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Voilà, Madame, le livre que je vous renvoie cacheté. J'enverrai incessamment quérir les Entretiens de Thémiste, C'est une lecture que je ne puis différer plus longtemps. Je suis en colère contre M. Basnage, qui reproche à notre ami le défaut de politesse, et c'est M. Bayle qui le premier a rendu dans not^e langue les livres d'érudition agréables et la critique lisible. Il n'y avoit qu'à demander au P. Maimbourg, contre lequel même il avoit écrit, s'il ne le croyoit pas poli. M. Basnage met la politesse dans Tarrangement et dans la recherche des mots. Mais il ne songea pas l'ennui dont il couvre son journal et. dont il accable ses lecteurs, qui aimeroient mieux dix lignes de M. Bayle que dix pages des siennes. Avant que d'attaquer notre ami sur cela, il faJloit qu'il répondît à l'éclaircissement qui est à la fin de la deuxième édition sur cette matière, et qui criera toujours contre la censure de M. Basnage. Autre est le droit d'un compilateur, autre celui d'un homme du monde, qui confit les paroles pour corrompre les sentiments. J'étois autrefois du sentiment de M. Basnage, et j'en ai fait les premières plaintes à mon ami lui-même. C'est nfoi qui l'ai engagé à faire son éclaircissement, et, depuis ce temps-là, j'ai été bien convaincu qu'il avoit raison. Je ne puis aussi pardonner à notre journaliste la manière foible dont il le loue en disant que s'il y a des gens au-dessus de lui, il y en a encore plus au-dessous. Voilà comme on loueroit un simple grammairien ou un auteur à la douzaine. Qu'il me nomme donc ceux qui sont au-dessus. Apparemment qu'il s'y met lui-même. Du reste, son ouvrage est d'une monotonie si grande qu'à peine y reconnott-on la variété des matières , et s'il n'avoit à se moquer de nos saints et de nos miracles, où il les fait venir de très-loin , il n'auroit jamais de sel, ni de vivacité. Est-ce là M. Bayle, qui le prodiguoit à pleines mains , et que l'esprit de parti ne gouvernoit que dans les vraies occasions? Je vous écris ceci. Madame, tout à la hâte et un peu en colère. Mais je ne puis dire mes sentiments à personne qui les goûte mieux que vous. Je suis, avec respect et admiration, Madame, votre..., etc.
Voilà, Madame, un volume de commentaires philosophiques où vous reconnoltrez encore davantage notre illustre ami. Il a poussé bien loin les matières dans ce livr0-là. Le péché originel n'y est pas épargné.
L'uniou du corps avec Fâme lui paroit être la cause de notre ignorance. Tout cela est développé avec un feu et une vivacité surprenants, et je m'étonne que M. Arnaud, qui vivoit ^core en ce temps-là, n'ait point entrepris d'y répondre. On ne peut pas se tromper à dire que c'est M. Bayle, et il n'a jamais été plus véritablement lui
Ce sera pour samedi prochain, Madame, que le rendez-vous continuera^ s'il vous plaît. Je ne sais encore si j*irai à la campagne ; mais si je n'y vais point, je prétends bien aller entendre ténèbres dans votre appartement et dire là tout ce qui nous viendra dans le cœur et dans l'esprit. 'Pour mes lettres, il n'est plus en mon pouvoir de vous les refuser, et vous mettrez à votre discrétion telles bornes qu'il vous plaira. La reine de Suède disoit qu'elle aimoit les hommes parce qu'ils n'étoient point femmes. Mais, en vérité, il faut aimer une femme comme vous. Madame, parce qu'elle vaut mieux que tous les hommes.
M. Bruyère n'a-t-il point été chez vous dimanche? Tl me l'avoit bien promis.
Février 1709.
Vous avez grande raison, Madame, de craindre les mains impies qui pourroient toucher aux ouvrages de notre ami. Je fais réflexion que ce commerce pourroit bien avoir été recherché; et que ne doit-on pas craindre de cette noire machine qui étend ses bras jusqu'à la Chine.? Je verrai de près ce que Ton a déposé au neveu, et je vous en rendrai compte.
On vient me dire en ce moment que le nouveau Bayle est imprimé, ^t qu'on le vend cent francs à Reims. C'est une fausse nouvelle, à ce ^ue je crois ; mais la fausseté même m'en fait plaisir.
J'ai lu La Chimère du Jansénisme hier au soir. C'est un livre fort -li^ien fait, et ces démons d'hommes-là manient la raison et l'éloquence ^ un point incomparable. L'auteur promet de répondre à un livre ou lettre qu'on appeloit : Le yéritable Esprit des disciples de saint Augus- ^in^ qui est plein de contes faux assez agréablement contés. Il dit que le P. Lallemand en est l'auteur. Cette réponse fera grand plaisir. Je "v-ous dis. Madame, aussi avec grand plaisir, tout ce que je fais et j'ai l'honneur..,., ♦