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à la ville ni à la Cour. Ce ne sont plus que les efforts impuissante d'un corps malade.
On a publié une lettre du cardinal d'Althan^ ministre de l'Empereur à la Cour de Rome, écrite au cardinal de Bissy, datée du 10 de mars 1722, imprimée au Louvre, par laquelle ce cardinal fait entendre que Ton donne un sens tout différent aux lettres écrites par l'Empereur sur la Constitution que celui qu'elles ont dans l'original ; que cette Constitution a été reçue depuis longtemps par tous les évéques de ses États et de son Empire. Il dit que c'est un triomphe des battus que chantent de pauvres aveugles ; que c'est une ancienne coutume du schisme et de l'hérésie de se vanter de la protection des Empereurs qui n'y ont jamais songé, etc. Cette lettre est d'un très-mauvais françois, et on ne sait pas trop si elle n'a pas été fabriquée en ce pays-ci.
Jeux. — Il a paru, en môme temps, un arrêt du Parlement, du 21 mars 1722, qui défend encore les jeux de hasard et qui y met de nouvelles peines.
Remontrances du Parlement. — Le Parlement étant assemblé pour dresser des remontrances, il a reçu ordre de cesser, et de ne s'assembler que pour les affaires des particuliers, sans plus se mêler de celles qui ne lui sont pas adressées. C'est que les nouveaux droits qu'on a voulu établir dans le Palais sont renouvelés par des arrêts du Conseil, et comme le Parlement ne les veut point reconnoltre, la Régence a trouvé mauvais qu'ils les veuillent examiner et corriger.
P. Charles. — Le P. Charles a eu un grand éclaircis-' sèment avec le cardinal Dubois, au sujet du carrosse du sacre. Il lui a parlé ferme, et lui a dit que depuis la Régence, M. le duc d'Orléans ne l'avoit jamais trouvé dans aucun parti, ni des princes du sang, ni des légitimés, ni des ducs, ni de la noblesse, ni d'Espagne, etc., qu'il ne s'étoit mêlé que de sa charge ; qu'il avoit eu l'honneur de porter le Roi dans ses brasau lit de justice; qu'il avoit
286 MÉMOIRES DE M)^THîEU MARAIS.
bien pris de Tamour pour lui el le Roi de même; que le Refirent devoit s'attacher ceux qui le mévitoient.et ne leur pas donner dés dégoûts; qu'il ne denmndoit que les droits de sa charge, ,que M. le Premier écuyer vouloit usurper. «Que veut-il faire du Premier, a-t-il dit, veut-il le garder pour quelque guerre civile ?» Ce qu'il a dit parce que M. le Premier ne passe pas pour homme de courage et qu'il a fui à la guerre. Ce discours a frappé le cardinal, il en a parlé au Régent, et le prince a eu toute satisfaction. C'est lui qui doit ordonner le carrosse et celui que le P. avoit ordonné sera achevé, paar les ouvriers de l'écurie, et sous les ordres de l'intendani contrôleur de la Grande écurie. Aussitôt, ces officiers s'en sont emparés, et ont payé ce qui étoit dû. M* le Premier, venant voir le cardinal, en a presque pleuré.
Quelques jours après, le P. Charles a été nommé pour porter le manteau du Roi au sacre. Le Grand écuyer n'y ayant point de fonction, on lui a donné celle-là, qui est très-honorable, et qu'un prince de la maison de Savoie a eue. Voilà la preuve que, dans les grande» cérémonies, les P. de la maison de Lorraine sont toujours les premiers après les princes du sang, et ni tes Bouillon ni les Rohan, qui veulent faire les princes, n'atteignent à ces honneurs à leur préjudice. Le duc d'Elbœuf, aîné dé la branche qui est en France, et le prince de Lambesc, fils du comte de Brionne, aîné du prince Charles, auroient pu être nommés avant lui, maision l'a préféré à cause de sa charge, de sa fermeté et de sa bonne mine, et le dernier entretien avec *le cardinal Dubois ne lui a pas jiui.
Sacre du Roi. — Le'^maréchal de Villeroy doit representer.le connétable et porter Tépée de justice, comme premier maréchal de France. Le maréchal de Villars représentera M. le Duc, qui est Grand-maltre. On a nommé quatre seigneurs pour accompagner la Sainte-Ampoule, qui sont ; MM» de Beauvau^ à'E$taing, d'Aligre etde.Prte. Ce dernier p'est pas de ta haute noblesse des autres, mais
MM I7M. r )87
il est parrain du Roi 6t mari de Hf de Prie, ce qui lui donne toutes sortes de rangs. Les six pairs laïques seront représentés* par les six princes^ du sang : Le Hégent; le duc de Chartres; H. le' Duc, le comte de Gharolois, le comte de Clermont et le prince de Conti-
A propos du sacre , j'ai lu la Dissertation sur la Sainte* Ampoule, par raM>é de Verlot. EUeest dans l&Rieueil de l' A^ cadémiedes inscriptions et belles-lettres, ira, in-4% 1717, p. 669* Il répond assez bien aux critiques, et se fonde beaucoup sur cette ancienne et auj^uste traditiouy tant respectée dans le royaume. Il rapporte! quantité d'imperti* nences d'ttincmarc, évèque do Risims, qu'il a fourré dans son récit. Nous avons plusieurs livres 'sur le sacrent rap^ portés dans la Bibliothi^ du P. Leiong, et le Cérémonial de Godefroy en a conservé les cà?émonies .de plusieurs rois (p. 556-557).
On peut lire aussi, par curiosité, le huitième livre du poëme de ta Puûelle^ de Chapelain, où est décrit le sacre de Charles VU. Les vers n'en sont pas si mauvais que les satiriques le disent. M. Muet, dans son EueUanaj qui. vient de paroltre, prend assez ouvertement le parti de Chapelain ; il dit qu'on ne Ta critiqué que par les vers, sans considérer les parties et Tordre du po6me, dont on ne peut môme bien juger, parce c|u'i4 y «voit eneore^douze Kvresy qui ont été supprimés par l'avis de M. de Hohtausier (l),'et que Chapelain s'attira tous les auteurs contre lui, parce qu'ayant été nommé par M. Colbert pour faire une liste des savans à qui le Roi vouloit faire des pensions, tous ceux qui ne furent point sur la liste attaquèrent la jPttC«ik et la firent tomber.
Visa» — Le travail du Visa avance beaucoup. On coupe bras et jambes à tout, le tnande, et i'on appelle aller à la Morgue, quand on va voir là liquidation dans le re-
(1) V. dans la Revue Rétrospective, 1«* série, t. U, p. 5, U Préface de ces olianlA (Dédits.
gistre. Un jeune màllre des requêtes, nommé Doublet de Persan, qui vient d'un Doublet jadis laquais, dit à M. Chopin, conseiller au Grand- Conseil, qu'une liquidation qu'il avoit faite étoit mal faite, et qu'ils cassoient tous les jours leurs arrêts. M. Chopin lui répondit : «Ce n'est pas d'aujourd'hui que je sais que les gentilshommes font les verres et que les laquais les cassent. x>
Versailles. — On se prépare à force pour le voyage de Versailles, qui est fixé au 2 juin. Un homme ayant dit : « On va mener le Roi à Versailles, etde là, à Saint-Denis, » il a été arrêté et mené à la Bastille.
U a été annoncé publiquement qu'après le sacre, le Roi reviendroit à Paris. U y avoit un arrêt qui avoit cassé tous les baux des maisons de Versailles, mais les choses ont été rétablies, et Paris sera bien aise de voir toujours sou Roi. La Peyronie, premier chirurgien du Roi, l'entretient souvent de Paris; il lui dit qu'on n'est pas Roi sans voir son peuple ; que ce peuple l'aime; qu'il en doit av<^ir de la reconnoissance; qu'il a marqué une joie excessive pour le rétablissement de sa santé, et que lui, La Peyronie, avoit bu sa santé dans les rues à plusieurs tables. U lui a fait l'histoire de François r% qui dit à Charles-Quint ; AveZ'Vous un Paris; « et le mot de M™® de S.. » ? « Paris en ce monde et paradis en l autre. » Le Roi écoute tout cela attentivement. La Peyronie, qui est vif. Languedocien et hardi, dit tout ce qu'il veut, et il parle aussi pour hiimême, car il a bien des raisons de fortune et de galanterie qui lui font aimer Paris.
La princesse de Conti poursuit la séparation et est mise à Port-Royal pendant le procès. La dame de la Roche, dame d'honneur de sa belle-mère, vouloit qu'on haussât les murs, disant qu'ils étoient trop bas et qu'on pouvoit passer pardessus. On lui donne toutes sortes de dégoûts.
Le prince de Mercœur, son second fils, est mort le
de mai. Le prince de Conti voudroit en faire d'autres, mais sa femme ne s'y fie pas, et a conçu une antipathie
extrême contre lui. La cause de la provision a été plaidée à la deuxième des requêtes du Palais, à huis clos, par Pothouin, avocat du prince, et Julien de Prunay, avocat de la princesse.
Guiscârd. — Le comte de Guiscard^ joueur de profession, s'est noyé; un autre homme s'est pendu et a fait un . testament bien court, où il a dit : « J'ai trois actions^ que je donne au Régent^ et mon âme au diable. » Un cabaretier de la rue Montmartre s^est donné trois coups de couteau dans le ventre^ pour l'infidélité de sa maltresse. Quand on lui eut mis le premier appareil il l'arracha et dit : c( Je ne me suis pas tué poui^ ne pas mourir. »
Le marquis de Plelo (1)^ Breton, épouse H""^ de La Vrillière, fille cadette du secrétaire d'État. (H. de Plélo^ ambassadeur en Suède^ a été tué au siège de Dantzig en 1734) . U est fils du comte de Horon. On lui donne 60,000 livres de rente. Ce comte de Horon avoit épousé la fille de H. de la Faluère, Premier Président de Bretagne. U avoit une maltresse que la famille de sa femme fit enlever; il se brouilla avec sa femme, ne la voulut jamais voir, et elle est ainsi morte sans s'être raccommodés ; elle étoit à Paris et lui en Bretagne. Ces Bretons sont durs envers leurs femmes. J'ai été consulté, depuis quelques jours, sur une affaire importante du comte de Talhouet, qui a accusé sa femme d'adultère et qui Ta faite condamner, par sentence du j uge de Redon, du 8 novembre 1717, à avoir la tête tranchée. Quelque temps après le jugement, elle s'échappa de la prison et fit bien^ car son mari mourut en 1718, et l'affaire, qui n'est plus qu'avec des enfants du premier lit, est à présent bien plus graciable. Si à Paris la peine de mort avoit lieu contre les femmes galantes^ on ne verroit point tant de cocus.
15, 18, 19, 20 mai. — La Régence ayant envoyé au Parlement une Déclaration pour les nouveaux droits, au
(1) Voir sur le marquis de Plélo les Mémoires de cPArgenson. T. H. 19
290 MÉMOIRES DÉ kATHtÈt] MARAIS.
lieu de rafretdtiConseil.il a été délibéré' d'y fàii^desï^emon trarices, et elles t>nté!é faites le lnndil8nmi;iâwLi[>bvre, par M. le P. Président et plusieurs députés du ^Pa^fe-î ment. Quand il a commencé à lire, le Régent a dit tjdètle Roi voyoitbien qufe cela lui Wisôitdfe la pfeine, à^jatee^tfil est incommodé, et qu'il les pouvoit remettre & M. le iSaiHle des sceaux, à qui illes*uremisessur-le-chàmp/etquia dî^ que le Roi y réjf^oridroit le lendemain, ce qui a été faîi le mardi 19 mai aii matin. Et là, le Garde des sceaux Ja^-dit^ aviéc beaucoup de politesse, que le Roi*voudroitdéféi»era»x rëmo-ntrances de sdn Parlement, tti^dis quelles temps né le» permettoient pas,* efaprès bien dès honnêtetés pareilles, qui Vie Sont que des paroles pour araiiser, iP«i't€*niiné son dîscows par dire que lé Roi lui ordônnoitd'e^ régis-* tref. Dès'le tnêtnfe jour, on s'est assemblé à là 'Grat>d'- Chambre l'aprés-idinée, maiis les Én<[uétes n'étant pas en nohibre sdffisanfj dri a reriiis au lendemain 2^, ôù-ladé^ clafafiôn a été enregistrée i<tde i'exprê^comnmndement du kdi à là Cour j dtinnë'â entendre par îa répons^faiW^ti présence dùdit aux remontrances de ladite Cour,» ^>owr être lés présentes exécutées' selon leur 'fornie et teôeuir; et sera le Ror irès-humfelement sôppîié, c» tour» ieWi^èl en toute ocèainmy'ûé vouloir soulager 'son' penpïé dés impositions portées piar*les présentes lettres etlaisser les bourgeois^ de Sa BdUnè" ville de Paris joukf de leurs prî^ viléges dans tontëlëtir étértdue et liberté, comme ils- eïi ont Joui âans tonales temp!s;'etc^» Cette déclatàtion d-élè aussitôt imprimée et publiée le *2t' dans' tfeùt' PaHs avec cet enregistrement^ où' l'on voit que le Parlement s'est rendu après' lia cérémonie de la déclaration, qui a été très-bien dressiée, et'Wt il est dit que les droits en question avoient été établis par dîffét^nls ^éUils eftregîstrés eh nos Cours de Parlement, et qui doivent être plus ^èpj^ortnbles pWlël6ri^ tiskget)ùf on aété'de les pércev'dfr.' C'est-à-dire que quand un impôt est mis en France , on ne Tôte jamais, ou que si on l'ôte,- c'est une raison de le
rétablir^ parce quMl a é^up^^fcÂ? ^^^' ^^ reste^ cette déclaration me dit pas un mot des derniers arrêts du Conseil/eioti a^ftetlé lePifriëÉifë^t pai^ les édîts qu^ila; enre-
aâ^M.i^O»np^~ Depimle 39' ji)s(|ti'au3(^âmi, féteà de laPefltècMe, j'ai é«é à Basagny, près Pontoise, avec M"^ de Saint-Scilpice( bràlée')î, ei^ plusieurs ]^rsonnea de ses amies^^t j'atété i^ir Osny., qui' est une terre de M. de GoBssakiviU^ ^^'de H. déNicblaï, Pj^emier Président de laCfaambre-des comptes. J^y ai' trouvé ce P. P. avec qui je«e^ sttïihpçomeiié l<>ngtei]^, et 'qui mPa *pàrlé avec beaucoup d'eiiprît^eEt de finesse. Ils sont grands âHhÈ cette famille ^ mais^ell^ ^!a pa» passé au fils avec la *stif vi vancé delach«fge,qiu^ le Régent lui adonnée; il sera'le btritiéme de pèreen fils^ns-cettècharge. *'' .-/
HARSEkktîi* — Pesté wboviELLE, A itidn retdur, j'ai appris que 4a peste a r^epi^isâ HàrseiUe «t dans k campagney on'y ^areiavôyé M* dé Lang^eroo, avec tilVe âe côthmandànV|)erpétuel dii dbàtèall eldè chîeP du conseil dté la santé, et 12,«Q0 llvrèi^'ia^poifttéhienfei. ft le faudra traiter comme ^n libérateur, de 'la patrie et lui dresser tfes statues :Xitwra(oripalft«. Ses vaisseaux*; qui sont pai*fis de Marseille depuis le oolninerce i^énouvelé, sont peut-être allés négocier la pesté partout. ' " ** '
Visa. -^ Les! îiquidiatîons. avancent; M*"* de Nancré , amiede Law, s'étant présentée pour la liquidation, H. Taschier,^ au Grand-CoiiSfeil, luià dit : «Quiètes-vous, ma bonne ?» —^ « On m'appelle quelquefois M"^ de Nancré , ai-elledit. ï> ~ Quoi! vous^ètés cette U*^ de Naricréqui arefii*é Law ehe^elle quand' le peuple le cherctioil? Je vais vous liqùidtM^ comme il nous a liquidés, yi La dame s'en est plainte au Régent, qui n'a rieiï tiré du commissaire, sincAl qo'il traiteroit iuivânt letiàbkfau, àmoibs que le Ré^nt ne lui donnât un ordre par écrit'du contraire.
jrumi722.
Juin. — Pramenoux^ Chantilly. — On a su une aventure arrivée à Chantilly au dernier voyage. H. le Duc y étoit avec M*"* de Prie, maîtresse altière et emportée; elle y avoit mené M"" de Pramenoux, autrefois M"* de ClialjNAnnes. Ce fut sujet de jalousie ; elles se direntbien des sottises, et entre autres que M""^ de Prie , quoique entretenue par un grand prince^ n'en étoit pas moins une p et que M"* de Ch. n'étoit pas faite pour faire le second tome de M™* de Saint-Sulpice. La dame de Pramenoux prétendoit qu'on lui avoit mis quelque chose dans son vin pour l'enivrer^ et, en effet, elle parut comme ivre en sortant de table : elle tomba par terre. On Temmena dans sa chambre, où elle voulut faire le testament de toutes les parties de son corps, et entre autres son endroit mignon à M. de Senneterre, pour le faire changer de goût, sa fourrure à M. Dolgorouky, ambassadeur duCzar, pour se tenir chaud en son pays, de ses deux tétons à M. d'Ëntrague pour faire une figure ou case au Biribi (qui est un jeu comme le hocca, où il y a des figures), de son tempérament à M. le Duc, et ainsi des autres. Sur le matin, on prétend qu'on la mena à un atelier d'ouvriers, qu'elle mesura tous pour savoir qui étoit le mieux conditionné. Cette aventure, qui devroit être tue, a été publiée de suite, et la dame de Pmmenoux, honteuse, s'en retourne trouver son mari en Forez, n'ayant trouvé personne qui ait voulu accepter sa succession et se porter héritier de son corps vivant.
Versailles. — Le Roi de voit partir le mardi 2 juin pour Versailles, mais son départ a été remis au lundi 15, à cause des réparations qui ne sont pas encore finies. Le Roi a une grande impatience de quitter Paris.
Jeudi 4. — Fête-Dieu, le Roi. — Les Parisiens ont vu avec grand plaisir le Roi à pied à la procession de la Fête-Dieu de la paroisse de Saint-Germain , ayant à ses côtés les cardinaux de Rohan et de Polignac. Le jour a
été très-beau; ilauroit voulu de la pluie, et avoit fait faire des souliefs exprès, mais le ciel n^en a pas donné.
Logements a Versailles. — Il y a toujours grand débat pour les logements de Versailles. On a donné celui de M. de Louvoisau cardinal Dubois, qui aura tout à la fin. Il vient d'avoir l'abbaye de Bergue, qui est régulière et qui vaut 30,000 livres de rentes. Cardinales os apertum hahent ad omnia bénéficia. Le logement de H. Le Grand a été donné à M"* de Charolais, et celui de feu M. de Vendôme au prince Charles, qui dit qu'il ne peut trouver mauvais qu'on le déloge pour une princesse du sang et qu'on le loge où étoit M. de Vendôme.
Albêroni. — On travaille à Rome au procès du cardinal Albéroni, et il paroitune réponse très-forte à son manifeste. Elle est en françois dans différentes gazettes de Hollande ; c'est mie pièce très-curieuse pour le temps, aussi bien que la réponse faite pour l'Empereur au Mémoire de la liberté de Florence, qui est dans la même Gazette.
Conjuration, — Angleterre. — Il s'est découvert une conspiration en Angleterre où entroient la plupart des seigneurs du Royaume. On devoit s'emparer de la Tour et du Roi, et de toute sa maison. Le Roi a écrit au maire et échevins de Londres une lettre qui a été publique, où il a dit qu'il étoit assuré qu'aucune puissance n'y entroit. C'étoit une conjuration toute domestique et insulaire. Les politiques disent que ce n'étoit qu'une figure pour faire peur au Roi, et l'empêcher d'aller à Hanovre, où il porte tous les ans l'argent d'Angleterre; cependant; on prend de grandes mesures pour en empêcher les effets. Cette nation est née pour n'être jamais tranquille et proprement être esclave de cette liberté dont elle se vante, et qu'elle poursuit avec tant d'audace. Us viennent de pratiquer l'inoculation ou greffement de la petite vérole, jusque sur les jeunes princesses du sang, et elle a réussi. On écrit contre, et l'auteur dit que c'est tenter Dieu.
Rente du Clergé. Arrêt libre. — On a aussi donné au public Tarrêt du Ifc avril, rendu sur la contestation des ouvriers et des propriétaires des rentes du clergé, qui demandent le payement des kO années arriérées, sur quoi on a vu plusieurs mémoires curieux. Cet arrêt n'est que provisoire, et c'est ainsi que les plus grandes affaires se tournent en subtilités; il est dit qu'avant faire droit, les propriétaires contesteront plus amplement et cependant sans préjudice des droits des parties, le contrat pstssé avec le clergé, le 31 octobre 1715 exécuté, et en conséquence les propriétaires des anciennes rentes sur le clergé et les payeurs et contrôleurs seront payés comme avant les arrêts des 26 octobre et 25 novembre 1719, — 9, — 23 juillet, 30 avril, 15 octobre 1720, à l'effet de quoi les sommes imposées suivant le contrat seront reçues et remises par M. le R. 6. du clergé aux payeurs que S. M. a rétablis dans leurs fonctions ainsi que les censeurs, pour être les rentiers payés en la manière accoutumée. Et ce à commencer pour Tannée 1680. Voilà donc les rentiers qui seront payés en argent, nonobstant les arrêts de Law, les payeurs sont rétablis, mais les quarante ans seront toujours en arrière et y seront longtemps.
Constitution. — Empereur. — Il s est débité un Recueil de 30 pages in i**, latin et français, contenant les pièces qui concernent le refus de l'Empereur au sujet de la Constitution. Ce recueil contient le refus de l'Empereur et plusieurs lettres écrites par Télecteur de Cologne à l'Empereur et autres. Cela vient de la part des jésuites, qui y ont mis aussi la dernière lettre du C. d'Althame. Mais on a beau faire, on ne fera jamais croire que l'Empereur ait eu dessein de se déclarer pour la Constitution, et il est étrange qu'on veuille boucher les yeux à qui voit clairement le contraire.
13 juin. — M"® DE Charolais. Capon. — J'ai appris aujourd'hui un fait singulier : M. Capon, avocat du conseil de la princesse de Conti (la jeune), s'étant trouvé avant
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les autres dans le cabinet, M"* de Charolais y vint, qui lui fit honnêteté, et lui demanda en confiance si le procès de sa sœur contre son mari étoit bon. Capon lui dit qu'il pôurroit se soutirer et se tourner de manière qu'on le gagneroit, il ajouta : « Vous me direz que M™*^ la princesse de Conti a eu des galants, M. de la Fare, cela ne dure plus, mais M. de Clermont, cela dure toujours. Il est vrai qu'un bon chien chasse de race. M""® la Duchesse a toujours eu des amants, et elle a, encore à présent, M. de Lassay. « La princesse, étonnée de tous ces discours, et craignant que Capon ne vint aussi à elle et à nomrper ses galants, se leva et dit : « Monsieur Capon, adieu, ]e n'entends pas les affaires, » et aussitôt elle vint conter son aventure à gens qui me l'ont redite, etàqui la princesse, en avouant sa surprise, ne put s'empêcher de dire que dans Thumeur où étoit Capon, il étoit prêt à dire aussi les amants qu'elle avoit eus. Voilà ce qui arrive à gens qui ne savent pas le monde. Le Capon méritoitbien d'être jeté par les fenêtres. Une dame de la cour dit sur cela qu'il n'y a rien de si ridicule qui ne doive être dit et fait jusqu'à la fin du monde, et que ceci y tient sa place.
14 juin. — Adieux au Roi. — On est venu de tous les côtés pour dire adieu au Roi qui doit partir demain pour Versailles. Le Parlement, toutes les Cours et la Ville y omt été. On lui a présenté trois dames : W de Caraman, fille du président Portail, présentée par la princesse de Guise, a eu l'honneur de saluer le Roi, malgré la prétention des duchesses, qui disent que le salut n'appartient qu'aux dames titrées. Quelque temps après, M""*" la duchesse de Lorge et M"'® la duchesse de la Ferlé ont amené M"* de Rambure, nouvelle mariée, qui a épousé le neveu du Premier Président, et M"* de Rambure n'a eu que la main du Roi, que la duchesse de la Ferté lui a fait donner. On dit que c'est comme duchesse qu'elle l'a fait faire ainsi pour confirmer son dçpit, et qu'elle a chiffonné celte présentation par malice. La troisième est madame d'Averne,
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maîtresse du régent^ mais oq ue m'a pu dire comment cela s'étoit fait ; elle doit aller à Versailles cjt y avoir même un logement au Louvre. Cest poui^iaire contre ;nadamc de Prie, qui y loge de droit, son mari. étant associé à l'éducation du Roi. La corruption des Cours est si grande qu'on y fait toutes sortes de scandales saos attention .
Départ du Roi. — Le Roi est parti ^ur les trois heures après raidi pour Versailles; toat Paris a été dans le Cours le voir passer; F un disoit : il reviendra, Tautre : il ne reviendra pas. Dès qu'il fut arrivé^ il alla sCipromen^r avec le Régent et le lassa de façon qu'il^n'en pou voit plus.
CaNILLAC du conseil de RÉ(HSMCS, N()AUL£S^T'CANl^i.AC
ExitBS. — Le matin, on a appris que M^ le duc de NoaiUes étoit exilé, ainsiqqe M. de Cattillac(l). Chacun en veut deviner la raison ; on dit que le duc de Noailles étoit trop au goût dû Roi ; il étoit déjà arrivé h Versailles avant le Roi pour le recevoir, maison lui, a eavoyé une belle lettre de cachet avec un beau compUqient, par le sieur.de Moï^thierry, gentilhomme ordinaire du Roi, pQur s'en aUer exer.cer son esprit et sa politique en Auvergne, A une terre à lui qui s'appelle Linière, Quand le R^ge^t,a appris cet exfilau Ro^^ leRoi n'^pas djtun^eu^n^ot/ce qui pasç^ou pour enfanee, oupom^ dvtreté, ou pourdi^in^M^^tion^^Le duc a voulu faire crpire qu'il n'avoit point» d'argent pour partir; il a emprunté 10,000 liv. du S^Bonnier,, Trésorier de Languedoc, à qui il a écrit une .lettre (jte»{4u»honnétes,.et on sait que quand le duc étoit à la tète des affaires^ él ayoit voulu perdre à la Chambre de justice Çiim,ènpLeBop^^c^i qwi en vient d'agir généreuserxiept avec soft persécuteur. Le Régent ne lui a point pardonnéle-pajptiq^'ila.pris-paur le^ Chancelier et pour les dqcs, dans l!affaircd^s caf^di^aux et de leur préséance au çpn^itiiL On.jsaiJ q^ue fe^dw a dit au Roi, lors du dernier' exibdu Chancelier ; f Siç»^
(i) Can^Rac, du Conseil de Kégencè, et ncii) pas des MousqiietaireftT *^^^^
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vous renvoyez le plus honnête hodanie de votte royaume ; la première chose que vous dèvei faire à* votre majorité, c'est de le rappeler. » Le Régent ne pense pas de même. La faveur de la Cour est bien inconstante, car le Régent et le duc ont été autrefois les confidents les plus intimes/ jusque-là, qu'ife faisoient semblant d'être brouillés et se voyoient les nuits. C'est un fait qui est arrivé sur la fin de la vie dû feu Roi, et que je sais à n'en pouvoir douter. M. d'Effiat, ami du Régent, a été longtemps la dupe de cette, intrigue. Leduc de Noaillesn'aqoe quarante-quatre ans et peut voir encore bien des retours; pour M. de Canillac, il prenoit de grandes libertés avec le Régent et étoit sur le pied de lui dire bien des vérités, mais à la fin les vérités déplaisent, et ceux qui les disent sontrenvoyés. Canillac va à Blois.
16, 17, iS juin. 7— Versailles. — Le Roi a un goût tout particulier pour Versailles, et si grand qu'il a été résolu de l'y laisser tout Fhiver. Dans uhe-liste satirique d'exilés on a mis : « Le Régent exilé à Versailles par ordre du cardined du Bois. » 11 revient ton» les jeudis à Paris et retourne tous les samedis matin. M"** d'Aveme est toujours deà voyages et s'ennuie fort à Versailles, où il n'y a ni spectacles ni Cours, et où on est si fort en Vue qu'elle ne peut pas tromper son amant. Le duc de Richelieu est soupçonnéde faire le Régent cocu de sa maltresse. L'Intante est partie pour Versailles le 18 et est allée trouver le Roi.
Premiers gi^ntilshommes de la ghabibre. — Il y a eu une dispute eiitre les premiers gentilshommes de la Chambre et les officiet*s des Gardes du corps, au sujet de la galerie dont le Roi fait son appartement pour jouet* et s'y divertir; on en a fait sortir les officiers des Gardes du corps, parce qu'ils n'ont droit au corps du Roi que quand il n'est plus dans sa Chambre, et la Chambre est tout eodï^oit que le Roi habite et où il veut être en son particulier.' M. le Duc a décidé pour les premiers gentilshommes de la Chambre.
On adonné au maréchal de Villeroy la direction de Saint- Cyr, qu'avoit le duc 4e Noailles.
— Il est arrivé à Versailles un fait étonnant. — Un officier aux gardes (sous-lieutenant) nommé Botteville, étant avec un des ses amis, Saint -Just, lieutenant de dragons, dans un cabaret, a envoyé chercher Pernot, huissier de la chambre du Roi, et lui a fait dire qu'un de ses amis l'attendait. Il est venu; Botteville a fermé la porte, s'est jeté sur lui, lai adonné plusieurs coups d'épée sur le visage et Ta marqué; Pernot crioit : Messieurs, je n'ai que faire à vous, je ne vous connais pas.» En effet, c'étoit à son frère qu'ils en vouloient, avec qui ils avoient eu querelle quelques jours auparavant à Paris. Les batteurs s'en sont enfuis. La sous-lieutenance a été donnée sur-le-champ, et cela a passé pour un assassinat et guetapens. M. de Botteville est parent de MM. deBeauveau, mais leur parent a fait là une vilaine action , et si on a bien roué en Grève le comte d'Home, celui-ci n'est pas de meilleure maison que lui.
Cartouche et complices. — On pend tous les jours à Paris des complices de Cartouche, et, ce qu'on n'avoit point encore vu jusqu'ici, ces complices, prêts d'être suppliciés, font passer toute la nuit aux rapporteurs pour découvrir d'autres complices, et on n'en voit point la fin. C'est une génération éternelle de voleurs qui se tiennent et se décèlent les uns les autres. On a enfin découvertceux qui ont assassiné Vergier (1) ; ils le vouloient voler, mais ils s'aperçurent qu'on les voyoit d'une fenêtre et ils le tuèrent. Neufchatel, soldataux Gardes, quiafait prendre Cartouche, étoit de ce meurtre.. On lui avoit donné sa grâce àcomdition qu'il diroit tout et il n'a point dit ce fait. La question
(1) Toutes les Biographies ont assigné à la mort de Vergier une date inexacte. 11 résulte de son acte de décès, inscrit sur les registres de la paroisse Sainl-Sauveur, à Paris, qu'il y est mort le 23 août 1720, âgé de soixanle-cmq ans.
est de savoir si on lui doit tenir parole, et on la lui tiendra, parce que la dénonciation de Cartouche est la chose la plus utile an public que l'on ait vue depuis longtemps. Dans cette recherche, deux exempts de M. d'Argensonont été accusés, arrêtés et décrétés, le Roux et un autre : le Parlement les a fait arrêter. M. d'Argenson fils a été au Régent et a demandé qu'ils fussent délivrés, parce que c'étoit une haine du Parlement contre les gens qui avoient été à son père. On les a retirés de la Conciergerie en vertu d'une lettre de cachet et mis à la Bastille ; mais depuis, le Parlement ayant démontré au Régent l'état des affaires, ils ont été ramenés à la Conciel^gerie pour y rester jusqu'au jour du jugement des complices de Cartouche, et après ce jugement, ils doivent être remis à la Bastille. Voilà tout ce qu'on a pu faire pour eux et c'est trop. M. Arnaud de Boesse, rapporteur de tous ces crimes, a été lieutenant général d'Angoulème, et c'est un des plus grands juges criminels qu'on ait jamais vus.
— Le bruit est grand que le duc du Maine va être rétabli dans son rang et dignité, comme le comte de Toulouse. Le cardinal Dubois a été à Sceaux et ce n'est pas pour rien.
Maréchale d'Estrées. — Hénault. — La maréchale d'Estrées avoit pris le président Hénault pour son amant, elle Ta quitté et a pris à sa place le comte deRoussillon, qui est unjeuneFranc-Comtois riche et assez bien fait, quoiqu'on lui trouve les jambes trop grosses et le nez plat. On a dit que la maréchale avoit fait tout d'un coup un grand saut du HainauU en Roussillon , et ce mot en a fait dire un autre sur M"^ de Charolois : qu^elle avoit voyagé de Richelieu à Melun^ et de Melun en Bavière. L'avocat Capon lui auroit conté tous ces voyages, si elle ne l'avoit quitté brusquement. Bavière est le chevalier de Bavière, qui est son ami, et Helun le duc de Helun, qui l'a été. Pour le Roussillon, il est le fils d'un comte de Revel et d'une demoiselle de Harsilly, autrefois très-bien à la
Cour^ et qui a>voitp^éjpar bien des maiiis, 11 )esi mort^ la dame de Reyel ie8ta?Qsté& veuv/B aveejce> fils fortrtdie, et qui a publiquenieni la bonne fortune, de \^- màcéohale d'Estrées, si boaoe fortune y a.
M'^^de Maxsilly ayoit eu pn fu^emi^ marîqui avoîtieu ufte autre femme qu^il Avoit noyée, t» faveur de Ml'^ de HaPr silly> quUl épou^^ le tira d^affoire; elle. épousa^ ensuite le chevalier de ^rogliey son galant, qui a été le comte de Reveh. , ^ . ., ry > ^ ■■ '
Saint-Héran.. t*- M; de Saint-Héran, gouverneur de de Foniainebleau^^t mort, sou fils a sa survi;Kance^ Hssoni d'une ti;ès-ancienne maison d? Auvergne. L'abbé Marsol-» lier, dans la Fi6 d'Henry de la Tour, duc de Bouillon, ma; réchal de France, avoit dit qu'un Saint-Héran jgçu verneur d'Auvergne, avoit toujours été attaché au frère du maréchal. Cet attachement, qui approohefort delà» domesticité, a déplu aux Saint-Héran,t dont le vrai nom eêt Montmbri n (1 ) . Us ont fait imprimer une lettre qui montre leur ancienne noblesse dès le onzième siècle, leur, alliance avec les Bourbon et la maison de la Tour, et cette lettre est accompagnée d'une aufa*e du 3 février 1719 de M. le duc d'Albret et de M. l'abbé d'Auvergne, où ils désavouent l'abbé MarsoUier, et disent qu?il a- y a jatnais eu d'autre attachement entre les deux maisons que la parenté et l'alliance depuis plusieurs siècles, et qu'ils n'ont point de part à ce qui a été dit par.cet auteur. Leur lettre est cidressée à M. de Caumartin, conseiller d'État.
'Saint-Frémont. t-r Mvdc Saint-Frémont, ancien lieutenant-général, est mort fortégé. C'étoitun cadet de Normandie, qui n'avoit rien et qui a beaucoup amassé, et est monté aux premier^ honneurs de la guerre. 11 jqe c'est point marié. Il étoit estimé universellement. Il a voulu être enterré à lajGharité des.hommes; à son enterrement.
(1) C'est Saint-Hcieiri qu'il faut Hre. te minfetre de Louis XVI était île cette famtile. ^ ^l. ...... ..
' JUIN i7M. ' • 30*
il ydheifbiertida'SQandale. Le curé de Saint-Sulpice voaloH^pie 8eS'g)Pètre& le' vinsse»! anterrcr, les Frères de la Charité n%tï% {wts voulu» Le (3orps a ëté^rté et reporté àeWL fob à la Charité et à Saint Sulpice ; à la fin, le com« mtssaire du quartier s'en est mêlé, et les prêtres se sont retirés. Voilà î'avidîté des g^ns d'église.
J^ai été coi^sùlté sur son testament; il a cherché uu homme de son nom pour le faire son héritier; il s'appelle Ranef^ ;' son neveu; »frère de sa sœur, n'est que son légataire particulier.
— Castelas, Suisse, lieutenant-colonel des Gardes- Suisses, est mort. — Le vieux M. de Reynold, colonel de ce régiment, do^t il anroit voulu avoir la place, l'a enterréi' i
La dame de Catigny, amie de Castelas depuis trente ans, est- tnorte quinze jours après lui. Rare exemple, d'à*mitié.
Brigadiers. -=-^Plusietf ris brigadiers d'infanterie ont
été Uomttiéfe, mais tant' d'autres sesont plaints, que la
proniotion a été supprimée et renvoyée à un autre temps.
'Hénault/ — ^ CHAksoK. — Chanson sur ' le président
HéHauft : » »
, A ma hopt^y.^eane s'égale, Dispit en larmoyant . . Le bouçgçonné président. On m'a Vu chez là maréchale.
Son beau niignon •
' ' ; • CbatHeifjsQAc.Vv ët^oDcbi^iOD, . ; A présent qeilf niartipgale Dit que je n'ai d'esprit Qu'à la mesure de mon ..!.. etc.
26 juinl vetidfedi dertlevée. -^ Conti, séparation. — Après plusieurs' audiences à huis-clos, dans la première ChaâKbre des Rec^uètes du Palais, où la cause de la séparation entre le prince'et la princesse de Conti a été plaidée, la-prinoèsse a^tdi^MoIai^ non recevable easa demande.
permis à elle de rester au Port-Royal pendant six mols^ où M. le prince de Conti pourra la voir tant qu'il voudra à la grille ; après quoi^ elle sera obligée de retourner chez son mari. Les plaidoiries ont été très-sages, il n'a rien été reproché sur la conduite de la princesse. Le Prince rapportoit une lettre nouvellement écrite , où sa femme paroissoit très-contente de lui. Actio injuriarum reconcilialone abolilur : Et puis une princesse du sang, qui peut donner des héritiers à la couronne, ne peut pas facilement quitter son mari, et priver VÈtal de successeurs. C'est une affaire de droit public. La princesse veut appeler, mais elle ne sera pas mieux au Parlement.
On a publié sur la fin de ce mois plusieurs arrêts, un du 6 juin, qui ordonne que les engagistes des domaines seront tenus de faire toutes les réparations nécessaires^ de quelque nature qu'elles soient, même les grosses sans distinction, et quoique les engagements soient à vie.
Conseil du Commerce. — Suppression. — Un autre arrêt du 22 juin supprime le Conseil du commerce el rétablit un bureau de huit personnes composé de MM. Amelot, Pelletier-Des-Forts, Fagon, Saint-Contest, Machault, Dodun, contrôleur général, la Grânville, maître des requêtes, d'Argenson, lieutenant de police. Le chef du Conseil royal des finances pourra faire tenir ce bureau chez lui quand il jugera à propos d'y assister. C'est le maréchal de Villeroy. Dans cet arrêt, le (Contrôleur-général est nommé conseiller au conseil royal, au lieu que dans le précédent il n'est que conseiller d'État. C'est que le Conseil royal est rétabli depuis que le Roi est à Versailles, et que le contrôleur-général en est toujours. Les députés du commerce pour les provinces auront entrée au bureau. Voilà le duc de la Force , qui étoit du conseil du commerce , où il ne pouvoit plus être reçu avec honneur depuis son arrêt, renvoyé honteusement. 11 est cause en partie de la suppression de ce conseil.
Rentes de la Ville, quartier ouvert. — Autre arrêt
du 2& juin^ qui déclare que l'oa ouvrira le payement des rentes des six premiers mois de la Ville^ de i 722, au premier juillet, sur les contrats visés et liquidés avec la mention de la réduction, le certificat du notaire, qui sera attaché à la quittance, et l'enregistreoient à l'hôtel de ville. Cet arrêt a réjoui Paris, mais on en éloignera l'exécution.
Lins. — Chanvres. — Par arrêt du 19 mai, il avoit été permis de faire commerce de lins, chanvres et laines avec l'étranger. Arrêt du 28 juin, qui réduit cette permission, et ne la donne que dans tout le royaume.
Cautouchr. — Les exécutions des complices de Cartouche continuent toujours. On a roué un gentilhomme nommé de la Roche, qui avoit été page du maréchal d'Ëstrées, puis dans le service, et qui, s'étant débauché, avoit trouvé la malheureuse invention dé donner des coups de bâton sur la tête afin de mieux voler. Il a passé la nuit à l'hôtel de ville, pour révéler ses complices, et n'a été roué qu'à cinq heures du matin.
Il est arrivé de Lyon une recrue de filles et hommes, complices de Pellissier, qui n'est pas encore jugé. On assure qu'il a déjà été roué une fois à Grenoble, que le bourreau l'épargna, et qu'il ne faudra que rouvrir les premières blessures quand on le rouera, comme on rouvre une saignée. Il avoit été aux galères de Bordeaux.
29-30 juin. — Confesseur du Roi. — J'ai été pendant ces deux fêtes à Busagny, près Pontoise ; j'ai appris là, que le Père de Linières, jésuite, a pris la maison des jésuites de Pontoise pour y être affilié, que comme elle est dans le diocèse de Rouen, il n'a pas besoin des pouvoirs du cardinal de Noailles pour confesser le Roi, et, en effet, il est parti de Pontoise et est allé, le jour de Saint- Pierre, confesser le Roi, à Saint^Cyr, qui est aussi un autre diocèse, quoique ce ne fût pas le jour ordinaire d'une confession royale. Ainsi, le cardinal est la dupe de son refus, et les jésuites se sont moqués de lui. Le cardinal Du-
Sur ces propositioss^ il déclare que les rois^ et aommément les rois de France reçoivent de Dieu^ inraiédiate, leur autorité souveraine^ etquUls ne la tiennent pointdes peuples ni d^aucune puissance spirituelle ou temporelle^ que dans les monarchies c'est aux rois seuls qu'il appartient de faire des lois^ etc. 11 y a aussi des propositions rétractées sur le Pape. Il reconnolt que la primauté d'honneur et de juridiction lui appartient de droit divin^ et qu'il tient immédiatement de Dieu Tautorité et toute la puissance qui appartient de droit à sa primauté^ et que les évèques tiennent leur puissance immédiatement de Jésus-Cbrist. Il avoit dit : A Chrislo médiate et ab Eccleùa immédiate. Cela a été signé à Paris^ le 30 avril 1722^ à la suite de la cour, et a été imprimé de Y Imprimerie royale et publié dans les rues au commencement de ce mois.
Investiture DB Naples. — On a su de Rome que, le 6 juin^ le Pape a accordé Tinvestiture du royaume de Naples à l'Empereur, quia envoyé sa procuration au cardinal d'Althann pour faire le serment ordinaire. Où a tenu pour cela une assemblée des cardinaux au palais du Quirinal. Ils s'y trouvèrent 27, et la Bulle fut signée par les cardinaux del Giudice, Pauiucci, Barberini^ Sacripante, Corsini, Gualtieri, Vallemani, Fabroni, Londodari, Corradini, Tolomeo, Scotti, Nicolas Spinola, Spinola de Saint-Agnès, Pereira, d'Althann, Salerno, Cinfuegos, Conti , Pampbili, Oltobdni, Imperiali, Alticori, Annibal Albani, Orighi, Olivieri, Alexandre Aibani et par le C. Rianera, secrétaire du consistoire. Le Pape a refusé au cardinal d'Altbann , qui est vice-roi de Naples, les mêmes honneurs qui furent accordés au duc de Hedina, premier vice-roi dé Naples, et a résolu de ne rien changer au cérémonial observé pour les cardinaux Zapata et d'Aragon, lorsqu'ils furent nommés à cette charge. Cette investiture a fort étonné les Espagnols ; ils ont protesté, mais l'empereur est saisi et resta, et c'est pour longtemps.
Don Carlos, fils du roi d'Espagne, a conquis le royaume de Naples en n3k et en est roi depuis sa conquête en Si* cile, en 1735.
Constitution. — On écrit toujours sur la Constitution ; il paroit une grande lettre d'un théologien sur raccommodement (159 pages in-i*), où on établit avec beaucoup de hardiesse qu'il est indispensable à ceux qui ont appelé de renouveler leur appel, et où Tauleur compare la déclaration du Roi sur raccommodement à VEcihèse et au typcy continuant cette comparaison avec des termes très-forts et même séditieux; il dit dans la préface que Ton ne peut que gémir de la surprise que Ton a faite à la religion de S. M. pour mettre Tauguste ouaille en contradiction avec son pasteur. C'est que ladéclaration porte que labuUeestgénéralement reçue dans l'Église, et le cardinal deNoailleS; avant raccommodement, a démontré que la prétendue acceptation universelle n'est pas vraie. Il y a plusieurs autres comparaisons dans cet écrit où on ne feint pas de dire que la Conslilulion est hérétique,
M. DE SoissoNS. — Il paroit encore une autre grande lettre d'un théologien contre M. de Soissons, c'est la 2* lettre : il en a paru une première sur la fin de 1729. On y discute le 3^ Avertissement de ce prélat ; on continue de le traiter comme il mérite et de montrer à toute la terre ses sophismeSy ses tours captieux et sa fausse éloquence. H. Pélispied et ce théologien sont venus au monde pour la gloire de la vérité et pour la honte de cet évèque.
Samedis. — Versailles. — M""^ de Lanjamet est allée à Versailles, où elle a été très-bien reçue. Le Roi lui dit qu'il avoit sa lettre dans sa poche et qu'il la savoit par cœur. Elle a su que cette lettre avoit été lue à la leçon du Roi et chez le maréchal gouverneur, et trouvée fort jolie. U y en a des copies, et de celles du Roi, entre les mains de plusieui's personnes à qui le Roi l'a donné lùi-mème, et il lui dit i Écrivez-moi toujours y je vous répondrai toujours. ^
Le Roi. — Le Roi se porte très-bien : il monte, il descend, il court, il se promène et prend de la couleur et de la force.
Cardinal Dubois. ' — Le cardinal, Dubois est-plus maître que jamais : il a eu un démêlé avec le cardinal deRohan, qui luiaditquUl étoit un ingrat. Le Duboijs.lui a répondu qu'il ne lui devoit rien, et qu'à Rome il ne s'étoit rien fait sur les instances du Roi et des autres princes de l'Europe. Le Régent a voulu les raccommoder, le cardinal Dubois a dit qu'il aimoit mieux jeter sa calotte. dans le feu. Depuis ce temps, le cardinal, de Rohan s'est rangé du côté de M. le Duc, qui se fortifie contre l'autorité naissante du ministre et du cardinal Dubois.
Dec DU Maine. -* Le duc du Maii^e f*etourne à la cour voir le Régent et non pas le Roi. On dit que le duc de Chartres a inspiré cette réconciliation à son père, parce que la maison de Bourbon pourra bien se déclarer à la majorité contre celle d'Orléans, et qu'en rétablissant le duc du Maine et ses enfants pendant la minorité, ils en auront l'obligation au Régent et leur famille se joindra à la sienne.
Visa. — L'opération du visa est à sa fin, les commissaires liquident : il y en a d'honnêtes gens qui n'écorchent pas leurs compatriotes, il y en a d'autres qui les égorgent comme des barbares, et comme s'il leur en revenait beaucoup. Frerune d'Amiral, inaltre des requêtes, fils d'un partisan, est un de ces tyrans. Les Pairs ou leurs comnais renvoyent encore les liquidations^ ayant que d'être registrées et ont la hardiesse de les réformer. Quand les notaires vont pour retirer les contrats réduits , on veut que 1q pauvre réduit fournisse en papier de liquidation le supplément pour avoir son contrat entier. Et il faut qu'aprè9 avoir perdu son bien, il vende le peu qui lui reste pour avoir de ce papier sur la place. C'est une invention affreuse pour achever la ruii^e du peuple et des bonnes maisons, qui sont au désespoir,
JUILLET i7W. 311
L'action liquidée est à 850 livres sur la place^ et il y en a telle qui s^ coûté 1 5,000 livres.
ÂROUET BATONNÉ. — Le poëte Arouét, à présent Voltaire, a été arrêté dans sa chaise au pont de Sèvres par un officier ( 1 ), qui Ta bien bàtonné et Ta marqué au visage. Quelques jours auparavant, Arouôt, trouvant cet officier à Versailles, avait dit assez haut pour qu'il Pentendlt que c'étoityn malhonnête homme et un espion. L'officier lui dit qu'il s'en repentiroit et lui a tenu parole en le payant à coups de bâton. On ditqu'Arouôt, qui est hardi, auroit dit à H. le Blanc, ministre de la guerre, chez qui il ayoit vu cet officier à table : Je sa vois bien qu'on payoit les espions, mais je ne sa vois pas encore que leur récompense étoit de manger à la table du ministre. (Il est vrai qu'il y a bien des espions partout : il m'est arrivé à moi, étant aux Tuileries sur un banc, que H. le comte de Matton , de la maison de la Rochefoucault, qui est un jeune seigneur fort aimable, m'avertit en passant de ne point parler, parce qu'il y avoit à côté de moi un homme connu pour espion, ce dont je le remerciai fort. Tous les gens du banc
(I) Nous écrirons un jour ce curieux chapitre d'histoire liftérafa'e, qui s'appelle : Les coups de bâton de Voltairje, Le plus indépendant des écrivains au dix-huilième siècle devait ètr^B le plus souvent victime de ce qu'on appelle Vdge de bois. Je ne Tois guère, dans tout le siècle, que Roy qui l'ait été autant que lui. Rousseau, lui, n'a essuyé dans sa vie qu'une seule volée de bois vert, distribuée par La Paye. Quant à Voltaire, c'est tour à tour Beauregard, le chevalier de Rohan, Nadal, Poisson (ils, qui se sont v^ngés de son esprit à coups de canne. La première de ces aiïaires, celle de Beauregard, esttrès-peu connue. Marais est le seul chroniqueur qui en raconte les détails, qu'on ne trouve ni dans Barbier, ni ailleurs. Le récit complet et commenté de cette scène déborde les limites d*une note. Nous la décrirons en son lieu, d*après Marais, le Recueil Maurepas, les Recueils imprimés et manuscrits du Régi' ment de la Calotte, Boisjourdain, Beuchot et Deloii (détention des philoso» phes), nos autorités sur ce fait, que l'auteur du petit ouvrage intitulé Des coups de bâton en littérature, M. Victor Fournel. n'a pas connu. Une chose à remarquer tout de suite, c'est la itarfaite indifférence de Marais pour ces mésaventures encore habituelles de son temps. D'Argenson, à propos de l'affaire du clievalier de Rohan, n'est pas plus pitoyable. .
se levèrent et laissèrent l'espion tout seul). Arouëtdit que cet officier est celui qui Fa dénoncé il y a deux ou trois ans et qui Ta fait mettre à la Bastille. J'ai su que cet officier ayant dit son dessein à M. le Blanc, lequel dessein allait même jusqu'à assommer le poëte, M. Leblanc lui dit : « Fais donc en sorte qu on n'en voye rien. »
15 Juillet. — Brefs du pape au Roi. — On a publié dans Paris deux brefs latins de Notre Saint-Père Innocent XIII au Roi et au Régent, du 24 mars 1722, imprimés à l'Imprimerie royale. Il n'y a ni traduction françoise, ni lettres patentes, ni enregistrement au Parlement, ce qui est bien nouveau en France. Mais on s'est mis au-dessus des règles. Ces brefs sont écrits au sujet de la Constitution, dont le Pape prend le parti hautement , et aussi de la lettre écrite par les sept évéques, qui a déjà été condamnée. Le Régent y est bien loué ; on dit au Roi que le Saint-Siège a beaucoup à attendre de lui. a Prsefectum cum ad regiam imdolem tuam pia et prœclara instituti ac dilectissimi, in Christo filii nosiri Philippi Aurélianensium Ducis Galliarum rectoris prudentia singularis et eximium Catholicss Religionisstudium accesserit. » On y loue beaucoup aussi le cardinal de Rohan. a Cujus fidem candorem ac prudentiam cum sacra eruditione conjunctam in Domino commendaverunt. » Le but de ces brefs est d'exciter le Régent et le Roi à se joindre au Pape contre les sept évèques et contre tous les appelants et refusants d'accepter. Inlelligis pastoribus hujusmodi oves Christi perdendas polius quant pascendas ulterius permulti non passe. On fait souvenir le Roi des dernières paroles de Louis XIV : cum supremisvotis, morte tmminentey regnum^ tibi traditurusy unitatem tuendam et obolenda Religieris dissidia commendavit. Voilà le triomphe entier des jésuites. La foi, la candeur et la prudence du cardinal de Rohan ont bien surpris le monde, qui sait bien le contraire : il croyoit à son retour tout gouverner, mais il a trouvé plus fin que lui. Ce n'est pas sans raison qu'on a donné ces brefs au public. Il y a quelque préparation
de procédure contre les évéques que nous verrons en son temps.
7, 8, iO juillet et autres jours suivants. — Le Parlement est toujours occupé à juger les complices de Cartouche, qui augmentent de jour en jour.
Arrêt du 7 juillet contre Louis Lamy, serrurier, qui faisoit les fausses clés, rompu vif.
Arrêt du 8, contre Antoine Bécard, dit Perrault^ rompu vif.
Arrêt du 9, contre Adrien Chevalier, pâtissier, id.
Du même jour, contre Jacques Chopin, id.
Du dit jour, contre Jean Riffaut. Pendu.
Du dit jour, contre Jean Baptiste le Maître. Rompu.
Du 10 juillet, contre Antoinette Néron, concubine de Cartouche, convaincue à'èire anguilleuse, c'est-à-dire de voler chezles marchands sous son tablier etd'avoir assisté à plusieurs meurtres. Trois arrêts de mort du 4 juillet, contre Nicolas Courtin, menuisier, Charles Leclerc, joueur de violon aux guinguettes, et Jean-Baptiste Cybourt, valet dans la banque.
15 juillet, contre René Didier Dutans ou Dutemps; 16 juillet, arrêt de mort contre le fameux Pelissier, qu'on appeloitle marquis de Pelissier ou le marquis de Boislègue, condamné à Bordeaux aux galères, d'où il s* est sauvé en 1697, il a été pendu ; il avoit volé la diligence de Lyon et des ponsoucelles de papier. Jamais il n'a voulu se confesser et a demandé un capucin au lieu de docteur de Sorbonne : on lui a refusé. Les capucins leur donnent Tabsolution sans révéler les complices, ce que les docteurs ne font pas, et c'est ainsi que tous ces gens qui ne disent . rien à la question parlent quand ils voyent que l'absolution leur sera donnée. Du 17 juillet, contre un garçon boucher, Pierre Vérel, dit Loyson.
Du 21, contre François Prémarteau, soldat, convaincu d'avoir fait suer les voleurs (c'est-à-dire de les avoir forcés à lui donner part de leurs vols dans le Louvre et
les Tuileries) et d'avoir jeté des hommes par-dessus les ponts dans la rivière.
Du 21, contre leMoyne, cocher de place, qui conduisoit tous ces voleurs aux promenades des environs de Paris.
Du 21, contre Jacques Belleviile, garçon serrurier; il est coupable d*un vol aux Gobelins.
Du 22, contre Cyr Cochois, qui étoit archer du guet, qui profitoit des ordres pour avertir Cartouche et qui s'entendoit avec lui ; qui, après avoir été chassé du guet, a voit pris rhabit d^un des officiers et un bâton de commandant et soutenoit les voleurs, partageoit les vols, avoit le shec, c'est-à-dire sa part. Ce coquin avoit été aux galères en Provence, avant que d'être archer du guet, et voilà les gens qui nous gardent. 11 est mort comme un saint et un martyr.
Du 23 juillet, contre Germain Savard, cabaretier, à la Haute-Borne qui retiroit Cartouche, et avoit un mot du guet tous les jours. Celui du jour où Cartouche fut arrêté étoit : Ya-t'il quatre femmes? Du dit jour 23, contre Marie- Jeanne Roger, dite la grande Jeanneton . Cette créatu re étoit à l'Hôpital depuis quelque temps. On l'en a tirée pour lui faire son procès. Quand elle a été à la potence, elle a accusé plusieurs personnes, on Ta menée à l'Hôtel de ville où elle a passé la nuit et le jour suivant, et n'a été pendue que le 24 au soir. A la question, elle n'avoit rien dit. On a arrêté toute sorte de gens sur sa dénonciation. Deux hommes Cent-Suisses, un cabaretier nommé Liardau et RouUe frères, gens riches que la nation suisse a réclamés et qu'on a menés au For-l'Évêque après avoir été à la Conciergerie. Il y a, dit-on, plus de cinquante personnes arrêtées et entre autres trois sœurs nommées les demoiselles de Saint-Vigor, filles galantes , chez qui il se faisoit des vols, après Tamour fini, etqui sont filles d'un Saint-Vigor, qui a été professeur de philosophie au collège de la Marche. Quand on voulut les prendre, l'exempt se méprit et amena à l'Hôtel de ville une compagnie de dames qui
JUILLET t7M. 315
joaait à quadrille, et qui furent bien surprises de voir la grande Jeanneton^ qui ne les connut point, ni elles non plus. C^est de quoi mourir.
Profanation. — Notre-Dame. — Au milieu de ces exécutions on a su que des coquins sont entrés dans une chapelle de l'église Notre-Dame (qui est de Saint-Thomas de Cantorbéry), qu'ils ont barbouillé Tautel, le crucifix et les nappes de la plus fine ordure , et déchiré le missel avec ce billet qu'ils ont laissé : Plus on en exécutera^ plus il y en aura. Le cardinal de Noailles a fait une grande réparation de ce scandale, dont on ne peut découvrir les auteurs. On a aussi mis un billet à la porte d'un des présidents de la Tournelle, qui le menace de le brûler lui et sa maison si les exécutions continuent. Hais cela n'empêchera pas le cours de la justice.
Cartouche et compuges. — Du 29 juillet, deux arrêts de mort contre Etienne Poulain, qui faisoit le métier de mouche et avertissoit les voleurs, et en recevoit dé l'argent, et contre Jacques Tanton du Chàteaufort, chandelier, qui, depuis 1697, avoit été d'année en année emprisonné pour vols au Chàtelet. Et voilà comme le Chàtelet jugeoit les voleurs, il les prenoit et les laissoit aller. Si cette affaire n'étoit parvenue au Parlement par un hasard singulier, nous étions dans Paris comme dans un bois, au milieu des meurtriers et des voleurs. On admire le zèle et la science du rapporteur (1), qui découvre les choses les plus cachées, qui nesedécourage pointet qui, au contraire, prend de la force dans cette fonction qu'on prétend qui ne lui déplaît point, non plus qu'à M. Aubry, son commissaire, qui travaille avec lui, et à un M. de Vienne, conseiller, qui, de lui-même, se porte à cette besogne comme à une chose bien agréable. La Régence a donné mille écus
(1) M. Arnaud de Bouesse. Cet homme si zélé a été depuis reconnu jpour un mallionnéte homme» et il a été déshonoré dans le public. (Note postérieure de Marais).
à chacun des greffiers criminels et 4,000 liv. pour les exempts et autres employés à chercher et à arrêter les personnes dénoncées. M. de Roche a eu un présent de 2,000 écus. Le public devroit une statue à toute la Tournelle, qui purge Paris de tous ces fripons ; on n'entend crier que des Arrêts du Parlement, et cela vaut mieux que ces arrêts de liquidation où le monde est ruiné. La Grève punit les voleurs , mais à l'hôtel de la Banque, on fait d'autres vols qui ne son t pas punis, quoique plus essentiels. Le mot delà Conciergerie est dé dire, quand un voleur est expédié : Il est liquidé. On va liquider celui-ci, on va Kquider celui-là, jet on a su que dans la forêt de Bondy , il y a des voleurs qui ne vous prennent qu'une partie de votre bourse et vous donnent un petit billet qu'ils appellent rfe liquidation pour montrer à d'autres voleurs, si on en rencontre, lesquels nouveaux voleurs prennent encoreleur part, du dixième ou duvingtièmCy comme on fait à la Banque, soit sur les résultats et les décisions de tous les bureaux particuliers du Visa et de la commission générale, imprimés. On ne peut lire sans horreur tous ces jugements barbares, et on ne seroit pas jugé ainsi par les cartouchiens même. Ce sera un beau registre d'arrêts à garder que ces décisions souveraines, où toute la nation françoise a été jugée et dépouillée de son bien. ,
Versailles, — On sait peu de nouvelles de Versailles, sinon qu'on y joue un jeu affreux, qu'on y fait l'amour partout, que le cardinal Dubois augmente tous les jours en crédit, que le cardinal de Rohan tombe, que le Régent n'aime plus Paris, que le ministre de la guerre (M. Leblanc) a pensé être chassé, parce qu'il veut toujours garder pour sa maltresse et avoir avec lui M"* de Pléneuf, mère de M"** de Prie, qui est brouillée avec elle depuis longtemps; que M"' de Prie, qui est à M. le Duc, dont elle fait ce qu'elle veut et qui ne peut souffrir sa mère, a voulu en même temps faire périr l'amante et l'amant, qu'à la fin tout s'est raccommodé par la réconci-
liation de la mère et de la fille, et que cette affaire, qui n'est qu une débauche et la querelle de deux p. ... a occupé plus la cour que le congrès de Cambray. Cela n'est pas nouveau dans lès cours. Voyez Tarticle de Padilla dans Bayle, il en dit de bonnes sur les maltresses. Celles-ci sont restées avec leurs galants jusqu'à ce qu'il vienne un autre orage qui les noie tout à fait. M"' d'Avernes est toujours au Régent, qui la mène se promener publiquement aux Tuileries toutes les semaines. On a publié la mort de M"* de Parabère, l'ancienne maltresse, et on l'a même dit au Roi, mais elle est récbappée, et Noce est revenu de sou exil en même temps. On lui a permis d'aller à Boran, qui est une terre à lui. Use rapproche, et on croit que le Régent ne s'en peut passer.
Philotanus. — Graveurs. — Les graveurs ont été jugés à ïa Chambre de l'Arsenal , et condamnés à Une amende honorable et à trois ans de bannissement, ce qui a été fait pour contenter Rome, qui donne de beaux brefs de son côté.
L'arrêt est aussi contre ceux qui vendaient le poëme.
— Deuxième Lettre en vers du Roi à JIP*' de Lanjamet, depuis il"** de Brillac.
Le jour de la Madeleine, le Roi a fait écrire encore une lettre en vers à M™* de Lanjamet pour son bouquet, et Ta signée avec plusieurs personnes. EUeavoit écrit auparavant une épltre sur une même rime en éne, et la réponse est sur la même rimé. Mais il parolt que le poète de la cour se lasse, car il dit qu'à la cour les poôtes passent pour fous : c'est leur antienne ; et il fait entendre que sans une autorité souveraine, il netrouveroit pas un vers de sa veine; les jeux d'esprit ne sont pas de longue durée à la Cour.
21 juillet.-r^ d'Auvergne. — M™* la princesse d'Auvergne (en son nom d'Aremberg, veuve du P. d'Auvergne, colonel de la cavalerie de France qui avoit quitté le royaume sous Louis XIV), étant retirée au Port-Royal, y est tombée ma-
lade. Avant de recevoir les sacrements^ elle a fait venir M"* la princesse de Conti, quiest dans le même couvcntpendant le procès de séparation. Elle lui a dit qu'elle avoit épousé Mizy^ son écuyer, et que> de plus^ elle en avoit trois enfants^ deuxgarçonset'unefilleà quielle désiroit donner sa bénédiction en sa présence et celle de toute la communauté. On a envoyé quérir les enfants. Elle leur a donné sa bénédiction publiquement^ et a ainsi déclaré un vilain mariage d'une princesse avec son domestique. Le lendemain^ elle se portoit beaucoup mieux ; on croit que sa maladie n'étoit qu'un jeu pour en venir à celte belle déclaration qui la déshonore , et qui est Touvrage de quelque dévot gagné par Téouyer. La maison d'Auvergne n'y a pas voulu venir : elle est bien fâchée , mais il n'y a plus de remède. ïl y a une fille du prince d'Auvergne^ mariée depuis peu au prince de SuUzbach , dont la sœur vient d'épouser aussi le prince de Piémont, Le prince de Sullzbach aura des beaux-frères bien différents, l'un fils de Roi, l'autre fils d'un valet.
Malte. — La nouvelle s'est répandue partout que les Turcs ont investi Malle avec plusieurs vaisseaux, et qu'ils ont même pris des rafraîchissements en Sicile parce qu'ils sont en paix avec eux. Le grand-maltre est mort. Leschevaliers français n'ont pas été cités à cause de la peste de Provence. . '
Rentes de la Ville. — Il y a eu deux arrêts, l'un du 27 j uin , l'autre du 8 juillet, pour les formalités nécessaires aux contrats liquidés pour mettre les rentiers en état de recevoir leurs arrérages. D'abord, on devoit faire enregistrer tous les contrats à la Ville , mais, par l'arrêt du 8 juillet, cela est réduit à des certificats de notaire qui seront enregistrés et joinls aux quittances. Ces arrêts déclarent qu'au premier juillet, on ouvre le payement des premiers six mois de 1Ï22. Ainsi on est en arrière de six mois.
— Il y a eu un combat en Picardie entre des voleurs et la
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maréchaussée. On y a envoyé trois bataillons. Les voleurs ont été ou tués ou pris, et leur chef, nommé Saint-Étienne, est des prisonniers.
31 juillet, — DÉBAUCHES DE LA CouR. — - On vit en débauche ouverte en Versailles; il n'y a personne à la tête qui puisse contenir les courtisans et les dames. L'exemple manque. Les princes ont des maHresses publiques, il n'y a plus ni politesse, ni civilité, ni bienséance. Ce n'est plus la cour de ce grand Roi qui d'un regard arrêtait les plus libertins, et on y voit régner tous les vices sous un Roi mineur quin'a point encore d'autorité. Le maréchal de Villeroy, son gouverneur, a eu la douleur d'apprendre que la duchesse de Retz, sa petite-fille, a eu des galants de tous les étages depuis qu'elle est à Versailles, et il a su par lamarquiséd'Alincourt, son autre petite-fille, que la première a voulu la perdre et l'engager dans des galanteries. A une dispute qu'elles eurent entre elles en sa présence, celle-ci reprocha à la duchesse qu'elle avoit voulu lui faire prendre des lettres du duc de Richelieu, leqr faire faire partie carrée, lui donner des amants, qu'elle n'y avait jamais consenti, mais que pour la duchesse, elle étoit criminelle [elle s'est servie de ce terme), qu'elle avoit voulu séduire le Roi même, qu'elle avoit porté ses mains sur lui, et dans des endroits très-cachés. Sur quoi, le maréchal, entrant en fureur contre la duchesse, il l'a surle-champ fait sortir de la cour et on l'a renvoyée à Paris. Cette histoire publique en a découvert encore d'autres.
La duchesse de Retz chasse de race ; sa mère, la duchesse de Luxembourg, se donnoit à tout le monde, sa fille veut , faire de même. La marquise d'Alincourt est sage. C'éloit H"'' de Boufflers, qui a été élevée dans une école de vertu. Mais peut-on espérer qu'à la Cour d'aujourd'hui cela se soutienne?
11 y a débauche aussi des jeunes seigneurs entre eux et ils ne s'en cachent point. Le jeune duc de Boufflers,
le marquis de Rambure et le marquis d'Alincourt étant allés dans un bosquet, le duc de Boufflers voulut violer Rambure et n'en put venir à bout. D'Alincourt dit qu'il vouloit prendre la revanche de son beaufrère Boufflers. Rambure ne s'en 'défendit point et en passa doucement par là. Voilà les abominations que le voyage de Versailles a produites (1).
— Le Roi se lève de grand malin, les princes sont chez lui devant huit heures, et le Régent lui-même ne manque pas. 11 y a plus de monde à son lever qu'à celui de Louis XIV. A huit heures trois quarts on ne sait plus où aller, et Toisiveté engendre le vice.
Dans ce mois de juillet on a ôté quatre pensions sur le sceau à quatre personnes attachées au chancelier : Tàbbé Veissière, l'abbé de Saint-Remy, Terrasson , avocat, et Cou^t de Monlbray. L*abbé Veissière est celui qui a eu le prieuré de Marlou, par arrêt rendu contre Tabbé Tencin qui est à Rome. On s'est ainsi vengé de l'arrêt. L'abbé de Saint-Remy a été jésuite, mais il ne l'est plus; Terrasson, avocat, a des frères et parents frères de l'Oratoire, et Couet est frère de l'abbé Couët, conseiller du cardinal de Noailles et bien avec le Chancelier.
Ces pensions ont été données à l'abbé Brissard, qui est à l'évèque de Fréjus, et qu'on a mis, à la place de Veissière, au bureau gracieux de la librairie. A l'abbé de Villiers, autrefois le père de Villiers, qui a fait VArt de prêcher, en vers ^ un poème de V Amitié et quelques livres en prose , homme à présent très-àgé, et à deux autres molinistes nommés Grancolas et Gravelle. M. d'Argenson, quand il fut garde des sceaux, n'avoit rien changé à ces pensions, mais le garde des sceaux d'aujourd'hui fait tout
(1) On trouve de grands détails siir ces deux odieuses aiïaires dans Barbier, dans Madame, el surtout dans les Mémoires du régiment delà calotte, 1725. Il Ta sans dire que le recueil Maurepas, les Mémoire^ de Maurepas et Boisjourdain en font des gorges cliaudes.
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ce qu'on veut qu'il fasse , et c'est le moyen de garder les sceaux plus longtemps.
La débauche des hommes et des femmes a éclaté da^ vantage par des lettres de cachet qui ont été données et que le maréchal de Villeroy a demandées contre sa propre famille. H. d'Âlincourt ^ son petit-fils, a été exilé à Joigny, et sa femme doit aller Fy trouver. La duchesse de Retz> renvoyée de la cour, est à Paris malade. Le duc de Boufflers est exilé en Picardie, sa femme s'y retire avec lui, et on lui donne un gouverneur comme à un enfant. Le marquis de Rambure» patient de toutes manières, a été mis à la Bastille ; il est fils de la marquise de Fontenille, grande janséniste, et qui ne sait quel péché mortel son fils a commis. Quand le Roi a demandé pourquoi tous ces exils contre ces jeunes seigneurs, on lui a dit qu'ils avoient arraché des palissades dans les jardins, et à présent on ne donne d'autre nom à ces jeunes seigneurs qu'arracheurs de palissades. Ils appellent à la cour la duchesse de Retz, M*"* Je Fiche^e^moy, qui est le nom d'une revendeuse à la toilette, et la marquise d'Alincourt, ils rappellent lagrande Jeanneton, parce qu'elle a tout dit , comme cette misérable qui fut exécutée ces jours passés, et qui ne croyoit pas que son nom seroit immortalisé dans l'histoire. Ces deux mots sont de cruelles satires. On dit que quand on va chez le maréchal de Villeroy se faire écrire au sujet de cette disgrâce de sa famille (car c'est l'usage en France de se visiter sur les mauvais comme sur les bons événements), son Suisse demande : Est-ce pour la porte de devant ou pour la porte de derrière? Le maréchal est blâmé de tout le monde : il a déshonoré sa famille à plaisir, mais il n'a rien ménagé q[uand il a vu la personnne du Roi en compromis. Lors**
qu'il parla au P. Charles, son neveu, de ce dessein, le prince lui dit : « Monsieur, on ne fait point 4:orriger8^s enfants fw le Roi, il y a d'autres manières d'en venir à bout, et pour moi je n'en ferois rien. »
La jeunesse de la cour xvouloit donner au Roi un goût pour les hommes. Sur quoi la duchesse de la Ferté a dit qu'on remarquoitdans Vhistoiraquelagalanterie des rois rouloit, l'un après l'autre,, sur les honmies et sur les femmes, qu'Henri.II et Charles IX aimoieat les femmes,.«t Henri III lef^ mignons; Henri IVf aimoit les femmes^ Louis XIII leshommes, Louis XIV les femmes,, et qu'à présent le tour des mignons étoit revenu.
4 août. — De séjour, il y a un arrêt qui a un peu. consolé les familles qu'on obligeoit de remplir' les contrats réduits. Il ordonne que les commissaires du conseil feront mention de la réduction sur tous les contrats de la ville perpétuelles et viagères et sur les tailles, que les principaux ne subsistent plus que pour la somme à laquelle ils auront été fixés eijes arrérages à proportion à partir du 1®^ janvier 1722. Que les propriétaires des rentes consentiront cette réduction par acte au pied de la minute et de la grosse, que les notaires transcriront ces mentions après la réduction, et en délivreront des certificats.
6 août. — Saillans^ Course. — Le marquis de Saillans ayant gagé (sontmle marquis d'Entragues qu'il iroit deux fois de Paris à Chantilly et de Chantilly à Paris en six heures, ce qui fait<36 lieues, à condition qu'il changeroit d'autant de chevaux qu'il voudroit, la course s'est faite aujourd'hui mâtin-. Saillans est parti de la porte Saint- Denis à six heures du maiin> à; une horloge qu'on y avoit apportée de l'Observatoire. Il y étoit revenu avant neuf heures. U en est reparti aussitôt et étoit revenu à un peu plusd'onze heures et demie. Ainsi, il agagné dé beaucoup, et la course a paru très-belle, car. c'est plutôt la force, d'un homme que celle des chevaux puisqu'il en a changé tant qu'il lui a plu sur la route. Le monde disoit que Sail-
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lans sa romproit le cou et faisait une folie; folie ou non, il ôst arrivé entier et a gagné le pari qui étoitde lâ>000 liv. Il a été obez un baigneur se nettoyer, a diné chez M. de Ifontbôissia^'y et a pai$u victorieux à TOpéra^ au grand déplaisir de plusieurs parieurs^ qui avoient aussi gagé contre lui. 11 devoit épouser M"*^ de Coôtmadeu ces jours passés , mais il a manquéde parole> et elles'est perdue en courant 11 épouse M"® de Maulevrier.
llANDeMBNT. -r- Laon, — On a donné au public un mandement de révéqtie de Laon du 20 juin 1722^ qui porte acceptation de la Constitution. Il ne parle pas du tout du corps dedùctrme^ mais il dit : a Vu lestnani^menls de plus de cent doaae évèques de France pour Facceptation delà Constitulion, dûment informés, de Faoceptation qu'en ont faite tous les évèques catholiques de tontes lès autres nations.»
e'est sur, ce fondement que posant l'universalité de l'acceptation^ il dit (1) ^ qu'on reconnolt enfin que par les appels au concile, on appelle en e/yit de V Église à V Église mème^ qui, quoique dispersée dans toutes les parties du monde, n'enseigne pas avec une autorité moins infaillible toutes les nations par la bouche des évèques unis à leur chef. » La question est donc réduite au fait de Tacceptation universelle et.de savoir si les 112 évèques de Franee ont été dûment informés des acceptations étrangères. Et c'est une grande question. 11 y a dans ce mandement une sorte d*abrégé d'explications de la Bulle qui sont bien claires, et le pasteur dit que sur les opinions enseignées par les théologiens catholiques, les écoles ont joui ouvertement de toute la liberté établie en France , dans toutes les parties du monde. Autre question de fait. On voit à la
(1) L'abbé de Saint- Albin, depuis archevêque de Cambrai. Mandement en 1734, condamné par arrêt du 18 février 17;î5 ; le Roi a évoqué le 50. PrivûB légitimé, {i^ote jmstcrieure de Marais).
de la duchesse de Retz, cela a redoublé ses douleurs^ et il a dit qu'au milieu de ses disgrâces il étoit bien malheureux d'avoir des affaires de famille si désagréables. 11 lui est permis d'aller àLyon, dont il est gouverneur ; il y doit ajler dans quelques jours , et y commandera comme si rien n'étoit arrivé- Dans la conversation, au sujet du secret que le Régent, vouloit dire au Roi, il a parlé comme le Régent, et a ajouté que c'étoit une convention du Régent et de lui qu'ilne quitteroit point le Roi. Et le Régent lui a fait entendre que ces soBtes de conventions avec le maître ne tenoient pas et ne faisoient point de lois.
Sur ce qu'on a dit au Régent que de l'envoyer à Lyon où il est puissant, on pourroit lui imputer ce qui potqrroit arriver, le Régent a dit : a Je sais bien les postes que je peux lui confier, je ne me méfie point de lui en certains points, et je sais bien où il ne peut mal faire. »
Le lundi après que le Maréchal fut arrêté , le Hoi, qui de voit sortir,, ne sortit pas et parut fort triste, et il est vrai qu'il a pleuré la nuit. On a su que quelque temps auparavant il n'y avoit que certaines gens macrqués sur une liste qui entrent chez le Roi. Le duc de Retz^' quoiqu'il eût le bâton, ne put pas entrer, n'étant point sur la liste.
Le public fait mille discours^ plus étranges les uns que les autres, sur cet événement ; Tun dit que le Roi ne vivra pas longtemps, Tautre que le Régent se veut foire maire du palais ou sénéchal du royaume. Chacun devine un avenir qu'il ne sait pas et qui est entre les mains d'un plus grand maître.
La création des maires et autres officiers des villes, qui avoient été supprimés par Téditde 1718, est rétablie et l'arrêt en est passé au conseil. Ceux qui achèteront ces charges les payeront en papier de liquidation, et même les deux sols pour livre que le traitant vouloit faire payer en argent. Mais sur Tavis du maréchal de Villeroy, qui a fait remarquer qu'un honmie qui achèteroit une charge de 20^000 liv. en papier^ au^^oit l^ien de la peine à trou-
ver 2^000 liv. d'argent, cela a été rejeté. C'est uûe de ses dernières actions; par ce moyen on va retirer le papier sur la place, il aura plus de valeqr, et le Roi s'acquittera sans qu'il lui en coûte rien. Car il ne payera point les gages de ces charges, qui se prendront au denier 50 sur les dons et octrois des villes. Belle invention que la finance! . r
Joyeux avènement. — Taxjj. — On travaille au Louvre à tirer des archives toutes les impositions faites en 1643 et 1644, au sujet du joyeux avènement de Louis XIV, pour faire la même chose aujourd'hui à Louis XV .(.Toutes les communautés du royaume seront taxées à un «erlain droit payable encore en papier, et c'est un autre débouché de 80 miHionsv Le contrôleiir .général a des mémoires de cette sorte pour plus de 300 . nîillions dont le Roi sera quitté sans rien payer. ,
Mercredi 12i — Le mariage de M"^ de Beaujolais, fille du Régent, avec donCarios, second Infant d'Espagnej du second lit, a été déclaré aujourd'hui, La princesse a huit ans et le prince six ; c'étoit là le secret que le Régent vouloit direauRoi. Nous voilà bien liés avec. l'Espagne, et, quelque chose qui arrive il faut qu'elle soit pour nous. Cet Infant doit avoir le grand-duché de Toscane et Parme, suivant le traité d'alliance de 1718.
Filins Hispaniarmn reginâ primo-genilus hujus descendantes masculi ex legiiimo malrimonia nati etc. m omni-bus dicU proxifni succédant . ( Art 5 , )
Voilà une fille du Régent encore, bien mariée (1). < On propose trois sujets pour remplir la place.de gouverneur du Roi. 1* Le prince de Rohan, qui youdroit bien la tenir, car tous ces, Rohan voudroienk bien embellir leur principauté, qu'ils perdoient si le duc de Bourgogne avait vécu, aussi bien que les Bouillon la leur. — 2° Le ma-
(1) Elle est morte en 1734, à dix-neuf ans, en fiance.
réchal de Bervick, qui est un étranger peu propre à élever un roi de France, mais d'ailleurs fort vertueux. 3** Le duc de Cbarost^ bon homme, dévot, et qui ne pense pas à mal.
Le Roi parolt assez gai en public , mais en particulier il est triste et se plaint et pleure la nuit , et on commence à bien penser de son cœur et de sa sensibilité.
On ne comprend rien au maréchal, qui part pour Lyon avec un brevet de commandement ; cela fait voir qu'il n'a manqué en rien d'essentiel, et que sa disgrâce ne vient que de son humeur qui le faisoit obstiner le Régent, et à la fin il s'est lassé. Du Libois , gentilhomme ordinaire du Roi, le doit conduire à Lyon.
Jeudi 13. — Le 12 , M"*' Rolland, mon amie , a quitté Paris et est allée à Sévigny, chez sa fille, M"® de Tenance, où elle est arrivée le 16 au soir.
Le duc de Charost a été déclaré gouverneur du Roi, au grand déplaisir des autres prétendants. Ce gouverneur est' bon ami des jésuites. Le prince de Rohan est bien fâché de voir que ce morceau lui a échappé. C'est le Roi qui a fait ce choix.
Voici comme la Gazette à lamairiy du 13 août, parle de la disgrâce de M. de Villeroy ; « Il y avoit longtemps qu'on étoit surpris d'entendre tenir à M. le maréchal de Villeroy des discours peu mesurés sur M. le duc d'Orléans, sans que les représentations que Ton a faites sur cela à S. A. R. l'eussent pu portera prendre un parti contre M. de Villeroy. Mais enfin S. A. R. lui dit, le 10, qu'il seroit temps d'informer le Roi des affaires de son royaume. Et ayant été le matin chez Sa Majesté pour commencer à lui en parler, M. le Duc et M. l'évèque de Fréjus, quiétoient là, se retirèrent pour laisser à S. A. R. la liberté de parler au Roi en particulier. M. de Villeroy avoit lieu de suivre leur exemple ; il s'approcha et ne voulut pas que S. A. R. parlât au Roi qu'en sa présence, ce qui obligea Sa Majesté à l'éloigner de la cour et à l'envoyer le même jour à Villeroy. »
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Le Roi confirmé. Le Roi reçut le sacrement de confirmation le dimanche 9 août, par les mains du cardinal de Rohan, et doit faire sa première communion le 15, jour de la Vierge. Le nouveau gouverneur entre sous de bons augures.
Les certificats de liquidation sont à 26 et leurs actions à 780.
AuDRAN , PEINTRE. — Audrau , peintre du Roi , a ordre de peindre ej redorer les culs-de-lampe de la Grande- Chambre. C'est une préparation pour la déclaration de la majorité.