‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 9 sur 37 · SUR LE FRAGMRNT QUI SUIT · texte numérisé non relu

SUR LE FRAGMRNT QUI SUIT

est uu art. Il se laisse conseiller ce qu'il veut faire ; il souftVe en souriant qu'on le pousse où il voulait aller. 11 excite ses amis de son indifférence; il les échauffe *de sa tiédeur calculée. Hier seul, il est aujourd'hui entouré. On se presse autour de lui à Tétouffer, comme pour effacer à ses yeux la place, hier encore si vide, de sa disgrâce. Dans cette trame insidieuse qu'a préparée Dubois, invisible et d'autant plus présent , tombent, l'un après l'autre, les courtisans de Louis XIV, prêts, s'il le faut, à devenir, pour se racheter, ses détracteurs. Le futur régent sourit à tous avec cette coquetterie que donne aux p|us insoucieux l'attente du pouvoir, heure unique de bienveillance. Et ils se laissent tous prendre à ces promesses d'autant plus charmantes qu'elles ne précisent rien, d'autant plus prodiguées qu'elles n'engagent pas. A ce moment , Philippe touche au caractère par l'absence même de tout caractère. II a tout prévu, en effet, puisqu'il a prévu même qu'on se compromettrait pour lui. Quel besoin a-t-il de se compromettre lui-même ? Il n'a garde , et parait désarmé au milieu des précautions qu'il a prises. Et c'est sous le masque de l'indifférence la plus complète I de l'incertitude la plus incurable qu'il cache ses desseins. Qui ne s'y tromperait à le voir, et qui ne s'indignerait naïvement, comme Saint-Simon , de cette insouciance si bien jouée qui semble ne pas désirer le pouvoir, ou de cette conliance encore plus habile qui semble ne pas croire qu'il puisse échdpper.

Le caractère principal de cette séance fameuse et qui en fait une si bonne comédie , c'est que tout y semble imprévu et que tout y a été calculé. Chacun se défiant de l'entraînement des circonstances y est venu avec son bout de rolet. On y improvise des discours délibérés la veille ; on y propose des plans concertés d'avance, et on y prend l'avis de gens qui ont déjà enchaîné leur liberté. Saint-Simon attache pour les ducs le grelot d'une protestation que chacun sait être inutile , et le Parlement est trop heureux d'offrir la trêve qu'il savait ne pouvoir refuser. y4 la majorité du Roi, s'écrie-t-on de toutes parts. Et on ajourne à cette majorité, avec la solution de ce frivole différend, toutes les questions qui pourraient troubler la quiétude d'une Régence qui semble être l'avènement de tous, tant elle promet à tous. La leçon de cette comédie, je ne retire pas le mot, c'est que dans tous les événements graves , il faut profiter des occasions sans dédaigner de se les ménager. C'est ce que Philippe d'Orléans fit à merveille et cerf|ue ne sut pas faire le duc du Maine, qui pouvait avoir autant de partisans que lui, s'il se fût donné la peine de les chercher, puisqu'il offrait encore plus de garanties , étant moins intelligent que son compétiteur, et aussi faible.

Et après s'être donné le plaisir de l'analyse, si l'on veut voir les choses de plus haut, dans leur ensemble , il faut lire les deux derniers

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