu condamne si fortement dans les livres saints. L'usure^ et la fraude, au mépris des lois divines et humaines, s'exercent publiquement, comme Dieu s'en plaint 'par ses prophètes. L'usage de ces richesses d'iniquité n'est pas moins criminel que les moyens qu'on a pris pour les acquérir. Le luxe, ' porté aux derniers excès , a corrompu les mœurs publiques, dérangé et confondu toutes les conditions, fait oublier les bienséances et tous les devoirs. Le vice, soutenu et fortifié par la multitude, triomphe et se produit avec audace. La droiture, la probité, la candeur sont regardées comme le partage des âmes foibles, on rougit de conserver encore quelques restes de vertu et de n'être pas assez corrompu. » Voilà un portrait très-naturel des désordres qui régnent et qu'on ne corrige pas. Le mandement finit par des prières pour le Roi. « Que la conservation si précieuse du Roi que Dieu nous a donné soit le grand objet de vos prières et de vos désirs. « Il y en a aussi pour le Régent, et le cardinal n'a pas manqué d'y faire entrer le Corps de doctrine, qui n'avoit que faire là, en disant qu'il maintienne et qu'il affermisse la paix de l'Église, qui a toujours été l'objet de ses vœux et qui est le fruit de ses soins et ses travaux. 11 ajoute, par une flatterie basse et indigne du caractère épiscopal, « qu'il ne.se serve de l'autorité qui est entre ses mains que pour rendre, selon ses désirSy\es peuples heureux... » Ce qui ne s'accorde guère avec le portrait vif de nos misères; mais on se joue des paroles et de la Religion, et S. E. pourroit bien mettre au nombre des calamités publiques la rétractation de son appel, et tout ce qui se passe, de son aveu, au sujet de la Constitution.

ÉvÉQUE DE BouLOQN^. ■»• Qr a appris que Vévêque de

Boulogne^ faisant sa visite, a été attaqué à coups de pierres par les femmes et les filles d'un lieu nommé Quècbe ; que cette révolte a été pratiquée par les moines du pays, que le curé de ce lieu , qu'ils prétendent janséniste, a été obligé de s'enfuir et d'interrompre la messe. Cela est arrivé le 20 et le 21 août. 11 y en a eu un procès-verbal, qui est ci-joint et qui fait frémir d'horreur : voilà déjà le commencement des désordres. L'évéque n'a opposé que la patience^ les prières, les fuites d'un lieu à un autre, et s'est sauvé difficilement avec ses gens, qui ont été blessés.

En Bretagne, des chanoines réguliers de Montfort ont voulu soutenir une thèse qui contenoit des expressions contraires à la Constitution. L'avocat général et Iç Premier Président ont envoyé chez l'imprimeur, ont pris les exemplaires et défendu aux chanoines de la soutenir. Ainsi la guerre commence dans le spirituel et le temporel, et le Mémoire donné au Parlement se vérifie.

Racine, Ame des bêtes. — J'ai vu deux épi très en vers sur l'àme des bêtes, adressées à la duchesse de Noailles. Elles sont de Racine, fiJs du grand Racine. Les vers sont fort beaux, faits de génie et coulant d'une source trèsabondante. 11 veut soutenir le système de Descartes, mais sa philosophie est courte, il manque de preuves, ou il ne les explique pas. Il suppose partout ce qui est en question. Il se jette dans des descriptions vives, à la vérité, et où la nature est bien peinte, mais sa machine manque par bien des endroits. Et après tout , cette opinion commence à s'user. Les esprits ont fait le tour du cadran et sont revenus au sentiment ancien. Il faut être plus grand homme qu'on ne pense pour bien parler des bêtes. La Fontaine a fait un discours, sur une pareille matière, qui est adressé à madame de la Sablière, et qui est parmi ses Fables. Après un tel homme , Racine pouvoit bien se passer d'écrire et s'en tenir à son poëme de La Grâce, que l'on dit être une pièce excellente. 2 septembre, jusqu'au 10. — Pontoise. — Voici un dé-

tail exact de ce qui s'est passé au Parlement, à Pontoise, 1&2 s^tembre et depuis , qui in'a été donné par un conseiller de la seconde, à son retour de Pontoise.

Nous fûmes assemblés lundi '= dernier (2 septembre ) depuis huit heures du- matin jusqu'à deux heures après midi. H. le Premier Président nous dit que le sujet de l'assemblée étoit de terminer l'affaire la plus importante qu'il y eût, qu'il s'agissoil de procurer la paix de rÉglise et de l'État, et qu'il espéroit que nous noiïé réunirions tous ensemble pour procurer un si grand bien. On commença par faire la lecture des lettres patentes an sujet de la Constitution, après quoi H. le Premier Président demanda l'avis à M. Pallu, qui en étoit le rapporteur. Mais il fut» interrompu par M. de la Porte, qui tiriL de sa poche. une requête présentée par MM. les évêques de Montpellier, Mirepoix> Senez et Boulogne (1) (qui sont les quatre premiers^véques appelants}, et dit qu'on la lui venoit de remettre entre les mains, et qu'il croygdt qu'il étoit nécessaire d'en faire la lecture, avant de procéder à l'enregistrement des lettres. M. le Premier. Président prit la parole et lui reprocha, en termes très-vifs, de s'être chargé d'une pareille requête sans «on ordre. 11 lui répliqua^ ^n termes encore plus vifs, qu'il avoit cru le devoir, et que s'il lui en avoit parlé auparavant il y auroit çu lieu de craindre qu'elle n'eût été supprimée, et qu'il, a voit ses raisons pour parler ainsi. Ce discours blessa fort M. le Premier Président, et il en témoigna spn ressentiment, jusqu'à dire qu'il n'étoit point un- malhonnête homme; la requête étoit accompagnée d'une consultation de quatre avocats , savoir MM. du Cornet, du Perray, Barbin et Prévôt* Par cette requête, les quatre évêques demandent acte, de leur protestation de nullité contre tout ce qui s'est fait sur l'accommodement. Ils en appellent comme d'abus, et persistent en leur appel

(l>C0lberi, Lt Broue, Soanen; dé TAiijgte.

au Concile. M. Clément, conseiller de la deuxième, tira aussi un paquet desa poche, dont l'adresse étoit : à MM- du Parlement y à Pantoise. On en fit l'ouverture^ et on trouva une pareille requête de l'Université. Ces incidents surprirent fort, et surtout M. le Premier Président, qui ne s'y attendoit pas. Enfin, après une longue délibération pour savoir si oïl répondroit à ces requêtes, ou si on continueroit de procéder à l'enregistrement , il fut arrêté que l'on manderoit les gens du Roi pour leur communiquer. Ils se retirèrent quelque temps en particulier et revinrent avec des conclusions tendantes à ce qu'il fût procédé à l'enregistrement des lettres, sans aucun délai et sans avoir égard aux requêtes présentées. Fondé sur les ordonnances de Moulins et Blois en 1667, qui veulent que les édits, déclarations et lettres patentes soient enregistrés, toutes affaires cessantes, les gens du Roi retirés, la nàatière mise en délibération , il a été arrêté, à la pluralité des voix, que les requêtes seroient lues et reçues. On les a lues et on a nommé des commissaires, tant sur les lettres patentes que sur les requêtes.

Les commissaires, au nombre de trente, se sont assemblés et ont fait un grand travail, par lequel l'affaire auroit pu prendre fin, au gré de tous les intéressés , à ce que l'on prétend. Pendant ces assemblées, dix-neuf curés de Paris ont mis entre les mains des commissaires une requête pareille aux deux autres. M. Bourret, curé de Saint-Paul, est à la tête de ces curés. La Faculté de théologie a donné aussi une pareille requête. La Régence attendoit avec impatience la décision. M.* le comte de Nevers est venu à Pontoise présenter des lettres de duc, que ses pères ont négligé de faire enregistrer. On y a mis dessus le : Soit montré au Procureur général , et on croit que c'est lui, qui, à son retour de Pontoise, a fait entendre que le Parlement n'enregistreroit point les lettres. Quoi qu'il en soit, M. de la Vrillière est arrivé sur les quatre heures du matin à Pontoise, la nuit du 6 au 7, avec uqe

lettre de cachet pour le Parlement. On a réveillé le Premier Président, quis'étoit couché tard, et qui n'avoit point dormi. Sa lettre étoit de se fier à tout ce que M. de la Vrillière lui diroit. Le Parlement a été assemblé, sur les sept heures du matin, et la lettre portoit ordre d'enregistrer la déclaration, isui vaut les conclusions des gens du Roi, ou de la rendre à M. de la Vrillière. Les commissaires, qui avoient fort avancé leur travail et qui le croyoient utile, ont été surpris de cette lettre. On a délibéré, et tous (omnes) ont été d'avis de rendre la déclaration. Elle a été remise es mains du greffier, qui l'a portée à M. de la Vrillière, qui étoit à la porte de la Chambre. Il l'a reprise, et, sur-le-champ, il est monté en chaise et est retourné à Paris. Tout cela n'a pas duré un quart d'heure. Ainsi le Corps de doctrine est bien loin. Le cardinal de Noailles est bien honteux, et il n'a qu'à rayer de son mandement des calamités, l'éloge qu'il a donné au Régent, sur la paix de l'Église, qiv'il dit être le fruit de ses soins et de ses travaux. Le cardinal a cueilli ce fruit un peu trop vert, et s'est porté, comme on dit, trop tôt pour héritier. Son mandement est du 6. Il comptoit sur l'enregistreipent du 7, mais il a compté sans son hôte. Parturiunt montes : nascitur ridiculusmus.

Le Régent est au désespoir contre le Parlement , mais il doit aussi s'en prendre à sa précipitation , car les commissaires, bien disposés, auroient trouvé quelque expédient, que Dieu, qui veille à son Église, n'a pas voulu permettre.

PoNTOiSE. — Parlement. — On n'a point envoyé au Parlement de lettres pour la Chambre des vacations. Il n'y en aura point. Sur cela , MM. du Parlement ont pris, d'eux-mêmes, le parti de quitter Pontoiseet de s'en revenir à Paris ou aller dans leurs terres. Us disent que ia lettre de cachet du 29 juillet ne les exile pas, qu'elle les transfère à -Pon toise, pour y rendre la justice à leur ordinaire, et que n'y ayant point de justice à rendre, puisque les vacances sont venues et (ju'il n'y a pas même

de Chambre des vacations , ils n'ont plus que faire là , sauf à y retourner et reprendre leurs fonctions à la Saint- Martin. M. le Premier Président est resté àPontoise, avec sa famille et dix ou douze conseillers, qui n'ont point voulu quitter. MM. des requêtes du Palais sont aussi restés , parce qu'ils n'ont point de vacances: Les criminels ne seront point jugés et auront ce temps-là de bon^ mais il peut y avoir beaucoup d'innocents qui languissent dans les prisoiis. N'importe, pourquoi sont-ils innocents?

Voici la requête de TUniversité. Ils Tavoient donnée dès le comiïiencement du mois ^ d'août , mais le Premier Président Tavoit fait disparoltre , et leur avoit fait défense d'en donner d'autres. C'est ce que M. de la Porte a voulu faire entendre , et c'est pourquoi on a pris Texpédien t du paquet cacheté. L*affaire a été menée habilement, et les jésuites, avec leurs adhérents, ont été les dupes.

Requête de L'Université au Parlement. — A Nos Seigneurs du Parlement, séant à Pontoise, MM. les Recteurs, Doyen, Procureur, Régent, officiers et autres suppôts de l'Université de Paris. Disent qu'en vertu du droit qui est attaché àleur^tat, et qu'ils ont exercé dans tous les temps, ils ont appelé en leur nom, le 5 octobre 1718, au futur concile général de la Constitution de notre saint père le pape Clément XI, qui commence par ces mots : Unigenitus Dei filius, en date du 8 septembre 1713, en* semble des lettres du même pape qui commencent par ces mots : Pasioralis officii, publiées à Rome le 8 septembre 1718, et de tout ce qui s'en est suivi et pourroit s'ensuivre, pourles motifs qu'ils ont déduits tant dans leur acte d'appel dudit jour, 5 octobre 1718, que dans l'exposition des motifs qu'ils ont donnés en conséquence le 3 décembre 1718, dont une partie concerne les droits du royaume et les libertés de l'Église gallicane. — Et comme ils ont appris qu'il a été ménagé à leur insu un accommodement pour recevoir ladite Constitution Unige^ nitus relativement à un Corps de doctrine dont ils

ignorent le contenu^ et qu'il y a même des lettres patentes, expédiées à ce sujet, qui doivent être envoyées à la Coup pour y être enregistrées, et qu'ils ont intérêt qu'on ne puisse pas induire de leur silence qu'ils aient changé de sentiments sur ladite Constitution ; ils ont cru qu'il étoit de leur devoir de se retirer pai* devers la Cour, selon qu'il a été souvent pratiqué par leurs prédécesseurs, pour la supplier très-humblement d'accorder à TUniversité la même protection qu'elle a toujours éprouvée, en de semblables occasions.

Sur ce, N. S. il v, pi. donner acte aux suppliants de ce qu'ils déclarent qu'ils n'ont eu aucune connoissance dudit accommodement pour la réception de la Constitution) ^m^ent^us, ni du Corps de doctrine, auquel on dit que l'acceptation doit être relative , qu'ils n'y prennent aucune part^ et de ce qu'ils persistent dans leur appel, dont copie est ci-jointe à la présente requête, et vous ferez bien. Signé Jean Robert.

Constitution. La Vrillière. — J'ai appris que M. de la Vrillière étant arrivé, M. le Premier Président a voit envoyé chercher les commissaires, qui s'étoient expliqués avec lui, et lui avoient dit qu'ils n'auroient aucun égard aux requêtes , mais qu'il falloit mettre en sûreté les appelants et leurs appels, etaussi, pourl'intérêt du royaume et la conservation des libertés, parler des appels au concile à l'avenir pour certains cas. Qu'au surplus, ils ne répondoient pas du parti que la Compagnie prendroit et de l'opinion où elle se rangeroit. 11 a paru, dans cette conférence amiable, qu'il n'y a nulle animosité dans le Parlement et que la disposition étoit bonne : mais M. de la Vrillière étoit renfermé dans ses ordres, et ils ont été exécutés à la lettre. C'est un homme doux, aimé de tout le monde et fort au goût des gens de cour, qu'il oblige perpétuellement; mais il n'a ni les lumières ni l'intelligence nécessaires pour traiter une pareille négociation (i).

(l) V. sur la Vrillière, SaUH-Simon, T, Vpi, 229.

H eût pu prendre une lettre de prorogation du Parlement, pour s'en servir dans l'occasion, et l'occasion étoit belle. On eût pu envoyer une autre personne qui eût pu parler et traiter. Tout cela ne sera point fait, et nous voilà peut-être dans le schisme , faute d'avoir pris de bonnes mesures.

Mercredi il. — Dangeau. — M. le marquis de Dangeau est mort, et a laissé' vacante la grande maîtrise de l'ordre de Saint-Lazare et une place à l'Académie. Monsieur le prince de Conti est venu demander au Régent la place de grand maître. Il lui a dit : Mais croyez-vous que cela convienne à un princedu sang? — ccOui, a-t-il répondu, je m'en suis bien instruit. — « Vous en êtes bien instruit et cela se peut; oh bien, a dit le Régent, puisque cela est, je la donne à mon fils. )> Ainsi M. le duc de Chartres est grand maître de l'ordre de Saint-Lazare. On ne sait pas pourquoi on protège cet ordre, puisqu'ily a déjàen France l'ordre du Saint-Esprit pour les grands seigneurs, et celui de Saint-Louis pour les officiers. Ce troisième ordre parolt assez inutile. H. de Dangeau laisse aussi un cordon bleu vacant (1).

Du Chatelet. — Le marquis du Châtelet, gouverneur de Vincennes, est mort subitement en jouant à l'horabre. 11 dit Co et ne put achever de dire Codille. Son gou-

(1) Il Tautlire, sur Dangeau, Tarticle que lui consacre Saint-Simon et où perce une singulière animosité. La nouvelle édition de Dangeau, qui donne à son JournaUen proportions d^un monument, est dénature à réhabiliter cet historiographe courtisan, sans choix, sans critique et sans goât, mais sans exagération, sans prévention, sans emportements, sans lequel nous ignorerions beaucoup de ces |ietites choses qui expliquent les grandes, et dont la câline et servile mais précieuse exactitude sert de contrepoids aux mystères et aux colères de Saint-Simon, et ramène à la raison et à l'équilibre le partial récit du duc et pair. Ce quMl y a de cfurieux, c'est que Saint-Simon, qui fourmille d'erreurs de date et dMnexactitudes dedétail,et qui ne doit le peu de précision qn*il possède sous ce rapport qu'au /ot<rna2 de Dangeau, qui fut son guide, ne tarit pas d^ndignalion et de mépris sur les quelques omissions ou transpositions de faits qu'on peut reprocher à cet homme aussi bien informé qu'il était bien inspiré, qui demeure malgré lui le roi des historiens minutistes^ comme 4t« sait d'Argenson. (V. Saint-Simon, XI, 332 etsuiv,)

vernement a été donné à son fils(l]. Cette mort a surpris le Régent^ qpi est de son âge, et qui craint l'apoplexie.

Arrêts. — Bois de noyer. — Les arrêts paroissent toujours en foule. Le conseil n'est pas oisif pour ordonner. Arrêt du 11 août qui défend de faire sortir le bois de noyer non ouvragé hors du royaume. C'est que l'espèce en est devenue rare depuis l'hiver de 1709.

Arrêt du 23 aoùt^ au sujet de l'affranchissement des droits seigneuriaux dus au Roi dans la ville de Paris. Cet affranchissement çst révoqué et le remboursement ordonné. Hiotte étoit le traitant.

Arrêt du 24 qui permet aux villes et communes de payer leurs dettes ou de les convertir au denier 50. Ce dernier va s'établir partout , et il n'y a plus de ressource pour un plus fort revenu; car on bouche toutes les avenues. Cet arrêt achèvera de ruiner les provinces, que l'on va réduire sur le pied de la capitale, afin que tout se ressemble.

Uarine. Conseil. — Ordonnance du Roi, du 31 août, servant de règlement pour le conseil de marine. C'est une disposition toute nouvelle de ce conseil ; il sera composé du :

j Comte de Toulouse, amiral.

Le maréchal d'Estrées , Président.

Le maréchal de Tessé.

Le chevalier d'Orléans, grand prieur de

France et général des galères.

... / Le marquis de CoètlogoD.

CiOnseîiiers. \ . • j»* ^ u

^ Le marquis d Âsfeld.

Le comte de Champigny.

Le S' de Cours.

Le S' de la Grandville , maître des requêtes. \ Le S"^ de Vauvray.

\ Le S** de la Chapelle , secrétaire.

(1) Le mari de la fameuse Mm» du Châteiet.

Il est assez singulier que M. d'Aripenonville , secrétaire d'État de la marine, n'y entre point. Il doit signer certaines expéditions, dont on lui envoyera la liste, et cette liste lui demeurera pour sa décharge. Par là, il ne pourra signer que ce qui lui sera envoyé, et on ne pourra lui imputer rien, puisqu'il y a si peu départ. Ce règlement contient 29 articles. La marine est bien réglée ; il ne manque plus que des vaisseaux.

Agents de change. — Arrêt du 30 août, qui supprime les 60 agents de change créés par édit d'août 1708 et novembre 1714; et en établit 60 autres par commission du grand sceau; ils déposeront dix actions remplies, auront un certificat d'expérience des conseils et des gardes des six corps, prêteront serment au lieutenant civil; ceux qui auront fait faillite ou contrat en répi ne seront pas reçus; seront punis comme banqueroutiers frauduleux en cas de rétention d'effets ; ne pourront négocier pour leur compte; toute négociation de lettres ou billets de banque au-dessus de 500 fr. sera en comptes sur la banque. Ils auront les mêmes fonctions et les mêmes droits que les agents de c*hange ; défenses à toutes personnes de s'immiscer dans leurs fonctions L'attribution des contestations au lieutenant de police , sauf l'appel au conseil. Il y a un règlement, joint à l'arrêt, qui contient 7 articles , entre autres une confrérie, une messe par an aux Pères de la Doctrine et des assemblées où on donnera un jeton d'argent, sans dire où le fonds s'en prendra. On n'explique point précisément ni les fonctions ni les droits ; cela est renvoyé aux anciens édits qu'il faut rechercher, et le public, qui n'aime pas la peine, ne sait ce que vont faire ces agents de change, dont on a longtemps parlé, et à la fin on n'est point instruit.

CuivBEs. Espèces. — Édit du mois d'août, registre en la Cour des raonnoies le 28, et qui n'a été publié que le 13 septembre au soir, qui ordonne une fabrication de 150,000 marcs de cuivre en demis et quarts de sols. Les

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demis vaudront 16 deniet*s pièce et les quarts huit deniers. Cet édit rappelle ceux de mai et juillet 1719, qui avoient ordonné là fabrique de sols et demi-sols de cuivre pur pour un million , et de 500,000 fr. de quarts de sols , dont on dit que la quantité n^est pas suffisante pour le menu commerce. La Cour des monnoies a un peu hésité sur Tenregistrementdecetédit, qui va nous donner bien du cuivre, qui sera lourd et mal aisé à compter. Mais le Régent les a fait taire en disant qu'ils vouloient faire « comme les grands chiens, et comme ces cuistres du Parlement. »

Receveurs des tailles. — Trois arrêts du 10 septembre. Le premier qui ordonne que les receveurs des tailles porteront à l'avenir directement les impositions au Trésor Royal sans passer par la recette générale. Cela est fait pour rendre la reddition des comptes plus prompte et plus simple , et afin que les commis à la recette générale n'en soient point chargés.

Par le deuxième , les augmentations des gages dus aux commissaires des ports de Paris leur seront remboursées avant l'arrêt du 25 août qui les à converties au denier 50 parce que cela doit servir à payer leurs dettes.

Le troisième dit que les augmentations de gages et autres parties portées en Tétat de 1720 , qui étoit déjà fait avant l'arrêt du 25 août, ne seront payées qu'au denier 50.

Lundi 16. — Constitution. Douay. — La Gazette de flo//awde, du 13 septembre, dit, dansl'articledeParis, que la déclaration du Roi sur la Constitution avoit été enregistrée au Parlement de Douay, le 17 août, et affichée le 19. Que, le jour précédent, les écoliers des Jésuites insultèrent les Pères de l'Oratoire, qu'ils les attendirent, au sortir de la messe paroissiale de l'église de Saint- Jacques, desservie par ces Pères, leur jetèrent de la boue et crièrent contre eux, à F hérétique, au janséniste y et voulurent rompre la porte de leur maison à coups de

bâton et de pierre, ce que la garde empêcha. On Se saisit d'un écolier, qui fut mené chez le lieutenant du Roi ; mais il fut relâché au bout d'une heure. Le 1 9 , dès que la déclaration fut affichée , un fanatique assembla le monde et battit la caisse, pour avertir que la Constitution étoit reçue. Sur-le-champ, on courut en foule à l'Église et à la maison de l'Oratoire, pour les insulter de nouveau , et on auroit brisé la porté, si le supérieur ne T eût ouverte. Il envoya un frère à l'intendant, mais en revenant il étoit allé à une thèse chez les Jésuites, et le pauvre frère fut très -maltraité. On attaqua aussi les maisons des sœurs qui tiennent les écoles, et celles de la Providence, les portes et vitres furent brisées. Le peuple n'ose plus aller à la paroisse Saint-Jacques. 11 y a d'autres églises qui son! fermées, et voilà le schisme temporel qui commence. Billets. — Ce jour, l'on ne donnoit à la place que 360 fr. en argent pour le billet de 1,000 fr.; l'argent est diminué. L'action non remplie 4-, 800 fr., remplie 6,850 fr. Les souscriptions perdent 7 à 8. On est venu dire, sur la place, que les billets et actions alloient être diminués de moitié, et cela a apporté une alarme pour tout le monde qui ne savoit plus ce qu'il faisoit.

ArMT CÉLÈBRE SUR LES ACTIONS, BILLETS ET COMPTES^

RÉDUCTION. — Ce même jour, sur les cinq heures du soir, on a publié un arrêt du 15 septembre, qui a rendu l'alarme bien réelle, et le mal s'est trouvé plus grand qu'on ne le craignoit. La plume tombe des mains et les expressions manquent pour expliquer les dispositions de cet arrêt, qui renferment toutes les horreurs du Système expirant. Le poison étoit à la queue. In caudâ venenum. Par cet arrêt qu'on appelle : Un arrangement général, et qu'on peut mieux appeler un renversement général, V Les billets de 1,000 fr., de 10,000 n'entreront dans les payements jusqu'à la fin de septembre qu'avec moitié espèces. 2° Les billets de 100 fr., 50 fr. et de 10 fr. ne seront aussi reçus qu'avec moitié espèces dans les paye-

ments au-dessus de 20 fr. 3** Pour dettes antérieures à l'arrêt, ou payera le total en billets de banque. 4.** Les comptes courants en banque sont diminués des trois quarts et réduits au quart , en sorte que le marchand français, et étranger perd les trois quarts de cet effet qu'il a pris depuis un mois. On dit que c'est pour punir le François qui vendoit sa marchandise excessivement^ et pour punir aussi ' l'étranger qui gagnoit les quatre cinquièmes sur l'or qu'il apportoit en France. I/arrèt permet aux marchands de retirer les comptes en billets de 1,000 fr. et de 10,000 fr. 5° Les actions remplies sont fixées à l'avenir sur le pied de 2,000 fr. en compte de banque : et la Banque en donnera sur le même pied en monnoie de banque. Cette réduction a consterné tout Paris. L'arrêt ne s'explique pas assez sur cette monnoie de banque dont on ne connoit pas la valeur. On a cru l'action (qui, remplie, revient à bien des gens à plus de 15,000 fr.) réduite à 2,000 fr. sans aucun dividende. Mais enfin on a compris que le dividende subsiste toujours et que les 2,000 fr. sont une espèce de monnoie de banque invariable de livres et d'espèces tournois, ce qui fait toujours une grande diminution sur l'action. 6** On crée 50,000 nouvelles actions, qui seront divisées en dixième (cela fait en tout 250,000 actions ) ; chaque dixième sera de 800 fr. et portera 36 de dividende à raison de 1,360 f . l'action, et on payera ces dixièmes ou ea petits billets ou en souscriptions nouvelles, portées par les arrêts des 31 juillet et 14 août, qui seront reçues sur le pied de 1,000 fr. V Le fonds des actions et comptes en banque n'excédera jamais 500 millions, monnoie de banque[Avt. X,X1, XII.) ; défenses d'en recevoir au delà. Il yauraen dépôt, àlaCompagnie, une partie d'actions égale au crédit en banque. Le prévôt des marchands pourra voir les registres, quand il voudra, pour les vérifier; et le profit des actions en dépôt accroîtra aux actionnaires. 8* Les droits d'entrée et de sortie du royaume se paye-

434 l^fEMOIRKS DE MATHIEU MARAIS.

ront en écritures. 9* Toutes lettres de change, billets dô commerce et ventes de marchandises en gros, faites avant la publication de Tarrét et avant qu'il soit conna à Tétranger, seront payées sur les écritures nouvelles sur le pied du quart, et afin qu'on n'en doute pas> l'arrêt dit : Au moyen duquel qiiàrt , la somme totale portée parles dites lettres, billets et ventes sera acfquittéç en entier. C'est comme si on disoit : si Vous deveiz 1,000 fr. vous serez quitte en payant 250 fr. C'est une banqueroute des trois quarts sur le îeompte en banque, et des cinq sixièmes sur l'action.

Mardi 17. — ActiONS. — Les actions n'étoient point baissées ; elles sont demeurées au' même état. Les souscriptions perdoient seulement 6 à 7 , et on a commencé à espérer sur le dividende des actions, en perdant partie du fonds.

Billets. — Le marc d'or, composé de 25 louis (Chevalier)et de 20 louis de Noailles, a monté jusqu'à 6,000 fr. en billets de banque, et quelques-uns en ont fait jusqu'à 7,000. On ne donnoit que 3 fr. du billet de 10 fr., 80 de celui de 100 fr. et 250 de celui de 1,000. La désolation est dans toutes les familles. 11 faut payer moitié en argent et on n'en a point; et de plus , tout augnienfe ati lieu de diminuer.

Mercredi 18: — Grand Conseil. — Constitution, — L'affaire de la Constitution n'ayant pu réussir au Parlement, la Régence s'est tournée du côté du grand Conseil. Le procureur général , qui étoit de bonne intelligence avec le Premier Présidefat (M. dé Ve'rthamont), est entré et a mis sur le bureau ïeis lettres patentes nouvelles (1). Toute la Compagnie a été bien surprisé. On les à lues, et ayant vu qu'il y étoit parlé de la Conslituliony dnC&rps de doctrine et d'autres pièces, il a été question de les

(l)yoir Barbier, T. 1,73.

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voir. Le Premier Président prétendoit qu'on pouvoit s'en passer. Il a été arrêté au contraire, à la pluralité des voix, qu^on lesdemanderoit. Gela a duré depuis huit heures jusqu'à onze. U y a eu de grandes altercations entre le Preoiier Président et le doyen ; c^tte compagnie n^étant point du tout bien depuis longtemps avec son chef. 11 s*y est tDOUvé quatre maîtres des requêtes , MM. Moreau de Sécbelles et autres^ que la Cour y avoit envoyés, et le Premier Président les a pris à témoins de la division de la (Compagnie. Après la séance , on a été au Palais-Royal, L'après-^ilnée , on s'est rassemblé , et on a rapporté la Con^iiuiion, le Corps de doctrine ei les autres pièces. On a mis le Soit motivé au procureur général qui, sur-le-champ, est remonté du parquet, et a apporté ses conclusions toutes dressées. La Compagnie a été surprise, et a dit qu'il ne pouvoit pas avoir examiné ces pièces ni formé ses coocliisions ; à quoi il a répondu qu'il y avoit quatre jours qu'il avoit tout cela entre les mains, dont la Compagnie s'est fort scandalisée et l'a vivement repris. On a commencé à lire ce Corps de doctrinCy qui est fort long, et pendant la lecture, on a été averti que M. de La Yrillière étoit en bas qui attendoit la décision. On l'a fait monter. 11 a dit que l'affaire pressoit et qu'il falloit enregistrer incessamment. Le Premier Président pressoit aussi de son côté, de concert avec lui, et il a paru qu'il y avoit un engagement du Premier Président et du procureur général . pour livrer cette Compagnie à la Cour, et faire cet enregistrement sans rien examiner, et sans modification ; ce qui a encore plus piqué la Compagnie. M. de La Vrillière a dit que si on avoit besoin de lettres de jussion, il y en avoit et qu'il falloit finir. On à voulu voir ces lettres et on a été étonni;, qu'il y eût des lettres de jussion pour une Compagnie, avant d'avoir fait aucun refus et d'avoir rien vu. Mais on a été bien plus surpris de voir que ces lettres étoient datées de deux ou trois jours avant que les lettres fussent apportées; ce que M. de La Vrillière a promis de

faire réformer. La Compagnie est demeurée ferme, nonobstant tous ces empressements, à vouloir examiner le Corps de doctrine et les autres pièces, ne pouvant donner ses voix sans savoir au moins de quoi il s'agit : ainsi M. de La Vrillière s'est retiré, et on a remis la continuation de Texamen à demain jeudi au matin.

Les lettres patentes portent attribution au Grand Con« seil de toutes les affaires nées et à naître au sujet de la Constitution et de ses dépendances, et en interdissent, pour toujours, la connoissance au Parlement.

Jeudi 19 et Vendredi 20. — Pendant ces deux jours, on a continué à travailler au Grand Conseil et à s'assembler. Le 19, on a lu toutes les pièces; on le§ a examinées avec attention et on a remis au lendemain, 20, à opiner. Le matin du 20,on s'est assembléàseptheures, etonatenu la séancejusqu'à quatre heures après midi sans déplacer. Les opinions ont duré tout ce temps-là. Il y avoit quatre maîtres des requêtes, savoir MM. d'Entraigues, Parisot, Moreau de Séchelles et Orry. M. le Premier Président et M. Orry «ont opiné à enregistrer purement et simplement; les trois autres maîtres des requêtes, à enregistrer avec modification, en conservant le droit des appels et les libertés de l'Église gallicane. Dix-huit autres voix (conseillers du semestre) ont opiné généreusement à supplier très-humblement le Roi de retirer sa déclara^ tion. Et comme l'usage des compagnies est de revenir à deux avis quand il y en a trois, les trois maîtres desre-» quêtes sont revenus à l'avis des dix-huit, et ainsi il n'y a eu que M. le Premier Président et M. Orry qui ont été d'avis d'enregistrer. La Régence s'attendoit si peu à cela, que la déclaration-étoit toute imprimée, même avec l'enregistrement au bas; il y en avoit déjà plusçle 500 exemplaires prêts à distribuer aux colporteurs qui attendoient, dans la cour du Grand Conseil, pour de là courir et crier la déclaration dans tout Paris. M. de La Vrillière étoi^ en personne, qui attendoit impatiemment non le succès, dont

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il ne doutoit point, mais la fin de rassemblée, pour reporter son triomphe au Palais-Royal; mais il n'y a remporté que de la confusion, aussi bien que de Pontoise, et une confusion encoi*e bien plus grande , puisque la déclaratioi) a été rejetée après une mûre délibération. Tout Paris a admiré et loué la fermeté du Gra^d Conseil, qui se fait par là un nom immortel , pendant que le Premier Président, qui étoit livré à la Cour, se déshonore pour toujours.

On ne sait plus à présent où la déclaration se portera, si ce n'est au Chàtelet ou aux Conseils. Henri IV disoit au cardinal de Bourbon, qui espéroit avoir la couronne : a Mon oncle, si le Chàtelet vous la donne, le Parlement vous Tôtera. »

ÉvÉQUE DE Chalons MORT. — L'évêquc de Cbâlons, frère du Cardinal, est mort dans son diocèse. Il n'a point i*étracté son appel et n*a jamais voulu signer le Corps de doctrine. Chàlonsestla tille ouest né le livre du P. Quesnel, et c'est par les ordres de Tévèque de Chàlons (Félix Yialard) qu'il a été imprimé la première fois. Celui qui vient.de mourir (1) avoit l'abbaye d'Auvillé, où croit le bon vin de Champagne. Les roués du Régent cherchent à se faire donner cette abbaye, afin d'en boire le vin, et il la leur donnera.

liK MABÉCHAL DE ViLLEROY. — Le Rég-cut couche de temps en temps au Louvre. Le maréchal de Villeroy lui iaisant sa. cour un matin, le Régent parut être fort content du Roi et de son esprit déjà avancé, a Hais, ditil , je voudrois savoir s'il est secret ». Le maréchal répondit qu'il l'étoit beaucoup, et qu'il avoit de certains détours dans l'esprit, très fins, pour dépayser ceux qui le vouloient pénétrer, a Puisque cela est, dit le Régent, je veux l'entretenir en secret de bien des choses qu'il est nécessaire qu'il sache. » Sur cela, le maréchal lui dit :

(1) Voir Saint SiiBOD, Xr, 330.

a Honseig;neur, il faut que je conte à V. A. R. ce qui est arrivé à feu mon père, pendant qu'il étoit gouverneur du roi Louis XIV. Il me Ta souvent répété. La Reine-mère et régente vint un jour voir le Roi; elle le prit en particulier et lui parloit assez bas. Mon père se retira, par respect pour ne point entendre la conversation. La Reine lui dit : a Monsieur le Maréchal^ il faut que je vous apprjenne votre métier. Un gouverneur du Roi ne doit jamais souffrir qu'on lui parle en secret^ pas même à moi qui suis sa mère. Approchez, vous n'êtes point de trop.» — Le Régent dit que le fait étoit curieux et qu'il étoit bien aise de le savoir (1),

Corps des marchands , représentations au Régert. — Les Six Corps des marchands sont allés de leur chef faire leurs représentations au Régent sur l'arrêt du 15 (Ô) septembre qui réduit les comptes en banque au quart. .11 les a très-mal reçus^ leur a dit qu'ils étoient des fripons^ qu'ils faisoient depuis un an un négoce abominable où ils avoient tout porté à un excès furieux, et qu'il en falloit faire pendre quelqu'un. Ensuite il leur a tourné le dos. Un d'eux a voulu le suivre et lui faire entendre la perte qu'il faisoit sur la réduction, a Hé! taon ami, lui a-t-il dit, Êtei-vùus assez soi pour ne pas comprendre que ce quart-là vaut mieux que letotalt » Ils lui ont dit que cela mineroit le commerce. <c Tant mieux, at-il dit, j'en suis bien aise. »

Comptes en banque. — Comme il est permis, par 1- arrêt du 15, de retirer en billets les fonds mis en compte ^n banque, plusieurs marchands y ont été. Et on leur a dit

(1) Le maréchal préparait sans doute ainsi le Régent à TiiQportpii^té^ rt à rindiscrétion de sa perpétuelle et opiniâtre assistance en tiers k toiit entretini entre le duc d'Orléans et le Roi. On sait que c'est à la suite é'ttne altérei^lion causée par cette prétention qu'il fut arrêté et exilé. , . .\\. -.f. •

(2) Ils n'avaient cependant guère à se féliciter de leur audience d'aoôl. Voir dans Barbier les détails de cette scène od le duc d'Orléans,' aigri par toutes ces représentations, perd toute mesure et sacre comme Piiboii. (!> ft5.) '

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